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CHAPITRE PREMIER

DU POINT DE VUE

Définition du point de vue.

Le point de vue est le point delà ligne d’horizon qui se trouve directement vis-à-vis de l’œil de l’observateur. Imaginez une perpendiculaire menée de l’œil de l’observateur à sa ligne d’horizon : le point de rencontre de ces deux lignes donnera le point de vue de l’observateur dont il s’agit. Regardez votre image dans une glace: vous pouvez considérer votre œil, réfléchi par cette glace, comme votre point de vue.

Le point de vue reçoit aussi le nom de point de concours. Nous verrons plus loin la raison de cette seconde dénomination.

Définition du tableau.

Déterminons ici la signification que nous donnerons à ce mot tableau , que nous pourrons employer dans deux circonstances différentes, savoir?

i° Pour exprimer l’ensemble des objets que peut embrasser l’œil de l’observateur. On suppose que cet œil est tenu constamment dans la même direction, pour que l’on assigne les limites de l’espace qu’il peut embrasser.

Pour exprimer la représentation de cet ensemble d’objets que l’œil embrasse dans la nature , représentation exécutée à 1 aide des procédés du dessin , de la peinture , etc.

DU POINT DE VUE

Position du point de vue à 1 égard du tableau que V œil embrasse

dans la nature.

Le point de vue se trouve toujours au milieu du tableau, dans la nature , c’est-à-dire, au point central parmi tous les objets dont l’ensemble est embrassé par nos regards dans la nature. C’est un fait qui devient sensible par la démonstration suivante.

Planche IV. — Soit A (fig. i ) l’œil de l’observateur. Sur cet œil vient se placer le point de réunion de tous les rayons visuels AB, AC, e'c. , qui rapportent ces objets dans l’œil. ( Voy . la démonstration de la Vision, Introd. chap. 3. )

Comme la pupille qui laisse passer les rayons est arrondie, l’ensemble des objets B, C, etc., que ces rayons rapportent à l’œil, n’y peut arriver qu’en formant un cercle, et de tous les rayons, le plus court, qui est en même temps le plus fort et le plus pur, est celui qui part du point R, centre du cercle dont nous venons de parler. Le rayon visuel AR est perpendiculaire sur le plan de ce cercle. Si l’on suppose la ligne d'horizon de l’observateur A, tracée sur le plan du cercle , cette ligne devra passer par le point R. Ce point sera donc le point de vue. Le point de vue est donc au milieu du tableau que l’œil embrasse dans la nature.

D'après ce que nous venons de dire, chaque tableau réel que nos regards peuvent saisir dans la nature, se présentant à nous comme dans un cadre circulaire, on aurait lieu de s’étonner (pie cette forme ne soit point celle que les peintres sont dans l’habitude de choisir pour l’exécution de leurs tableaux. Cet usage s’explique facilement. On conçoit que les rayons visuels s’affaiblissant à mesure qu’ils s’éloignent du centre, les extrémités de 1 image circulaire, que notre œil reçoit, sont plus vagues que les parties qui se rapprochent du centre; il est donc préférable de prendre le cadre du tableau dans l’intérieur du cercle, en négligeant quelques portions du cercle qui se trouveront en dehors du carré ABCD (fig. 2) ou de toute

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autre figure que le peintre aura prise à volonté pour forme de son

tableau.

Position du point de vue à V égard du tableau qui doit représenter les objets vus dans la nature.

D’après ce que nous venons de voir, s’il s’agissait de représenter avec une exactitude rigoureuse un tableau que notre œil embrasse dans la nature, le point de vue devrait être placé précisément au milieu du tableau que nous entreprendrons d’exécuter. Mais l’expérience a démontré que cette position du point de vue ne serait pas avantageuse sous le rapport de l’art.

C’est encore l’expérience qui a fait établir des règles pour la position du point de vue, position qui varie suivant le genre du tableau.

La position du point de vue doit être déterminée dans le sens de la hauteur et de la largeur du tableau;

i° Dans le sens de la hauteur.

Pour les tableaux de paysage , la position la plus avantageuse du point de vue est au tiers de la hauteur, à partir de la ligne de terre.

Dans un tableau d’histoire ou dans les tableaux dits de genre, le point de vue se place à la hauteur de l’œil du personnage principal.

Dans l’un et l’autre cas, il importe de faire remarquer que ce n’est pas le point de vue considéré dans le tableau réel, que nous supposons déplacé du point central et abaissé, par exemple, au tiers de la hauteur; seulement dans le tableau que nous exécutons, nous supprimons une partie de la base du tableau que notre œil embrasse dans la nature, et nous en retirons l’avantage que les premiers plans , se rapprochant du centre, seront par conséquent plus purs , comme si nous prenons le tableau EFDC (fîg. 2), le point de vue étant V, et le tableau total que notre œil reçoit étant ABCD.

La position du point de vue , trouvée dans le sens de la hauteur, détermine la position de la ligne d’horizon.

DU POINT DE VUE

20 Trouver la position du point de vue dans le sens de la largeur du tableau.

Dans le sens de la largeur, le peintre ne place pas toujours le point de vue au milieu de sa ligne d’horizon , ce qui est cependant la position la plus avantageuse , en général. Selon le but qu’il se propose et selon la nature des objets qu’il veut représenter , il peut rapprocher à volonté le point vers le bord du tableau, soit à droite, soit à gauche.

Dans ce dernier cas, comme dans le précédent, ce n’est pas le point de vue du tableau réel que l’on déplace, seulement on supprime une portion latérale quelconque du tableau que l’oeil embrasse dans la nature.

Soit A (tig, 3) l’œil de l’observateur ; ABC le cône formé parles rayons visuels; DEFG le tableau (le cercle ou le carré) que l’œil embrasse, et Y le point de vue, au centre de ce tableau. Si vous prenez, pour le tableau à exécuter, la portion KHGL seulement, vous supprimez la portion iatérale FHR, etc.; le point de vue n’est plus au milieu du tableau que vous exécutez. Supprimez encore une portion latérale, par exemple, alors le point de vue Y sera même hors du tableau, tel que vous voulez l’exécuter, mais il sera toujours au centre du tableau que votre œil embrasse dans la nature et que vous représenterez , mais non dans son entier.

Remarque.

Il y a des tableaux où le point de concours est plus ou moins de côté. Ces points reçoivent alors le nom de points accidentels ; ils sont indépendans du point de vue. Nous en parlerons dans la suite de cet ouvrage , après avoir donné des démonstrations qui nous prépareront à la solution de ces difficultés.

Emploi du point de vue.

On n’a pas été sans remarquer qu’en se plaçant à l’entrée d'une longue galerie et en fixant ses regards sur l’autre extrémité, on en

22 PERSPECTIVE SIMPLIFIEE.

saisit d’un coup-d’œil toute letendue, mais le plafond semble des cendre, le plancher semble monter, et les quatre lignes, formées par les intersections ou les arêtes des parois verticales et horizontales, quoique parallèles entre elles, paraissent se réunir en un seul point à 1 extrémité de la galerie, ce qui s’appelle en perspective concourir .

Il en est de même dans tous les tableaux que notre œil peut embrasser dans la nature, et l’on conçoit dès-lors l’emploi presque continuel du point de vue , puisque toutes les lignes parallèles entre elles et perpendiculaires à l’horizon, concourent au point de vue.

Comment les objets paraissent s’ approcher et se joindre à mesure quils s’éloignent , quoiqu’ils restent à égale distance les uns des autres.

Soit AC , BD (fig. 4) les plans de deux rangées d’arbres ou autres objets; les points AEFGH et BJKLM, les points marquant les places de ces objets ;jp, l’œi! de l’observateur; CD un carreau de vitre à travers lequel l’observateur regarde et sur lequel il dessine ce qu’il voit : les deux rayons Cj et H/ étant près de l’œil, forment un angle plus grand et coupent, sur la ligne CD, une portion plus grande que les rayons H y et Gy; Gy et Fy donneront un angle encore plus petit etc.; donc les points x , a, 3, 4, 5, représentant H, G, F, etc., paraissent s’approcher les uns des autres à mesure que II , G, F, etc., s’éloignent de l’observateur.

Dans quelle proportion les objets semblent diminuer à mesure qu ils

s’éloignent.

Supposons que l’œil (PL III, fig. a) regarde la flèche AC qui se peindra sur la rétine en DB et la flèche EL qui arrive en SR. Si la flèche EL est éloignée de l’œil du double de la distance qu'ii y a de l’œil à la flèche AC, c’est-à-dire qu’il y ait de AC à EL autant de distance qu’il y en a de l’œil à AC; SR, image de EL ne sera que la

DU POINT DE VUE

moitié de DB, image de AG. Ainsi un homme de cinq pieds qui serait éloigné de vous de dix pieds, vous paraîtra deux fois plus grand qu’un homme de même taille placé à vingt pieds de vous. Cette loi de décroissement apparent est constante, et s’exerce en raison directe des distances.

Remarque .

Jusqu’ici nous avons toujours parlé de l’œil de l’observateur et non pas des yeux. Lorsque l’on veut voir un objet bien distinctement , il faut ne se servir que d’un œil. L’opération simultanée des deux yeux donnerait deux angles optiques qui nuiraient à l’effet l’un de l’autre, en se contrariant réciproquement.

Supposons A et B (fig. 5) les deux yeux ouverts et regardant le globe C. Ce globe cachera, pour l’observateur, deux points dans l’espace. L’œil B verra ce globe en D, et l’œil A le verra en E; par conséquent les deux yeux se contrarient. Mais si l’on ferme l’œil A , par exemple, l’œil B verra le globe plus distinctement , car il ne cachera qu’un seul point dans l’espace.

En dessinant un objet quelconque, surtout un objet qui présente des angles et des raccourcis, une tête par exemple; par conséquent il faut avoir soin de rester dans le même rayon et de regarder toujours du même œil.

En effet, supposons deux yeux qui regardent le solide cdef( fig. 6); l’œil A étant fermé, B verra le côté cf du solide plus grand que le côté fe. Si au contraire B est fermé , A verra le côté ef plus grand que/c.

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