II. — LES ACTES DES ALIÉNÉS
La notion des actes, de la conduite de l'individu est sans contredit un des éléments d'appréciation les plus utiles au diagnostic de l'aliénation mentale.
Aussi est-on quelque peu surpris de ne rencontrer dans la plupart des traités classiques, aucun chapitre d'ensemble relatif à ce sujet; cette lacune s'est trouvée comblée dans le manuel récent de Morselli qui fait une étude très remarquable de la conduite générale de l'aliéné. La question est des plus complexes : pour en donner, dans ce chapitre, une idée à la fois succincte et complète, nous ne ci^oyons pouvoir mieux faire que de suivre, au moins dans ses grandes lignes, le plan tracé par cet auteur.
Considérée dans son ensemble, la conduite de l'aliéné présente deux traits principaux : d'abord, le manque d'adaptation, originel ou acquis, de l'individu aux conditions de milieu, d'existence, dans lesquelles il se trouve; puis, le manque d'unité, de conformité qui existe soit en totalité, soit en partie, entre sa conduite actuelle et sa conduite antéineure.
Aussi lorsqu'on veut se rendre compte de la valeur exacte des actes d'un aliéné, est-il nécessaire en premier lieu de bien déterminer, par une enquête soigneuse, le milieu physique, familial, professionnel, social oii il se trouve. On peut juger de l'impoi'tance de cette recherche et de l'influence considérable du milieu sur la conduite de l'aliéné, lorsqu'on se rappelle les modifications qu'elle subit chez le même individu du seul fait de la vie au dehors, en liberté, ou au contraire de l'isolement, de la discipline d'un milieu approprié à son état.
En second lieu, il importe de recueillir le plus de renseignements possibles sur la façon de se conduire du sujet dans les différentes éventualités de son
SÉMÉIOLOGIE DES AFFECTIONS MENTALES
existence, c'est-à-dire, sur son caractère, sur ses habitudes familières en même temps que sur ses actes intentionnels, dans telle ou telle circonstance particulière, en face des incidents différents et imprévus de l'existence journalière.
A. — Les troubles pathologiques des actes dans les maladies mentales doivent être envisagés sous plusieurs aspects, d'abord comme manifestations de l'activité psycho-motrice générale.
C'est ainsi que l'on voit certains aliénés passer de l'idée h l'acte avec une facilité tout à fait extraordinaire. Cette hyper-activité psycho-motrice peut d'ailleurs être plus ou moins accentuée.
Dans les cas les plus légers, on n'a guère affaire qu"à une sorte d'exubérance s'accompagnant en même temps d'un état d'optimisme manifeste. Le malade témoigne à tout instant d'un besoin d'activité infatigable ; il se lance dans des spéculations hasardeuses, entreprend à la fois toutes sortes d'affaires disparates, entretient une correspondance des plus actives, se lance dans une vie de dissipation, de plaisir, se livre à des dépenses exagérées.
Cela s'observe dans les cas d'excitation maniaque simple, dans la période maniaque de la folie intermittente, dans cette forme de folie raisonnante que l'on a quelquefois qualifiée assez heureusement de « folie d'action ».
Cette hypei'-activité psycho-motrice (hypei'-boulie, Emminghaus) l'ésulte de causes diverses que l'on peut avec Krafft-Ebing classer de la manière suivante. C'est d'abord la confiance en soi-même, pathologiquement exagérée et sans cesse entretenue par le sentiment que les capacités physiques et intellectuelles sont augmentées et qu'on peut arriver à tout. D'autres causes résident dans la suppression de toutes les représentations antagonistes d'entrave, de contrôle, telles que les idées d'utilité, de but etc. ; dans la variation des représentations nombreuses, mobiles, instables, et dans leur transformation plus facile en impulsions motrices.
Dans des cas plus accentués, la conduite devient absolument désordonnée ; souvent les actes ne manifestent plus de caractère intentionnel et le malade se livre à une agitation incohérente, vociférant, gesticulant, etc. C'est le cas des états maniaques simples ou symptomatiques, démence, paralysie générale, alcoolisme aigu, épilepsie, folie intermittente etc. En pareille circonstance et dans les cas extrêmes, il n'est pas rare devoir des actes se manifester comme de véritables décharges motrices, d'une instantanéité tout à fait surprenante et qui enlève à ces actes, déjà involontaires, tout caractère conscient. Tels sont ceux que l'on désigne sous le nom de raplus (mélancoliques, épileptiques, délire alcoolique. ..).
En regard et dans un sens diamétralement opposé, prennent place les cas dans lesquels le passage de l'idée à l'acte ne se fait plus qu'avec une lenteur, une difficulté plus ou moins évidentes. Le malade ne fait plus preuve d'aucune initiative, surtout à propos des actes nouveaux, imprévus et même parfois à propos d'actes habituels et familiers.
Ces états d'inertie se renconti^ent dans des circonstances diverses et sous
SÉMÉIOLOGIE DES AFFECTIONS MENTALES
l'influence de causes très différentes. Chez les idiots , les imbe'ciles,. les déments, les stupides, l'inertie n'est que la conséquence de l'absence, de la perte définitive ou de la suspension momentanée de l'activité intellectuelle, de l'indifférence profonde dans laquelle est plongé le malade qui ne vit plus que de la vie végétative.
Chez d'autres aliénés qui présentent une attitude passive assez semblable en apparence, l'inertie reconnnaît des causes bien différentes. Ce sont ces cas que l'on qualifie d'ordinaire du nom d'aboulie.
L'exemple le [plus net nous est fourni par le mélancolique simple, irrésolu, indécis à tout pi^opos, s'exagérant le moindre obstacle, appréhendant toute sorte de responsabilités imaginaires, pénétré du sentiment douloureux de son impuissance, se lamentant sur son incapacité.
Dans des cas plus caractérisés, le malade finit par délaisser toutes ses occupations habituelles, négligeant ses intérêts, incapable de pourvoir à ses besoins, même les plus élémentaires, se détachant de tout pour s'isoler en lui-même, et souvent incai^able de faire les efforts nécessaires pour se vêtir, pour s'alimentei^ finissant par se confiner dans son lit. (Mélancolie dépressive, confusion, stupeur, manie lectuaire.)
Cette sorte d'entrave apportée aux manifestations extérieures de l'activité psychique peut résulter de causes vaiiables et multiples (Krafft-Ebing).
C'est d'abord la conviction qu'a le malade d'être dans l'impossibilité d'atteindre à ce qu'il désire. Tel est le cas du mélancolique en raison même du changement survenu dans son état cénesthétique général, et du sentiment de faiblesse, de diminution du moi qui en résulte. — Une autre cause est la douleur morale, le sentiment pénible qui chez ce même malade, accompagne le moindre effort d'activité psychique et lui fait éviter l'action, comme un malade soviffrant de névralgies évite instinctivement de provoquer des mouvements dans la région douloureuse.
D'autres causes encore sont les troubles de la synthèse mentale. L'acte à exécuter n'est pas perçu, n'est pas compris dans ses divers éléments par la conscience personnelle et la représentation n'est pas assez nette, assez puissante pour pouvoir agir comme stimulus du mouvement. Ou bien le malade s'abstient en raison de l'indécision amenée par des représentations contradictoires.
Il est enfin des cas où l'inertie du sujet est toute volontaire, résultante logique d'hallucinations ou d'idées délirantes spéciales.
B. — Les actes de l'aliéné doivent être envisagés encore à un autre point de vue, comme manifestations extérieures, objectives des anomalies congénitales ou des troubles accidentels, acquis, du caractère individuel.
C'est ainsi que le mélancolique simple déprimé se montre généralement doux, facilement résigné ; l'anxieux au contraire est souvent contrariant, entêté, enclin à l'opposition, à la résistance systématique. On cite souvent aussi la bienveillance, la générosité, l'optimisme expansif du paralytique général, en l'opposant au caractère difficile, violent, égoïste du circulaire (Régis); la docilité
SÉMÉrOLOGIE DES AFFECTIONS MENÏxVLES
du confus qui se laisse aisément « gourmer et conduire » (Delasiauve) ; le négativisme du catatonique, l'indifférence du dément, la perversité de l'imbécile, la violence de l'épileptique', la vanité du mégalomane, la méfiance du persécuté, la jalousie de l'alcoolique sont également bien connues.
On a souvent répété avec juste raison que les aliénés étaient presque toujours des égoïstes; mais cet égoïsme prend suivant les cas des teintes variées : telle l'autophilie soupçonneuse et vindicative, le caractère égocentrique du délirant systématique, l'indifférence distraite du mélancolique, del'hypochondriaque; l'apathie du dément, la négligence du paralytique, la fourberie du raisonnant, l'hypocrisie de l'imbécile, le sans-gêne du maniaiiue, etc.
Dans bon nombre de cas, le début ou la modification d'un état iJsychopathique s'annonce par des prodromes qui se manifestent par des changements dans la conduite, les habitudes, le caractère de l'individu.
11 se montre tout différent de ce qu'il était auparavant, n'a plus souci de ses parents, de ses amis, de ses devoirs, des convenances sociales, commet toute sorte d'actes extravagants, etc. 11 devient bizarre, irascible, versatile, turbulent, violent même à l'occasion. D'autres fois, il se montre inquiet, ayant lui-même conscience du désordre qui l'atteint, du péril qui le menace; soupçonneux, tacitune, mécontent de lui-même et des auti'cs, superstitieux, dévot, etc.; ou bien il tombe dans l'indifférence, se désintéresse de tout, ne manifestant aucun désir, aucune spontanéité. Dans d'autres cas, il adopte petit à petit une nouvelle manière de vivre, en rapport avec nue idée fixe quelconque qui le domine, envahit sa conscience de plus en plus et à laquelle il conforme ses paroles, son attitude, ses actes, sa conduite.
Ces modifications sont souvent remarquées même par l'entourage du malade lorsqu'elles contrastent avec sa manière d'être antérieure. Mais d'autres fois, la maladie mentale, se développant sur une personnalité déjà anormale, ne fait qu'exagérer des tendances préexistantes. Nous ne pouvons d'écrire ici en détail tou.s les traits particuliers des constitutions psychopathiques congénitales qui intéressent le caractère et se traduisent dans la manière d'être extérieure. Nous raiDpellerons seulement que ces déséquilibrés se font l'emarquer par l'irrégularité, l'impulsivité, le manque d'équilibre de leur conduite, leur caractère instable, « ondoyant et divers », faible, accessible à toutes les suggestions éti'angères, distrait, romanesque, impressionnable; leur esprit de contradiction, leur tendance au mensonge, leurs excentricités, leurs manies puériles, bizarres, leur misonéisme, leur imprévoyance, leur entêtement borné, leur susceptibilité ombrageuse, leur vanité incroyable ».
C. — C'est surtout dans ces circonstances que l'on voit se manifester certains troubles particuliers des actes résultant du défaut d'unité et de stabilité du caractère (Ribot), du manque d'association systématique des éléments psychiques (Paulhan), du défaut de synthèse, de la désagrégation psychologique (P. Janet). En première ligne se placent les actes impulsifs ou impulsions pathologiques.
A l'état normal, nous savons que tout fait psychique tend à s'associer ceux
SÉMÉIOLOGIE DES AFFECTIONS MENTALES
qui avec lui peuvent former un système, et en même temps à empêcher de se produire et de se développer ceux qui ne peuvent s'harmoniser avec lui pour une fin commune.
Il n'en est plus ainsi lorsque du fait d'un trouble acquis ou d'une constitution psychopathique congénitale il vient à se produire un état plus ou moins accentué de dissociation, de désagrégation psychique. D"une part le pouvoir de synthèse mentale s'affaiblit, et d'autre part, en raison même de cet affaiblissement cer-tains faits psychiques se groupent en sj^nthèses partielles qui se détachent de plus en plus de la conscience personnelle, tendent h devenir autonomes et finissent même par être, à un moment donné, prépondérants. S'il est vrai qu'à l'état normal, l'idée tend déjà naturellement à se transformer en mouvement, il s'en suit que dans les cas pathologiques, cette tendance se trouvera singulièrement facilitée; le mouvement se.produira de lui-même presque fatalement, l'acte réfléchi fera place à l'acte impulsif.
Si telle est la condition première des actes impulsifs, ils peuvent se rattacher à des symptômes psychiques différents suivant les états pathologiques dans lesquels ils se manifestent.
Tantôt, ils dépendent d'états émotionnels conscients ou subconscients; tel est par exemple, le cas du mélancolique en proie à la douleur morale, et qui sous cette influence ne sort guère de son état d'aboulie habituelle que pour réagir sous forme d'actes impulsifs, de raptus. Tel est aussi le cas du « phobique », arrivant bon gré malgré à accomplir les actes que lui commande son « délire émotif» particulier.
D'autres fois, l'acte impulsif n'est plus que la manifestation de la vie instinctive devenue prépondérante, sans contrepoids par suite de l'état de débilité intellectuelle congénitale ou d'affaiblissement acquis, démentiel des facultés supérieures.
Chez les aliénés délirants, la plupart des actes impulsifs sont la conséquence directe des troubles intellectuels. Tantôt ce sont des illusions ou des hallucinations sensorielles qui commandent l'impulsion. Le malade entend des voix impérieuses qui l'invitent à accomplir des actes extravagants ou violents sur lui-même, ou sur les choses et les personnes qui l'entourent. Ou bien il croit voir autour de lui des ennemis, des individus armés, des animaux effrayants, et ces visions pathologiques le poussent à se défendre ou à s'échapper de la manière la plus inattendue, fût-ce au péril de sa vie. Les hallucinations motrices peuvent être, elles aussi, l'origine d'actes impulsifs parfaitement irréfléchis et nous avons vu dans le chapitre précédent que ces symptômes particuliers et les impulsions sont des phénomènes de même nature.
Les idées débitantes de diverses catégories peuvent être également le point de départ d'actes pathologiques. Toutefois, le caractère impulsif de ces actes n'est pas toujours aussi net en ce cas que dans les précédents. Souvent même l'acte apparaît comme combiné, réfléchi, logique et semble n'être pathologique que par son point de départ, l'idée délirante qui lui a donné naissance.
Il est toutefois des cas bien nets dans lesquels on voit un phénomène d'idéation donner naissance à un acte impulsif caractérisé. C'est ce que l'on
SÉMÉIOLOGIE DES AFFECTIONS MENTALES
observe en particulier dans les idées obsédantes, ou dans les idées fixes subconscientes.
Ce dernier cas nous amène à ceux dans lesquels les actes impulsifs se révèlent comme de pures manifestations de l'automatisme psychologique . Ils peuvent avoir alors l'apparence d'actes intelligents accomplis dans un but déterminé, mais ils ne sont pas assimilés par la perception personnelle, et s'exécutent en dehors de la volonté consciente du sujet; ce sont en un mot des actes subconscients. Ils peuvent se présenter sous une forme très compliquée, nécessitant des associations très complexes d'éléments psychiques divers. Dans certaines circonstances ils se succèdent ainsi avec tant de précision qu'il est presque impossible de les distinguer par eux-mêmes des actes de l'existence normale. Ce n'est que par leurs caractères intrinsèques, leur contraste avec les actes habituels du sujet, par l'amnésie, l'inconscience qui les sviit, qu'on les voit se détacher de cette existence pour former en quelque sorte une vie seconde, presque ou totalement indépendante de la première avec laquelle elle peut alterner sans se confondre (hystérie, épilepsie, délires toxiques, confusions mentales).
Les actes impulsifs se distinguent encore par d'autres caractères. C'est ainsi que l'on a donné comme preuve de leur nature pathologiqvie l'absence du caractère dhitilité (Blocq et Onanofî), en ce qu'ils ne comportent que des réactions mal adaptées à l'intérêt de l'individu ou de l'espèce.
Un autre caractère, c'est leur irrésistibilité, dépendant de diverses causes, telles que leur autonomie dans la vie mentale de l'individu, l'absence ou l'insuffisance de tendances antagonistes; puis leur persistance, leur réitération, l'accompagnement émotionnel qui leur fait cortège d'ordinaire, enfin leur contenu même (Morselli). J'ai déjà fait remarquer sur ce dernier point que l'irrésistibilité d'un même acte impulsif pouvait varier suivant les cas, en raison des différents éléments psychiques qui constituent l'idée correspondante. Tel individu, par exemple, hanté par l'homicide, sera moins irrésistiblement porté à l'accomplir s'il visualise simplement son idée, que s'il y pense à l'aide des représentations motrices correspondantes à l'acte même.
Cette irrésistibilité de l'acte impulsif est de toute évidence lorsqu'il s'agit des impulsions inconscientes ou subconscientes dont le malade ne garde aucun souvenir, et se montre ensuite stupéfait, honteux, désolé. Elle est aussi mise en lumière dans les impulsions conscientes par les explications mêmes du malade accusant son impuissance, la fatalité invincible de l'acte qu'il lui « fallait accomplir )>. Les hallucinés délirants eux-mêmes, qui se prétendent commandés par des hallucinations impératives, influencés et violentés par des puissances tyranniques, fournissent encore la même indication.
Lorsqu'on les envisage au point de vue de l'état concomitant de la conscience, les actes impulsifs peuvent se classer en différentes catégories.
Il importe de mettre à part les actes accomplis délibérément, d'une façon logique, par certains aliénés (les persécutés, par exemple), et qui ne diffèrent alors des actes d'un individu sain que par leur point de départ, conceptions délirantes ou hallucinations acceptées pour réelles et exactes par le sujet.
SÉMÉIOLOGIE DES AFFECTIONS MENTALES
De même, il faut encore distinguer les actes plus ou moins impulsifs commis par certains débiles ou déséquilibrés, exécutés par eux avec toute la lucidité d'esprit dont ils peuvent disposer, mais dénotant une absence plus ou moins complète de conscience morale.
Ces faits une fois éliminés, si l'on considère les actes impulsifs dans leur rapport avec l'état de la conscience personnelle, on peut les classer en trois catégories.
Dans la première prennent place ceux qui sont totalement inconscients. Le malade, au moment même où il accomplit son acte, agit en véritable automate dans une sorte de crise momentanée, au coui's de laquelle tous les faits psychiques qui se produisent, perceptions, émotions, volitions, ne sont point assimilés par la conscience personnelle, restent en dehors de ce consensus de faits psychiques qui constituent son moi, sa personnalité normale. Aussi, une fois cette crise passée, ne conserve-t-il pas le souvenir de ce qu'il a pu sentir, penser ou exécuter pendant sa durée. Le type des actes impulsifs de ce genre nous est fourni par l'épilepsie. Outre l'inconscience qui les accompagne, l'amnésie qui les suit, ils ont encore comme caractères distinctifs leur instantanéité, leur violence, la régularité automatique de leur exécution, leur répétition uniforme au cours de crises différentes, leur brutalité.
Les mêmes troubles de la conscience personnelle se rencontrent aussi chez les hystéiiques, à la faveur de cet état de désagrégation particulier si bien étudié par Pierre Janet et qui constitue le fond de l'état mental de ces malades. Les actes auxquels ils se livrent pendant leur somnambulisme restent absolument distincts de leur conscience personnelle. Une fois revenus à leur état normal, ils ne s'en souviennent pas. Ils ont vécu pendant ce temps d'une sorte de vie seconde, distincte de leur vie normale et dont ils ne retrouveront le souvenir qu'au retour d'une nouvelle crise. Dans leur état normal même, sous l'influence d'un simple état de distraction, on les voit souvent accomplir des mouvements, des actes déterminés dont ils n'ont aucune conscience au moment même où ils les accomplissent.
Une autre catégorie comprend des actes impulsifs du même ordre, non plus totalement inconscients, mais subconscients. Sans être absolument autonomes, détachés de la conscience personnelle, ils n'ont avec elle que des rajoports de contact, mais ne la pénètrent pas. Fréquents aussi dans l'hystérie, on les trouve dans tous les états mentaux, accompagnés d'un état d'obnubilation intellectuelle, de confusion mentale plus ou moins prononcée (mélancolie avec stupeur, confusion mentale, démence aiguë, délires hallucinatoires, délires toxiques ou infectieux).
Enfin, une dernière catégorie comprend les impulsions dites conscientes, en ce sens que le malade se rend compte de leur nature pathologique et lutte péniblement contre elles.
J'ai fait remarquer que dans ces cas il y avait toujours en réalité division, désagrégation de la conscience personnelle, puisque l'impulsion i-eprésente une synthèse partielle tendant de plus en plus à l'autonomie et finissant même par dominer, obnubiler la conscience personnelle au moment de son exécution.
SÉMÉIOLOGIE DES AFFECTIONS MENTALES
Le dipsomane qui cède à son impulsion, abandonnant sa famille, ses affaires, vendant ses vêtements pour boire jusqu'à l'ivresse et même l'alcoolisme; le délirant du toucher qui se lave indéfiniment les mains pour avoir effleuré un bouton de porte ou rencontré un enterrement, peuvent-ils passer pour avoir eu à ce moment la conservation de toute leur conscience?
Évidemment non. Alors qu'ils se laissent aller à la satisfaction de leur penchant, c'est qu'ils y sont totalement adaptés. La vaste synthèse psychique qui constituait leur conscience personnelle, s'est trouvée effacée un instant devant la synthèse nouvelle correspondant à l'idée obsédante, de plus en plus précise et absorbante. Si pour un moment tous les éléments psychiques ont convergé vers un même but, s'ils semblent s'être groupés en une seule synthèse, en un état de conscience unique, celui-ci n'est justement que le dernier terme d'épanouissement de la synthèse pathologique, la manifestation la plus nette de l'asservissement et de l'éclipsé momentanée de la conscience personnelle chez un sujet qui, pour un instant plus ou moins long, fut un véritable délirant.
Cette désagrégation psychologique, cette division de la conscience qui atteint son maximum dans la crise impulsive, n'en existe pas moins dans les intervalles, comme en puissance, constituant une sorte de diathèse mentale particulière qu'on pourrait appeler avec Tanzi, la diathèse d'incoercibilité psychique.
Je m'empresse d'ajouter que les faits psj'chiques qui constituent l'idée obsédante ne sont pas totalement subconscients et indépendants, comme cela arrive dans d'autres formes de désagrégation mentale, l'hystérie, par exemple.
Ils ne sont abandonnés qu'en partie à leur développement automatique, ils envahissent à chaque instant la conscience, se mêlant aux autres pensées.
C'est là la note particulière de l'obsession, de l'impulsion dites conscientes, qui fait que l'individu peut se rendre compte de ce qu'il éprouve, peut même l'analyser assez exactement; mais cela ne veut dire en aucune façon qu'il soit complètement conscient au sens strict du mot. L'obsédé impulsif est conscient d'un côté, qu'il est inconscient de l'autre.
L'impulsion dite consciente reconnaît encore différents caractères cliniques que je ne ferai qu'énumérer. Elle est obsédante, irrésistible, paroxystique, accompagnée dans le paroxysme d'un état d'angoisse très pénible, et suivie après son exécution d'un sentiment de bien-être, de détente.
Elle se présente en général comme trouble pathologique isolé chez des individus d'ailleurs non délirants. Mais elle peut se trouver aussi incorporée à des délires de diverse nature. Elle conserve dans ce cas les mêmes caractères cliniques et psychologiques. Elle diffère simplement par la valeur qu'elle acquiert aux yeux du malade, qui tout en se rendant compte encore de la nature du phénomène qu'il éprouve, l'interprète dans le sens de son délire et l'attribue, par exemple, à l'influence d'ennemis, de puissances mystérieuses.
Il n'est pas rare en pareil cas de voir le malade chercher à empêcher ou à corriger l'impulsion par d'autres actes plus ou moins bizarres, auxquels il attribue une valeur particulière d'antagonisme, et qui souvent se rattachent à des idées spéciales de préservation et de défense.
SÉMÉIOLOGIE DES AFFECTIONS MENTALES
On observe encore souvent dans les mêmes circonstances des phénomènes absolument inverses. Si par instants les sujets se prétendent poussés à exécuter tel ou tel acte sous l'influence d'une force étrangère plus puissante que leur volonté, ils se plaignent en même temps que la même influence les empêche d'agir à leur gré et met obstacle à l'exécution des actes volontaires les plus simples. C'est là un phénomène d'arrêt, d'inhibition, comparable à celui que l'on observe dans le domaine des hallucinations (hallucinations négatives) et que l'on désigne quelquefois, par analogie, du terme assez impropre d'impulsion négative.
it côté des impulsions, nous devons une mention à deux variétés de phénomènes psycho-moteurs assez fréquents chez les aliénés.
Ce sont d'abord les tics, et nous admettons ici avec Brissaud que le tic n'est point un simple mouvement involontaire où il est impossible de reconnaître In moindre systématisation fonctionnelle, mais nécessite l'intervention de mouvements musculaires, combinés, systématisés; qu'il n'est point, comme le spasme, un phénomène exclusivement réflexe, mais un acte cérébral d'origine corticale.
Puis les mouvements systématisés (Brugia et Marzocchi) ou stéréotypés (Krœpelin, Wernicke, Ricci...), qui constituent une des variétés les plus importantes des manifestations de l'automatisme cérébral. Ce sont des actes ou des mouvements combinés qui primitivement voulus, dictés par une idée spéciale, exécutés dans un but déterminé, en un mot systématisés, finissent par se répéter à toute occasion automatiquement chez le même malade, sous la même forme stéréotypée, souvent un nombre indéfini de fois. On les observe ordinairement chez les déments, les paranoïaques chroniques, les paralytiques généraux, les imbéciles, les épileptiques, et dans tous ces cas, ils se développent en tant que symptôme d'un état plus ou moins grave d'affaiblissement intellectuel (Mondio, Cahen).
B. En regard des impulsions ou, comme l'on dit quelquefois, des troubles de la volonté d'arrêt, se jolacent d'autres phénomènes d'apparence tout opposée, mais reconnaissant la même origine fondamentale, l'affaiblissement du pouvoir général de synthèse psychique. Ce sont les aboulies ou troubles de la volonté d'action.
« Le mot aboulie (aJio'jAr,) désigne d'une façon générale les altérations, les diminutions de la volonté. Il s'applique à la paresse, à l'hésitation, à l'impuissance dans les actes, comme h la lenteur, à l'indécision, à l'absence d'attention pour les idées. » (Pierre Janet.) Bien que fréquemment observé par les aliénistes dans des circonstances diverses, chez les mélancoliques, les neurasthéniques, les hystériques, les confus, les intoxiqués, les obsédés, ce phénomène n'en est pas moins encore bien peu connu dans son essence même et sous ses formes variées.
Au point de vue clinique, la division proposée par P. Janet est celle qui nous paraît correspondre le mieux aux faits d'observation.
Nous diviserons donc, avec cet auteur, les aboulies en systématisées, localisées, généralisées .
SÉMÉIOLOGIE DES AFFECTIONS MENTALES
Les aboulies systématisées sont des impuissances de la volonté portant seulement sur un acte particulier ou sur un système d'actes spéciaux (parler, écrii'e, marcher, se lever, exécuter les actes professionnels, etc.).
Les aboulies localisées sont beaucoup moins connues. Sous ce titre, P. Janet range plusieurs faits d'ordres différents, et 'désigne soit des états d'aboulie momentanés et périodiques, soit des impuissances localisées, non plus à certaines actions, mais à des mouvements particuliers de tel ou tel membre, soit des aboulies résultant de la mise en jeu d'images mentales moins familières que d'autres à certains malades.
Les aboulies généralisées portent simultanément sur toutes les actions et toutes les pensées. Elles se présentent sous deux aspects presque toujours réunis, mais que la description peut séparer : les aboulies motrices et les aboulies intellectuelles.
Dans les formes les plus légères d'aboulie motrice, les actes volontaires deviennent seulement pénibles, lents, de courte durée et entre-coupés d'arrêts innombrables. Les malades éprouvent surtout une peine énorme à prendre une décision et bien souvent cette résolution si difficile ne leur sei't à rien, car ils n'achèvent jamais ce qu'ils commencent.
Dans les formes plus accentuées, tout acte, même le plus simple, se lever, marcher, prendre un objet, devient presque impossible au malade qui arrive à un état d'inertie presque permanente.
Mais la volonté n'a pas une action uniquement motrice ; elle joue un rùle essentiel dans l'intelligence. « Quand on la considère à ce point de vue, la volonté prend le nom d'attention et son résultat principal est de nous faire comprendre en les synthétisant les phénomènes psychologiques inférieurs, sensations et images, de nous donner l'intelligence des choses. » (P. Janet.) Cette forme de la volonté est troublée comme l'autre chez les abouliques; c'est l'aboulie intellectuelle, l'aprosexie que l'on rencontre à des degrés divers dans le doute, la confusion mentale, etc.
Elle peut être plus ou moins accentuée. Dans les formes complètes, le malade est incapable de lii'e, de parler, de suivre une conversation, même de percevoir exactement les objets extérieurs. Dans ces cas, il reste en général calme, indifférent. Mais dans les formes atténuées, s'il est capable de tenter encore quelques efforts, on peut observer des troubles plus complexes. L'exercice de l'attention, lente, difficile à fixer, s'accompagne de souffrances diverses, maux de tète, « inquiétudes », de phénomènes moteurs, tics, grimaces, etc.. L'effort, de très courte durée, est suivi d'accidents divers, céphalalgie, asthénopie passagère, obnubilation mentale, phénomènes spasmodiques.
P. Janet a signalé encore, à propos des aboulies hystériques en particulier, un certain nombre de caractères que nous devons rappeler, car ils se retrouvent toujours, du moins en partie, dans les aboulies liées à d'autres affections mentales.
C'est d'abord la conservation des actes anciens, qui sont encore possibles par cette raison même qu'ils s'exécutent d'une façon automatique. Ce sont
SÉMÉIOLOGIE DES AFFECTIONS MENTALES
des actes déjà voulus autrefois et dont l'exécution ne réclame que la répétition d'une ancienne synthèse d'images déjà liées, associées ensemble. En revanche il y a peinte des actes appelés volontaires qui sont, eux, des actes nouveaux, et c'est cette nouveauté même qui, beaucoup plus que leur complexité, nécessite pour leur exécution, non plus une association automatique, mais une synthèse nouvelle, un effort de création, impossibles à l'aboulique.
Un autre caractèi'e est la conservation des actes subconscients et la perte de la perception personnelle des actes.
« Les actes nouveaux adaptés à des circonstances variables et complexes exigent une synthèse plus délicate et plus actuelle ; ils sont les premiers atteints. Les actes anciens qui sont dus à d'anciennes synthèses, et qui se répètent aujourd'hui presque sans modifications ne sont presque pas altérés. Mais, qu'il s'agisse des uns ou des autres, l'altération porte surtout sur un phénomène qui est toujoui^s nécessairement vme synthèse actuelle, puisqu'il doit se former de nouveau à chaque moment de la vie, c'est la perception personnelle des actes, l'assimilation des actions nouvelles à la grande notion de la personnalité ancienne. »
Ces états d'aboulie ne sont pas sans entraîner à leur suite d'autres phénomènes qui en sont comme la conséquence naturelle : continuation monotone d'une même action habituelle, impulsions irrésistibles, idées fixes, altérations de la notion de la personnalité provoquant des délires plus ou moins complexes.
Le diagnostic psychologique précis de l'aboulie n'est pas toujoui-s chose aisée, en raison même des divergences d'oiiinion qui régnent parmi les auteurs, à propos du mécanisme intime du phénomène.
Ainsi C[ue le fait remarc{uer P. Janet lui-même, toute action est un phénomène ^psychologique très complexe et renferme suiiout deux parties principales: la volonté de l'action, l'effort volitionnel, et son exécution. Quand un acte a disparu, il n'est pas facile de dire si c'est en raison du « nonvouloir » ou du « non-pouvoir ».
Chez l'homme normal ces deux phénomènes se touchent presque à se confondre. Mais dans certaines conditions, d'après les observations des malades eux-mêmes, la distinction est nécessaire et l'on doit séparer l'individu, qui se représente l'action à accomplir, mais qui ne trouve plus dans son esprit les moyens de l'effectuer, de l'abovilique qui ne conçoit pas l'action et qui ne fait aucun effort. C'est d'après cette distinction que l'on a pu dire que le non-vouloir se rencontre plus fréquemment dans les aboulies généralisées et le non-pouvoir dans les aboulies systématisées (Rivière).
Si l'interprétation de P. Janet attribuant toutes les aboulies à un trouble de la conscience personnelle, caractérisé par la diminution du pouvoir de synthèse, peut s'appliquer facilement aux dernières formes, en est-il de même pour les autres ?
Il est à remarquer que cet auteur semble négliger certaines causes regardées comme primordiales par d'autres (Ribot) admettant que dans
SÉMÉIOLOGIE DES AFFECTIONS MENTALES
l'aboulie la coordination plus ou moins complexe d'an groupe d'états psychiques constituant la volition est suffisante, et que la cause première du phénomène réside dans Tinsuffisance de l'elî'ort volilionnel, par suite de l'absence de sentiments, d'appétits correspondant à l'idée même de l'acte.
Sans entrer dans la discussion de la question, il importe de remarquer que les aboulies se rencontrent en général dans des états morbides caractérisés par une dépression notable des actions vitales, légère ou profonde, fugitive ou durable, à laquelle correspond toujours forcément un affaiblissement général de la sensibilité moi\alc, du ton émotionnel.
Il est des cas dans lesquels l'action peut être supprimée par une idée, une émotion fixe qui s'y opposent (Billod). Certains auteurs continuent à voir là un phénomène d'aboulie, les autres s'y refusent. Quoi qu'il en soit, nous ferons remarquer que si- telle ou telle action déterminée se trouve ainsi entravée par l'idée fixe, il n'y a là qu'un pliénomène en retour, puisque l'idée fixe elle-même ne peut se développer que grâce à un état préexistant d'aboulie.
Il en est de même dans les cas oîi le trouble aboulique se présente comme un phénomène d'arrêt (Langle, Cotard), que certains auteurs (Paulhan, Raggi) rattachent à la prédominance d'associations par contraste (contraste psychique). Au moment d'accomplir un acte, les malades auraient dans l'esprit, automatiquement, l'idée opposée à l'acte qu'ils veulent faire, et cette idée arrêterait leur action. Mais le contraste psychique lui-même n'est pas un phénomène primitif et i^econnaît toujours comme substratum le défaut de synthèse, permanent ou épisodique, partiel ou général, de cet agrégat d'éléments qui constituent la conscience personnelle (de Sanctis).
E. Il nous est impossible ici d'examiner en particulier, au point de vue séméiologique, chacun des actes morbides auxquels peut se livrer l'aliéné.
Nous nous contenterons de les énumérer d'une façon rapide et de rappeler les principaux troubles pathologiques que l'on peut l'ctrouver à leur origine.
Les actes des aliénés peuvent se rattacher d'une façon immédiate à d'autres phénomènes psychiques :
P Troubles des sensations. — Anesthésie ou hyperesthésie et surtout analgésie ou hyperalgésie.
2° Troubles de perception. — Sensations faussement interprétées, illusions, hallucinations amenant le plus fréquemment des actes rapides, inattendus, violents.
3° Troubles de la ^némoire. — Provoquant des actes généralement absurdes et incohérents.
4° Troubles du sentiment. — Dépression, exaltation, irritabilité, versatilité de l'humeur, etc.
SEMEIOLOGIE DES AFFECTIONS MENTALES
5° Troubles de la volonté. — Aboulie, impulsions, instincts.
6° Troubles de Vidéation. — Les actes pi^ovoqués par les troubles de l'idéation peuvent être divisés en deux groupes (Ziehen) . Le premier comprend les actes en rapport avec les troubles de formation , d'association des idées. Il en est de trois espèces suivant qu'il y a retai'd, accélération ou enfin incohérence de l'activité psychomotrice. Le second gi^oupe comprend les actes dus à des troubles logiques ou de contenu des idées. Là prennent naturellement place les actes volontaires et conscients, inspirés par des délires variés, ou l'ésultant de l'affaiblissement intellectuel.
Pour avoir une idée d'ensemble des actes complexes par lesquels peut se distinguer la conduite de l'aliéné, le mieux, croyons-nous, est de se reporter à la classification donnée par Spencer, introduite en psychiatrie par Mercier, adoptée à peu de chose près par Morselli et que nous reproduisons succinctement dans le traitement suivant :
i° Actes concernant la conservation individuelle.
Augmenté : Voracité, boulimie ; mérjcisme. Diminué : Anorexie, sitiophobie ; manie du jeûne. Perverti : Préférence ou répugnance pour certains aliments ou liquides, dipsomanie, etc.
Ingestion de substances diverses non alimentaires, géophagie, scatophagie, etc.
Augmenté : Nosophobie, tbanatophobie, craintes du milieu
plij'sique extérieur, toxicopbobie, rupophobie, etc. Diminué : Auto-mutilations, suicide, indifférence au milieu
physique, au froid, à la chaleur. Perverti : Algopbilie.
2° Actes concernant la reproduction et la conservation de V espèce.
I Augmenté : Précocité ou permanence anormale (exhibitio-
I nisme des vieillards), hyperestbésie sexuelle, priapisme,
INSTIXCT ) satyriasis, nymphomanie.
SEXUEL. ] Diminué : Hypo ou anesthésie sexuelle, mysogj'nie, andro-
I phobie, anaphrodisie, érotomanie.
\ Perverti : Perversions sexuelles diverses, inversion sexuelle.
3° Actes concernant les relations matérielles de Vindividu avec le milieu social.
INSTINCT DE