‹ Traité de petite chirurgieChapitre 16 sur 96 · INTERVALLES ENTRE LES PANSEMENTS · texte numérisé non relu

INTERVALLES ENTRE LES PANSEMENTS

L'intervalle de temps qu'il convient de mettre entre les pansements varie d'après de nombreuses circonstances , dont les principales dépendent de la nature de la maladie,

du degré d'abondance de la suppuration, de l'état delà plaie, de l'espèce de médicaments employés, de la constitution de l'atmosphère , etc.

Les pansements trop fréquemment renouvelés contrarient le travail de la nature , irritent les plaies et y causent des déchirures qui retardent la cicatrice , s'opposent à Faction des divers topiques, fatiguent inutilement le malade, et quelquefois même, par l'effet de ces irritations réitérées et des douleurs qu'elles produisent , amènent un état d'exaltation de la sensibilité qui peut avoir les effets les plus fâcheux. Les pansements trop rares au contraire laissent au pus le temps de s'accumuler en quantité trop considérable. Ce liquide retenu forme des foyers, des sinus; s'il y a des médicaments appliqués à la surface des plaies, il peut les décomposer et changer leurs propriétés; il s'altère lui-même promptement dans sa composition, surtout dans les temps de chaleur; il devient fétide, et si dans cet état il vient à être résorbé, il peut occasioner des maladies d'un mauvais caractère.

La plupart des solutions de continuité sont pansées une fois par vingt-quatre heures. Ce temps suffit ordinairement pour permettre à la suppuration de pénétrer l'appareil sans le traverser, et n'est pas assez long pour que le pus s'altère d'une manière fâcheuse.

Cependant lorsque l'atmosphère est très chaude et humide , le pus devenant plus promptement fétide, il est souvent utile de faire un pansement en douze heures. Enfin il est des cas où l'on doit renouveler les appareils plus fréquemment encore, par exemple lorsque la suppuration est extrêmement abondante, que les plaies ouïes ulcères sont affectés de gangrène ou de pouriture d'hôpital ? que des liquides irritants et infects, tels que l'urine ou les ma-

tières steroorales, sont versés à la surface des solutions de continuité, ou lorsque Ton seconde l'effet des pansements par des lotions ou des applications médicamenteuses qu'il est convenable de réitérer.

Les pansements seront plus rares au contraire et éloignés de deux ou trois jours ou même davantage quand on a lieu de craindre une hémorrhagie en levant l'appareil , lorsque les plaies ne fournissent que très peu de pus ou même pas du tout, que les parties, pour leur guérison, n'ont besoin que d'être entretenues dans une température douce et uniforme , et protégées contre les offenses des corps extérieurs. Les plaies simples, peu étendues, guérissent même plus promptement en n'y touchant plus après un premier pansement bien fait, que si on les irrite par des soins intempestifs en renouvelant les appareils sans nécessité.

Les pansements des fractures doivent toujours être plus rares que ceux des plaies, à moins qu'il n'y ait complication de ces deux sortes de maladies. En général on laisse plusieurs jours d'intervalle entre ces sortes de pansements. Le besoin de les renouveler ne peut être que dans le relâchement des appareils, qui ne maintiennent plus convenablement les extrémités fracturées, ou dans un sentiment de gêne et de lassitude ou un prurit à la peau, déterminés par des pressions inégales des pièces de l'appareil. Tant que la fracture est solidement contenue et que le malade n'éprouve de fatigue nulle part , il faut attendre. On doit toujours se rappeler que , pour obtenir la consolidation d'une fracture, le repos le plus parfait est indispensable , et que tout mouvement communiqué qui n'est pas impérieusement commandé par les besoins du traitement lui-même est une faute grave, en ce qu'il

peut retarder ou compromettre inutilement la guérîsou, Le matin est le moment de la journée auquel se font habituellement les pansements. Lorsque l'on en fait deux , le second a lieu le soir. Le besoin d'être pansés se manifeste chez les malades par un prurit incommode, et quelquefois par delà douleur et un état d'excitation de la plaie. Un pansement bien fait laisse au contraire après lui un sentiment de bien-être. Cette circonstance a porté plusieurs chirurgiens à douter si, dans le cas où l'on ne fait qu'un pansement , il ne serait pas plus avantageux de le mettre au soir pour procurer au malade une nuit plus tranquille.

Page 1