MOXA
On appelle de ce nom un cylindre formé d'une matière inflammable, et que l'on fait brûler lentement sur la peau jusqu'au point de la convertir en eschare. Le moxa produit des effets semblables à ceux du cautère, et s'emploie dans les mêmes circonstances 5 mais il a plus d'énergie, l'action progressive du feu se faisant sentir jusqu'à une grande profondeur dans les tissus voisins. Il s'ensuit que l'on ne saurait l'appliquer sur un aussi grand nombre de parties que le cautère. Les points que l'on doit éviter sont ceux où, la peau étant très fine,, l'eschare peut s'étendre trop profondément : les saillies osseuses et tendineuses , où l'exfoliation peut être la suite de la cautérisation, outre que, comme tous les corps solides, les os transmettent trop promptement la chaleur à une grande profondeur; enfin le trajet connu des gros vaisseaux et des nerfs. Le moxa est le
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moyen le plus efficace que l'on connaisse pour produire une révulsion forte et continue. On l'applique, pour la névralgie sciatique, en regard de l'origine des nerfs de ce nom, sur la partie inférieure de la colonne lombaire; pour les paraplégies, des deux côtés des apophyses épineuses des troisième et quatrième vertèbres delà même région; en regard des parties malades dans les caries vertébrales; sur les articulations affectées de tumeurs blanches, et, par exemple, sur le grand trochanter, dans lescoxalgies; mais en évitant, pour les autres articulations, les points dont nous avons parlé, et formant une eschare de peu de profondeur; sur les parois du thorax et de l'hypochondre droit, pour les affections chroniques des poumons et du foie , etc.
Diverses substances peuvent servir à faire des moxas : tels sont le coton, la charpie, l'étoupe, le duvet de l'armoise, l'agaric de chêne. La plus employée est le coton cardé : on le tord de manière à en former un cylindre ou boudin d'un diamètre égal à celui du moxa que l'on veut former , et qui est ordinairement d'un pouce. On l'entoure ensuite d'un linge que l'on coud solidement, ou on l'enduit au dehors d'une forte solution de gomme arabique , qui, lorsqu'elle est sèche, suffit pour en maintenir la solidité.
Le cylindre formé, on en coupe un morceau de dix lignes environ de hauteur , qui constitue le moxa proprement dit.
Le procédé pour l'appliquer est très simple. Le malade étant couché dans une situation convenable, étendu sur son lit de manière à présenter en haut la partie sur laquelle on doit opérer, on aplatit d'abord avec soin les deux extrémités du moxa pour les rendre parallèles, la combustion en étant plus égale, ce qui est importantpour la formation de l'eschare*, on allume ensuite une de ses extrémités à la
flamme d'une bougie, ou au moyeu d'un charbon en ignition; on mouille avec un peu de salive l'autre extrémité, et on l'applique sur la peau, dans le point qui a été choisi. Pour maintenir le moxa en contact, on a imaginé de se servir d'un instrument formé avec un anneau métallique, porté à l'extrémité d'un manche, et que l'on a appelé porte-moxa-, cet instrument est inutile, toute verge plate de métal pouvant remplir le même usage -, on se sert ordinairement à cet effet de pinces à anneaux, que l'on applique ouvertes et à plat. Il est nécessaire que la combustion se fasse le plus lentement possible , la pénétration graduée de la chaleur et l'augmentation presque insensible de son intensité étant une des conditions pour l'énergie de l'effet révulsif que le moxa doit produire. Pour entretenir la combustion, on se sert d'un soufflet : le souffle produit par l'expiration peut suffire; mais ce moyen est très incommode pour la personne chargée de cet emploi : l'irritation que la fumée produit sur les conjonctives et les bronches force souvent d'interrompre la continuité de l'opération , et il est plus simple , en maintenant d'une main le moxa à l'aide de la pince à anneaux , de diriger de l'autre main le tube d'un soufflet mû par un aide avec la lenteur et la régularité convenables. Le tube sera tenu à une certaine distance du moxa, pour égaliser autant qne possible la répartition de l'air à sa surface. Assez souvent la combustion est plus vive dans un point < t moins dans d'autres ; mais il suffit d'un emploi bien dirigé du soufflet pour la ramener à se faire uniformément.
Pendant le premier temps de l'opération, le malade n'éprouve d'abord qu'une chaleur douce et agréable 5 mais bientôt elle augmente au point de devenir très dou*
loureuse. La peau rougit à l'entour du moxa -, elle se couvre de gouttelettes de sérosité-, on y observe de légères oscillations et de faibles palpitations des muscles sous-jacents. A mesure que la combustion s'achève, la peau se fronce, elle sèclie , jaunit et forme des rides concentriques à la circonférence dumoxa. Dans ce moment, la sensation de brûlure est intolérable; souvent alors le malade, vaincu par la douleur , s'agite, et il devient nécessaire cle le contenir. Arrivé à ce point, le principal effet étant produit, on doit se hâter de terminer la combustion. Au moment où elle finit , on entend une petite explosion que l'on a attribuée à la rupture de vésicules remplies de sérosité, et qui projette au loin les débris du moxa. L'opération terminée, la douleur s'éteint comme par enchantement; les téguments autour du point qu'occupait le moxa sont rugueux, secs et racornis; au centre, il reste une eschare d'un brun d'autant plus foncé que la cautérisation a été plus profonde; parfois même cette eschare est fendillée, elle intéresse toute l'épaisseur de la peau, et quelquefois même les tissus adipeux et cellulaires sous- cutanés.
Le pansement se fait avec un corps gras dont on enduit un linge ; on recouvre la partie d'une compresse circulaire et de quelques tours de bandes ou d'un bandage de corps , suivant que le moxa a été appliqué sur un des membres ou sur le tronc.
L'inflammation éliminatoire ne tarde pas à se développer , mais il faut trois semaines ou un mois pour que la partie morte se détache. Sa chute est précédée et suivie pendant quelques jours d'une suppuration abondante. On empêche cette suppuration de se tarir, et la plaie de se cicatriser , en convertissant le moxa en cautère ; le nombre de pois dont on se sert est proportionné à l'étendue de
l'exutoire*, il est habituellement de quatre. On lesapplique, et on panse chaque jour comme nous avons dit plus haut à l'égard du cautère; seulement, pour empêcher les pois de se séparer, on les traverse par un fil commun, dont on relève et maintient les chefs au-dessus de la plaie par une bandelette agglutinative.
Le duvet que l'on obtient en pilant dans un mortier les feuilles desséchées de l'armoise ( artemisia latifolia) est employé par les Chinois pour faire des moxas. M. Sarlandière en a essayé de cette sorte, qu'il applique d'une manière particulière et plusieurs à la fois, à des intervalles d'un pouce l'un de l'autre. Il pétrit et arrondit en cylindre, entre la paume des deux mains , gros comme une noisette de ce duvet-, puis, l'extrémité du cylindre tenue avec les trois premiers doigts de la main droite , il aplatit l'autre extrémité contre la paume de la main gauche, et en forme un cône, dont il augmente la densité en le pétrissant dans différents sens. Après avoir ainsi préparé le nombre de cônes dont il doit se servir, il mouille de salive les points où il veut les appliquer, les y fait adhérer parleur base, et en allume le sommet : la combustion continue ensuite d'elle-même. Ce moyen d'appliquer des moxas est facile et commode ; mais il a l'inconvénient de ne causer qu'une cautérisation superficielle. On doit le préférer dans les cas où l'on peut craindre que l'action du feu ne pénètre trop loin*, mais , lorsque l'on veut obtenir une eschare profonde et suivie d'une suppuration abondante et long-temps continuée, le moxa ordinaire convient mieux.
M. Percy employait pour faire des moxas la moelle de la tige du grand tournesol (liélianthus annuus), qu'il trempait dans une solution concentrée de nitrate de potasse, et qu'il faisait ensuite sécher avec soin. Ce moxa offre les
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mêmes inconvénients que celui de M. Sarlandière : il brûle trop vite, et la cautérisation produite n'est pas assez profonde.
Le moxa tempéré de M. Regnault, formé de petits cylindres de coton peu pressé, de trois à quatre lignes de diamètre, sur une hauteur double, n'agit également qu'avec peu d'énergie , et seulement à la manière d'un fort vésicant. Il paraît que son auteur en a retiré de très bons effets dans l'hydrocéphale, cas spécial pour lequel il s'en est servi chez les enfants. Il en applique plusieurs en qualité de révulsif le long des sutures inter-pariétale et pariétofrontale*, et, pour en diminuer l'activité, il interpose entre la peau et le moxa un disque de drap épais.
Enfin , dans ces derniers temps , on a proposé de faire brûler sur les parties, en qualité de moxa j les uns, un petit fragment de phosphore, et d'autres, un morceau de camphre-, mais, d'après les premières expériences tentées, il semble que ces moyens ne soient que d'un usage infidèle : la difficulté d'en gouverner la combustion faisant que, dans certains cas , ils produisent des cautérisations trop profon~ des, tandis que, dans d'autres, ils sont à peine suivis d'une légère vésication.