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II. — Restitutions visuelles

261. En quoi consiste la restitution visuelle. — Fausse position du spectateur.

Lorsque l’on examine un tableau vertical dont la perspective est exacte, il faut, pour avoir l’illusion aussi complète que possible, se placer exactement au point de vue, c’est-àdire mettre l’œil à la hauteur de l’horizon, bien en face du point principal et à une distance du tableau égale à la distance principale.

Dans ces conditions, si l’angle optique ne dépasse pas 22 ou 23 degrés dans tous les sens, aussi bien en largeur qu’en hauteur, le regard embrassera le tableau d'un seul coup d’œil et l’effet produit sera aussi satisfaisant que possible. Mais, surtout si le tableau est grand, il est bien difficile de se placer exactement au point de vue, et, d’ailleurs, on est entraîné, pour mieux observer les détails, à se déplacer, et par conséquent à changer le point de vue.

L’aspect va donc changer et le tableau donnera l’illusion de figures différentes de celles que le peintre a voulu représenter.

Le spectateur se déplaçant devant le tableau, comment variera l’appréciation des objets représentés ? Telle est la question à se poser. Nous allons la traiter avec quelques détails.

Disons de suite que les verticales seront toujours restituées en verticales et que toute figure de front sera restituée semblable à elle-même et dans ses vrais rapports de grandeur avec une autre figure de front située avec elle dans un même plan.

262. Déplacement horizontal du spectateur ; ses conséquences.

Dans ce cas le spectateur se déplace dans le plan d’horizon. Il s’éloigne ou se rapproche du tableau ; il se déplace à gauche ou à droite ; mais il ne monte ni ne descend.

Remarquons, d'abord, que tous les problèmes de restitution perspective qui exigeaient la connaissance de la ligne d’horizon, mais non pas celle des points principaux de fuite et de distance, conduiront aux mêmes restitutions. Tels sont les problèmes relatifs aux appréciations des rapports de division d’une ligne droite horizontale ou d’une droite quelconque. Cette remarque faite, étudions deux cas:

(a) 1er Cas. — Le spectateur ne change pas de distance. — Il se promène en large devant le tableau, mais sans s’en éloigner ni s’en rapprocher. — Tout ce qui ne dépend que de la distance (cela se réduit, en somme, aux échelles des différents plans de front) ne varie donc pas. Par exemple, deux personnages d’égale taille et qui paraissaient tels quand on était au point de vue vrai paraîtront encore de même quand on se déplacera, sans changer de distance.

Mais l’apparence des angles va changer.

Ainsi, tel angle qui paraissait droit, regardé du point de vue vrai, ne le paraîtra plus quand on se déplacera soit à gauche soit à droite. Il suffit, pour s’en rendre compte, de faire (fîg. 367) la restitution de l’angle ARC, dont le côté AB est de front et dont le côté BC fuit en P au point prin-

Fig. 367

cipal vrai. Cet angle est évidemment droit dans l’espace. Déplaçons-nous latéralement à gauche, et plaçons-nous en face du point P', en gardant une distance P 'd! égale à l’ancienne distance PoL Relevons le géométral et avec lui le point C en C, obtenu en utilisant la distance P 'd1. L’angle ABC est restitué en ABCt qui est obtus et non plus droit.

Le spectateur n’aura donc plus, en se plaçant en face de P', l’illusion d’un angle droit qui se produisait quand il se plaçait en face de P.

Fig. 368 ( Coupe verticale faite sur le tableau).

(b) 2° Cas. — Le spectateur tout en restant dans le plan d’horizon , et bien en face du point principal, avance ou recule ; autrement dit, change de distance.

Soit (ûg. 368) une droite verticale AB, regardée du point

RESTITUTIONS PERSPECTIVES

O et donnant sur un tableau T une image ab. (La figure 368 représente une coupe géométrale faite par un plan vertical perpendiculaire au tableau.) Reculons en O' 1 œil du spectateur et cherchons la position de la verticale qui, reposant par son pied sur le géométral, donnerait comme apparence perspective la même image ab. On obtient la droite A'B' et l’on voit que A'B' est plus grande que AB et, surtout, plus éloignée qu’elle du tableau.

L’éloignement du spectateur a donc pour effet de reculer les différents plans de front du tableau et d’augmenter l’illusion de grandeur des figures qui y sont contenues. Les peintres connaissent bien cet effet ; ils le traduisent en disant que le reculement du spectateur donne de la profondeur aux tableaux.

II est évident que le changement de distance modifiera aussi l’appréciation des angles horizontaux. Prenons, en effet, un angle perspectif man dont les deux côtés am et an vont en

Fig. 369

s’éloignant et essayons (fig. 369) de restituer cet angle. Ces restitutions se font par un relèvement du géométral. Voir, pour le détail des constructions, les nos 184 et suivants.

Une première fois avec la distance pD nous obtenons l’angle mk\n et une seconde fois avec la distance plus grande PD', nous obtenons l’angle mA2n qui est plus petit que dans le premier cas.

Donc le reculement a pour effet de faire apprécier plus petits qu’ils ne paraissaient du vrai point de vue, les angles horizontaux dont les côtés vont en s’éloignant ou en se rapprochant tous les deux du tableau.

Nota. — L’angle supplémentaire nag, dont un côté an s’éloigne et dont l’autre ag se rapproche du spectateur, paraîtra, au contraire, grandir quand le spectateur augmentera sa distance, c’est-à-dire se reculera.

Il est évident que les effets inverses se produiront si le spectateur se rapproche.

263. Déplacement vertical du spectateur, ou changement d’horizon ; ses conséquences.

(a) -Ier Effet : Destruction de l'illusion d'horizontalité. — Supposons que le spectateur s’élève. La ligne d’horizon qui

convient à sa nouvelle position va se trouver au-dessus de celle du tableau et, par conséquent, toutes les lignes horizontales du tableau dont le point de fuite se trouve sur la vraie ligne d’horizon vont sembler au spectateur posséder, maintenant, des points de fuite terrestres. Autrement dit, les lignes qui paraissaient horizontales paraîtront maintenant descendre.

L’effet inverse se produira si le spectateur s’abaisse.

(b) 2* E ffet : Destruction de l'illusion des rapports (fig. 370). — Imaginons que nous voulions restituer le rapport dans lequel une ligne horizontale perspective ab , est divisée par un point c. Une première fois, faisons cette restitution en prenant lih1 pour horizon et un point de fuite quelconque f sur hh' . Nous obtenons comme restitution le rapport ACi : CiB.

En faisant une seconde fois la même restitution, mais en prenant le point de fuite en f' sur une seconde ligne d’horizon h{h'i, placée plus haut, nous obtenons le rapport AC2 : C2B qui est plus grand que le précédent.

Ainsi, quand nous regardons un tableau en nous plaçant plus haut que son horizon nous faussons l’illusion des rapports ; nous avantageons, pour ainsi dire, les segments tels que ac, placés près du tableau, au détriment de ceux tels que cb, placés plus loin. En d’autres termes nous augmentons l’étendue apparente des zones, dites de premier plan.

(c) Résumé. — Des trois erreurs de position que le spectateur peut commettre quand il regarde un tableau, la plus grave est l’erreur de hauteur. Il faut donc, avant tout, placer l’œil à la hauteur de l’horizon, sinon on détruit l’illusion de l’horizontalité, celle des rapports et celle des angles. — Les autres défauts de position sont moins graves ; ils entraînent surtout des erreurs dans l’appréciation des angles.

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