‹ Traité de paysage mis à la portée de tousChapitre 1 sur 10 · TRAITÉ · texte numérisé non relu

TRAITÉ

But de l'étude d'art. — Bien voir. — Perception des formes, philosophie des formes. — Comment elles nous impressionnent. — Forme, stabilité, couleur, variété, symétrie, répétition, harmonie générale, convenance. — Principes nécessaires à la critique et à l'invention du beau.

Toute science est une collection de recherches de la vérité et tout art est une recherche de la beauté.

Le but que les amateurs doivent se proposer et envisager dans les études d'art est d'acquérir, avant tout, des connaissances exactes et rapides, qui les aident à régler leurs jugements et leur facilitent le commerce intime avec la nature dans tout ce que la vue peut atteindre et embrasser.

Mais, avant de nous occuper des instruments dont on se sert pour la production, il ne sera pas inutile de nous occuper de la manière de bien voir. Le merveilleux organe de la vue, dont nous ne saurions

trop apprécier les ineffables avantages, est, chez certaines personnes, regardé comme un instrument bien ordinaire, remplissant à peu près la fonction d'une canne dont un aveugle se sert pour éviter de se heurter aux obstacles ; chez d'autres, plus favorablement douées, les yeux jouent un rôle un peu plus important; mais c'est surtout aux esprits réfléchis et amis de l'instruction que le sens de la vue procure les plus réelles et solides jouissances. Il faut une grande activité d'intelligence pour accoutumer nos yeux à bien observer ce qui se présente à eux; et je ferai remarquer ici que c'est le défaut de savoir observer qui rend l'étude de la nature si difficile. Les images qu'elle fournit n'étant point aidées de la voix et du geste, elles demeurent obscures et impénétrables au plus grand nombre.

Si nous jetons un coup d'oeil sur un objet quelconque, sa couleur est le premier phénomène qui nous frappe tout d'abord : l'idée de son volume ainsi que l'impression de ses ^formes sont aperçues; il est des objets dont le caractère et l'ensemble sont plus faciles à saisir que d'autres : un grand objet nous frappe davantage qu'un petit à mérite égal; sa hauteur, sa largeur et son épaisseur comparées forment les éléments nécessaires à sa mesure et en sont les trois dimensions géométriques. La comparaison des contours, limites naturelles de la couleur, sert à l'intelligence de la forme générale. Les formes pri-

mitivos les plus simples sont la ligne droite et la ligne courbe, les surfaces plates ou les surfaces courbes, le cercle, la boule, la ligne droite, le plan, Elles sont les unité de comparaison de toutes les autres formes qui sont mixtes. Les formes régulières géométriques sont, par leurs caractères distincts, très-aisées à reconnaître et servent de points de rappel très-commodes ; c'est ce qui rend les notions du dessin linéaire très-recommandables aux commençants. Les bonnes définitions sont indispensables surtout et accoutument à se former et à exprimer nettement des idées simples et claires.

Nos yeux sont généralement fort mai exercés, et cette négligence rend beaucoup plus difficile l'entente des premiers principes. Nous sommes accoutumés, par une habitude automatique, à porter nos regards sur la partie supérieure des objets, aussi nous prodiguons toute notre attention à la figure des individus, et il nous serait bien difficile de reconnaître, pour cette raison, une personne à la forme de sa main ou d'une autre partie quelconque de son corps, bien qu'il y ait autant de diversité dans les mains que dans les visages.

Tous les objets sont susceptibles de présenter à l'esprit un certain nombre de pensées gaies ou tristes, aimables ou disgracieuses, sympathiques ou antipathiques, suivant leurs formes et leurs couleurs. L'étude de ces impressions se nomment esthétique.

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