ET DES MOYENS DE LES PRODUIRE
On appelle exutoire s et fonlicules des inflammations ou des plaies artificielles que l'on forme dans l'intention de déterminer et d'entretenir à la surfaee du corps une irritation prolongée , dont l'effet soit de diminuer ou de faire disparaître une phlegmasie interne , plus dangereuse pour la vie du malade, suivant le fameux aphorisme d'Hippocrate : Duobus dolorlbus simul obortis } non in eodem loco, vehementior obscurat alterum.
On voit déjà que l'emploi de ces agents thérapeutiques est des plus importants, puisque de leur action bien combinée résulte , en grande partie , l'exercice de la médecine. Le canal intestinal offre, comme la peau, une voie ouverte à la méthode dérivative, et, si l'on se rend bien compte du mode d'action de plusieurs des médicaments qui s'administrent à l'intérieur, tels que les vomitifs et les purgatifs , dans les cas où aucune maladie locale n'en réclame l'emploi, comme dans l'apoplexie, les maladies de la peau, etc., on verra que ces agents produisent sur la muqueuse gastro-intestinale ou tégument interne une action dérivative analogue à celle des épispastiques et des exutoires sur la peau. Mais la surface sensible des voies digestives n'offre qu'une voie dangereuse à une irritation artificielle , dont il est difficile de borner l'intensité et la durée. La nécessité
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d'agir à ia fois sur toute l'étendue de la muqueuse intestinale, imprime à l'économie un mouvement violent qu'on ne saurait renouveler fréquemment avec impunité.Gette irri tation ne convient donc que dans certaines maladies aiguës, où une dérivation prompte et énergique est salutaire. Les irritations cutanées artificielles au contraire, offrent les plus grands avantages, par la facilité d'en limiter à volonté l'étendue, l'intensité, et la durée} et elles sont, pour cela même, un des moyens les plus puissants de la thérapeutique.L'utili té de leur emploi n'est surpassée, dansles maladies aiguës, que par le bon effet des évacuations sanguines; et encore ces dernières sont-elles inférieures aux exutoires, dans la plupart des cas où la maladie se complique de symptômes nerveux. Quant aux phlegmasies chroniques, les irritations cuta^nées sont l'agent le plus héroïque de la thérapeutique médicale : la médecine et la chirurgie leur doivent leurs succès les plus constants et les moins contestés.
Trois sortes de moyens sont employés pour produire à la peau une irritation ou une ulcération ayant un effet dérivatif 011 révulsif^ «e sont les ruhéfians, les vésicans ou épispastiques et les caustiques. L'action des premiers, étant vive et prompte, on en fait principalement usage dans les affections aiguës j l'action des derniers, plus susceptible de continuité , convient mieux dans les inflammations chroniques»
RUBÉFACTION.
Les rubéfiants sont des excitants que l'on applique sur la peau pour y déterminer un aj[]|ux de sang momentané. Leur action se manifeste par une exaltation xle la sensibâli>té locale, accompagnée d'un léger gonflement et d'une vive rougeur. Ces phénomènes disparaissent bientôt d'eux-mê-
mes , après que la cause qui les avait produits a été enlevée. Cependant leur continuation trop prolongée détermine une sécrétion de sérosité , qui soulève la peau et forme des phlyctènes ; ces agents deviennent alors vésicants. Les vésicans agissent en donnant lieu à une vive irritation, qui détermine promptement la formation des phlyctènes , mais après avoir causé d'abord la rubéfaction ; ainsi donc , malgré que la vésication se produise habituellement par des moyens propres, elle n'est, par le fait, que l'effet nécessaire de la rubéfaction prolongée, et les médicaments qui portent ces deux noms ne diffèrent que par leur plus ou moins d'activité.
Parmi les rubéfiants, les uns ont un effet général sur l'ensemble de l'économie, et leur usage appartient; autant à l'hygiène qu'à la thérapeutique. Ce sont : les frictions avec des brosses douces et des corps lanugineux, secs ou imprégnés de vapeurs aromatiques 5 elles excitent les organes subjacents et la circulation capillaire, et sont d'un bon effet dans les affections scrophuleuses et lymphatiques. La flagellation, l'immersion ou les lotions dans de Feau très froide, ou d'une température plus élevée de quelques degrés que celle du corps humain, l'insolation* l'exposition à un vent froid pendant la marche , etc ; ces diverses moyens agissent d'une manière analogue à celle des précédents, en augmentant la tonicité des tissus. Parmi les rubéfiants dont le principal effet est local, on compte les pédiluves irritants , et les synapismes ou cataplasmes dans lesquels on fait entrer la farine de moutarde, l'ail, le poivre,- le piment, etc.; leur emploi comme révulsif est des plus communs et des plus importants dans] toutes les phlegmasies graves, les affections diverses des viscères, les aberrations de la sensibilité, etc., les îiniments, rendus excitants par
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l'ammoniaque ou l'alcool camphré , et dont on fait principalement usage dans les névralgies -, les bains alcalins , acides ou salins, et les bains de vapeurs ; ces divers moyens conviennent dans une foule d'affections qu'il serait trop long d'énumérer.
VÉSICATION.
La vésication suppose toujours la formation des phlyctènes et l'engorgement inflammatoire du reseau muqueux. Cet état se nomme vésicatoire. Le mot vésicatoire est corrélatif*, il s'entend , et du topique , cause de la vésication, et de l'effet , ou de la vésication elle-même. Le vésicatoire établi tendrait à se supprimer de lui-même, si l'on n'entretenait à sa surface une cause nouvelle d'irritation, par des applications réitérées de substances épispastiques. L'inflammation continue et la suppuration qui en résultent peuvent durer un temps considérable; elles amènent, à la longue, la destruction du réseau muqueux et même du derme, causent des ulcérations, et forment la transition entre la vésication simple et la cautérisation.
On distingue deux sortes de vésicatoires , par rapport à leurs effets : Yévacuatifet le répulsif. Indépendamment de cette distinction scolastique, eu égard à l'intensité d'action et à la durée de son emploi, on appelle vésicatoire volant celui que l'on ne laisse appliqué que quelques heures, ou qui, ayant été maintenu en contact le temps ordinaire, n'est point renouvelé; on donne encore ce nom à celui que l'on transporte d'un lieu à un autre, pour produire autant d'effets dérivatifs ou révulsifs; enfin on nomme vésicatoire permanent celui que l'on irrite d'une manière continue. Les corps susceptibles de produire la vésication sont
presque aussi nombreux que ceux qui causent la rubéfaction ; mais il n'y en a qu'un petit nombre qui soient usités* Les cantharides en poudre forment la base de la plupart des emplâtres vésicatoires. Leur teinture sert à préparer des tafFetas-vésicanst; enfin, l'on emploie l'eau bouillante et la pommade ammoniacale ; l'écorce de garou, qui n'est qu'un rubéfiant un peu actif, a cessé d'être usitée.
XI application des vésicatoires se fait sur presque toute l'étendue du corps, suivant l'objet que l'on se propose. Pour la tête, sur le synciput, derrière les oreilles; pour le cou, à la nuque; pour le tronc, sur les diverses parties de la poitrine, en regard des points douloureux, en avant et en arrière de la cavité abdominale; enfin danspresque toute l'étendue des deux membres supérieurs et inférieurs. Lorsqu'il n'existe aucune indication particulière pour le choix du lieu, le bras gauche, à la partie moyenne de sa face externe, est le point le plus commode pour le malade, en ce qu'il peut se panser lui-même.
Avant l'application, il faut raser la peau , 'etla frictionner avec un linge imbibé de vinaigre pour y appeler l'afflux du sang; on place alors à plat l'emplâtre vésicatoire que l'on a légèrement chauifé pour faciliter son adhésion ; on prévient son décollement en le maintenant par deux bandelettes agglutinatives placées en croix; on recouvre d'une compresse ployée en plusieurs doubles , et on assujettit le tout par des circulaires faits avec une bande. Douze heures suffisent pour que la vésication soit produite : il est d'usage de lever le vésicatoire après ce laps de temps. Après avoir enlevé l'appareil , on trouve une vaste phlyctène de l'étendue de l'emplâtre. Lorsqu'il est utile de causer une douleur vive, on enlève la pellicule formée par l'épiderme; des milliers de filaments, qui ne sont que des canaux sudoripares dis-
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tendus, se déchirent en laissant échapper une sérosité jaunâtre interposée entre eux. Au-dessous est le corps muqueux , d'un rouge très vif. L'impression de l'air et l'application du pansement y sont très douloureuses. Si on peut dispenser le malade de la douleur, on se contente de saisir la pellicule avec des pinces, et de la couper circulairement avec des ciseaux pointus. On panse avec une feuille depoirée, du papier brouillard, ou un linge usé, enduits de beurre fraisou de cérat,. et d'une forme adaptée à celle de la plaie. Ces moyens suffisent pendant les premiers jours j mais, si l'on veut entretenir la suppuration, on doit, aussitôt que la surface du vésicatoire tend à se sécher, panser avec la pommade épispastique, composée d'axonge et de poudre de cantharides , ou du principe actif de cette poudre , appelé, par M. Robiquet, son inventeur , cantharidine.Uirritation que produit cette pommade est souvent trop vive*, une couenne blanchâtre, granulée et sèche, se forme à la surface de la plaie; un gonflement inflammatoire et une multitude de furoncules miliaires se développent à l'entour. Il suffit , pour faire cesser ces accidents* d'appliquer un cataplasme émollient : la couenne blanchâtre tombe , le gonflement se dissipe, et la suppuration reparaît. Si la pommade est trop irritante, on doit, pour s'en servir, l'étendre de beurre ou de cérat.
En Angleterre^ on entretient de préférence la suppuration desvésicatoires avec une pommade de sabine en poudre ou en extrait. Voici la formule de M. Growther, une des plus employées.
Poudre ae snbine îvrente, ? ij.
Cire jiuuif1, ? j.
Axonge, % iv,
On regarde à Londres la pommade de sabine comme
moins irritante que celle faite avec les cantharides , et on
assure qu'elle produit une suppuration de plus longue
durée.
Au bout d'un certain temps, un mois, six semaines ou deux mois au plus, le vésicatoire tend à se sécher, et, si Ton veut combattre cette disposition par l'application réitérée desépispastiques, des bourgeons fongueux , livides, et saignant facilement, se forment à la surface du derme, dont la texture se détruit ; il en résulte un ulcère difficile à guérir, et dont, après la guérison, la cicatrice est large et difforme. Ce cas ne pouvant se rencontrer que lorsque l'on veut entretenir long-temps l'irritation, il vaut mieux, de bonne heure, convertir le vésicatoire en cautère: on obtient ce dernier effet, en recouvrant la piaie d'un linge enduit de cérat, et percé, à son centre, d'un trou à travers lequel on insinue un pois s une petite compresse graduée appuie légèrement dessus ; l'appareil est maintenu comme à l'ordinaire : le pois ne tarde pas à former une excavation, et le reste de la plaie, n'étant plus irrité, se cicatrise promptement. Les cantharides ont un grand inconvénient: elles irritent fortement l'appareil génito-urinaire, et déterminent quelquefois la rétention d'urine, la cystite, le satyriasis ou la nymphomanie; elles ont parfois aussi une action irritante sur l'ensemble du système nerveux; Ces divers accidents, pris au début, se dissipent le plus souvent par la cessation de l'usage des cantharides et l'emploi des délayants et des bains.
Les vésicatoires à l'eau bouillante s'emploient lorsque l'on veut produire promptement un effet révulsif. C'est un des moyens les plus puissants à la suite de maladies prolongées, et lorsque la faiblesse et la diminution de lasensibi-
lité réclament des effets prompts et énergiques. La meilleure manière de les former est de tremper dans Feau en ébullition une petite compresse pliée en huit ou dix doubles, ou une masse de linge disposée en forme de tampon, et de l'appliquer immédiatement sur le lieu choisi. Cette application extrêmement douloureuse ne doit durer que quelques secondes: au-delà, elle produirait la cautérisation. Nous avons entendu raconter à M. Halle, dans un de ses cours, que, dans un cas où le danger était imminent, le malade étant sans connaissance , il l'avait rappelé à lui par deux larges vésicatoires à l'huile bouillante, au lieu de l'eau que l'on emploie habituellement. On pourrait se servir de ce moyen dans une circonstance semblable: cependant, les vésicatoires déterminés par des liquides ont, par le fait de leur écoulement, l'inconvénient déformer sur la partie des sillons enflammés, qui gênent le malade dans ses mouvements, et causent des douleurs inutiles. INous leur préférerions l'un des deux moyens suivants, qui ont été employés plus récemment. Le premier consiste à maintenir appliquée sur la partie, pendant un temps convenable, une timbale d'argent qui contient de l'alcool enflammé; on attend pour appliquer la timbale qu'elle soit suffisamment échauffée. Le second , qui nous paraît le plus ingénieux , et dont les effets sont les plus sûrs, est dû à sir Anthony Carlisle : on le fait avec un linge double mouillé que l'on applique sur la partie où l'on veut produire un vésicatoire, et l'on promène ensuite par-dessus le linge un cautère nummulaire chauffé au rouge brun. Ce vésicatoire est par le fait le même que celui à l'eau bouillante, mais il offre le double avantage d'être produit instantanément sans avoir besoin de plusieurs réapplications, et on peut lui donner rigoureusement la forme et l'étendue que Ion juge convenables.
La pommade de M. Gondret offre encore, dans quelques circonstances, un moyen assez prompt de produire successivement et à volonté la rubéfaction , la vésication ou même la cautérisation. Cette pommade, composée départies égales d'axonge et d'ammoniaque concentrée, constitue un savon mou, que l'on étend sur un linge de grandeur et de forme convenables. La rubéfaction est déterminée en deux ou trois minutes; dix au plus suffisent pour amener la vésication; après vingt-cinq minutes ordinairement une eschare est formée. Cependant, l'énergie de cette pommade n'étant pas constante, en raison de sa facile décompositon, vu l'extrême volatilité de son principe actif, on a conseillé, dans ces derniers temps, d'employer plus volontiers l'ammoniaque elle-même. Pour cela on couvre l'a partie d'un morceau de toile de diachylum percé à son centre d'un trou de la grandeur de la plaie que l'on veut produire. Trempant ensuite un linge dans l'ammoniaque liquide, après l'avoir exprimé, on l'applique sur la peau à travers le trou du diachylum. On doit surveiller attentivement l'action du médicament, en raison de sa grande énergie. On laveensuitela peau, et l'on panse comme à l'ordinaire. Ce vésicatoire, moins douloureux et presque aussi prompt que l'eau bouillante, convient dans les mêmes circonstances , et peut remplacer, dans tous les cas, les emplâtres formés de cantharides. Le seul inconvénient de l'ammoniaque est son odeur suffocante , que nombre de malades ne peuvent supporter. Enfin on considère comme vésicant le cautère objectif, dont on se sert pour ranimer les fonctions vitales dans les tumeurs blanches, les engorgements lymphatiques et les ulcères atoniques. Deux sortes de chaleurs produisent cet effet : celle des rayons solaires rassemblés au foyer d'une lentille, et que l'on promène sur les parties malades; et
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Tapproche d'un corps en ignition , mais mieux d'un cautère fortement chauffe. Le dernier moyen est le meilleur, en ce que son emploi est facile et toujours à portée. La chaleur doit être présentée assez long-temps pour produire une vive douleur; ses effets, qui ne vont le plus souvent que jusqu"'. la rubéfaction , ne doivent point surtout dépasser la vésication , auquel cas l'opération deviendrait un véritable moxa.