V. Magnan. Comm. au Congrès de médecine de Berlin
variables. Tandis que les de'couvertes relatives aux localisations cére'brales et à l'anatomie pathologique du cerveau conduisaient ainsi à envisager le haut mal d'un point de vue nouveau, les manifestations somatiques ou psychiques de ce dernier, les actes délictueux ou criminels cjui en peuvent être la conse'quence étaient mieux observés et plus attentivement étudiés. On sait la part qui dans ces études revient notamment à Lasègue, à Legrand du Saulle.
Le travail de révision que réclame l'histoire encore un \)eu obscure des chorées est toujours à faire. On a confondu sous une dénomination commune des choses fort disparates : des troubles moteurs d'origine hystérique comme ceux observés au cours de certaines épidémies du moyen âge, des tics dépendant d'un état de déséquilibration mentale originelte, enfin la chorée légitime, la chorée vraie, celle de Sydenham. On conçoit que pareille confusion n'ait pas contribué à jeter la clarté sur les troubles mentaux choréïques. Pourtant les travaux de Marcé ont précisé, il y a déjà quarante ans, ceux qu'on observe dans la chorée arythmique vulgaire et les recherches de Russel, d'Arndt, de L. Meyer ont contribué à éclairer la même question.
Mais les troubles intellectuels peuvent dépendre d'autre chose que d'un simple désordre fonctionnel cortical, que ce désordre soit lui-même la conséquence d'une affection ou d'une intoxication du cortex, comme dans la confusion mentale, dans le délire aigu, peut-être dans la chorée, ou qu'il se l'attache à ces fonctionnements défectueux du cerveau que, faute d'en avoir pu préciser le déterminisme, nous nous contentons de rapporter à la dégénérescence ou à la déséquilibration mentale. On les rencontre encore et particulièrement accusés quand existe une altération matérielle plus ou moins grossière de la substance grise. Lorsque Rouchoux (1813) eut après Morgagni, décrit l'hémorrhagie et Rostan (1830) le ramollissement cérébral, on s'attacha à préciser la symptomatologie de ces lésions et on ne tarda pas à relever les troubles du caractère ou l'affaiblissement mental qui les suit ; chemin faisant on nota aussi, et assez mal d'ailleurs, les désordres qui accompagnent les lésions traumatiques ou les tumeurs; mais l'attention devait se joorter tout particulièrement vers une affection du cerveau qui à des altérations macroscopiques très caractéristiques joint une symptomatologie dans laquelle les troubles mentaux tiennent une place prépondérante et ont une physionomie particulièrement significative.
Haslam, pharmacien de l'hospice de Bedlam, avait nettement entrevu la paralysie générale, dès 1798 ; les symptômes de l'affection n'avaient pas échappé non plus à la sagacité d'Esquirol et de Georget, mais ces auteurs n'y avaient vu qu'une complication possible de la folie au même titre que peuvent l'être le scorbut et la phtisie pulmonaire. C'est à Bayle ' (1822) que revient réellement le mérite d'avoir isolé la maladie du groupe confus des
' Bayle. Thèse de Paris, 1822 (inspirée par Royor-Collard).
vésanies. Les études de Parchappe de Lasègue -, de J. Falret^ de Baillarger contribuèrent à lui assurer la grande place qu'elle allait occuper' désormais dans le cadre nosologique.
Les lésions, indiquées déjà par Bayle, devinrent bientôt l'objet de recherches attentives et l'anatomie pathologique de l'encéphalite diffuse ne tarda pas à s'éclaircir grâce aux travaux de Calmeil % de Rokitanski ^ de Magnan \ de Westphal de Mierzejewski ^ et à ceux plus récents de Mendel de Crichton-Brown" de Tuczek de Zacher '-^ pour ne citer que les principaux.
Aux connaissances cliniques et anatomiques ainsi acquises se sont ajoutées dans ces dei^nières années des notions nouvelles sur l'étiologie de l'affection, notions d'une capitale importance, en ce qu'elles sont appelées dans l'avenir à nous guider dans la prophylaxie d'une maladie qui échappe jusqu'à présent à tous les efforts de la thérapeutique. Quand Esmark et Jessen en 1857 avancèrent que la syphilis est la cause de la paralysie générale, leur assertion fut accueillie avec un scepticisme unanime. 11 était réservé à Fournier de défendre avec une louable ténacité et de mettre en relief le rôle au moins prépondérant que joue la spécificité dans l'étiologie de l'encéphalite diffuse. Cette notion ne rencontre plus aujourd'hui que de rares contradicteurs : l'intérêt qu'elle présente n'est pas seulement théorique ; si elle a eu peu d'influence sur la thérapeutique de l'affection on devine qu'elle est appelée à en éclairer singulièrement et à en faciliter la prophylaxie.
Elle a permis de mieux comprendre et de dégager du chaos confus des affections cérébrales de l'adolescence et même de l'enfance certains cas de démence précoce qui sont des formes hâtives de la paralysie générale et dont la relation avec la syphilis héréditaire est le plus habituellement facile à établir.
Ces affections infantiles par défaut ou arrêt de développement du cerveau, constituaient, il y a cinquante ans, l'un des chapitres les plus obscurs de la pathologie de l'encéphale. Mais les recherches modernes l'ont beaucoup éclairé. Esquirol avait déjà contribué à distinguer Vidiotie de la démence et de la stupeur avec lesquelles on la confondait avant lui. Il avait fait ressortir que « le
' Parchappe. Recherches sur Fencéphale, sa struclure, ses fondions et ses maladies, 1834-38.
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dément est un iMche devenu pauvre, tandis que l'idiot a toujours été dans l'infortune et la misère. » Son initiative a été féconde : les causes de raffcction ont été mises aujour, sa symptomatologie précisée, ses lésions étudiées avec soin, tandis que le traitement pédagogique des idiots était institué d'une façon méthodique et régulière. Parmi les auteurs qui ont le plus contribué à ces pi'ogrès il convient de rappeler les noms de Belhomme, de Morel, de Félix Voisin,, de Wirchow, de Seguin, de Delasiauve , d'Irland, et particulièrement de Bourneville dont les recherches ont éclairé d'une himière nouvelle l'anatomie pathologique de l'idiotie et beaucoup aidé à en perfectionner le traitement.
La découverte du myxœdème par William Gull, les travaux qui ont suivi sur le même sujet, notamment ceux de Ord, de Charcot et de ses élèves, lcs notions qui en ont découlé sur les effets de l'ablation ou de l'absence congénitale du corps thyroïde, ont appelé l'attention sur une variété nouvelle et importante d'idiotie, l'idiotie myxœdémateuse. La connaissance de cette dernière a conduit Kocher a interpréter le crétinisme autrement qu'on ne l'avait fait jusqu'aloi's, et peut-être est-elle appelée à nous donner l'explication de cttte curieuse forme de dégénérescence qui a été surtout étvuliéc dejiuis Savissure (1780) et a fait à notre époque l'objet de très nombreuses recherches symptomatiques et étiologiques.
A la suite de cette sommaire énumération des principaux progrès accomplis dans le domaine de la séméiologie, de l'anatomie pathologique, de l'étiologie et de la pathogénie, il convient de signaler ceux qu'ont réalisés le TRAITEMENT et la MÉDECINE LÉGALE dcs aliénés.
Aux noms de Daquin, de Chiaiuggi, dePinel, de William Tuke dont nous avons plus haut indiqué le rôle prépondérant dans la réforme du régime des asiles, on doit en ajouter quelques autres : ceux de Conolly, de Rush, de Guislain qui préconisèrent en Angleterre, en Amérique et en Belgique le régime de douceur que Pinel avait introduit en France, celai de Leuret qui chez nous se fit le défenseur convaincu du traitement moral dont malheureusement il ne sut pas asseoir les règles sur une observation clinique suffisamment rigoureuse, ceux de Ferrus, de Parchappc qui i^résidèrent à l'organisation d'un grand nombre d'établissements publics.
Il n'est pas de groupe d'affections qui soulèvent d'aussi fréquents problèmes médico-légaux que les affections mentales, à propos desquelles on a communément à résoudre des questions relatives à l'opportunité d'un internement, à la capacité civile, à la responsabilité criminelle d'individus aliénés ou supposés tels. Ces questions ont acquis chez nous une importance particulière depuis la refonte du code civil et du code pénal et la promulgation de la loi de 1838. Les principes et les règles d'où dépend leur solution se sont progressivement dégagés de l'examen de faits particuliers. Ainsi s'est constituée en ces quatre-vingts dernières années la médecine légale des aliénés qui était en germe déjà dans les travaux de Zacchias, et qui s'est perfectionnée grâce à ceux notamment de Fodéré, de Lasègue, de Georget, de Marc, de Tardieu, de Legrand du Saulle, de Motet. Elle semble arrêtée actuellement à une étape de
transition : ceux qui la pratiquent sentent avec quelle difficulté il se meuvent sur le terrain métaphysique de la liberté et de la responsabilité humaine, qui sert encore d'assise à notre droit pénal. Mais tout fait prévoir qu'à ces notions surannées il en est d'autres qui sont sur le point de se substituer^ celles de la nocuité ou de l'innocuité. L'anthropologie criminelle qui est née en Italie, depuis quelques vingt ans, prépare à ce point de vue une révolution qu'on sent nécessaire et imminente et dont la médecine légale des aliénés sera l'une des premières à bénéficier.
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