DES ONGUENTS
Nulle partie vague et la confusion qui ont régné si long-
MÉDICAMENTS TOPIQUES. l5f
temps dans la pharmacie et la matière médicale ne se font autant sentir que dans la véritable acception du mot onguent. D'après son étymologie, dérivée du latin ungere, il suppose un médicament susceptible d'être employé pour oindre les parties 5 cependant, du nombre des composés qui figurent anciennement sous cette dénomination , il en est beaucoup qui par leur consistance ne sauraient se prêter à cet usage.
Dans ces derniers temps on a essayé de débrouiller le chaos des anciennes dénominations, et l'on est convenu d'appeler onguents les composés qui contiennent de la résine ou des huiles essentielles, qui sont d'une consistance molle, et peuvent se liquéfier à la chaleur animale. Ils se distinguent des pommades en ce que celles-ci ne contiennent pas de résine, et des emplâtres, parce que ces derniers, outre une plus grande proportion de résine, sont formés d'un oxide métallique. Ainsi l'on a rejeté parmi les pommades les médicaments anciennement nommés onguent gris, onguent citrin, etc., qui ne contiennent que des graisses ou des huiles fixes 5 et parmi les emplâtres , ou onguents emplastiques , les composés de résines et d'oxides métalliques, qui ont besoin d'une chaleur un peu forte pour se liquéfier, comme, par exemple, l'onguent de canet, l'onguent de la mère, etc.
Les onguents, pour la plupart, ont des propriétés irritantes plus ou moins modifiées, suivant les variétés de leur composition. On les applique soit sur les téguments , soit à la surface des solutions de continuité, étendus sur de la peau, du linge ou de la charpie. On en faisait jadis un abus immodéré; mais l'expérience ayant appris que toutes ces applications ne font qu'irriter les plaies et les ulcères, et retarder sans nécessité leur guérison , ils sont aujourd'hui
l58 MÉDICAMENTS TOPIQUES.
très peu usités. Leur usage est réservé pour quelques cas
très rares où il est nécessaire d'activer certains ulcères
atoniques.
Voici la composition de quelques uus des onguents les plus employés.
Onguent ou baume cVArcœus (digestif).
Suif de mouton. ^j-
Térébenthine pure. ï * .
Résine élémi pure. f aa û xu Axonge. o iv.
Faites liqué :er le tout ensemble, passez pour former un onguent, qui sert à animer des ulcères chroniques.
( Codex. )
On le rend moins excitant en en mêlant et battant une petite partie dans un jaune d'œuf et de l'huile d'olive. Si le lieu sur lequel on l'emploie est très douloureux, on rend l'onguent narcotique et calmant en le broyant et mêlant intimement avec un seizième de son poids d'opium brut pulvérisé.
Onguent blanc camphré. (Pharmacopée de Vienne).
Axonge. § iij 5 vj.
Blanc de céruse (sous-carbonate de plomb). 3 j 3 vij. Faites liquéfier P axonge ; ajoutez la céruse en
poudre, mêlez exactement et remuez sur le
feu jusqu'à consistance d'onguent; ajoutez: Camphre pulvérisé. o j.
Cet onguent est répercussif j on l'applique sur les entorses, les contusions, les brûlures.
MÉDICAMENTS TOPIQUES. lSû,
Onguent épispastique.
Onguent basilicum. ) rr > • — populeum. J 3 '*
Poudre de cantharides. gr. xviij.
Incorporez par trituration.
Il entretient ia suppuration des exutoires-, mais il irrite davantage que la pommade que nous avons donnée plus haut.
Onguent basilicum.
Poix noire. Colophane.
Cire jaune.
Huile d'olives. 3 *J-
Faites fondre ensemble la poix et la colophane; ajoutez-y la cire et l'huile, et remuez jusqu'à ce que le mélange soit parfait. Passez et triturez jusqu'à ce que la matière ne soit plus que tiède.
Cet onguent entre fréquemment dans la composition des autres. On le mêle souvent dans les cataplasmes maturalifs.
DES EMPLATRES.
Nous avons vu que la différence principale entre les on guents et les emplâtres tenait à ce que ces derniers contiennent une plus grande proportion de résine unie à un oxide métallique. Ici le composé n'est plus un simple mélange, mais une combinaison chimique en vertu de laquelle les graisses et les huiles sont solidifiées par l'oxide métallique. Le degré de consistance ? la température à la-
l4o MÉDICAMENTS TOPIQUES,
quelle l'emplâtre entre en fusion, l'union plus ou moins intime des éléments, et l'absence d'oxide métallique, coexistant avec une grande consistance ou avec une grande force d'adhésion, ont fait établir une distinction intermédiaire entre les emplâtres proprement dits et les onguents. Ces composés, qui tiennent le milieu, sont nommés onguents emplastiques. Quoi qu'il en soit, nous ne séparerons pas ces médicaments dans ce que nous avons à en dire.
Les corps gras étant composés de carbone, d'oxigène et d'hydrogène, il est facile de concevoir quelle sorte d'action ils exercent sur les oxides. Us tendent à s'acidifier aux dépens de l'oxigène de ces corps , soit en les réduisant à l'état métallique, auquel cas il n'y a point de combinaison produite, soit, et c'est ce qui arrive dans les emplâtres, en les ramenant à un degré d'oxidation moins élevé, et se combinant avec le nouvel oxide produit. Les proportions arbitraires sous le rapport chimique suivant lesquelles ces corps sont mis en contact font que les corps gras, se trouvant toujours en grand excès par rapport à la quantité d'oxide métallique, il n'y a qu'une portion des graisses qui se combine avec lui : l'autre reste libre-, mais elle est devenue siccative.
L'action des divers oxides n'a pas lieu au même degré. Celle des oxides de fer est presque nulle. Les oxides de cuivre se combinent lentement ; ceux de mercure et de bismuth s'incorporent plus promptement, mais les composés qu'ils forment avec les graisses n'acquièrent pas beaucoup de consistance. Les plus solides sont produits par les oxides de plomb, et en particulier par la litharge. Cette grande solidité, qui augmente avec le temps, finit par rendre les emplâtres incapables de servir.
Les onguents emplastiques ne contenant point d'oxides métalliques , les corps gras qui entrent dans leur composi-
MÉDICAMENTS TOPIQUES. i4l
tion s'acidifient et s'altèrent plus promptement. Ceux qui contiennent des huiles essentielles se dessèchent et durcissent par l'èvaporation de ces substances volatiles. Pour conserver les onguents emplastiques on les roule sous forme de cylindres que Ton nomme magdaléons. Ainsi reunis en masse ils présentent peu de surface à l'air, et peuvent se garder plus long-temps.
La solidité des emplâtres et des onguents emplastiques à la température de l'atmosphère force, pour s'en servir, de les ramollir par la chaleur. On fait fondre les uns, et On les coule sur des toiles, ce que l'on nomme sparadraps; d'autres sont plongés dans de l'eau plus ou moins chaude, on les étend ensuite avec les doigts mouillés sur de la peau , du linge ou des étoupes, pour les appliquer.
Les onguents emplastiques jouissent de propriétés très variées*, il y en a même d'émollients, comme l'onguent de baleine*, mais il n'en est pas de même des emplâtres.
Presque tous ces composés irritent les parties sur lesquelles on les applique. Ils possèdent cette propriété non seulement par les oxides métalliques que l'on combine avec les corps gras brûlés et les résines, mais par ces dernières substances elles-mêmes. Leur adhésion intime à la surface de la peau empêche la vaporisation au dehors de la transpiration cutanée*, la peau, ramollie par la sueur qui s'amasse en gouttelettes sous l'emplâtre, est plus perméable et plus sensible à Faction des médicaments irritants. Cet effet, que l'on observe même avec les onguents emplastiques les plus doux, tels que le diachilum gommé, se manifeste surtout dans l'application des emplâtres chargés d'oxides *, il va souvent chez les sujets jeunes et qui ont la peau fine jusqu'à produire une inflammation érysipélateuse de la peau, lors même que le composé ne contient que des matières inca-
l42 MÉDICAMENTS TOPIQUES,
pablesde produire la rubéfaction et la vésication , étaut appliqués sous une autre forme.
indépendamment de cette propriété plus ou moins excitante de tous les emplâtres dont le contact est prolongé, suivant leur composition il y en a d'astringents, de vésicants, et même de narcotiques.
Nous allons présenter la composition de quelques unes des matières emplastiques les plus employées.
Emplâtre ou onguent solide de blanc de baleine.
Cire blanche. § iv.
Blanc de baleine. § ij.
Huile Jes quatre semences froides. 5 ft.
Faites fondre à une douce chaleur , mêlez exactement , faites-en des magdaléons.
Étendu sur les fissures, les gerçures, les verrues et cors aux pieds, il relâche et assouplit la peau et l'épidémie-
Emplâtre d'André de la Croix,
Poix blanche. 3 'î •
Résine élémi. o iv.
Térébenthine pure. > âà 3 j; Huile de laurier. >
( Codex. )
Emplâtre des gomme-résines appelé diachylum gommé.
D'une part :
Emplâtre simple. lï> ij.
Cire jaune.
Poix blanche. \ ââ % ij.
Térébenth
3 jaune. A s blanche. > ébenthine. J
Faites fondre d'abord ces substances sur un feu doux.
De l'autre part :
Gomme-résines ammoniaque. i
— bdellium. f x .
— galbanium. / aa'3J'
— sagapenum. 1
Faites dissoudre dans une quantité suffisante d'alcool faible; faites évaporer jusqu'à consistance de miel; ajoutez le mélange à l'emplâtre liquéfié, et mêlez le tout avec soin.
Pour étendre cet emplâtre sur des toiles , on le modifie de la manière suivante :
Emplâtre simple, i5 parties.
Id. de diachylum gommé, i5.
Cire jaune, 5.
Térébenthine, 5.
Faites-les fondre au bain-mai ie et étendez-les sur des toiles.
Ces deux emplâtres, mais surtout celui de diachylum, sont fréquemment employés en sparadrap pour faire des bandelettes agglutinatives qui réunissent les plaies et les ulcères, et pour appliquer en larges morceaux sur les parties qui menacent de s'excorier par la pression. En donnant la composition du diachylum, comme en général pour les formules que nous indiquons , nous n'avons pas prétendu mettre le chirurgien en état de composer lui-même les médicaments qu'il emploie ^ mais seulement indiquer de quoi et comment on les fait. Au reste, Futilité des emplâtres adhésifs ne permettant pas de pouvoir les remplacer par d'autres moyens, les personnes qui exercent la chirurgie loin des villes où il existe des pharmaciens doivent toujours avoir tout prêt un magdaléon de diachylum gommé, qu'il ne s'agit plus (^ue d'étendre sur une toile comme nous le dirons en parlant des sparadraps agglutinatifs.
l44 MÉDICAMENTS TOPIQUES.
Emplâtre épispastique.
Poix blanche. 3 vij.
Cire jaune. § v 15.
Térébenthine. 3 ij îî.
Cantharidcs en pondre. '3* iv.
Faites fondre les trois premières substances; passez au travers d'un linge très serré,- agitez pendant quelque temps, retirez le mêlai ge du œu et. ajoutez les cantharides, que vous incorporez exactement. Après le refroidissement, formez des raagdaléons.
Pour s'en servir on le fait ramollir à la chaleur, et on Fétencl avec les doigts mouillés sur un morceau de peau ou de linge. Pour en augmenter l'activité', on recouvre sa surface avec un peu de poudre de cantharides imbibée de fort vinaigre, et on saupoudre avec un peu de camphre pulvérisé pour diminuer l'action irritante qu'il exerce sur les voies urinaires.
Si l'on n'a ni cet emplâtre , ni celui connu eous le nom de vésicatoire anglais , on peut, dans un cas pressé, établir des vésicatoires avec un cérat solide, dans lequel on fait dissoudre en le liquéfiant partie égale en poids de poudre de cantharides.
Emplâtre résolutif des quatre fondants.
Emplâtre de savon. j
— de ciguë. . • , 1
, ,. n, , , 1 parties égales.
— de diachylum gomme.
— de vigo mercuriel. '
On l'employait beaucoup autrefois comme maturotif et fondant, c'est-à-dire pour hâter la suppuration ou déterminer de l'excitation dans les tumeurs froides chez les scrophuleux , et sur les engorgements chroniques dont on voulait opérer la résolution.
MÉDICAMENTS TOPIQUES. j45
SPARADRAPS ET AGGLUTINATIFS.
On désigne sous le nom de sparadraps des tissus de chanvre, de lin, de soie ou de peau , enduits d'un emplâtre susceptible d'adhérer à la peau. Il y a de ces sparadraps dont la surface qui reçoit l'emplâtre n'est que du papier; mais nous conseillons de ne pas s'en servir, leur peu de solidité* en rendant l'usage infidèle.
Un sparadrap bien fait est souple et maniable; son enduit peu épais offre une surface unie, assez fusible pour se ramollir à la chaleur de la peau; il doit pouvoir également y adhérer, et en être enlevé en totalité sans y laisser de parcelles qui la pâlissent.
Les emplâtres agglutinatifs sont plus spécialement employés sous la forme de sparadraps;, on se sert de ces derniers en larges morceaux ou emplâtres proprement dits, et découpés en lanières ou bandelettes.
La matière emplastique la plus généralement usitée est le diachylum gommé. On se sert aussi de l'emplâtre d'André de Lacroix, et de celui de Caoutchouc deSwediaur.
Chez les pharmaciens, on trouve les sparadraps agglutinatifs tout prêts , sous la forme de rouleaux , de huit à neuf pouces de largeur sur trois ou quatre pieds de longueur. On les prépare avec un instrument nommé sparadrapier, qui consiste dans une règle placée de champ entre deux montants fixés par le pied dans une tablette horizontale. La règle , reçue de chaque côté dans une coulisse dont sont percés les montants, est mobile et maintenue par des vis de pression, en sorte que l'on peut augmenter ou diminuer à volonté l'espace compris en^re la règle et la
l46 MÉDICAMENTS TOPIQUES.
tablette. Cet écartement, qui fait office de filière, ne doit pouvoir admettre que l'épaisseur du linge et de la couche emplastique. On y engage, d'arrière en avant, leraorceau de toile que l'on veut enduire de l'emplâtre; la matière en fusion est versée derrière la règle, et, en tirant vers soi* le chef du linge, on en amène successivement toute la longueur recouverte d'une épaisseur uniforme de matière agglutinative.
Comme on n'a pas toujours à sa disposition ou un rouleau tout prêt ou un sparadrapier , et que cependant on peut à tout instant avoir besoin de toile agglutinative , il suffit d'avoir chez soi de cet emplâtre en magdaléon, en ayant soin qu'il ne soit pas trop ancien, ce qui le rendrait cassant et peu susceptible d'adhérer. On le fait fondre, et on le verse sur un linge bien tendu par ses quatre angles sur une table horizontale*, il suffit d'une règle tenue de champ et promenée parallèlement avec rapidité sur le linge en chassant la matière liquide, pour en répandre sur tous les points une couche sensiblement uniforme. Dans tous les cas, le linge que l'on choisira doit être clair, léger, et offrir une surface tomenteuse, c'est ce qui fait que l'on préfère celui qui est à demi usé.
L'emplâtre ainsi étendu redevient promptement solide par le refroidissement. Pour s'en servir, il faut présenter rapidement tous les points du morceau dont on se sert à un feu un peu vif ; il fond alors, et, appliqué immédiatement sur la peau, y adhère fortement. On doit prendre garde , dans cette manœuvre , de ne point trop prolonger le contact de l'emplâtre avec la chaleur , ce qui entraînerait l'absorption, par le tissu, de la matière liquéfiée. Dans cet état, le sparadrap n'est plus susceptible que d'une adhésion incomplète.
MÉDICAMENTS TOPIQUES. lfy
Pour préparer le taffetas dit d'Angleterre , ou improprement taffetas gommé, on prend une partie d'ichtyocolle choisie que Ton coupe en menus morceaux , et que l'on fait digérer dans quatre parties d'eau, dans un vase de faïence placé sur un banc de sable. Quand la colle de poisson est fondue, on la passe au travers d'un linge; on ajoute huit parties d'alcool faible, on fait évaporer jusqu'à réduction de moitié, et on passe de nouveau.
On étend ensuite le liquide tiède avec un pinceau sur du taffetas découpé par bandes. On pose ainsi successivement jusqu'à quatre ou cinq couches*, mais en attendant \ à chaque fois, pour en appliquer une nouvelle, que celle qui Fa précédée soit parfaitement sèche. Ou donne à ce taffetas une odeur agréable en étendant de la teinture de benjoin ou de baume du Pérou entre les deux dernières couches d'ichtyocolle. Le taffetas ainsi préparé, on le laissera sécher pendant vingt-quatre heures avant de s'en servir. ' (Codex.)
Ce serait peut-être ici le lieu de parler des cathérétiques et caustiques, comme étant des médicaments topiques-, mais comme ils se trouveraient rapprochés par leurs propriétés , tandis que tous ceux qui précèdent n'ont été distingués que par la forme de leur application, nous renvoyons, pour ce qui les concerne, aux irritations cutanées et ulcérations artificielles , où nous aurons à parler en même temps de la vésication et de la cautérisation, qui sont le résultat de leur emploi.
l48 BANDAGES.
Le mot bandage exprima la disposition qui résulte de l'emploi méthodique , sur une partie malade, des compresses , bandes et autres pièces de linge qui entrent dans la composition d'un appareil de pansement. On donne aussi ce nom , lors même qu'elles ne sont point appliquées , aux diverses pièces de linge disposées en appareil, suivant un ordre rationel, comme pour le maintien des fractures -, enfin on l'a étendu à des agents mécaniques % les brayers et le garot en sont des exemples.
De ces divers bandages , les uns sont simples et répondent à des indications plus ou moins communes à tous les pansements, les autres sont compliqués, et principalement en rapport avec des indications spéciales.
L'application des bandages est en général la dernière partie et comme le complément des pansements. Quelquefois cependant elle constitue le pansement lui-même; ainsi, dans les cas où il n'y a point de solution de continuité, comme lorsqu'il ne s'agit que de maintenir en rapport les surfaces articulaires après la réduction des luxations , le pansement ne se compose seulement que de l'application du bandage.
Nous avons déjà vu que les bandages ont reçu différents noms en rapport avec les indications qu'ils remplissent.
BANDAGES. l4û,
Ainsi, le bandage préservatif protège les parties, et les défend du contact des corps extérieurs et des variations de température ambiante 5 Yunissant maintient réunies les parties divisées-, le dwMf s'ôpposè au rapprochement de celles qu'il convient de tenir écartées-, Yexpulslf a pour objet de faciliter l'évacuation des liquides-, le compressif est employé, soit sur les vaisseaux pour arrêter une hémorrhagie, soit sur une tumeur pour y suspendre la tendance à un développement immodéré, ou même pour en déterminer l'atrophie-, le rètentif s'oppose à une nouvelle issue des parties réduites, comme pour la hernie-, le suspensif, ou suspensoir proprement dit, supporte soit les organes placés en dehors de la surface du corps , tels que les mamelles chez la femme et les testicules chez l'homme, ou même les tumeurs proéminentes qui pourraient gêner par leur poids-, enfin le plus employé de ces bandages, celui qui convient dans le plus grand nombre des cas, est le contentif. Il sert à maintenir appliqués les diverses pièces d'appareil et les médicaments topiques, à empêcher le retour d'une luxation réduite, et constitue la principale indication des fractures en s'opposant aux contractions musculaires qui feraient chevaucher les fragments. Un dernier usage des bandages est de redresser des os incurvés \ cette sorte d'appareil n'a pas reçu, quant à son objet, de nom particulier.
Tous les bandages , quels qu'ils soient , rentrent dans deux au moins des dénominations scolastiques que nous venons de parcourir 5 plus souvent encore le même bandage remplit à la fois plusieurs de ces indications, et sera en même temps préservatif par rapport aux agents extérieurs, expulsif pour les liquides sécrétés dans la profondeur des foyers, compressif et unissant quant au rap-
prochement de leurs parois, et contentif eu égard au maintien en un seul système de l'ensemble de l'appareil-, en un mot, non seulement un bandage a toujours plusieurs usages , mais on peut dire qu'il sera d'autant mieux conçu qu'il répondra à la fois à un plus grand nombre d'indications.
L'espace dont nous pouvons disposer ne nous permettant pas de nous étendre beaucoup sur les variétés des bandages, nous les présenterons principalement dans le but chirurgical de l'indication, tel que nous venons d'en présenter l'énumération*, pour ceux-ci même, nous avons déjà, à propos des pansements, parlé de l'application des bandes et compresses , du bandage compressif, divisif et expulsif, et des suspensoiresj nous placerons également en leur lieu, comme plus faciles à concevoir à la suite des maladies pour lesquelles on les emploie, le bandage unissant, en traitant des plaies, et de nouveau le compressif , dans ses applications aux bémorrbagies. Il ne nous restera à parler que de ceux dont l'emploi ne peut se présenter dans le cours de cet ouvrage.
Cependant, comme il est important de se familiariser avec la forme et la disposition des bandages pour apprendre à les appliquer convenablement , nous emprunterons à l'excellent Traité de M. Gerdy sa classification des bandages en donnant un exemple de chaque genre, et nous renverrons pour de plus grands détails à l'ouvrage original.
Il est inutile d'insister sur le bandage purement préservatif, c'est celui que l'on emploie spécialement pour les exutoires. Nous aurons du reste l'occasion d'en parler en traitant de ces derniers.
BANDAGES. ibl
BANDAGE EXPULStF.
Il est employé dans le traitement des phlegmons , des érysipèles phlegmoneux , des fractures compliquées , etc., en un mot partout où il existe des foyers purulents profonds qu'il convient d'évacuer en même temps que l'on doit empêcher une collection nouvelle de se former. Le bandage de Scultet que nous allons décrire plus bas, et un bandage roulé lorsque l'application en est possible, sont les moyens les plus convenables. Pour faciliter l'expulsion du pus, pour aider à la compression déterminée par ce bandage , on a recours , comme nous l'avons dit à propos des pansements, à l'application de tampons ou de compresses graduées, dont la plus grande épaisseur correspond à la profondeur des foyers et des trajets fistuleux.