CHAPITRE DEUXIÈME
DU POINT DE DISTANCE
Définition du point de distance.
L’observateur ayant choisi un tableau dans la nature, et les limites de ce tableau étant une fois déterminées, comme on l’a vu précédemment, il est bien évident , et au besoin il est facile de prouver par l’expérience, que la distance à laquelle l’observateur sera placé, à l’égard du tableau en question, entrera pour beaucoup dans l’effet que ce tableau produira sur l’œil de l’observateur. En conséquence, il conviendra de déterminer celte distance. Pour déterminer cette distance, il faut deux points. Le premier est déjà connu; c’est le point de vue, qui est toujours le centre du tableau pris dans la nature. L’autre point sera l’œil même de l’observateur. On l’appelle point de distance.
La distance de l’observateur au tableau se mesure de l’œil de l’observateur au point de vue, ou si l’on veut, du pied de l’observateur à la ligne de terre.
On a reconnu par l’expérience que la distance la plus avantageuse à choisir doit être égale à deux fois, ou mieux encore à trois fois la largeur du tableau , surtout pour un tableau de paysage.
Ainsi, en supposant que le tableau que notre œil embrasse ait io pieds de large, le peintre devrait s’éloigner de 20 à 3o pieds de la ligne de terre.
Il y a à la vérité des circonstances où le point de distance doit se
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trouver placé dans le tableau même, par exemple, lorsqu’on dessine un intérieur, il est alors impossible de s’éloigner de son tableau. Les tableaux de ce genre ne sont pas strictement dans les règles de la perspective, ou bien il faudrait faire un fragment de panorama, comme on le verra vers la fin de cet ouvrage.
Emploi du point de distance.
Une expérience très simple et très facile à concevoir et à répéter, fera comprendre X emploi du point de distance.
Supposez une personne regardant à travers un carreau de vitre, calquant sur ce verre les objets qui se présentent à elle et les calquant tels qu’ils s’offrent à sa vue.
SoitA (fig. i) l’œil de l’observateur (ou le point de distance) regardant à travers le carreau BCDE. Soit Y son point de vue et BCGF , la figure plane que A regarde et qui doit être calquée sur le verre. La ligne BF donnera , étant calquée, une ligne dans la direction de B en V ; la ligne CG, de même, donnera une ligne dans la direction de Cen V, et ces deux lignes prolongées suffisamment concourront en V ou au point de vue. Maintenants! l’on cherche à marquer, toujours en calquant, deux points qui doivent représenter F et G, ces points ne peuvent se trouver qu’aux points S et T, à l’intersection des deux lignes BV et CY avec les lignes menées de F et G en A. Ce qui fait voir qu’en tirant des lignes des points F et G au point de distance A, on devait trouver, sur leslignes BV et CV, les points S et T et les lignes BS, CT, qui représentent la profondeur que les deux points F et G occupent dans le plan BCGF, à l’égard de l’observateur.
L’emploi du point de distance sera donc de fournir un moyen de marquer les profondeurs dans un tableau ou l’éloignement des objets à partir du premier plan.
Position du point de distance pour V exécution cVun tableau.
Comme nous venons de le dire, le point de distance se trouve placé vis-à-vis du tableau cjue notre œil reçoit et à la distance que nous avons déterminée. L’expérience que nous venons de décrire montre comment on pourrait imaginer, à l’égard du tableau pris dans la nature, l’emploi du point de distance ainsi placé vis-à-vis du tableau. Mais quand il s’agirait d’opérer sur la surface plane destinée à recevoir le tableau que l’on exécute, il serait impossible de tracer les lignes allant à ce point de distance, si l’on ne parvient à placer ce point sur la surface même du tableau et de manière à obtenir les mêmes résultats que si ce point de distance restait toujours vis-à-vis du tableau , comme cela a lieu dans la nature. Ce moyen consiste à prendre sur la ligne d’horizon suffisamment prolongée, soit à droite, soit à gauche, un point qui soit éloigné du point de vue d’une longueur égale à la distance de l’observateur au point de vue.
Soit AB (fig. a) la largeur du tableau, prenez, sur la ligne d’horizon, à partir du point de vue Y, une longueur YD double de AB : le point D vous tiendra lieu d e point de distance ; le point réel de distance, ou l’œil de l’observateur, étant supposé à une distance de deux fois la largeur du tableau.
Voulez-vous trouver dans ce tableau une profondeur égale à AB ? faites concourir au point de vue les points A et B, et du point A tirez la ligne AD au point de distance. Le point d’intersection G détermine BG qui représente une profondeur égale à AB, c’est-à-dire, que si la largeur du tableau est de io pieds, le point G sera à io pieds de la ligne de terre AB.
Autre position du point de distance.
Pour placer le point de distance à deux ou trois fois la largeur du tableau et de coté, comme nous venons de le voir, on est souvent forcé d’avoir recours à des rallonges, dont l’emploi est fort in-
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commode, surtout quand le tableau est de grande dimension. On peut remédier à cet inconvénient en plaçant le point de distance sur le bord du tableau même, et en opérant de manière à obtenir le même résultat que précédemment.
Soit le point de distance D (fig. 3) pris à gauche du point de vue V. Supposez le point D transporté en G; calculez la portion DG de distance cpie vous venez de supprimer; elle se trouve égale aux trois quarts de cette distance. A partir du point A, prenez la portion AE égale au quart de AIE, en sorte que AE est à AB, ce que GY est à DV; tirez la ligne EG, cette ligne coupera la ligne AY en un point G que vous auriez obtenu pour point d’intersection des lignes AV et BD, suivant la première manière d’opérer. Le résidtat est le même.
Si le point de distance D (fig. 4) est à trois fois la largeur du tableau et que vous le transportiez en F, la portion FV ne sera plus que la sixième partie de la distance totale. Vous prendrez BC , sixième partie de BA (toujours à partir du point de la ligne de terre située du côté du point de distance et dans le sens opposé à ce point ) et la ligne CF vous donnera le point G. La profondeur BG est égale à BA.
Dans la première manière d’opérer, la distance DV est appelée grande distance , et la distance FV , à partir du bord du tableau, est appelée distance figurée.
Dans presque toutes les opérations qui font partie de cet ouvrage, nous supposerons l’observateur à une distance de deux fois seulement la largeur du tableau. Nous verrons dans la suite que les raccourcis sont moins gracieux à cette distance , mais aussi les lignes sont moins rapprochées et les opérations sont plus faciles à saisii
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