IX. - PERSPECTIVE DES THEATRES. 1 2J
cher le plus de la perfection , s’il n’arrivait pas que , pour l’ordinaire , on se donne trop de licence dans cette partie , de sorte qu’en visant à de trop grands effets, on tombe dans des contre-sens qui n’échappent pas à un oeil exercé. Diverses dispositions, consacrées par un long usage, dans ce genre de travaux, ne pourraient-elles pas subir une réforme salutaire, et ne pourrait-on pas trouver quelques moyens de remédier à des effets qui ne sont pas toujours justes?
Pour faciliter l’intelligence des démonstrations suivantes , il est bon de définir quelques termes relatifs au théâtre , et dont l’emploi est le plus fréquent.
Un appelle rideau ou toile dé avant-scène , la toile qui ferme l’ouverture du théâtre.
On nomme châssis une surface sur laquelle on peint une partie de la décoration placée , soit de chaque côté du théâtre , soit quelquefois sur la scène même , à différentes profondeurs.
On appelle toile de fond la toile qui termine le théâtre , et sur laquelle sont peints les derniers plans offerts aux yeux des spectateurs.
Le plancher du théâtre est la surface sur laquelle marchent les acteurs et sont posées les décorations.
La coulisse est l’intervalle compris entre deux châssis.
On appelle bande d'air les toiles qui sont placées au-dessus , en avant ou en arrière de chaque paire de châssis , et qui servent à représenter le ciel ou le plafond des appartemens.
C’est de la régularité et de l’assemblage de tous ces différées plans que résulte la perfection de la perspective des théâtres.
APPLICATION
La meilleure manière de placer le point de vue, c’est de le mettre au milieu du théâtre , vis-à-vis et à la hauteur de l’oeil de la personne placée à l’extrémité du parterre , la plus éloignée de l’avant-
la8 APPLICATION DE LA PERSPECTIVE SIMPLIFIEE.
scène , dans la direction de la ligne perpendiculaire qui serait menée par le milieu de la ligne d’avant-scène , enfin en rapport avec le plancher.
Ce plancher n’est pas de niveau ; il s’élève insensiblement depuis l’avant - scène jusqu’au fond. ABC ( fig. i, Pl.L) , est le plan de la salle ou le parterre ; abcd , le plan du théâtre ; C, l’œil de l’observateur, et Y, le point de vue. Souvent on diminue la hauteur " et la largeur des châssis, de manière à ce que, à l’ouverture du dernier châssis , l’intervalle qui existe , dans tous les sens , aux dernières coulisses, soit beaucoup plus petit que celui de l’ouverture du théâtre. Cette diminution réelle ajoute encore à la diminution produite par la perspective. Cette disposition est prise ordinairement afin que la plus grande partie des spectateurs qui se trouvent placés des deux côtés de la salle, jouissent des décorations qui sont figurées en avant des coulisses ; mais il résulte de cet arrangement un inconvénient très grave , c’est que les acteurs ne pouvant rapetisser leurs personnes dans les mêmes proportions que les décorations, ces acteurs se trouvent à la vérité en proportion avec les décorations de l’avant-scène ; mais ils paraissent trois ou quatre fois trop grands , quand ils approchent de celles du fond, relativement aux corps qui les entourent sur ce plan. Supposons qu’un théâtre ait, à son ouverture ou avant-scène, trente pieds de largeur et cinquante de profondeur. Dans cette profondeur de cinquante pieds , on peut faire paraître par la perspective et la diminution réelle des châssis, un enfoncement de deux cents pieds. Si un personnage, qui a cinq pieds, est placé sur l’avant-scène, près d’une colonne de vingt-cinq pieds , sa hauteur égalera le cinquième de cette colonne ; mais, si le même personnage se transporte dans le fond du théâtre , près d’une autre colonne qui n’a véritablement que quinze pieds , le personnage dont la diminution devrait se trouver en rapport avec les décorations , comme on l’a vu dans toutes les autres opérations, va se trouver le tiers de cette dernière colonne, tandis qu’il n’était, en hauteur, que le cinquième de la première.