IX. - PERSPECTIVE DES THEATRES
S’il s’agit de représenter une galerie ou un paysage , et que l’on veuille leur donner une grande profondeur , on peint les derniers plans d’un ton beaucoup plus vaporeux , comme s’ils étaient très éloignés: second inconvénient, de la même nature que le précédent, pour l’acteur qui , n’ayant parcouru véritablement que cinquante pieds , n’a pu éprouver l’affaiblissement de ton qu’il devrait éprouver par la masse d’air qui occuperait le vaste espace que l’on a voulu figurer , et que l’on ne peut faire sentir que sur les décorations. Alors, l’acteur fait paraître les objets qui sont près de lui beaucoup trop petits , et rien ne peut empêcher l’extrême disproportion qui se trouve entre lui et les objets qui l’environnent.
Il y aurait moyen de remédier à cet inconvénient en tenant les châssis d’égale grandeur , comme on le voit (fig. 7). Nous supposons le spectateur placé en face du théâtre ABC , an fond du parterre, à la place que nous avons désignée ci-dessus , et son point de vue étant en Y : en supposant les châssis H , R , L de même grandeur que le premier châssis FGED , et des points EG , FD , faisant concourir des lignes au point de vue , le châssis H paraîtra naturellement plus petit que le châssis EG , R plus petit que H , et L plus petit que R. S’il y a sur le premier plan un personnage ab , dont la hauteur égale le sixième de GE , ce personnage arrivant près du dernier châssis L, sera encore le sixième de ce châssis , la perspective sera naturelle dans l’espace qu’il parcourra , et il se trouvera toujours en rapport avec les décorations.
Si l’on veut figurer une galerie, par exemple (car l’inconvénient ci-dessus n’est jamais plus sensible que dans les décorations régulières), on peut, sur la toile du fond, faire paraître autant de profondeur que l’on voudra. Il faut seulement que la hauteur de la première colonne peinte sur la toile du fond soit en rapport avec la dernière colonne de la décoration. Ce serait là sans doute le meilleur moyen d’éviter le grave défaut que nous avons signalé.
La perspective d’un tableau se dessine sur une surface plane,
l3o APPLICATION DE LA PERSPECTIVE SIMPLIFIEE.
et celle du théâtre au contraire se peint sur plusieurs plans. Or, une chose à laquelle on devrait faire attention , serait de placer les châssis sur lesquels sont peints les différens plans qui forment la décoration , de manière à ce que les spectateurs , placés de côté, ne vissent pas dans les coulisses c’est-à-dire entre les châssis , car cela détruit toute l’illusion. On pourrait donc rapprocher ces châssis de manière à ce que la personne placée de côté, représentée par l’œil E (fig. i ) , ne put pas voir la fin de la coulisse ef. Il est facile de calculer cet effet , en tirant une ligne de l’œil E , par le point g , extrémité du premier châssis. Si le second châssis est peu éloigné du premier , le rayon Eg arrivera vers le milieu de ce second châssis : donc l’œil E ne pourra pas en voir la fin , et à plus forte raison ceux qui sont plus près , en face du théâtre. La même chose doit s’observer pour la distance (ou coulisse) qui existe entre le dernier châssis et la toile du fond : on devrait prolonger cette toile , de manière à ce que le rayon E h , venant de l’œil E , au point h , extrémité du dernier châssis, arrivât dans le cadre de la toile cd. La même chose doit s’observer pour les deux côtés.
La fig. ABCD , représente seulement le plan du théâtre , ab une toile de fond, et cd une seconde toile de fond. Dans les changemens à vue^ on met quelquefois plusieurs toiles les unes devant les autres : celle qui est près des spectateurs peut être plus petite que celle du fond , pourvu cependant qu’elle soit assez large pour que les spectateurs placés en A et en B ne puissent pas voir les extrémités cd de cette toile ; mais il faut entre ces deux toiles un châssis , afin que , la première toile cd étant levée , on ne puisse pas voir les extrémités ab de la dernière.
Nous avons voulu représenter ici différens plans : on voit que le châssis e est plus avancé que le châssis f,f plus avancé que g, etc. Cette démonstration est applicable au paysage où il n’y a rien de régulier.