CHAPITRE II
ÉTIOLOGIE GÉNÉRALE DES AFFECTIONS MENTALES
Par D. ANGLADE
Les fonctions mentales (perception, association des idéesjugement, raisonnement, volition), sont comme toutes les autres subordonnées à l'intégrité anatomique et physiologique de l'organe dont elles dépendent, c'est-à-dire du cerveau. - ^
Cette notion passe aujourd'hui justement pour banale et, à vrai dire, elle est aussi ancienne que la médecine elle-même : Hippocrate ne l'ignorait point et il y avait sagement adapté sa théorie humorale. On a vu comment, à la vérité, elle s'est obscurcie au cours du moyen âge et comment quelques aliénistes voisins de nous se sont obstinés à la méconnaître. Il importe peu. Nul ne songe aujourd'hui à mettre en doute que les troubles mentaux soient aussi étroitement dépendants des altérations ou des troubles fonctionnels de l'écorce cérébrale que le sont des lésions du myocarde certains troubles circulatoires.
Ceci revient à dire que l'étiologie des affections mentales se ramène à l'étude des conditions innées ou acquises, durables ou accidentelles, qui sont de nature à entraver, passagèrement ou d'une façon prolongée, le fonctionnement régulier du cortex.
L'observation empirique, éclairée par l'analyse attentive et la comparaison des cas, nous a appris que ces conditions sont très variées et souvent complexes. En effet, les influences qui sont susceptibles d'apporter leur contingent d'action dans la genèse des troubles mentaux peuvent être biologiques ou sociales, intellectuelles ou morales, mécaniques ou physiques, physiologiques ou pathologiques.
D'autre part, il est d'observation courante que les mêmes causes ne produisent pas toujours les mêmes effets : une émotion violente peut déterminer, mais ne détermine pas constamment un accès de mélancolie ou de manie; une même dose d'alcool ne provoque, chez tous les buveurs, ni la même ivresse, ni les mêmes manifestations délirantes. Qu'est-ce à dire, sinon que, pour devenir mélancolique sous l'action d'une cause morale, pour délirer sous l'influence de l'alcool, il faut être dans des conditions de prédisposition spéciales ? Une affection mentale ne se développe d'ordinaire que sur un terrain psychopathique préparé soit par legs héréditaires, soit par acquisitions individuelles. 11 faut donc tenir compte dans l'étiologie des troubles mentaux à la fois des
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causes prédisposantes et des causes occasionnelles. Ce sont tantôt les unes, tantôt les autres qui ont l'importance prépondérante : la cause occasionnelle, c'est-à-dire le poison, joue le rôle principal dans les délires toxiques ou toxiinfectieux; la cause prédisposante, au contraire, c'est-à-dire la prédisposition originelle est l'élément étiologique capital dans les psychoses constitutionnelles. Il importera toujours, en présence d'un délire, de dégager, dans la mesure du possible, la part respective qui revient dans sa genèse à chacune des influences qui ont concouru à le provoquer.
Nous avons résumé dans le tableau suivant les causes des afi"ections mentales dans l'ordre où nous les passerons successivement en revue.
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