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Objet de la perspective d’observation

Les paragraphes qui vont suivre serviront de lien entre le dessin purement théorique, que nous avons étudié jusqu’à présent sous le nom de perspective linéaire, et le dessin d’après nature qui, sous l’appellation de perspective d'observation, va nous permettre de représenter, tels qu'on les voit, les objets qui poseront devant nous.

Dans le dessin d’après nature l’observation directe joue le rôle principal ; le dessinateur qui aurait un œil assez exercé et gardant avec assez de persistance et de précision la mémoire des formes (ce que Lecoq de Boisbeaudran appelait la mémoire pittoresque) pourrait, à la rigueur, très bien dessiner quoique sans rien connaître des lois de la perspective ni, d’une manière plus générale, des principes de la science du dessin.

Certaines personnes voyant des artistes dessiner fort juste, avec tout le sentiment désirable et sans avoir l’air de préparer ni de coordonner entre elles les phases de leur travail, ont voulu pour l’enseignement du dessin ériger en principe l’inutilité de toute méthode et la phrase bien connue : « Dessinez ce que vous voyez » doit, suivant elles, tenir lieu de tout; c’est le langage de ceux que, dans le monde de l’enseignement, nous nommons des amateurs éclairés; mais le véritable professeur, celui auquel incombe la responsabilité d’apprendre à dessiner à des collectivités d’élè-

ves et qui tient à remplir consciencieusement son devoir ne pense pas ainsi.

Bien entendu, il faut dessiner ce que l’on voit mais encore faut-il faire l’éducation de l’œil, c’est-à-dire lui apprendre à voir, et c’est précisément cette éducation de l’œil qui constitue la science du Dessin.

En dernière analyse apprendre à dessiner c’est apprendre à évaluer des rapports et à les reproduire (rapports de longueurs et de positions, rapports de valeurs). Si le coup d’œil est exercé, cette évaluation se fait instantanément et sans qu’il soit nécessaire de prendre des mesures ni de faire des tâtonnements. Mais pour la très grande majorité des élèves on n’arrive à ce résultat qu'après avoir longtemps et méthodiquement mesuré, c’est-à-dire comparé.

Mesurer est donc le premier terme de la science du dessin.

Mais il faut coordonner ses opérations; il faut distinguer entre les ensembles et les détails et, pour les uns comme pour les autres, reconnaître ce qu’il convient d’observer en premier lieu, et ce qu’il faut rejeter pour plus tard.

Coordonner est le second terme de la science du dessin.

Enfin, certaines lois naturelles s’imposent au dessinateur : Telles sont celles de la perspective ou de la représentation géométrale, celles de la plastique (ombres, coloris, modelé) et celles de l’anatomie (figure humaine, animaux, plantes) ; ces lois il faut les connaître.

(1) MM. Nony et Gie, Editeurs, out bieu voulu pour celte troisième édition de notre Perspective, nous autoriser à emprunter au Dessin de Paysage, par MM. Güiot et Pillet, la plus grande partie du texte et des figures de ce chapitre. Nous leur en exprimons toute notre reconnaissance.

DESSIN D’APRÈS NATURE

Mesurer, coordonner et connaître : tout, en dessin, se réduit à ces trois opérations de l’esprit.

276. Rapports de longueur. — (a) Définition. — Le rapport de deux longueurs AB et CD (fig. 283) est le résultat de la comparaison des deux longueurs : pour parler plus rigoureusement, c’est le nombre qui résulte de la mesure faite de la première, en prenant la seconde pour unité.

Par exemple, si la première ligne, AB, contient trois fois la seconde ligne, CD, le résultat de la mesure, autrement dit le rapport des deux lignes, est le nombre entier trois.

Si, au contraire, on avait mesuré la seconde ligne CD en prenant la première AB pour unité, le résultat de la mesure,

Fig. 333

C'i i'D Gi 1 1 'H

c’est-à-dire le rapport de CD à AB, eût été le nombre fractionnaire un tiers (1/3).

Autre exemple: la ligne EF contient cinq fois ce que la ligne GH contient trois fois : le rapport de EF à GH est donc le nombre fractionnaire 5/3, tandis que le rapport de GH à EF eût été la fraction inverse, 3/5.

On voit par ces exemples que, suivant que l'on prend l’une ou l’autre des lignes pour unité, le résultat de la mesure, autrement dit le rapport des deux lignes, est représenté par une fraction ou par la fraction inverse.

(b) Evaluation des rapports. — En dessin, on évalue les rapports par la même méthode qu’en géométrie : cela se fait en portant la plus petite longueur sur la plus grande ; en cherchant combien de fois elle y est contenue, et, s’il y a un reste, en évaluant ce reste par rapport à la plus petite. En géométrie, lorsque l’on veut arriver à une évaluation tout à fait rigoureuse, on peut être amené à faire se succéder ainsi un grand nombre d’opérations de cette nature avant d’arriver au résultat final ; en dessin, on ne cherche

Fig. 38i

pas la rigueur mathématique ; on doit beaucoup se fier au coup d’œil, et, en général, une seule opération suffit. Nous allons en donner la description.

Soit à apprécier, dans un dessin d’après nature (fig. 384), le rapport des deux lignes AB et CD, qui sont ici les deux arêtes d’une maison. On opère comme suit :

1° Avec le crayon CDM tenu à bout de bras (ûg. 385) et bien de face, on recouvre la ligne CD, qui est la plus petite; en

général, on place l’ongle du pouce en D, (lig. 384) ou en h (fig. 385), afin de marquer la longueur à conserver sur le crayon ;

2° Puis, en tenant toujours à bout de bras, et de face, on porte autant de fois que possible la longueur CD sur la longueur AB ;

3° Enfin, on compte le nombre de fois que CD est contenue dans AB: quant au reste, on l’apprécie à vue d’œil.

Ainsi, dans le cas actuel, on dirait : CD est contenue une fois et demie, environ, dans AB;

EF est contenue une fois et un peu moins d’un cinquième dans AB ;

L’écartement mn des deux premières arêtes est contenu une fois et un peu plus d’un tiers dans CD, et ainsi de suite.

Ce langage n’est pas très correct, mais il suffit dans la pratique du dessin.

C’est de cette manière que, dans une esquisse d’après nature, on arrive à comparer les différentes lignes du dessin à une même ligne (ici AB ou CD) prise comme unité, c’està-dire comme terme de comparaison.

En résumé, on prend toujours comme unité la plus petite des deux longueurs et on l’appelle un : on la porte sur la plus grande et on en déduit le nombre (2, ou 2,4 ou 3,5 etc.. ..) qui résulterait de la mesure.

(c) Reproduction des rapports. — En dessin, il faut savoir évaluer les rapports comme nous venons de le faire, mais il faut surtout savoir les reproduire. Lorsqu’on sait arriver à cette reproduction sans passer, au préalable, par l’évaluation, on dit que l’on possède du coup d’œil. Il faut à tout prix acquérir ce coup d’œil, sans lequel on ne dessinera jamais que très lentement. On y arrivera par l’exercice suivant que l’on répétera souvent :

Sur une feuille de papier, ou mieux encore sur un tableau noir placé un peu loin des yeux (fig. 386), on dessinera une ligne droite AB (de préférence une verticale) ; et, sur cette

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