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DU SÉTON

Malgré que la cautérisation ne soit pas le moyen employa pour établir le séton , nous avons cru cependant devoir en parler aprè le cautère et le moxa, en raison de l'analogie de son action.

Le séton est l'un des plus puissants exutoires ; il consiste dans une plaie à double ouverture que l'on pratique avec l'instrument tranchant à la peau et au travers du tissu cellu-

laire , et dont on entretient la suppuration au moyen d'une

bandelette qui traverse la solution de continuité.

Les lieux où l'on passe le séton sont plus limités que pour les autres exutoires. Il n'y a pas long-temps qu'on ne l'appliquait qu'à la nuque : c'est encore aujourd'hui le lieu le plus ordinaire. Il convient contre les ophthalmies, les otites, les ozènes chroniques , les céphalalgies habituelles 5 on commence à se servir de ce moyen, appliqué aux "parois des cavités thoracique et abdominale, dans les cas dephiegmasies chroniques des viscères qui y sont contenus-, sur les côtés de la colonne vertébrale affectée de carie*, sur les grandes articulations , sièges de tumeurs blanches *, en un mot , sur tous les lieux et dans toutes les circonstances où l'on a coutume d'employer le cautère et le moxa.

Les avantages que présente le séton sur les autres exutoires sont d'entretenir sûrement une sécrétion de pus toujours considérable, en raison de la grande étendue des surfaces irritées , et de pouvoir agir plus profondément et sur des tissus différents*, il en résulte que, comme dérivatif et évacuatif , il amène plus tôt la résolution des engorgements chroniques, et convient parfaitement pour suppléer et tarir un écoulement morbide habituel; ses inconvénients sont de produire p^vfois des altérations des tissus voisins, d'autant plus à craindre qu'il a pénétré plus profondément. D'un autre côté, comme révulsif, le cautère, mais surtout le moxa, ont un premier effet souvent très utile pour modifier les propriétés vitales des organes malades, sur lesquels ils exercent sympathiquement leur action, tandis que lé séton ne présente pas cet avantage au même degré, son action première étant la même que celle du cautère établi par incision.

Les objets nécessaires pour poser un séton sont jl° l'ai-

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guille à séton de M. Boyer, ou un bistouri droit. L'aiguille est formée par une lame plate d'acier, d'environ cinq pouces de longueur , six lignes de largeur, et percée à une de ses extrémités d'un trou pour passer une bandelette ; l'autre extrémité est tranchante et évidée en forme de lancette à grains d'orge j les bords de l'aiguille sont émouss es dans le reste de leur étendue*, 2° un stylet percé à Tune de ses extrémités d'une ouverture pour recevoir la bandelette, dans le cas plus ordinaire où l'on se sert d'un bistouri pour l'incision j 3° une bandelette de linge à demi usé, de quatre lignes de largeur, et débordée de chaque côté par un effilé de même étendue. On passe cette bandelette dans le trou du stylet ou de l'aiguille, on en rabat le petit chef sur le grand, et on les enduit avec du cérat pour les faire adhérer et en faciliter le glissement à travers la plaie *, 4° un drap ou une alaise que l'on place sous le lieu où l'on doit opérer, pour empêcher que le sang ne tache le lit ou les vêtements *, 5° un peu de charpie molle, une compresse et une bande.

Tout étant disposé, l'opérateur fait à la peau un pli longitudinal, en la soulevant avec le pouce et l'indicateur de la main gauche-, il fait tenir par Un aide la partie supérieure de ce pli , de manière à ce qu'il soit tendu uniformément» L'instrument tranchant sera tenu de la main droite •, l'incision doit être prolongée un peu plus bas à la sortie -, si on se sert de l'aiguille à séton, on lui fait traverser rapidement les chairs:, on en saisit l'extrémité de l'autre côté, et on tire dessus légèrement pour faire glisser la bandelette graissée à travers la plaie: lorsque le chef le plus petit est entièrement sorti, on en dégage l'aiguille. Si, au contraire, on se sert du bistouri, il doit être tenu comme l'archet d'un violon, ilprès avoir traversé les téguments de part en part , on abaisse en sciant la pointe de l'instrument , pour donner à la plaie

une direction un peu oblique , qui favorise plus tard la sortie du pus. 6n glisse ensuite le long de la lame le stylet, que l'on saisit au dehors à sa sortie, et l'on retire le bistouri en appuyant un peu sur le dos pour ne rien blesser de nouveau -, on insinue la bandelette comme il a été dit plus haut, en tirant avec douceur de la main gauche sur l'extrémité de l'aiguille, tandis que de la main droite on tend la bandelette, qui pénètre ainsi avec moins de douleur et plus facilement que si , la laissant pendante au dehors , elle labourait l'angle inférieur de l'ouverture d'entrée. Cette bandelette de linge, dont l'emploi est très usité, cause quelquefois une irritation trop violente chez les personnes douées d'une vive sensibilité. Dans ce cas , on emploiera de préférence une mèche de coton filé, de deux lignes et demie de diamètre. Le contact de cette mèche , beaucoup plus doux , est supporté par les malades les plus irritables.

L'opération terminée, on panse avec un plumaceau de charpie dont on recouvre la plaie, et que l'on enduit de cérat pour en empêcher l'adhésion ; on recouvre le plumaceau d'une petite compresse ployée en plusieurs dou blés; pardessus la compresse, on rabat le grand chef de la bandelette en le repliant un certain nombre de fois sur lui-même, jusqu'à ce que sa longueur soit épuisée 5 on assujettit enfin le tout avec une bande dont les circulaires décriront un bandage approprié à la forme de la partie sur laquelle le séton est posé.

L'opération du séton est plus effrayante pour les malades que véritablement douloureuse. Il est inutile de toucher à l'appareil avant que la suppuration ne soit établie. Dans les premiers jours, un suintement séro-sanguinolent imbibe les pièces de l'appareil, qui adhèrent ordinairement

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entre elles :pour changer les linges, on doit préalablement les imbiber d'eau tiède. Un gonflement inflammatoire s'empare de la plaie et des tissus voisins *, il est parfois assez considérable pour nécessiter l'emploi des cataplasmes émollients. Si malgré cela les accidents ne se calmaient pas, et que, ayant fait usage d'une bandelette, on pût supposer que l'irritation trop vive est causée par sa présence, on la remplacerait par la mèche dont nous avons parlé plus haut. La suppuration est établie du quatrième au sixième jour : à partir de ce moment, le pansement sera renouvelé toutes les vingt-quatre heures. A chaque fois , on tend entre les doigts des deux mains les extrémités de la bandelette, et, en suivant le mouvement de l'autre main, l'on tire sur le petit chef pour appeler au dehors la portion de bandelette qui était contenue dans la plaie*, on la coupe avec des ciseaux au niveau de l'ouverture de sortie. Le pus quilubréfîe la surface de la plaie facilite le glissement de la nouvelle portion de bandelette qui s'y insinue. La longueur de cette dernière ne doit pas excéder deux pieds et demi , ce qui répond à douze ou quinze pansements; si , plus longue, elle dure trop longtemps, elle finit par s'imbiber de liquides , qui lui communiquent une odeur et des qualités putrides *, et on conçoit l'inconvénient qu'il y a de l'insinuer dans la plaie en cet état. Quand elle est épuisée, pour la renouveler, on y fait une boutonnière dans laquelle? on passe une extrémité d'une nouvelle bandelette ; celle-ci offre également une boutonnière g.ar laquelle on fait glisser son autre extrémité, et successivement toute sa longueur; on enduit le tout de cérat, et, en tirant sur l'ancienne , on la remplace dans la plaie par la nouvelle. Si c'est une mèche que l'on doit changer, on écarte circulairement les fils de l'an-

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cienne*, on insinue entre eux l'extrémité de la neuve, préalablement roulée entre les doigts, pour en diminuer le volume. On maintient le tout assujetti en forme de fuseau par quelques tours de fil que l'on noue \ on graissé ensuite, et l'on continue pour le reste comme il a déjà été dit.

Le séton,une fois posé, suppure chez la plupart des malades par la seule irritation que détermine la présence du corps étranger \ cependant, si la sécrétion du pus y était languissante, on l'exciterait en enduisant la mèche d'une substance irritante telle que l'onguent basilicum ou la pommade épispastique. Cette précaution serait surtout indispensable, si la maladie contre laquelle le séton a été posé augmentait d'intensité à mesure que diminuerait l'irritation de l'exutoire.

Indépendamment de l'opération que nous venons de décrire, on donne encore le nom de séton à une mèche ou bandeîetle que l'on introduit à travers les solutions de continuité pour favoriser la sortie du pus, entretenir le trajet d'une fistule, ou servir de conducteur pour la sortie d'un corps étranger, tel qu'une esquille d'os, un morceau de vêtement, un projectile, etc. Dans ces cas le séton n'étant placé que pour s'opposer provisoirement à la cicatrisation, il est à peine nécessaire de dire qu'il doit être enlevé avec la cause qui avait donné lieu à son application.

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