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I. — TROUBLES DU LANGAGE

Envisagée dans son ensemble, la question des troubles du langage chez l'aliéné est fort étendue et très complexe. Aussi importe-t-il pour cette étude d'établir des divisions.

Tout d'abord, rappelons-nous que la parole articulée n'est pas le seul mode d'expression de nos pensées et que nous pouvons encore les traduire au dehors par le langage écrit et le langage mimique.

A. — La mimique chez les aliénés.

On doit distinguer dans la mimique deux groupes de phénomènes expressifs.

L'un comprend les mouvements d'expression en rapport avec le côté affectif de la vie psychique. C'est la mimique émotive.

L'autre est constitué par des mouvements et des gestes intentionnels servant à l'expression de la pensée. C'est le langage ynimique proprement dit.

La mimique émotive. — Dans l'examen de la mimique émotive, et en particulier de la physionomie, il importe de distinguer tout d'abord ce qui appartient à la structure des parties (caractères morphologiques), et de tenir compte des différents éléments individuels qui ont pu la modifier, tels que l'habitude, l'imitation, l'éducation, le milieu, la condition sociale, la profession, la race, le caractère, l'âge, le sexe.

Ces modifications du type physionomique des aliénés, de la mimique à l'état de repos, doivent entrer en ligne de compte lorsqu'il s'agit d'apprécier les mouvements mimiques expressifs, permanents ou transitoires, en rapport avec l'état psj^chique, habituel ou momentané, et révélant l'expansion chez le maniaque, la tristesse et l'anxiété chez le mélancolique, l'égarement chez le stupide, l'indifférence chez le dément, la défiance chez le persécvité, l'orgueil chez le mégalomane, etc.

Une étude complète de la mimique comporterait l'examen des différents éléments qui constituent la physionomie et ses expressions mimiques diverses. Mais ce sont là des analyses de détail que nous ne pouvons aborder ici, et nous devons nous borner à une vue d'ensemble.

SÉMÉIOLOGIE DES AFFECTIONS MENTALES

La mimique expressive doit être envisagée chez l'aliéné à divers points de vue :

D'abord, l'énergie, la rapidité, la durée des expressions ; à cet égard, la mimique peut être exagérée (hypermimie) ; diminuée (hypomimie) ; ou abolie (amimie).

Dans Vhypermimie, il n'y a pas seulement exagération de l'énergie, de la rapidité, de la durée des expressions, mais encore production de ces expressions sous l'influence des causes les plus légères. Il convient de noter aussi la difTusion de la mimique de la face aux bras, au tronc, aux jambes et les alternatives d'expressions mimiques variées et parfois opposées.

L'exagération de la mimique émotive se remarque en premier lieu dans les états d'exaltation maniaque, mais elle ne leur appartient pas en propre. On la rencontre également dans d'autres états psychopathiques avec réaction intense, tels que la mélancolie anxieuse, les délires hallucinatoires.

Dans V hypomimie, les mouvements expressifs sont plus faibles, plus lents, moins durables, plus difficiles à se modifier. Elle s'observe surtout dans les états de dépression (mélancolie, folie circulaire, hj^pochondrie, etc.), ou d'affaiblissement de l'activité intellectuelle (confusion mentale, démence incomplète, etc.).

On peut distinguer dans Vamimie deux variétés : asthénique et hypersthénique (Morselli). La première est caractérisée par la résolution des traits du visage qui ne traduit plus aucune expression émotive (stupeur, démence secondaire, paralysie générale, paralysie agitante, etc.). La seconde, au contraire, est caractérisée par des contractions musculaires permanentes, déterminant une expression fixe, invariable (états hallucinatoires aigus, catatonie, folie religieuse, etc.). Quelquefois, elle n'est que la résultante d'expressions stéréotypées, indélébiles (folie systématique secondaire, démence vésanique).

Les mouvements expressifs ne doivent pas être envisagés seulement en eux-mêmes dans leurs caractères intrinsèques, mais aussi dans leurs rapports avec le ton émotionnel et l'activité intellectuelle.

Les expressions mimiques en rapport avec les états émotionnels peuvent être transitoires ou permanentes. Les premières, consécutives à un sentiment, à une impression sensorielle, à une idée, sont les moins importantes en clinique psychiatrique. Les secondes, au contraire, peuvent être utiles pour le diagnostic de troubles émotionnels fondamentaux (psychoneuroses), ou de réactions émotionnelles produites par des troubles primitifs de l'idéation. Les unes sont caractéristiques des états d'excitation avec réaction expansive et traduisent des émotions agréables : satisfaction, confiance, optimisme, etc. Les autres se rattachent aux états de dépression et ont un caractère douloureux: angoisse, terreur, remords, humiliation, ressentiment, etc.

Par l'étude des expressions mimiques, nous pouvons encore juger de l'activité intellectuelle du malade en ce qu'elles nous le montrent attentif ou distrait, intelligent ou hébété, concentré ou délirant, conscient ou inconscient de lui-même et du monde extéiieur.

Chez certains aliénés, l'expression mimique est en quelque sorte pervertie

SÈMÉIOLOGIE DES AFFECTIONS MENTALES

(paramimie), soit par suite même de leur état mental (paralysie générale, imbécillité), soit parce que l'expression se trouve entravée dans sa production par des modifications pionnières, indépendantes de la mimique et dues à des troubles moteurs. C'est ainsi qu'il importe de tenir compte des convulsions choréiques, des tics, de l'agitation et des gestes automatiques divers, des secousses, des états cataleptiformes, de la raideur de certains groupes musculaires, des contractures, du strabisme, de l'exophtaliTiie, de la paralysie ou de l'atrophie de certains muscles par suite de causes diverses.

Le langage mimique. — Tandis que les expressions purement émotives, s'effectuant suivant des lois naturelles, sont comparables chez tous les hommes, il existe au contraire, dans les gestes intentionnels, des différences dues à la race, au milieu social, au degré de culture, à la profession, aux habitudes individuelles et dont l'aliéniste doit tenir grand compte.

Chez l'homme, les organes principaux du langage mimique sont les muscles du membre supérieur et de la tète. Il importe donc aussi de déterminer les conditions anatomiques et phj-siologiques de ces régions, dont les muscles et les nerfs peuvent être le siège de lésions qui, en intéressant les mouvements, sont de natvire à troubler le langage mimique (contractures, tremblements, secousses, spasmes, paralysies, mouvements automatiques).

Envisagé au point de vue de ses altérations, le langage mimique peut être exagéré (hypersémie), ou diminué ou même nul (hypo et asémie), ou perverti (parasémie).

V hypersémie est reliée en général aux états d'expansion et se rencontre ainsi dans les formes les plus diverses, chez les maniaques, les paralytiques généraux, les mélancoliques anxieux, les délirants hallucinés, les paranoïaques persécutés et orgueilleux.

Certains malades présentent une forme particulière d'altérations de la mimique, consistant dans la reproduction des gestes de leurs voisins ou de leurs interlocuteurs (échomimiej.

Nous rappellerons aussi qu'il n'est pas rare, dans certains cas d'aphasie organique, de voir le langage mimique acquérir une vivacité tout à fait insolite, suppléant en quelque sorte à la perte du langage articulé.

hliypo et Vasémie se rencontrent d'ordinaire dans les états de dépression, de concentration, d'affaiblissement psychique. Ainsi les gestes du mélancolique sont lents, pénibles, peu variés, se bornant le plus souvent à des signes d'affirmation ou de négation. Quelquefois même il reste absolument immobile, la figure contractée. De même les états de confusion mentale, les démences s'accompagnent en général de la disparition du langage mimique.

Chez certains aliénés, l'asémie est volontaire comme le mutisme vésanique que nous aurons à examiner plus loin et se rattache à des hallucinations impératives, à des idées délirantes diverses hypochondriaques, de persécution, de grandeur, d'humilité, d'opposition, etc..

Les parasémies dues à des conceptions délirantes, des hallucinations, des impulsions diverses, sont extrêmement variées. Les exemples les plus nom-

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breux et les plus typiques se rencontrent dans la paranoïa. Certains de ces malades traduisent ou soulignent leurs idées délirantes par des gestes bizarres, dont la signification toute conventionnelle nous échappe. C'est, dans la mimique, l'équivalent du néologisme dans le langage parlé.

Parmi ces gestes mimiques spéciaux, il convient de faire une mention particulière pour ceux qui se rattachent aux idées de défense (Séglas et Bezançon) et révêtent ainsi pour le malade la valeur d'une véritable conjuration.

Certains tiqueurs exécutent souvent aussi des gestes spéciaux, ou reproduisent ceux qu'ils voient exécuter devant eux par iin simple fait d'imitation.

B. — Les troubles du langage parlé.

Il y a pour bien parler trois conditions nécessaires : d'abord, un fonctionnement intellectuel normal, puis la présence rapide à l'esprit des mots ou des phrases correspondant exactement aux idées à exprimer, enfin, un mode correct de l'expression au dehors.

On peut donc diviser les ti'oubles du langage parlé en trois classes principales, suivant qu'ils se rattachent à des désordres intellectuels avec intégrité de la fonction langage (dyslogies) ; ou bien qu'ils intéressentl a fonction langage (dysphasies) ; ou enfin, la parole articulée (dyslalies).

Dyslogies. — Les troubles du langage résultant de désordres intellectuels ne sont pas tous de même espèce. Les u.ns se rapportent au contenu, au fond du discours ; ce sont les dyslogies proprement dites. Les autres se rapportent plutôt à la forme et intéressent ainsi la diction expressive, la forme grammaticfile, le style du discours.

Modifications de la diction expressive. — Elles portent sur plusieurs éléments : tout d'abord sur la voix envisagée au point de vue de l'intensité, de la hauteur, du timbre.

Dans les conditions normales, l'intensité de la voix est ordinairement en rapport avec celle des émotions. Dans les états pathologiques, ce parallélisme n'est plus constant. Dans certains états émotionnels très accentués, la voix peut être très peu intense (mélancolie, paranoïa) ; et elle peut en revanche être très forte sans qu'il y ait pour cela correspondance avec un état émotionnel (déments agités).

Quoiqu'il en soit, c'est surtout dans la manie et dans les états maniaques, que la voix arrive à une intensité telle qu'elle finit par s'érailler et laisser le malade presque aphone. En revanche, chez les mélancoliques, la voix est basse, chuchotée, parfois à peine perceptible. Il y a des cas dans lesquels les modifications de l'intensité de la voix sont en rapport avec des conceptions délirantes comme chez les persécutés qui parlent à voix basse de peur d'attirer l'attention des espions, les mélancoliques, les pai'alytiques généraux pour éviter un malheur, etc. D'autres semblent ainsi converser avec des personnages imaginaires.

SÉMÉIOLÛGIE DES AFFECTIONS MENTALES

Des variations connexes sont celles qui ont trait à la hauteur, au timbre, produisant ainsi la voix rauque, gutturale, tremblante de certains aliènes. Certains périodiques notamment, au cours de leurs accès délirants, prennent un timbre de voix tout à fait spécial, comme ces aliénés de Morel et de Kussmaul qui parlaient d'une voix nasonnée et imitaient la voix de polichinelle. 11 n'est pas rare d'observer chez le même malade l'alternance de deux registres de voix, indice de troubles hallucinatoires avec dédoublement de la personnalité.

D'autres modifications de la diction consistent dans V intonation, les inflexions de la voix, les moduKations des phrases, l'alternance de tonalités diverses, l'accentuation de certains mots etc..

Ainsi chez les mélancoliques déprimés, le débit devient uniforme, monotone, empreint du même ton d'indifférence, de tristesse ou d'ennui. Cette monotonie se retrouve, moins la note émotionnelle, dans les cas d'affaiblissement intellectuel. — Dans d'autres cas, le langage est hésitant ou bien entrecoupé de sanglots, de cris de frayeur, revêt un accent de terreur, d'angoisse, de désespoir (mélancoliques anxieux, délires hallucinatoires). — Certains malades ne font que répéter d'un ton expressif, mais monotone, les mêmes paroles plaintives ou les mêmes gémissements (gémisseurs de Morel).

Dans d'autres cas au contraire, le discours revêt une forme déclamatoire, emphatique, théâtrale. Le malade parle en orateur, avec des accents pathétiques, des intonations variées. Il peut aller jusqu'à chanter son discours, qui parfois même est comme rimé (excitation maniaque, folie circulaire, paralysie générale, délires mystiques et mégalomaniaques). Quelquefois, au cours d'une conversation, le langage revêt une forme symbolique et prend le ton d'une véritable incantation (idées de défense). Une modification particulière regardée comme caractéristique de la Gatatonie (Kahlbaum) est la verbigération ou déclamation pathétique et théâtrale des mêmes mots d'une portée très vulgaire, souvent même vides de sens.

Le monologue est fréquent chez les aliénés. Il peut se rencontrer dans les formes les plus variées de l'aliénation, relié à des symptômes divers, idées fixes, émotions intenses, hallucinations, automatisme inconscient. Mais s'il devient habituel, énoncé à haute voix, accompagné de gestes, sans souci de l'observateur, il prend une signification particulière en rapport avec un état de chronicité et de déchéance intellectuelle (Raggi).

Il est des malades qui accentuent beaucoup certains mots, prennent du temps comme pour souligner certaines parties de leurs discours (persécutés mégalomanes), parlent d'une façon prétentieuse ou avec une sorte de prudence calculée et des réticences incessantes.

D'autres du même genre, mais plus expansifs, parlent au contraire d'une façon nette, catégorique, en gens certains de ce qu'ils avancent.

Un phénomène assez curieux est l'intonation différente des hallucinés qui conversent à la fois avec leur hallucination et avec leur interlocuteur réel.

Les pauses dans le discours n'ont pas toujours pour but de souligner les parties importantes; chez certains aliénés, les mélancoliques déprimés, par exemple, elles sont fréquentes et donnent au discours un cachet d'hésitation

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très particulier. Elles sont encore plus accentuées dans les états de confusion mentale en raison de l'entrave apportée à l'exercice des facultés, et dans la démence, par suite de l'incohérence des idées.

Un élément très important dont on doit tenir compte dans l'étude des modifications de la diction, c'est le mode de succession des phrases ou des mots.

Cette succession peut être régulière et n'être intéressée que dans la rapidité, augmentée ou diminuée.

- Il est des aliénés qui sont dans un état d'exaltation générale auquel participent toutes les facultés intellectuelles. Chez eux, le langage traduit le tumulte des idées, le désordre général de l'intelligence. Ils parlent avec volubilité, sans prendre à peine le temps de respirer, comme s'ils avaient peur de ne pouvoir exprimer toutes les idées qui se pressent dans leur esprit. (Logorrhée, polyphrasie de Kussmaul.) Si le mot ne se présente pas assez vite, ils ne s'arrêtent » pas pour cela, et prononcent des paroles sans aucun rapport avec l'idée à exprimer ou môme incompréhensibles (néologismes passifs). Parfois ils en arrivent à bredouiller, à « manger » certains mots ; et même à ne plus pouvoir exprimer toute une série d'idées, tellement la succession en est tumultueuse (choréophrasie, langage elliptique). Il se produit alors une pseudoincohérence du langage qu'il importe de distinguer de l'incohérence vraie due à la ruine des facultés.

11 est des cas d'excitation intellectuelle plus modérée s'accompagnant d'un état émotionnel qui rend l'individu satisfait et communicatif. Il a besoin de s'épancher au dehors ; de là une intempérance de langage qui parfois est l'unique manifestation du délire. C'est la lalomanie.

Cette accélération du langage est un des symptômes ordinaires des états maniaques (paralysie générale, alcoolisme, démence, épilepsie etc)...-

Il y a encore d'autres malades qui sans être dans un état général d'excitation intellectuelle, s'expriment cependant avec une grande facilité. Ceux-là sont des délirants systématiques, à délire bien organisé, très net dans la conscience.

Dans d'autres cas, on a affaire à des modifications de sens inverse. C'est ainsi que les mélancoliques, en raison même de leur état d'aboulie et de douleur morale, s'expriment d'une façon traînante, répondant à peine aux questions, parlant comme à regret, par phrases décousues, parfois s'arrètant avant d'avoir exprimé toute leur pensée, et terminant leur phrase dans un soupir ou un sanglot. Ces interruptions, ces arrêts peuvent donner lieu aussi à une sorte de pseudo-incohérence qu'il importe de connaître.

Des troubles analogues s'observent chez les aliénés atteints de confusion mentale, dont le langage est obscur et embarrassé comme l'intelligence ; qui hésitent, cherchent leurs mots et combinent péniblement quelques phrases incertaines ; dont la réponse avorte dans l'impuissance où ils se trouvent de coordonner les éléments d'une pensée et de rassembler les mots nécessaires à son expression.

Au degré le plus extrême, les malades en arrivent à ne plus parler du tout. C'est le mutisme vésanique.

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Il peut être absolu ou relatif, continu ou intermittent. Les causes en sont multiples.

Dans certains cas il s'agit d'un fait d'aboulie. L'anéantissement de la volonté est si profond que parler est en quelque sorte un effort au-dessus des forces du malade. Quelquefois, un simple mouvement des lèvres manifeste seul le désir de répondre (mélancolie dépressive). Dans d'autres circonstances, il s'agit d'un état d'obnubilation intellectuelle tel que la synthèse première des idées indispensnble à la construction de la phrase, l'évocation et le groupement des mots appropriés sont devenus impossibles (confusion mentale). • Le mutisme peut encore résulter d'un arrêt total de la pensée. Le malade est plongé dans la stupeur; l'exercice des opérations intellectuelles est interrompu ; c'est la suspension de toute activité psychique et le malade no parle pas parce qu'il ne pense pas (stupidité, démence aiguë).

D'autres fois, au contraire, c'est parce qu'il est absorbé, concentré dans des idées pénibles, incessantes, ou dominé par des hallucinations. Son apparence stupéfiée cache un délii^e intense, continu, absorbant, le dominant tout entier. Il ne pense pas plus à parler qu'à satisfaire sa faim, sa soif, ses besoins ; c'est du mutisme par distraction (mélancolie avec stupeur).

Quelquefois, dans certains états maniaques (d'IIeurle) on observe passagèrement un état de mutisme résultant du tumulte des idées : la pensée est devenue si désordonnée, qu'elle passe la mesure de mobilité possible des agents de l'articulation.

Il est d'autres cas moins connus dans lesquels le mutisme, moins absolu, plus intermittent, peut résulter d'amnésies verbales (mélancolie, confusion, hystérie), ou de la présence d'hallucinations verbales psycho-motrices très développées qui peuvent agir de différentes manières.

Si l'on se rappelle cette remarque de Stricker, que l'on ne peut penser à la fois h deux mots différents à l'aide de deux images verbales motrices et que l'hallucination verbale motrice implique la participation du centre moteur d'articulation, on conq^rendra aisément que si les hallucinés de cette catégorie tombent parfois dans le mutisme, c'est parce qu'ils n'ont pas à leur disposition à la fois deux images motrices différentes, l'une servant à l'hallucination, l'autre à l'expression de la réponse sollicitée par leur interlocuteur.

Quelquefois le mécanisme du mutisme peut être un peu différent : alors que les malades pensent à ce qu'ils voudraient dire, il se produit une hallucination motrice verbale par suite de laquelle les mots s'échappent sans bruit de leur bouche, avant qu'ils n'aient eu le temps de les prononcer (fuite de la pensée, Pierraccini).

Il est aussi des cas dans lesquels le mutisme résulte de ce que le malade rapportant son hallucination motrice à l'appareil de la phonation, s'applique à entraver la formation des paroles (Kramer), parfois dans le but d'empêcher des ennemis de découvrir sa pensée (Kandinsky).

Ces faits nous amènent à ceux dans lesquels le mutisme est le résultat d'une détermination volontaire du malade. L'origine du mutisme peut être alors une hallucination spéciale, impérative, défendant de parler. Ou bien le

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mutisme se rattache à une idée délirante, variable d'ailleurs (aphasie paranoïaque) de Kusmaiil : tantôt le malade se croit indigne de communiquer avec ses semblables (délire d'humilité) ; tantôt il veut expier ainsi des fautes imaginaires ; ou bien il craint de nuire à quelqu'un (délire de culpabilité) ; ou bien il craint de se compromettre, de donner prise sur lui à ses ennemis (idées de persécution) ; ou bien encore, il craint, en ouvrant la bouche, d'avaler des substances nuisibles, de s'exposer à une maladie infectieuse (idée d'empoisonnement, idée hypochondriaque) ; ou encore, il s'imagine qu'il n'a plus de langue, de larynx (idées de négation). Parfois, le mutisme n'est qu'un simple caprice, une façon de se singulariser (hystérie, manie, débilité mentale), une manifestation du négativisme, de la folie d'opposition (démence catatonique).

Il y a des cas dans lesquels le mutisme est plus apparent que réel.

Certains aliénés, qui semblent plongés dans le mutisme, marmottent cependant à voix basse des paroles inintelligibles. D'autres ne font pas de réponse immédiate, mais ne sont pas pour cela dans le mutisme. Il ne s'agit chez eux que d'un retard de la parole analogue aux retards de la perception dans les phénomènes de la sensibilité ; soit que le temps de la perception auditive s'allonge, soit qu'il y ait une certaine difficulté à synthétiser les divers éléments nécessaires à l'expression de la réponse.

Ces faits de mutisme vésanique sont importants h, connaître, afin de ne pas les confondre avec la surdité corticale, psychique, verbale, et l'aphasie motrice. De plus, comme les malades peuvent être porteurs de stigmates hystériques, leur mutisme pourrait être rapporté à l'hystérie. Mais s'ils sont muets et aphones comme les hystériques atteints de mutisme, en revanche le plus souvent, leur physionomie ne manifeste pas comme chez ces derniers le désir de se faire comprendre; et loin de chercher comme eux à traduire leur pensée par le geste, l'écriture, ils restent figés dans leur immobilité silencieuse.

Dans les démences, comme dans l'imbécillité, fidiotie, la diminution ou la perte du langage n'est souvent que la manifestation de la pauvreté des idées, la preuve de l'affaiblissement intellectuel. Les malades' deviennent ou sont incapables de comprendre, de former une idée ; ils restent alors muets, parce que la parole est une manifestation de la pensée et que chez eux la pensée n'existe pas ou a disparu.

Rappelons enfin que le mutisme est souvent une des formes de la simulation de la folie.

Le mode de succession des phrases peut être altéré auti^ement qu'au point de vue de la rapidité.

Certains malades très émotifs s'arrêtent à chaque syllabe en interrompant leurs phrases par des voyelles ou des diphtongues. C'est Vânonnement ou angophrasie. D'autres, au contraire, ne groupent pas distinctement les sons, les syllabes ; il bredouillent. II en est qui éprouvent en même temps un sentiment d'angoisse très prononcé {dysphrasie émotive), qui peut aller jusqu'à les empêcher de prononcer un seul mot.

On note souvent des syllabes, des mots ou même des phrases incidentes.

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c'est ïembololalie de Merckel. Tantôt ce sont des syllabes ajoutées aux mots comme pi'éfixes ou suffixes, ou intercalées dans le corps du mot comme dans le jeu des écoliers dit : langage javanais. Tantôt ce sont des mots sans aucun sens ; ou bien des mots réveillés par une association de contraste ou par une assonance, (échosyllabiques) ; ou bien des jurons, des paroles obscènes (coprolalie). Tantôt les mots intercalés ont un sens symbolique et se rattachent, par exemple, à une idée de défense. Tantôt encore ils constituent une réponse à une hallucination auditive.

Quelques aliénés répètent souvent à la suite les mêmes phrases, les mêmes mots ou les syllabes finales et arrivent ainsi quelquefois à redoubler toutes les syllabes d'un même mot (palinphrasie).

11 n'est pas rare de retrouver aussi dans le langage certaines expressions toujours identiques, en rapport avec une idée dominante ou même incompréhensibles (stéréotypies verbales).

Il est des malades qui avant de répondre à une question ont l'habitude de répéter les phrases entières ou la fin des phrases de leur interlocuteur (échophrasiej. C'est là une variété d'écho différant absolument de l'écholalie réflexe des idiots ou des déments (Romberg, Bateman, Brosius, Kussmaûl).

Dans d'autres cas le malade s'empare de la dernière syllabe d'un mot entendu ou prononcé, pour former la première syllabe d'un nouveau mot, ex. : Thé, Thémis, Thémistocle.

Signalons encore le langage réflexe (Robertson), consistant dans la réponse à certaines questions par des phrases banales, qui souvent répétées auparavant dans les conversations de la vie journalière, ont fini par se stéréotyper et sont émises presque automatiquement sans le conco.urs de l'intelligence. Ce langage est fréquent dans les états de concentration ou d'affaiblissement intellectuel, dans les démences vésaniques, la démence sénile.

Modifications de la syntaxe. — Elles peuvent tenir h des causes diverses. Tout d'abord il importe de mettre à part le langage enfantin des idiots dvi à l'imperfection même de leur développement mental. Dans les cas où elles se relient à des affections survenues chez des personnes d'un niveau mental suffisant (les aphasies organiques une fois éliminées), elles peuvent tenir à la ruine des facultés intellectuelles, à la perte de la mémoire (folies chroniques, démences). D'autres fois elles dépendent des troubles de l'attention, de la volonté, d'un défaut de synthèse mentale, d'un état d'excitation intellectuelle, et les phrases ne sont qu'une succession des mots qui se présentent les premiers à l'esprit du malade (manie, confusion mentale, délires hallucinatoires). Enfin, dans un groupe de cas, les plus importants, elles correspondent ù des conceptions délirantes déterminées. Ainsi, certains malades se désignent par la troisième personne « il ou elle » par un qualificatif « la bête » (idées d'humilité), par une périphrase « la personne de moi-même » (idées de négation). D'autres parlent d'eux au pluriel, soit à la première, soit h la seconde ou à la troisième personne (idées de possession, dédoublement de la personnalité). Quelques-uns changent le genre en parlant soit d'eux-mêmes, soit des autres.

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(délire métabolique). Il en est qui suppriment les verbes et font des constructions de phrases étranges, soit parce qu'on les empêche, disent-ils, de penser et de s'exprimer, soit pour dérouter des ennemis (idées de persécution) ; soit parce qu'ils trouvent ainsi leur langage plus original et plus relevé (idées de grandeur). Toutes ces modifications sont intéressantes à connaître. Si parfois elles sont volontaires et conscientes, le plus souvent elles ne sont que la traduction automatique par le langage de troubles psychologiques profonds, inconscients pour le sujet (Klinke).

Modifications du style. — Certains aliénés sont d'une faconde inépuisable, mais leur discours est composé de phrases toutes faites, de rapprochements spécieux, d'idées banales, souvent de mots sonoi^es et vides de sens (maniaques, fous raisonnants, débiles). D'autres, au contraire, sont d'une concision laconique mais des plus éloquentes (mélancoliques). Chez les excités, le discours devient familier, trivial, parfois obscène, et ce fait est d'autant plus frappant qu'on peut le rencontrer chez des personnes ai^partenant aux classes élevées de la société et ayant reçu une excellente éducation. Chez d'autres malades, au contraire, le discours devient plus choisi, parsemé d'expressions pittoresques, de mots finement trouvés, de phrases mordantes. Dans certains cas, le style devient prétentieux, dramatique, ampoulé, affectant quelquefois une apparence de style versifié, plein de métaphores, d'allégories, de sentences, de proverbes, de sous-entendus, de mots à double sens, parfois de calemboui's (délires systématisés, paranoïa verbale de Venturi). D'autres fois, les malades sont d'une prolixité extraordinaire, paraphrasant, développant à l'infini, sous toutes ses formes, leur idée fixe (paralogie thématique) ; abusant des pléonasmes, des périphrases, ou se contentant simplement de répéter les mêmes phrases, les mêmes mots. Quelquefois les périphrases ont un but spécial, d'éviter certains mots auxquels le malade attache une portée spéciale (aphrasie superstitieuse).

Modifications du contenu (dyslogies proprement dites). — Ce sont les plus importantes en tant qu'elles représentent la traduction par le langage des altérations fondamentales de la pensée.

Au point de vue pratique on peut les classer en deux grandes catégories, suivant qu'on les envisage dans leurs rapports avec les troubles de la formation des idées, ou avec les troubles du contenu des idées. Les premières nous renseigneront sur le niveau mental, l'exercice des opérations intellectuelles, en un mot sur l'état mental ; les secondes sur les accidents mentaux, en particulier le délii'e.

On ne peut pas dire d'une façon absolue que le développement du langage soit proportionnel à celui de l'intelligence. Parmi les idiots eux-mêmes, il en est de très loquaces et parlant assez bien, qui cependant occupent dans l'échelle de ces êtres dégradés une place très inférieure, ce sont les microcéphales. Il y a d'auti^e part beaucouio d'idiots, très bavards, qui ne parlent que mécaniquement, comme des perroquets, ou ne répètent, sans en comprendre

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la signification, que les mots qu'ils entendent, (écliolalie réflexe). Nous savons d'ailleurs que l'idée est indépendante du mot qui n'est que son auxiliaire et que si l'on pense plus aisément à l'aide de mots qui servent à donner un corps à- la pensée, on peut cependant penser à l'aide d'images simples.

Toutefois en pratique, on peut conclure de façon approximative du développement du langage à celui de l'intelligence, et distinguer ainsi tout au moins un idiot d'un simple débile, et celui-ci d'un individu d'une intelligence ordinaire. Il importe d'ailleurs de tenii- toujours compte en même temps du sexe des individus, de leur profession, de leur condition sociale, de leur degré d'éducation, etc.

Les modifications apportées par la maladie à l'exercice même des opérations intellectuelles s'accompagnent aussi de modifications connexes du langage. Par exemple, dans les états d'excitation oîi il y a accélération du cours des idées, suractivité de la mémoire, le langage participe à l'exaltation des facultés et devient plus facile, plus abondant, plus choisi. En revanche il existe des malades (neurasthéniques, mélancoliques, douteurs), qui se plaignent d'eux-mêmes, en même temps que de l'enti'ave apportée par la maladie à l'exercice de leurs facultés, de l'impossibilité où ils sont de s'exprimer, de trouver même leurs mots. Dans d'autres cas cette sorte d'inhibition du langage ne se relie qu'à un symptôme particulier : hallucination motrice verbale, idée de possession ou de persécution.

Les états d'affaiblissement démentiel se traduisent également par des modifications du langage spéciales déterminant V incohérence. Elle résulte alors d'une sorte de régression du langage parallèle à la déchéance de la mémoire, du raisonnement. Elle ne consiste pas uniquement dans le manque d'adaptation des réponses aux questions ; mais elle se manifeste aussi dans les discours spontanés. Elle peut exister à des degrés très variables; depuis les simples phrases décousues, les quiproquos, les associations bizarres de mots jusqu'au chaos verbal le plus invraisemblable (Wortsalat.), et tout à fait incompréhensible. Seules l'intonation, les inflexions, les gestes, la mimique peuvent quelquefois donner une idée très approximative de l'intention du sujet. Cette incohérence démentielle, vraie, doit être distinguée soigneusement, en raison de sa signification diagnostique et pronostique, des pseudoincohérences dues soit à l'idéorrhée (manie, délire hallucinatoire), soit à un état émotionnel très accentué (mélancolie), soit à un état passager d'épuissement, d'obnubilation intellectulle (confusion mentale).

De même que les idées politiques, religieuses, scientifiques exercent chez l'homme sain d'esprit une influence particulière sur le contenu du langage, de même les idées délirantes des aliénés ont une influence analogue sur leurs discours. Nous ne pouvons passer ici en revue tout le vocabulaire par lequel s'expriment les différentes idées délirantes et qui d'ordinaire est facile à comprendre, une fois connues les principales variétés de ces idées.

Mais de plus, on rencontre fréquemment dans certaines affections déterminées des phrases spéciales, presque cai^actéristiques. ;

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Telles sont ces phrases de persécutés : « Vous le savez mieux que moi. — Mon affaire est connue. — C'est dans les journaux. »

« Si j'avais su, dira un mélancolique. — Vous perdez ti-op de temps avec moi. — Tout est fini. »

Que l'on demande à un paralytique général quand il doit sortir et l'on recevra presque infailliblement cette réponse : « Je sors demain ».

Certaines expiassions peuvent mettre aussi en évidence des symptômes particuliers. Par exemple : On fait des gestes sur mon passage. — On m'électrise. — On me viole. — On m'injurie, dénotent des idées de persécution se rattachant à des interprétations délirantes, des troubles de la sensibilité générale, d'hallucinations génitales, d'hallucinations de l'ouïe. Qu'un persécuté se serve, pour désigner des ennemis, de pronoms indéfinis, d'un terme collectif, d'une désignation spéciale, cela a encore de l'importance, car ces locutions différentes correspondent à des étapes diverses d'un délire plus ou moins systématisé.

Des indications semblables peuvent être données par l'emploi que fait le malade de néologismes.

Sous ce terme on comprend en pratique non seulement les mots de nouvelle création, mais encore les mots usuels défigurés ou détournés de leur sens habituel.

Les néologismes se distinguent en deux grandes classes : 1" les néologismes passifs ; 2° les néologismes actifs.

Les premiers sont le produit du simple automatisme psychologique. Ils se forment en général par association d'assonances ou de représentations et n'ont pas dans la conscience du malade de signification déterminée (états maniaques, alcoolisme, paralysie générale, démence vésanique). Quelquefois, ils résultent simplement de l'association de mouvements vocaux spasmodiques avec un état émotionnel se rapprochant ainsi de l'interjection ou du juron (mélancolie, obsessions etc.).

A l'inverse des précédents, les néologismes actifs sont créés avec intention et correspondent à une idée, plus ou moins nette d'ailleurs, dans l'esprit de l'individu. Dénués de sens pour tout autre que lui, ils acquièrent une signification spéciale lorsqu'on en a la clé.

Ils sont le produit d'associations systématiques multiples, coordonnées dans une certaine direction, se condensant, après une élaboration réfléchie dans un mot nouveau. Ce mot dès lors fixe la pensée du malade qui en arrive presque à oublier les synthèses successives qui l'ont amené à sa formation. (Stéréotypies verbales). Il n'a plus rien à expliquer, rien à chercher, le mot dit tout et il s'y tient désormais d'une façon presque inflexible.

Ces néologismes actifs se rencontrent surtout dans les délires systématiques, quelle que soit la variété des idées délirantes.

Dans le but de faciliter la recherche des idées qu'ils expriment, on a essayé de les grouper en plusieurs catégories (Tanzi).

1° Noms faisant allusion à des personnes ou à des êtres symboliques.

2° Noms faisant allusion à des agents ou à des états physiques.

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3" Noms faisant allusion à des agents ou à des états physlopathologiques de caractère hallucinatoire. Termes analogues aux précédents, mais avec une qualification sexuelle.

■4" Conjurations, formules d'exorcismes, évocations.

5° Terminologie métaphysique et pseudo-scientifique.

6° Autodénominations.

7° Néologismes asystématiques et ahsurdes.

On a beaucoup discuté sur la signification pronostique des néologismes et et l'on a émis à ce sujet les opinions les plus contradictoires. On peut cependant les concilier bien naturellement en disant que le néologisme actif dénote une affection chronique incurable, un affaiblissement intellectuel qui ne pourra désormais que s'accentuer. Quant aux néologismes passifs, si certains d'entre eux sont en rapport avec des états incurables de démence, il en est aussi qui se rencontrent dans des cas très bénins, d'excitation maniaque, j^ar exemple. Aussi leur valeur pronostique est-elle très variable et ne sont-ils pas, de par eux-mêmes, comme les précédents, un signe absolu d'incurabilité.

Dysphasies. — Sous ce nom nous réunirons les troubles du langage, dépendant d'une altération de la fonction langage dans ses divers éléments. Elles peuvent être divisées en deux grandes classes : dysphasies organiques et dysphasies fonctionnelles.

Dysphasies organiques. — Avec les dysphasies organiques, on rentre dans le domaine de l'aphasie vulgaire. — L'aphasie peut s'associer à la folie de deux manières; tantôt elle la précède, tantôt elle la suit.

Certains aphasiques, en raison même des troubles du langage, de la surdité verbale, des différentes formes de paraphrasie, d'aphasie motrice qu'ils peuvent présenter, de leur mimique extravagante, de l'irritabilité de leur caractère, peuvent être déjà confondus aA^ec de véritables aliénés. Mais de plus, l'aphasie n'est pas sans s'accompagner de troubles intellectuels, souvent plus accentués qu'on pourrait le croire au premier abord. L'état mental de l'aphasique est d'ailleurs susceptible de variations multiples. Tantôt il s'agit d'une simple déchéance intellectuelle plus ou moins rajiide et profonde, tantôt surviennent de véritables manifestations délirantes. Mais, dans tous ces cas, aphasie et troubles intellectuels sont justiciables de la même cause, du même processus organique.

En regard de ces cas viennent se placer ceux d'aliénés devenant aphasiques. L'aphasie peut être alors le fait d'une simple complication au cours d'une psychopathie liée à une affection cérébrale organique, paralysie générale, par exemple. Mais le plus fréquemment, vésanie et aphasie sont de nature très différente, comme lorsque cette dernière survient au cours d'une psychose. Le diagnostic psychiatrique devient alors très difficile, l'aphasie empêchant les idées délirantes de se manifester au dehors. Il importe tout d'abord de bien déterminer la variété de l'aphasie afin de pouvoir utiliser les dernières ressources que Ton puisse avoir de communiquer avec le malade.

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de recueillir avec soin les commémoratifs, et de faire un examen objectif attentif. Le plus souvent on arrive à pouvoir ainsi faire la part des troubles aphasiques. Toutefois on peut rencontrer bien des difficultés en raison même de la ressemblance de certaines dyslogies avec des symptômes pouvant de'pendre de l'aphasie; par exemple : les jurons, la coprotalie, l'écholalie, la répétition des mêmes mots ou des mêmes phrases, les troubles syntactiques, les néologismes, et surtout la paraphasie, dont le diagnostic avec l'incohérence du langage des aliénés chroniques, des déments est parfois des plus délicats (Magnan, Charpentier).

Dysphasies fonctionnelles . — Elles peuvent revêtir deux aspects cliniques différents : celui d'amnésies verbales ou celui d'hallucinations verbales.

1° Aynnésies verbales. — Certains aliénés plongés dans un état de mélancolie pr'ofonde, avec stupeur, offrent tous les signes objectifs de la surdité verbale. Quand on leur parle, ils regardent leur interlocuteur comme s'ils ne le comprenaient pas et répondent tout de travers. Il en est même qui, en raison de cette sorte de surdité verbale, restent plongés dans le mutisme, mais lisent et prononcent correctement les mots. Pour Gucci, en pareil cas l'état d'inhibition qui constituerait la stupeur s'étend au centre auditif verbal et aux voies de conduction qui le relient au centre moteur d'articulation, respectant au contraire celles qui relient ce dernier centre au centre visuel des mots et ce centre visuel lui-même.

Des phénomènes identiques se rencontrent dans la confusion mentale. Meynert décrit une forme spéciale de confusion (pseudaphasische Verwirtheit) avec impuissance à s'orienter par cécité psychique ou surdité verbale, avec dépression de l'activité idéative, état anxieux de la conscience troublée par des rapports absurdes avec le monde extérieur et en connexion avec des phénomènes amnésico-aphasiques et paraphasiques.

Il convient de remarquer qu'en pareil cas il existe toujours une diminution de l'activité idéative, de la faculté de synthétiser les perceptions actuelles et leurs représentations verbales. C'est là une notion dont il faut tenir compte avant de conclure à une amnésie verbale, ainsi que nous l'avons démontré dans des travaux antérieurs. Fuerstner a également signalé des troubles du langage résultant simplement d'un trouble de l'activité céi^ébrale à propos du travail d'élaboration des sensations.

Nous rapprocherons de ces différents faits cette variété spéciale d'aphasie décrite par Grashey qui résulterait d'une trop grande brièveté des impressions sensorielles et ne serait en fait qu'une aphasie par distraction.

Chez certains aliénés, les dysphasies fonctionnelles se présentent sous la forme d'amnésie verbale motrice, complète ou partielle, durable ou transitoire.

Comme type de la forme complète et durable nous citerons le mutisme de Vhystérique qui comprend les mots entendus ou lus, peut s'exprimer par la mimique ou l'écriture, conserve les mouvements de la langue et des lèvres.

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mais ne peut mettre en action le mécanisme de la parole articulée. Rappelons que l'aphonie, l'impossibilité de parler môme à voix basse, donnée par Charcot comme caractéristique du mutisme hystérique, ne se rencontre presque jamais dans le mutisme du mélancolique ou du confus.

Parmi les formes transitoires, nous signalerons celles qui se rattachent à la migraine ophtalmique, dues à des troubles ischémiques transitoires, et pouvant se rencontrer dans l'épilepsie, la mélancolie, l'hj-stérie, l'alcoolisme, la paralysie générale.

Des troubles aphasiques analogues, aphasie motrice simple ou plus complexe avec surdité vei-bale et même cécité verbale, peuvent se rencontrer soit dans l'aura épileptique, soit à la suite de l'accès. Quelquefois même ils constituent à eux seuls l'accès {logonévrose épileplique de Bateman).

On pourrait peut-être considérer comme dépendant également d'une amnésie verbale transitoire ces cas curieux onomalomanie caractérisés par la recherche angoissante du mot.

'^2° flallucinalions verbales. — Nous verrons, en étudiant la pathogénie de riiallucination en général, que toute hallucination, quelle qu'elle soit, suppose l'intervention des centres perceptifs corticaux, comme condition sinon suffisante, du moins nécessaire, indispensable.

Or, l'hallucination verbale, consistant dans la perception subjective de paroles implique par cela même l'intervention d'images verbales et par suite des centres corticaux de la fonction du langage. Gela ne veut nullement dire que là encore l'intervention de ces centres suffise au mécanisme total du phénomène hallucinatoire. Mais si elle est insuffisante à cela, c'est elle du moins, et elle seule, qui lui donne d'abord sa note caractéristique d'hallucination vei'bale, et qui de plus en fait une hallucination verbale auditive, visuelle ou motrice suivant le rôle prédominant joué par tel ou tel des centres constitutifs de la fonction langage.

Hallucinations verbales auditives. — Elles consistent dans la perception subjective de mots qui semblent prononcés du dehors à l'oreille du malade. C'est là un caractère constant dont on peut se convaincre non seulenumt par les explications de l'halluciné, mais encore par son attitude semblable à celle d'un homme qui écoute; par l'habitude qu'il prend quelquefois de se boucher les oreilles à l'aide de procédés divei's, afin de se soustraire à l'importunité de ses voix.

Les hallucinations verbales auditives peuvent être conscientes ou inconscientes en ce sens que le sujet peut en reconnaître ou non le caractère pathologique.

Elles peuvent se manifester sous différentes foi mes dans le langage des malades.

Tantôt ils se plaignent d'entendre résonner extérieurement à leur oreille certains mots d'une façon obsédante (hallucination verbale obsédante).

D'autres fois, tous les mots qu'ils pensent se répei-cutent au dehors à leur

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oreille (écho de la pensée), comme s'ils étaient prononcés à haute voix. Ce phénomène peut exister seul ; mais, s'il fait partie d'un délire de persécution, par exemple, le malade se plaindra simplement que ses ennemis lui volent ses idées ou devinent sa pensée.

Le plus ordinairement il se plaint d'entendre des voix venant de l'extérieur, plus ou moins nombreuses, j^roches ou lointaines, de timbres variables, souvent connus, qu'il qualifie d'une façon généi^ale de voix secrètes, invisibles, téléphoniques, etc. voix qu'il rapporte à des personnes déterminées et qui lui font entendre des injures, des provocations, des obscénités, qui le calomnient, soit en s'adressant directement à lui, soit en causant entre elles; qui lui commandent ou lui défendent certains actes, lui reprochent des fautes, le menacent de toutes sortes de malheurs ; plus rarement, le défendent, le consolent, ou le louent de ses actes, lui révèlent une naissance illustre, lui annoncent la fortune, lui prédisent de hautes destinées.

Toutes ces voix semblent venir des divers points de l'espace, sont perçues le plus souvent par les deux oreilles, quelquefois par une seule (hallucinations unilatérales), ou par les deux oreilles avec un caractère différent pour chacune (hallucinations bilatérales antagonistes). Dans tous ces cas, se présentant parfois chez le même individu, l'hallucination suppose toujours l'intervention du même centre du langage et cela constitue un argument sérieux contre les théories qui attribuent Thallucination unilatérale à un seul hémisphère cérébral et les bilatérales antagonistes au dédoublement des hémisphères cérébraux.

Les hallucinations verbales visuelles sont plus rares, d'abord parce que les images visuelles sont moins employées que les auditives dans le langage intérieur; de plus, bien des individus ne sachant pas lire ne peuvent avoir d'hallucinations de ce genre.

Elles peuvent atteindre dans quelques cas un développement tel que le malade en arrive à visualiser sa pensée, ce qu'il traduit à l'occasion par les phrases pittoresques de « lancer des lettres dans l'espace; d'écriture par les yeux; de photographie de la pensée ».

Hallucinations verbales motrices. — Tous les aliénés qui ont des voix, ne les perçoivent pas d'une façon identique, et font souvent d'eux-mêmes la différence. Les unes sont des « voies auditives », comme ils disent, sonores et perçues par les oreilles. Les autres sont dépourvues de son, « des voies muettes, sensitives » qu'ils perçoivent cependant distinctement. « Mais ils n'entendent pas, ils sentent parler. » Puisqu'il s'agit là d'hallucinations verbales, c'est-à-dire auxquelles prend part la fonction langage, et que les centres auditifs et visuels se trouvent exclus, on est déjà amené à penser que c'est vraisemblablement le centre moteur d'articulation qui est enjeu. Son intervention peut d'ailleurs se démontrer à l'aide de différentes preuves que j'ai souvent exposées dans des travaux antérieurs. J'en rappellerai ici seulement quelques-unes.

C'est d'abord l'attitude des malades. Ils n'ont plus l'air de personnes qui

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écoutent, mais remuent les lèvres, semblent marmotter des paroles comme les individus qui parlent tout seuls leur pensée. Si on leur fait écrire leurs hallucinations, ils n'écoutent pas non plus, mais font en écrivant des mouvements d'articulation. Ces mêmes mouvements d'articulation accompagnent fréquemment l'hallucination, et sont dans certains cas nettement perçus par le malade, parfois même visibles pour l'observateur. Certains de ces hallucinés remarquent spontanément que leurs hallucinations ne peuvent se produire lorsqu'ils parlent eux-mêmes ou lisent à havite voix, en articulant: ou inversement, qu'ils ne peu.vent parler eux-mêmes pendant la durée de l'hallucination. Si l'on se rappelle cette remarque importante de Strickei\ qu'on ne peut penser en même temps h deux choses à l'aide de deux images verbales motrices différentes, on comprendra que cet antagonisme entre l'hallucination verbale et l'expression de la pensée consciente du malade par la parole ou la lecture articulée, ne peut résulter que de la dépendance où se trouve l'hallucination vis-à-vis du centre moteur d'articulation. Rappelons enfin certaines habitudes employées par les malades dans le but de faire cesser leurs hallucinations et qui toutes tendent à s'opposer aux mouvements d'articulation, comme de tenir la langue serrée entre les dents, de suspendre leur respiration, de s'emplir la bouche de cailloux.

Les hallucinations verbales motrices sont très vai'iables d'intensité et de complexité. Pour l'intensité, on peut distinguer plusieurs degrés : d'abord V hallucination verbale kinesthétique simple, quand le malade n'a que la sensation de mots prononcés, sans mouvements d'articulation perceptibles; puis V hallueination verbale motrice proprement dite s'accompagnant de mouvements d'articulation perceptibles suivant leur intensité soit par le malade seul, soit aussi pour l'observateur. A un degré plus accentué encore, les mots sont même nettement articulés et l'on a affaire à une véritable impulsion verbale.

La complexité dépend de la part plus ou moins prépondérante que prend l'image motrice dans la constitution du phénomène. Tantôt cette image motrice de caractère hallucinatoire est la seule saisissable par l'analyse cliniqvie. C'est rhalluciaation verbale motrice simple. Tantôt elle s'accompagne d'une autre image verbale, sensorielle, ordinairement auditive, mais plus faible, donnant lieu à un simple phénomène concomitant d'audition mentale, sans extériorisation. C'est l'hallucination verbale motrice mixte ou sensorio-motrice. Tantôt enfin, cette seconde image auditive s'extériorise, elle aussi, en même temps que l'image motrice, en donnant lieu à une hallucination combinée.

Les considérations précédentes peuvent déjà servir à reconnaître les hallucinations verbales motrices; mais de plus, il n'est pas inutile de savoir sous quel aspect elles se présentent en clinique mentale.

Certains malades se plaignent simplement de ne plus pouvoir penser sans avoir la sensation de parler.

D'autres accusent des voies intérieures sans aucun timbre, des voix muettes : ce sont, disent-ils, des mouvements qui se font en eux. « Ils causent de cœur. »

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Dans des cas plus accentués, le malade perçoit des mouvements d'articulation : les paroles, dit-il, se forment dans sa bouche ; il ne cause plus de cœur seulement, mais de bouche, et c'est à l'aide de ces mouvements de la langue qu'il dit comprendre les paroles hallucinatoires.

D'autres sont obsédés par des mots venus spontanément à leur esprit ou entendus au dehors qu'ils se sentent poussés à répéter et qu'ils ont même quelquefois peur d'avoir prononcés à haute voix (onomatomanie, écholalie mentale, folie du doute).

D'autres encore se plaignent que leur pensée se formule et leur échappe de la bouche avant même qu'ils aient eu le temps de la prononcer volontairement. C'est la fuite de la pensée (Pieraccini). Ils disent alors qu'ils se font comprendre ; qu'on doit les entendre ; qu'ils ne sont plus maiti'es de leur langue ; qu'ils n'ont plus de secrets ; que les idées leur échappent...

Lorsque le malade n'est plus conscient de la nature pathologique du phénomène, il l'attribue à l'action d'influences mystérieuses : « On parle par sa bouche ; on lui remue la langue ; on le force à parler, etc. Ce fait est très fréquent dans les délires de persécution et de possession (dédoublement de la personnalité).

Quelquefois la sensation musculaire n'est plus localisée seulement à la bouche et le malade rapporte le point de départ de ses voix au larynx, à l'estomac, à l'abdomen... (voix intérieures, voix épigastriques).

Dans certains cas, les mouvements d'articulation mentale donnent la sensation d'un corps étranger qui serait dans la bouche ; le mot semble s'être matérialisé. C'est \3ichiqiie nerveuse de Dumont de Monteux (onomatomanie, délire des persécutions).

Si les hallucinations verbales motrices sont faciles à reconnaître dans les cas caractérisés, il n'en est pas toujours de même dans les cas atténués oîi manque l'élément musculaire (conversation mentale, voix intérieure, voix du sang, voix de la conscience, englobés tous par Baillarger sous le nom à' hallucinations psychiques. Toutes les hallucinations verbales motrices rentrent dans le cadre des hallucinations dites psychiques ; mais ces dernières renferment encore d'autres phénomènes particuliers correspondant à ce que certains auteurs plus récents ont appelé des pseudo-hallucinations, c'est-à-dire dépourvues du caractère d'extériorité. Or, parmi ces pseudo-hallucinations, il en est de verbales; et parmi ces dernières, s'il en est dans lesquelles les images naotrices du mot semblent surtout intéressées, il en est d'autres dans lesquelles c'est l'image auditive qui est enjeu. Insuffisamment vive pour s'extérioriser et être perçue par l'oreille, elle donne cependant au malade la perception d'une voix intérieure résonnant dans la tête.

Les hallucinations verbales, auditives et motrices, se rencontrent très fréquemment chez le même individu. Dans ce cas, ce sont généralement les motrices qui sont les dernières en date. Elles alternent alors avec les auditives parlant toutes les deux dans le même sens, ou bien conversant et devenant même antagonistes, l'une soutenant le pour et le contre.

Des cas plus curieux encore sont ceux dans lesquels elles se combinent.

donnant lieu ainsi à une hallucination complexe, <à la fois auditive et motrice. Dans le cas de combinaison hallucinatoire, les mômes pai'oles sont perçues à la fois à l'aide des images auditives et motrices devenues assez vives pour s'exte'rioriser, l'une d'elles prédominant d'ailleurs toujours sur l'autre. Suivant les cas, les malades constatent ainsi que les voix motrices résonnent à leur oreille ou bien que les voix entendues tendent en même temps à provoquer des mouvements d'articulation correspondants.

Ces faits n'ont rien d'étonnant lorsqu'on se rappelle les rapports qui unissent entre eux les centres auditif et moteur du langage, et nous montrent que si l'on peut distinguer parmi les hallucinés comme parmi les normaux des types auditif, visuel, moteur, cette- distinction est toute relative et tient seulement à la prédominance et non pas au rôle exclusif de telle ou telle image verbale.

Impulsions verbales . — Elles sont identiques de nature avec les hallucinations verbales motrices dont elles représentent en quelque sorte le degré maximum.

Elles peuvent se présenter sous différentes formes cliniques. Ainsi l'on rattache parfois à l'impulsion verbale la loquacité incohérente du maniaque, de certains déments agités ; la verbigération du catatonique, le bavardage de l'idiot, la logorrhée irrésistible de certains paranoïaques.

Mais il existe d'autres formes plus intéressantes d'impulsions verbales, partielles, systématisées.

Les cas les plus simples sont ceux dans lesquels le malade, en proie déjà à des hallucinations motrices est forcé de les répéter à haute voix.

D'autres fois, il sent la parole se former en quelque sorte malgré ses efforts ; il est obligé d'articuler, ne fût-ce qu'à voix basse, des mots qu'il ne voudrait pas dire et qui souvent sont contraires à sa propre pensée. C'est la logokinésie de Kramer (mélancolie, onomatomanie, coprolalie, manie blasphématoire).

Souvent à l'impulsion verbale se joint une interprétation délirante et le malade l'attribue soit à des influences extérieures (on lui électrise la langue, on le force à parler), comme dans le délire des persécutions, soit à des agents qui pénètrent dans son propre corps, et se servent malgré lui de ses organes pour agir et parler sans qu'il soit lui-même en cause. (Ce n'est pas lui, dit-il, c'est un autre qui parle. — Idées de possession, dédoublement de la personnalité.)

Tantôt l'impulsion verbale naît d'emblée ; tantôt elle succède à une impression auditive réelle d'un mot que le malade est obligé de répéter à voix haute, (echolalie, echokinésie) où à voix basse, ou même mentalement (écholalie mentale) ; ou même elle succède à une hallucination auditive verbale qui doit également être répétée (écholalie hallucinatoire).

D'autres fois l'impulsion est précédée de l'obsession de certains mots qu'il faut iri'ésistiblement prononcer dans un but de préservation (onomatomanie simple ou associée à des idées délirantes).

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Rappelons qu'il existe aussi une catégorie de médiums, les médiums parlant qui ne peuvent s'empêcher de dire des paroles dont ils ne soupçonnent pas le sens, et qu'ils entendent avec surprise.

Ces faits nous amènent à un dernier symptôme, \k parole involontaire et inconsciente dans laquelle non seulement les mouvements d'articulation sont involontaires, traduisent des paroles étrangèi-es à la conscience du sujet, mais de plus restent totalement inconscients pour le malade qui ne se rend même pas compte d'avoir paiié, l'eùt-il fait à haute voix.

Dyslalies. — Ce sont les modifications de la parole extérieui'e. Elles peuvent avoir des origines différentes. Tantôt ell-es sont le résultat d'une mauvaise éducation, de l'exercice défectueux de la parole. On a réuni sous le nom général de balbutiement (Kussmaul) toutes les variétés de dyslalies de cet ordre, consistant dans un trouble de la formation littérale des sons. Une des variétés les plus fréquentes chez les aliénés est la blésité qui consiste dans la substitution de consonnes douces à des consonnes dures.

D'autres résultent de malformations congénitales ou accidentelles (bec-delièvre, traumatismes, accidents syphilitiques, etc,) et suivant le siège de la malformation sont distinguées en laryngée nasale et palatine, linguale, dentale^ labiale.

Un autre cas est celui oii elles résultent de maladies du système nerveux, central ou périphérique, organiques ou fonctionnelles. Dans ce groupe, la dyslalie de la paralysie générale est plus particulièrement intéressante. Elle comporte plusieurs éléments. L'hésitation, le traînement de la parole répondent à la paresse intellectuelle, au manque de mémoire ; le tremblement de la parole, au contraire, renti-e dans le groupe des phénomènes moteurs. D'une façon générale, on peut dire que les troubles de l'articulation (dysarthine) chez les paralytiques consistent d'aboi^d en de simples accrocs (achoppement) à de certaines syllabes; puis, c'est de l'hésitation plus pr-ononcée, d'abord intermittente puis continue ; plus tard, la parole est tout à fait coupée ; elle prend un caractère scandé et devient ensuite psalmodiée, chevrotante (parole œgophonique de Duchek). En même temps, la voix baisse, prend un son monotone et enroué.

L'achoppement se distingue du balbutiement en ce qu'il s'accentue d'autant plus que le malade parle plus vite et en ce qu'il ne porte pas sur la formation littérale des sons, mais sur leur réunion en syllabes. Il se distingue du bégaiement en ce qu'il est une manifestation paralytique et non spasmodique et ne s'accompagne pas des mêmes modifications respiratoires.

Nous ne ferons que signaler l'embarras de la parole que l'on rencontre dans la sclérose en plaques, dans l'alcoolisme, à la suite des accès épileptiques,, et ces troubles variés de l'articulation chez les hystériques, groupés sous le terme de bégaiement hystérique, toutes formes de dyslalies pouvant à l'occasion offrir quelque ressemblance avec celle de la paralysie générale.

Un dernier groupe est celui des laloneuroses spasmodiques. Nous citerons seulement l'aphtongie résultant de crampes dans le domaine de l'hypoglossa

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et qui est très rare, et le bégaiement, beaucoup plus fréquent. C'est une névrose spasmodique de coordination entravant la prononciation des syllabes au commencement ou au milieu du langage jusque là régulier. 11 porte sur les sons liés en syllabes, se produit à l'occasion des consonnes, se corrige en chantant, s'exagère sous l'influence d'une émotion et s'accompagne de modifications spéciales du rythme respiratoire, inspiration pas assez pi'ofonde, expiration trop rapide et mal mesurée.

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