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ÉCHELLES DE TEINTES — PRATIQUE DU LAVIS

| V. — Pratique du lavis

94 (A) Des teintes. — Transparence et intensité d'une teinte.

(a) Définition. — Une teinte d’encre de Chine ou de couleur, appliquée sur le papier, agi! comme un verre coloré ou teinté qui ne laisse passer qu’une fraction de la lumière qui est distribuée à ce papier et qui nous est ensuite renvoyée par lui.

Nous appellerons transparence d'une teinte, la fraction île la lumière que laisse passer celte teinte.

L 'intensité serait la fraction de lumière arrêtée par la teinte.

Si on représente par T la transparence et par I l’intensité, puisque l’intensité I est ce qui manque à la transparence T, pour donner la totalité du blanc, on a : I 4- T = 1.

Ainsi une teinte qui a pour transparence 1/3 a pour intensité 2/3.

(b) Problème 1. — Quelle est la transparence finale T" de deux teintes superposées de transparence T et T'?

On aura T" = T x T'.

En effet, supposons que la première teinte ait une transparence 1/2 ; cela veut dire qu’elle laisse passer 1/2 de la lumière blanche émise sur le papier. Si la seconde a pour transparence 3/4, cela veuf dire qu’elle ne laisse passer que les trois quarts de ce qu’elle reçoit, et comme elle recevait 1/2 elle laisse passer finalement les 3/4 de 1/2, c’est-à-dire 3/4xl/2 =3/8 du blanc du papier. Sa transparence T" est donc égale à TXT'. C. Q. F. D.

(c) Conséquences. — 1° Si l’on prend une série de teintes égales superposées, tandis que le nombre des teintes croîtra en progression arithmétique, la transparence finale décroîtra en progression géométrique. 2° Si l’on passe une même teinte sur deux autres teintes inégales, l’assombrissement relatif le plus considérable sera produit sur la teinte la plus faible.

{d) Problème 2. — Réaliser au lavis à l’encre de Chine une teinte de transparence connue, 2/3 par exemple.

Fig. 125 bis

Avec un tire-ligne rempli d’encre, absolument noire, on tracera une série de traits parallèles et équidistants (fig. 123 bis). Ces traits auront une épaisseur constante, 1/2 millimètre par exemple, eL les blancs compris entre

eux auront un millimètre. Vue de loin, une feuille de papier ainsi réglée paraîtra teintée. La surface des blancs sera les 2/3 de la surface totale, et par suite on peut admettre, en ne tenant pas compte des effets d’irradiation énoncés plus haut, que la transparence de la teinte, ainsi figurée, sera 2/3. Il sera facile ensuite de mélanger d’eau une teinte d’encre de Chine de telle sorte que la teinte qu’elle fournira au pinceau soit équivalente à celle que nous venons de créer au lire-ligne.

Nota. — Pour bien juger des teintes il faut attendre qu’elles soient sèches. Quand elles sont humides elles paraissent toujours plus intenses quelles ne paraitront, une fois sèche.

(B) Classification des teintes dans un lavis à teintes plates. — Nous diviserons les teintes en quatre séries (suivre en regardant la sphère type, fig. 116, ou le cylindre, fig. 123 et 124) :

1° La teinte d’ébauche (teinte n° 0). C’est une teinte d’encre de Chine de transparence 2/3 environ, que l’on place sur toutes les surfaces qui sont dans l’ombre propre ou dans l’ombre portée, sans distinction.

2° Les teintes d’ ombre propre et les demi-teintes au nombre de quatre (teintes 1, 2, 3 et 4). Ce sont encore des teintes d’encre de Chine, ou de la teinte d’ombre colorée remplaçant l’encre de Chine.

La teinte n° 1 s’obtient en additionnant de 1/6, environ d’eau pure la teinte 0, et se passe entre les lignes 4- 1 et I .

La teinte n° 2 se passe entre 4-2 et 2. On l’obtient en additionnant encore la teinte 1 avec de l’eau et ainsi de suite.

3° Les teintes de couleurs au nombre de trois (teintes 3, 6 et 7).

Elles sont diversement composées (voir teintes conventionnelles], suivant la nature de l’objet et vont en augmentant de transparence. On les passe entre 4-3 et 3, entre 4-6 et 6, entre 4-7, et 7. Et souvent même on passera une teinte n° 8 excessivement légère sur tout le dessin.

4° Teintes d'ombres portées (Teintes nos 0', 1', 2', 3', 4 , etc...... 7'). — Nous en parlerons plus loin.

(C) Conseils pratiques pour l’éclaircissement des teintes. — Pratiquement, on opérera ainsi : Avec le gros pinceau, servant de jauge, et bien rempli, on mesurera dans le godet six forts pinceaux d’eau pure. Dans celte eau on délayera l’encre de Chine de manière à donner naissance à une teinte t — 2/3 environ. Ce sera la teinte d’ébauche n° 0 que l’on passera comme nous venons de dire. Cela fait.

RENDU - LES SPHERES TYPES

on y ajoutera un pinceau d'eau, ce qui donnera la teinte n" 1 passée des lignes -t-làl. On ajoutera à cette teinte n° 1 deux pinceaux d’eau, ce qui donnera la teinte 2, passée de -i- 2 à 2. On ajoutera trois pinceaux d’eau, ce qui donnera la teinte n° 3 ; on la passera de -t- 3 à 3, et ainsi de suite.

95. Lavis à teintes plates. - Lorsqu’une surface pré- . sente des parties dans la lumière et d’autres dans l’ombre portée, nous savons que les lignes de teintes se prolongent dans l’ombre portée ; mais nous savons aussi que les zones qu’elles séparent doivent être d’autant plus foncées qu’elles eussent été plus claires sans l’existence de l’ombre portée. Pour réaliser cet effet, on opère de la manière suivante :

(a) Lavis des ombres propres et des demi-teintes. — Soit un cylindre surmonté d’un tailloir portant ombre suivant la ligne abp (flg. 126).

Fig. 126

On trace au crayon la ligne d’ombre propre n° 0 et les lignes de teintes 1, 2, 3,... 1, 2, 3. 11 faut avoir soin, ainsi que nous l’avons dit et comme cela est visible sur le croquis ci-joint, d’indiquer très légèrement ces lignes au crayon dans toute la partie éclairée, de les marquer un peu plus dans l’ombre propre (lignes 1, 2, 3...) et de les tracer très franchement dans toute la partie abps occupée par l’ombre portée.

Cela fait: la teinte n°0 est passée sur tout ce qui est dans l’ombre propre ou l’ombre portée.

La teinte 1 est passée dans la partie en lumière, depuis -+- 1 jusqu’à la ligne 1 .

Dans l’ombre portée, elle se limite également, à droite à la ligne 1, tandis qu’elle recouvre en entier l’ombre portée.

La teinte 2 est bordée de même, pour la partie en lumière, aux lignes 2 et 2, tandis que dans l’ombre portée elle s’étend de 2 à toute l'ombre portée.

Et ainsi de suite, jusqu’à la teinte 6.

A ce moment, le lavis est terminé pour tout ce qui est dans la lumière ou dans l’ombre propre, mais la partie dans

l’ombre portée, d , a, b , p , s, est recouverte d’une teinte plate assez forte. L’effet de contre-ombre n’est donc pas encore réalisé.

(b) Lavis des ombres portées. — Pour l'obtenir, il suffit de passer dans l'ombre portée seulement, de nouvelles séries de teintes, que nous nommerons les teintes d’ombres portées. On peut le faire de deux manières différentes, savoir :

l°Du fort au faible. — La première teinte de contreombre (que nous appellerons la teinte 6’) sera passée en mmmm sur toute la zone 66 noyée dans l’ombre portée; la seconde (teinte 5') sera passée par dessus la précédente, la débordera et se limitera aux lignes 5, 5, et ainsi de suite jusqu’à la dernière teinte (n° 0') qui se limitera en ps à la ligne d’ombre propre.

Cette première teinte de contre-ombre 6' doit être beaucoup plus forte que la teinte d’ébauche n° 0. Les autres teintes 5', 4', . ., etc., sont de plus en plus faibles et s’ob-

tiennent par additions successives d’eau. Ces additions d’eau doivent être calculées de telle sorte que la dernière teinte d’ombre portée (teinte 0') soit équivalente à la teinte d’ébauche, n° 0, plutôt un peu plus sombre qu’elle.

2° Du faible au fort. — On pourrait aussi, et cela vaudrait mieux, commencer le rendu des ombres portées par la teinte 0', qui est équivalente à la teinte d’ébauche. Puis y ajouter une goutte de teinte de réserve, très noire ; ce qui donnera la teinte 1', et la passer où nous avons dit; ajouter à la teinte 1', deux gouttes de noir, ce qui donnera la teinte 2' et ainsi de suite, jusqu’à la teinte 6' qui sera la teinte 5' additionnée de six gouttes de noir.

Pour que ces additions de noir soient sensibles, il faut que la teinte de départ, 0', ait un faible volume.

(c) Remarque générale. — Il est évident que tout le lavis pourrait se faire en procédant du faible au fort , tandis que nous venons de procéder du fort au faible.

Ainsi, on pourrait commencer par la teinte 6, de couleur très faible : ajouter un peu de couleur dans le godet, ce qui donnerait la teinte 5; à ce moment, ajouter un peu de teinte d’ombre, ce qui fournirait la teinte 4 et ainsi de suite. On arriverait ainsi à la teinte zéro. En y ajoutant de plus en plus de teinte d’ombre, on obtiendra les teintes d’ombres portées 1', 2', 3',

On sera peut-être plus sûr, de cette façon, de partir de la teinte la plus claire avec la clarté que l’on désire lui donner, d’obtenir ensuite pour la zone a le ton local de couleur qui convient et d’avoir en dernier lieu (zone 7') le noir voulu dans la zone la plus obscure de l’ombre portée.

Il ne faut pas oublier que tout l’effet d’un rendu dépend du rapport des trois termes principaux, qui sont: la dominante claire , donnée par la zone p en lumière ; la dominante colorée, donnée par la zone a en lumière, et la dominante sombre , donnée par la zone [}', dans l’ombre.

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