DE LA PERSPECTIVE DANS L’ENSEIGNEMENT DU DESSIN
Il nous a paru d’autant plus important de réduire à la plus grande simplicité les diverses opérations de la Perspective linéaire , que cette partie essentielle des arts du dessin devrait, à notre avis, occuper dans l’instruction élémentaire
(i) Monge.
PRÉFACE
Vj
une place bien différente de celle qu’on lui accorde le plus ordinairement.
Nous nous proposons de développer notre opinion à eet égard, dans un ouvrage spécial où nous essayerons de donner une Méthode pou r apprendre soi-méme et pour enseigner à dessiner , en commençant à dessiner d’après nature.
Pour bien faire sentir la nécessité de l’étude de la Perspective , dès les premières leçons de dessin , nous nous bornerons à établir ici un point sur lequel les artistes et les amateurs les plus distingués ont exprimé un jugement conforme à l’opinion que nous nous sommes formée nousmêmes et que ! expérience a toujours confirmée.
Admettez-vous que le but le plus ordinaire et le plus réel du dessin soit de reproduire les images des objets qui frappent nos yeux dans la nature? Choisissez l’un de ces objets : voilà un modèle tout trouvé. Vous allez prendre ou donner ainsi votre première leçon de dessin , d’après nature. Ce sera en même temps une leçon de perspective qui exercera votre élève à se rendre compte de ce qu'il voit, et une leçon réelle de dessin, puisqu’il se sera exercé à représenter un objet réel qui frappait ses regards.
Foute méthode de dessin, qui reposerait sur une base contraire , deviendrait pernicieuse, si elle n’était inévitablement stérile.
Quand vous aurez fait faire à un enfant un dessin d’après un dessin, demandez-lui s’il conçoit comment avait été faite
cette copie de la nature qu’il vient lui-même de copier.
Il peut arriver qu’en l’absence de l’objet à dessiner, on se trouve dans la nécessité d’en copier une image; mais ce cas est une exception. Se figurer que le dessin consiste à travailler
PREFACE
vij
d’après des copies , c’est prendre l’exception pour la règle.
L’usage est très ancien , sans doute , de ne donner aux élèves pendant long -temps, ou même de ne jamais leur donner à copier que des copies. C’est un plaisir tout comme un autre que de bien reproduire un joli dessin. Mais il est bien peu de personnes qui se contenteraient de ce plaisir et entreprendraient de longues études sans espérer un résultat plus solide.
On a rendu de nos jours plus simples et plus réelles les méthodes d’enseignement pour la lecture et l’écriture.
Le dessin est aussi une sorte d’écriture. C’est sous ce point de vue que nous venons de le présenter. Il reste, dans cette partie, de grandes améliorations à tenter : la première est de ne pas séparer le dessin de la Perspective.
Leur réunion constitue et caractérise la méthode de mon père. Cette méthode date de quarante ans.
A l’époque de la terreur , mon père donnait des leçons à madame Helvétius , en prison. Quand l’élève eut dessiné tout ce qui se trouvait à sa portée , il fallut un modèle. Toute communication au-dehors étant interdite, ce fut le gardien qui posa.
11 faut que la méthode de mon père ait quelque chose de bien naturel, pour être parfaitement comprise, sans le secours de la parole , par ses élèves , les Sourds-Muets.
De très jeunes personnes des familles les plus distinguées de la capitale , et des artistes qui avaient déjà essayé différentes méthodes ; des élèves de l’Ecole polytechnique et des docteurs delà faculté de médecine, ont également profité aux leçons de mon père.
Plusieurs exemples ont fait connaître avec quel succès on
PRÉFACE
VÜj
pourrait introduire cette méthode dans les institutions et les pensionnats, (i)
Elève de mon père , il y avait déjà plusieurs années que je partageais les travaux de son professorat , lorsque j’ai entrepris la rédaction de ce Traité. J’ai cru cette dernière observation indispensable. C’est un hommage à mon respectable père , et en même temps , sans doute , mon meilleur titre à la confiance du public.
(1) Nous citerons le pensionnat bien connu des dames Bénédictines anglaises, rue des Fossés-Saint-Victor , et l’Institution dirigée par M. De Reusse , ancien économe du collège royal de Saint-Louis, rue de Vaugirard, près du Luxembourg, l’uu e des institutions de l’académie de Paris les plus distinguées , soit pour les succès universitaires , soit pour la culture des arts d’agrément,
INTRODUCTION