CAUTÉRISATION
La cautérisation a pour effet de détruire l'organisation et la vie dans les tissus. Deux sortes d'agents jouissent de cette propriété: i° les caustiques proprement dits, ou cautères potentiels ; 2° le calorique et les corps qui en sont pénétrés, ou cautères actuels. Le premier résultat de leur emploi est la formation d'une eschare : c'est ainsi que l'on nomme la portion de tissus que les caustiques ont privée de vie. La cautérisation étant indispensable dans un grand nombre de cas, nous allons entrer dans quelques détails sur ses agents et leurs effets, afin de n'avoir plus à y revenir*
On emploie la cautérisation pour satisfaire à diverses indications : i° pour déterminer à la surface cutanée des ulcérations artificielles ou fontieules; 2° pour détruire des tissus fongueux et cancéreux, ou borner les progrès des caries des os-, 5° arrêter une hémorrhagie , lorsque la ligature et le tamponnement sont impraticables ou insuffisants; 4° ranimer les fonctions vitales dans les parties où elles languissent, et, par exemple, dans les tissus fibreux articulaires , et chez des sujets scrofuleux ou affaiblis par de longues maladies; 5° décomposer dans la profondeur d'une
plaie les venins ou les virus déposés par la morsure d'animaux venimeux ou hydrophobes»
Les formes sous lesquelles on emploie les caustiques sont 1res variées. Nous nommerons seulement les plus usitées, if Solides : ce sont les alcalis potasse et soude préparés à l'alcool, le nitrate d'argent, le deuto-chlorured'antimoine, les divers trochisques ou pâtes sèches dont les bases sont le deuto-chlorure de mercure, les deutoxides.de plomb, d'arsenic, de mercure, etc., l'alun calciné, .2° Mous :ce sont des caustiques solides pulvérisés et invisqués avec un corps gras, le miel ou l'eau simple, de manière à en former une pâte molle que l'on étend sur les parties malades ; de ce nombre sont divers onguents j les savons très alcalins , tels que la pommade ammoniacale, la pâte arsenicale. 5° Idquldes : les acides concentrés, suif uri que, nitrique et hydro-chlorique, les solutions saturées de potasse, soude ou gaz ammoniac, les nitrates d'argent ou de mercure, lessul fates de zinc ou de cuivre ^ les deuto-hydrochlorates de mercure ou d'antimoine.
Des trois états que présentent les caustiques, le moins usité est l'état solide en poudre ou en trochisques. On doit être fort réservé sur l'usage de plusieurs d'entre eux, Tarsenie , le plomb et le mercure ayant quelquefois donné lieu à des symptômes d'empoisonnement sur des sujets très irritables, ou chez lesquels l'absorption était très active. Cependant la pâte arsenicale mérite une mention à partr en raison de ses excellents effets sur les cancers qui n'ont que peu de profondeur et d'étendue. En outre, le chlorure d'antimoine s'emploie plus volontiers à l'état liquide, et les trochisques sont tombés en désuétude. I! n'en est pas de même des alcalis secs , dont on se sert fréquemment pour ouvrir des abcès froids et établir des fonticules -, et du ni-
1§8 IRRITATIONS CUTANEES,
trate d'argent fondu, dont nous devons traiter immédiatement, en raison de son emploi journalier en chirurgie. On le coule dans des lingotières, sous la forme de petits cylindres de deux lignes environ de diamètre. Maintenu dans un portecrayon vissé dans un étui, il fait partie de la trousse du chirurgien. Il sert à déprimer les chairs fongueuses ou baveuses à la surface des plaies, et les bourgeons celluleux et vasculaires exubérants *, à arrêter les hémorrhagies causées par la piqûre des sangsues, etc. Pour s'en servir, on nettoie la plaie des liquides qui l'humectent , on passe ensuite le caustique sur sa surface, en graduant la pression suivant la profondeur à laquelle on veut porter la cautérisation -, on essuie le nitrate d'argent avant de le resserrer dans son étui , pour éviter qu'il ne se forme à sa surface une croûte qui en empêcherait l'effet à la première occasion de s'en servir, et que l'on serait obligé d'enlever en grattant. Le contact du nitrate d'argent produit une douleur vive et de peu de durée ; son eschare est blanche et très mince; elle s'enlève à chaque pansement.
Les caustiques liquides s'appliquent avec un pinceau, un bourçlonnet de charpie fixé au bout d'un petit morceau de bois ou une plume, etc., que l'on trempe dans la substance cautérisante, et que l'on dépose sur la partie malade en pénétrant avec soin dans sa profondeur lorsqu'il y a des plaies étroites. Leur application est suivie de très vives douleurs, et il est difficile de borner leurs effets. Ils conviennent principalement, mais surtout l'hydro-chlorate d'antimoine, dans les cas de morsures par des animaux venimeux et enragés, où la gravité de la maladie est tel le qu'on ne saurait cautériser trop profondément.
Le calorique s'applique de deux manières : par la combustion sur les tissus mêmes de corps en ignition , ce sont
les moxas-, et par l'application de corps fortement échauffes , tels que les métaux et en particulier l'acier. Ces derniers se nomment cautères-, leurs formes sont appropriées à l'effet qu'ils doivent produire.
Ueffet commun des caustiques est de causer une eschare; cette dernière varie pour la profondeur, la consistance et la couleur , suivant la substance cautérisante. Ainsi, elle est noire par l'acide sulfurique et les alcalis, jaune par l'acide nitrique. Celle produite par le nitrate d'argent est blanche pour les chairs vives, et d'un violet noir pour l'épiderme. En général cependant, l'eschare forme une pellicule noire ou d'un brun plus ou moins foncé, et dans laquelle le carbone, mis à nu, prédomine sur les autres éléments. La décomposition de la substance animale est produite par une véritable combustion-, mais , par l'effet du calorique pur, cette combustion est simple et telle qu'une haute température et la présence de l'air ou de l'oxigène la déterminent nécessairement sur des corps très combustibles-, tandis que, parles caustiques, elle se fait en vertu d'affinités chimiques, et il y a alors double décomposition. Les alcalis secs, par exemple, et l'acide sulfurique concentré, tendent à s'emparer de l'eau que contiennent les substances animales, ou des éléments qui forment l'eau 5 l'acide nitrique leur cède une portion dé son oxigène, pour donner lieu à de nouveaux composés, etc. Les autres caustiques agissent d'une manière plus ou moins analogue.
L'eschare formée par le plus grand nombre des caustiques, les alcalis surtout, est humide. Le détritus animal est plus ou moins combiné avec l'excès du caustique ou le produit de sa décomposition, et forme ainsi une sorte de savon. Cette circonstance doit toujours engager à laver cette eschare dans les cas où il y aurait de l'inconvénient
à ce qu'elle s'étendît trop loin. Celle causée par le feu est sèche au contraire, et ne contient aucun corps étranger à la matière animale.
Les effets consécutifs de la cautérisation sont, après quelques jours , la formation d'une aréole inflammatoire autour de la partie morte. M, Dupuytren a nommé éliminatoire cette inflammation , qui a pour effet d'opérer la séparation entre les parties vivantes et l'eschare devenue corps étranger. Bientôt la suppuration s'empare des parties vivantes ; l'eschare , détachée par les bords , se soulève au bout de quelques jours , et elle tombe par lambeaux ou en totalité. Après sa chute, il reste une ulcération. Dans le cas où l'on empêche sa cicatrisation par des pois,.. elle prend le nom de cautère,
DES FONTICULES.