BANDAGES CROISES
Ceux-ci sont formés de deux anses , dont les chefs s'entrecroisent de manière à décrire un 8 de chiffre. On les fait avec une bande roulée à un ou deux globes.
Le bandage en 8 est appliqué sur un grand nombre de parties, et pour des indications variées.
Sur les yeux, on le fait simple avec une bande qui décrit des circulaires horizontaux du front à l'occiput , en passant
au-dessus de l'une et l'autre oreille, et d'autres circulaires obliques, qui du front montent a la bosse pariétale du côté sain, descendent en arrière jusqu'au-dessous de l'oreille du côté malade, pour remonter sur le front en passant sur l'œil malade, et ainsi de suite. Lorsque les deux yeux sont affectés, on emploie une bande simple ou double, et l'on décrit alternativement deux séries de circulaires obliques, comme celui dont nous venons de parler, et qui se croiseront en'X, sur le front et à l'occiput. On se sert de ce bandage pour préserver de la lumière les yeux enflammés, ou après l'opération de la cataracte*, on les aura préalablement recouverts d'une compresse fine.
Le principal avantage de cet appareil est la solidité*, mais il est plus que contrebalancé par la longueur de son application, la difficulté ou l'impossibilité de faire des lotions sur les yeux, lorsqu'il en est besoin, et, en ce qu'il échauffe trop la tête et les yeux eux-mêmes. Il est bien préférable de n'employer que deux compresses appliquées sur les yeux, et maintenues sur le front par quelques légers circulaires horizontaux, et de tenir le malade dans un lieu obscur.
Le bandage croisé prend différents noms , suivant les parties sur lesquelles on l'applique. Employé à la mâchoire inférieure pour maintenir une fracture du col et du corps de cet os , on l'appelle chevestre. Le chevestre est simple ou double, suivant qu'il décrit une ou deux séries détours obliques; on le fait avec une bande à un seul ou à deux globes. Dans le premier, plaçantle chef initial à la nuque, on le fixe par deux circulaires horizontaux dirigés de droite à gauche si la fracture est à gauche , et vice versa. Revenu à la nuque, on passe sous l'oreille, du côté sain, sous la mâchoire , au-devant de l'oreille du côté malade *
l6o BANDAGES.
on gagne obliquement le vertex , on redescend derrière l'oreille du côté sain, au-dessous d'elle et de la mâchoire 5 o n remonte sur la fracture , et ainsi de suite en décrivant des circulaires dirigés obliquement par rapport à la ligne verticale , et on termine par de nouveaux circulaires horizontaux. Ce bandage, ainsi appliqué, doit appuyer sur la branche de la mâchoire du côté de la fracture , et former deux points d'entrecroisement, l'un sur la tempe du côté malade , et L'autre sur la région mastoïdienne du côté sain. Pour le cîievestre double , après l'application sur le front du plein intermédiaire entre les deux globes , et l'entrecroisement de ces derniers à la nuque, on les amène sous le menton, puis on remonte verticalement au-devant de chaque oreille jusqu'à la partie supérieure du front, et de là à la nuque. A chacun de ces points, les globes sont entrecroisés de nouveau par des plis renversés. On décrit ainsi plusieurs de ces circonvolutions qui terminent le bandage lorsque la fracture est verticale ; mais, dans le cas où, la fracture étant oblique , les fragments ont beaucoup de tendance à se déplacer, après les premiers tours sous le menton , à partir de la nuque où vient entrecroiser les chefs au-devant du menton , on les ramène à la nuque, puis sur le front, et on termine par quelques circulaires. Pour plus de solidité, on double quelquefois l'entrecroisement du menton. Ce bandage s'oppose avec efficacité à tous les mouvements de la mâchoire \ il est d'usage , avant l'application du chevestre, de placer entre les dents molaires des morceaux de liège plats taillés latéralement, suivant la courbe que décrivent les arcades dentaires ; il reste ainsi entre les dents incisives un écartement qui permet l'introduction dans la bouche des aliments mous ou liquides.
Appliqué à l'aisselle et à l'aine, le bandage en 8 s'ap-
BANDAGES. l6l
pelle spica. Dans tous les cas , comme le rassemblement des tours de bande sous le pli de Faisselle ou de la cuisse comprime douloureusement la peau fine de ces parties , il est convenable, avant l'application de la bande, de préserver les téguments par des compresses sèches, ou, ce qui est mieux, enduites de cérat-, il est clair que ce précepte ne s'applique qu'à ceux des plis articulaires où il n'y a point à faire de pansement, l'appareil, dans ce dernier cas, empêchant tout frottement immédiat.
Le 8 de Vaisselle se fait de deux manières : dans le premier, appelé oblique du cou et de l'aisselle, l'un des anneaux embrasse la partie inférieure du cou d'un côté et de l'aisselle du côté opposé ; ses tours se croisent sur l'épaule en passant de la partie antérieure du cou à la face postérieure de l'épaule, et vice versa-, le second, ou spica modifié, forme également deux anneaux, dont l'un embrasse obliquement la poitrine , de dessous l'aisselle droite par exemple sur l'épaule gauche, où se fait l'entrecroisement; l'autre anneau part du même point d'entrecroisement, et y revient après avoir enveloppé l'aisselle gauche. Ces bandages servent principalement comme contentifs des pansements que l'on fait à la partie inférieure du cou , sur les épaules ou sur les aisselles.
Le spica de Faine, en raison du grand volume des parties qu'il enveloppe , exige une bande de sept à huit aunes de longueur sur une largeur de quatre travers de doigt. Pour l'appliquer, on décrit d'abord deux circulaires horizontaux autour du bassin, au-dessous des crêtes iliaques, en procédant, par rapport au malade, de droite a gauche et d'avant en arrière. Si le bandage doit envelopper l'aine gauche, arrivé au-dessus du pubis de ce côté, on dirige successivement le plein de la bande sur l'aine , le grand
trochanter, sous le pli de la fesse et de la cuisse; on ramène la bande au-devant de l'aine en croisant le premier tour, on enveloppe de nouveau le bassin par un tour horizontal, puis la cuisse par un tour oblique, de manière à décrire un 8 , dont l'aine gauche forme le point d'entrecroisement. Si le spica est appliqué sur les deux aines, après le premier anneau décrit autour de la fesse et de la cuisse du côté gauche, on passe derrière les reins -, puis, arrivé au-dessous de l'épine iliaque antérieure et supérieure du côté droit , on passe obliquement sur l'aine, sous le pli de la cuisse et de la fesse , on croise de nouveau l'aine, on fait encore une fois le tour du bassin pour revenir envelopper la cuisse gauche, et ainsi de suite, en décrivant toujours un circu^ laire du bassin entre ceux qui enveloppent alternativement l'une et l'autre cuisse -, en sorte que les anneaux forment un 8 double à l'entour du tronc et de l'une et l'autre cuisse, dont les deux aines , formant les points d'entrecroisement , se trouvent ainsi comprimées. La bande nécessaire pour exécuter ce bandage doit avoir de huit à douze aunes, suivant l'embonpoint du sujet. On conçoit facilement comment on pourrait faire ce pansement avec une bande roulée à deux globes.
Le spica, unique ou double , est contentif des appareils appliqués sur les ainesdans les inflammations et les solutions de continuité de ces parties ; comme moyen compressif , on s'en sert après l'opération de l'hernie inguinale pour s'opposer à une nouvelle issue des viscères. Il maintient très bien le ; parties au moment de son application, mais comme il ne prend pas son point d'appui au-dessus des crêtes iliaques, il offre après un certain temps l'inconvénient de glisser et de se relâcher.
Il est encore un grand nombre de bandages croisés qui,
BANDAGES. l65
par les indications qu'ils remplis ent, sont d'un usage fréquent en chirurgie; mais l'espace que nous avons à remplir et l'objet que nous nous sommes proposé ne nous permettent pas de les décrire. Nous citerons, en particulier, le croisé de la poitrine et du bras, formé de circulaires horizontaux autour du bras et de la poitrine, et de circulaires obliques, qui passent de dessous le coude du côté malade sur l'épaule du côté opposé. On peut se servir de la même bande pour former le s deux tours de circulaires , mais il est plus commode d'employer une bande pour chaque. Ce bandage est convenable pour maintenir réduite une fracture de la clavicule ou de l'acromion ; avant son application, le bras doit être porté en haut, et l'extrémité externe de la clavicule tirée en dehors *, on les maintient dans cette position au moyen d'un coussin conique rempli déballe d'avoine, et dont la grosse extrémité remplit le creux de l'aisselle*, ce coussin, de chaque côté, est garni de rubans que l'on noue sur la partie inférieure du cou, du côté opposé.
Enfin Ton emploie le croisé par dessus l'une ou les deux épaules pour soutenir les mamelles et les pansements sur ces parties. Le bandage en 8 s'applique aussi au coude, après l'opération de la saignée; autour de la main , du pied et d'un genou, pour maintenir un pansement, ou des deux genoux , pour contenir le fémur après une luxation réduite de ces os; au coude-pied, après la saignée de la saphène, il a reçu en particulier le nom d'étrier. 7