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CAUTERISATION AVEC LES METAUX

Nous avons dit que les corps métalliques fortement échauffés et appliqués sur les tissus pour en opérer la décomposition portaient aussi le même nom de cautères, déjà employé pour caractériser l'ulcération qui résulte de l'application des caustiques. L'acier, en raison de son in-

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fusibilité à une température rouge-blanc , de 6a difficulté à s'oxider, et de sa grande capacité pour le calorique , est la substance métallique le plus généralement employée pour former les cautères. Cependant M. Gondret vient de proposer dans ces derniers temps de substituer le cuivre à l'acier dans la confection de ces instruments. Des faits nombreux ont prouvé à cet observateur que le cuivre , en raison de sa capacité pour le calorique et de sagrande conductibilité, convertit en eschare les parties qu'il a touchées dans un temps cinq fois moindre que celui qu'il faudrait pour obtenir le même effet avec le fer chauffé à la même température.

Le cautère se compose d'une tige d'acier dont l'extrémité supérieure a une forme appropriée au genre de cautérisation que l'on veut produire 5 l'autre extrémité est effilée , pour être reçue à volonté dans un manche en bois. Un trou, qui traverse inférieurement les deux portions dont se compose l'instrument, permet de les assujettir l'un à l'autre par une vis de pression 5 en sorte qu'un même manche peut servir pour plusieurs cautères. La tige de l'instrument est coudée supérieurement à angle droit avant la naissance de l'extrémité cautérisante ; cette disposition permet de porter plus facilement le cautère dans différentes directions.

Les formes affectées à l'extrémité cautérisante ont déterminé les noms que portent les cautères , et qui se réduisent aux suivants : Cautère en roseau. C'est le seul qui ne soit point coudé : on s'en sert pour agir à une grande profondeur et suivant des trajets droits et peu larges. Cautère olivaire. Celui-ci est facile à insinuer dans de petites cavités arrondies , comme , par exemple , des kystes. Cautère conique. Le sommet tronqué du cône en est Textrémité

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libre. Cet instrument détermine dans les parties à travers lesquelles il pénètre une perte de substance en rapport avec sa forme ; il convient lorsque l'action du feu doit s'exercer de la surface externe jusque dans la profondeur des parties. Cautère cultelaire ou hastile. Cette forme est celle d'une petite hache dont le tranchant très obtus décrit un quart de cercle j on s'en sert pour pratiquer des raies de feu ou caulérisation transcurrente , et pour attaquer la base de certaines tumeurs fongueuses facilement saignantes. Cautère nummulaire. Celui-ci ressemble à un palet 5 il sert à cautériser à plat, La face intérieure, qui doit être appliquée sur les parties, est légèrement convexe , ce qui en facilite le glissement. La vive-arète du contour de l'instrument est arrondie pour la même raison. 11 y a de ces cautères plats de formes carrée et ovale , mais ils sont moins employés que les circulaires. Une dernière forme de cautère, imaginée par M. Percy, est celle à laquelle il a donné le nom à'annulaire : c'est un disque épais , excavé à son centre de manière à figurer une couronne de trépan. M. Percy l'employait pour la cautérisation syncipitale.

Au reste, malgré ce que nous venons de voir de l'utilité spéciale de chacune des variétés de cautère dans le détail desquelles nous venons d'entrer , on conçoit que , dans nombre de circonstances, le chirurgien, n'ayant pas à sa disposition tout ce matériel d'instruments, doit apprendre à suppléer les cautères les uns par les autres, et même à les remplacer à l'occasion par les premiers corps métalliques , fer ou cuivre, qui se rencontrent partout sous la main.

La cautérisation par le feu est la plus active de toutes 5 elle est aussi la plus avantageuse, par la facilité d'en graduer et d'en limiter les effets. Elle convient dans presque toutes les circonstances où l'on applique les cautères potentiels,

et leur est préférable dans la plupart des cas, mais surtout pour arrêter les progrès de la pourriture d'hôpital et des caries des os. Son action, ressentie au loin dans la profon deur des tissus, ranime avec beaucoup d'énergie leurs propriétés vitales.

Le degré de température des cautères a beaucoup d'influence sur leur mode d'action. On a coutume d'évaluer approximativement cette température par la couleur des cautères en sortant du feu. Le gris est le degré de chaleur le moins élevé 5 puis le rouge obscur, le rouge cerise, le rouge jaune, enfin le rouge blanc indique la plus grande accumulation de calorique. L'application du feu est d'autant plus douloureuse que la désorganisation des tissus a lieu avec plus de lenteur, ou , en d'autres termes, que les cautères sont moins chauds. L'effet inverse est également vrai, que le cautère désorganise avec d'autant plus de rapidité et fait souffrir d'autant moins le malade, qu'il est chargé d'une quantité de calorique plus considérable. Le chirurgien ne doit jamais perdre de vue ces données, afin de pouvoir toujours graduer l'intensité de la chaleur suivant les effets qu'il veut déterminer.

La cautérisation a reçu différents noms, suivant la manière dont elle s'applique. Nous allons indiquer les principales.

Cautérisation inhérente. Elle s'effectue par l'application soutenue du cautère sur les parties malades-, elle a pour effet une désorganisation brusque des tissus* Mais, pour obtenir ces résultats , il est nécessaire de n'employer que des cautères fortement échauffés. Lorsque la partie est abreuvée de fluides, dix secondes suffisent pour faire tomber au rouge obscur le cautère que l'on avait d'abord appliqué au rouge blanc. Aussi , pour peu que les parties que

Ton veut cautériser soient étendues, on doit avoir plusieurs cautères , que l'on fait chauffer en même temps dans un réchaud rempli de charbon de bois , dont un aide active la combustion par le soufflet. Par ce moyen, l'opérateur, substituant immédiatement un cautère à un autre , ne court pas le risque, en interrompant à plusieurs reprises son opération, de causer au malade des douleurs inutiles. Pendant l'action d'un cautère , les tissus se crispent violemment et sont immédiatement convertis en eschares -, les liquides se décomposent ou se volatilisent , et absorbent , pour passer à l'état gazeux, une très grande quantité de la chaleur appliquée. A mesure que le cautère diminue de température , l'opérateur doit exercer une moindre pression sur les parties, dans la crainte que, par leur dessiccation, les portions déjà torréfiées n'adhèrent au métal , et ne soient arrachées avec violence en enlevant l'instrument, accident qui , indépendamment de la douleur, pourrait donner lieu à une hémorrhagie. Dans le cas où des plaies sont recouvertes d'une grande quantité de liquides, il faut les éponger avant d'appliquer le feu. Si du sang fourni par des vaisseaux capillaires s'écoulait abondamment pendant l'opération, on devrait l'étancher avec rapidité avant de cautériser la surface d'où il provient.

La cautérisation inhérente, par cela même qu'elle amène la destruction des tissus , est celle qui correspond aux indications les plus variées , et dont on se sert dans le plus grand nombre de maladies , caries , fongus , pourriture d'hôpital, hémorrhagies profondes , etc. On y emploie toutes les variétés de cautères.

Dans l'application du feu, on doit éviter autant que possible de porter le cautère sur le trajet connu des nerfs et des artères d'un certain volume , et sur les saillies ten-

dineuses et osseuses , hors les cas où ce sont les os cariés eux-mêmes qu'il s'agit de cautériser. Enfin , toutes les fois que le cautère actuel doit pénétrer dans le voisinage ou au travers de parties qu'il importe d'épargner ou qu'il est inutile d'intéresser, on a recours, pour préserver ces parties, à des canules de feutre ou de carton imprégnées de charbon en poudre et trempées dans une solution d'alun ou de sel marin.. Ces canules , que l'on insinue dans les plaies , étant formées de corps non conducteurs, isolent les parties du contact de la chaleur, et permettent par leur cavité l'introduction de l'instrument cautérisant. On peut les remplacer au besoin par un linge formé de plusieurs doubles, disposé circulairement et mouillé dans une solution saline.

L'intensité des accidents qui suivent les grandes cautérisations est proportionnée à l'étendue, à la profondeur, à l'importance , et au degré de sensibilité des parties intéressées : une fièvre générale avec ou sans symptômes nerveux, et un gonflement inflammatoire dans le lieu malade, se développent dans les premiers temps-, plus tard, à la chute des eschares, surviennent d'abondantes suppurations , et parfois des hémorrhagies consécutives -, il n'est pas rare qu'il se manifeste à une époque quelconque une irritation sympathique d'un ou de plusieurs viscères. On combat ces divers accidents par les moyens appropriés.

Nous ne nous étendrons pas sur les diverses manières de varier la cautérisation inhérente dans les différents cas qui en réclament l'emploi 5 si nous avons même tant insisté sur le mode général de son application , ce n'est point par rapport à l'utilité dont elle est dans les caries, fongus, ulcères de mauvaise nature, etc., toutes maladies qui sont du ressort de la grande chirurgie, et dont le traitement

entre rarement dans la pratique des chirurgiens qui exercent dans les campagnes, mais bien plutôt en considération des hémorrhagies qui ont lieu dans la profondeur des plaies, et surtout des morsures faites par des animaux hydrophobes , deux sortes de cas qui se rencontrent fréquemment partout, et auxquels il est si important que tout chirurgien puisse opposer saris retard les moyens les plus énergiques et les mieux appropriés.

Cautérisation transcur rente. On la pratique au moyen du cautère hastile chauffé au rouge cerise. Elle consiste à promener l'instrument sur la surface de la peau, en formant des raies parallèles entre elles, et assez écartées pour que la cautérisation qui doit affecter toute l'épaisseur du derme ne convertisse pas en une eschare commune toute la portion de peau comprise entre deux raies. Ce mode d'emploi du calorique est très doulourenx ; on réitère l'application du cautère, si l'on pense que la première impression soit insuffisante. Après l'opération , les raies tracées par l'instrument sont brunes, et les languettes de peau intermédiaires jaunâtres. Les eschares, étroites et minces, se détachent du douzième au quinzième jour*, elles laissent à nu des ulcérations longitudinales qui suppurent pendant un laps de temps dont la durée excède rarement trois semaines ou un mois. Le pansement, dans les premiers jours, se composera de compresses imbibées de liqueurs excitantes, pour entretenir l'irritation artificielle déterminée par la cautérisation ; pour ce qui est de l'inflammation éliminatoire et de la chute des escharres , on se conduira comme il a déjà été dit à propos des exutoires.

On emploie la cautérisation transcurrente sur les parties affectées d'inflammations chroniques, telles que les tumeurs blanches articulaires produites par une cause de

nature scrophuleuse ou rhumatismale ; on s'en sert également clans les hydarthroses, les névralgies, les engorgements lymphatiques, etc. ; en un mot, dans tous les cas où il s'agit de rappeler la tonicité et d'activer la circulation capillaire dans les tissus. On voit que, par ses usages, comme par son mode d'application, la cautérisation transcurrente a la plus grande analogie avec le moxa.

Cautérisation objective. Elle consiste dans l'application, à une certaine distance d'une partie malade , d'un charbon ardent , ou d'un corps métallique fortement chauffé. Le prompt refroidissement à l'air d'un charbon isolé fait que l'emploi du dernier moyen est de beaucoup préférable. Le cautère , ou le corps qui en fait office , est tenu ordinairement à un pouce de la partie affectée: son éloignement du reste doit être proportionné à l'élévation de sa température 5 car l'objet qu'on se propose uniquement dans cette opération est de ranimer les fonctions vitales par l'excitation imprimée à la circulation capillaire, sans donner lieu à aucune désorganisation de tissus , en sorte que c'est improprement, et seulement en raison de l'agent thérapeutique dont on fait usage, que cette opération à reçu le nom de cautérisation. L'effet produit par la chaleur doit être une turgescence avec rougeur déterminée par l'afflux du sang , et une douleur un peu vive. Cette excitation artificielle doit avoir été portée assez loin pour déterminer une inflammation érythémateuse qui persiste pendant plusieurs jours après l'opération. Dès que la circulation capillaire est retombée dans son premier état d'atonie, on doit avoir recours à une nouvelle cautérisation; on recommence ainsi à plusieurs fois, de manière à produire sur les propriétés vitales , par une série d'excitations successives, et sans causer d'ulcération, des effets analogues à ceux

de l'inflammation permanente, qui est le résultat de la cautérisation transcurrente.

La cautérisation objective convient dans les mêmes cas que la précédente; mais de préférence lorsqu'on peut se dispenser de produire des effets aussi violents. Indépendamment des affections scrophuleuses et des engorgements chroniques, on s'en est servi pour ranimer des ulcères atoniques chez les vieillards , et donner lieu à une suppuration de bonne nature dans des cas d'abcès froids. On en a également fait usage pour obtenir, par la constriction que détermine le calorique, la réduction des hernies intestinales, de chutes du rectum et de la matrice 5 pour arrêter des hémorrhagies nasales et hémorrhoïdaires , etc. ; mais , outre l'incertitude du résultat thérapeutique, nous n'oserions, dans des cas de cette nature, conseiller l'emploi de la chaleur, qui, sur des surfaces aussi sensibles que les membranes muqueuses, peut causer des irritations plus dangereuses que les maladies que l'on aurait voulu guérir.

Nous croyons inutile de parler de la cautérisation par les rayons solaires, ce moyen, très douloureux, ne produisant aucun effet que l'on ne puisse obtenir plus fidèlement de toute autre manière. Enfin, nous ne reviendrons pas non plus sur la cautérisation que l'on pratique avec des liquides bouillants , n'ayant rien d'essentiel à ajouter à ce que nous en avons dit à propos de la vésication.

Nous allons maintenant entrer dans le détail des espèces de cautérisations qui , en raison de la facilité qu'elles présentent ou de l'extrême urgence dont elles sont, peuvent ou doivent être pratiquées par tous les chirurgiens, lorsque le cas le réclame.

Cautérisation des plaies empoisonnées. Les plaies qui

sont le résultat de la morsure des animaux venimeux ou enragés, mais surtout les dernières, sont celles qui récla^ ment le plus impérieusement l'emploi de la cautérisation actuelle ou potentielle. Nous traiterons, à l'article des plaies, des symptômes et des accidents qui suivent ces sortes de blessures \ nous n'avons à nous occuper ici que de la manière dout s'opère la cautérisation.

Quel que soit l'agent dont on se serve pour cautériser, on doit préalablement disposer les plaies de manière qu'il soit facile d'en atteindre le fond : celles qui seraient déjà fermées doivent être ouvertes de nouveau par l'incision, et on débridera, pour les élargir, celles qui seraient trop étroites.

On a discuté sur la question de savoir quelle est l'espèce de cautérisation que l'on doit préférer pour obtenir la destruction du virus rabique.

Le cautère actuel se recommande en général par la promptitude de son application , et surtout en ce que l'on a toujours et partout à sa disposition les moyens de s'en servir; mais quelques praticiens en blâment l'emploi, sous le prétexte de la difficulté que l'on éprouve à faire pénétrer l'instrument cautérisant dans la profondeur et à travers les sinuosités des plaies , et de l'incertitude que tout le poison ait été détruit. MM. Sanson et Bégin, loin de regarder ce motif comme assez valable pour exclure le cautère actuel, pensent au contraire que l'on peut , par ce moyen , convertir en esebare les parois des plaies les plus étroites , et présument que le feu doit être l'agent le plus efficace pour la décomposition du virus.

Je me rappelle sur cette question avoir entendu exprimer à un professeur célèbre un doute qu'il assurait être fondé sur des faits. Il proscrivait l'emploi du feu dans le

traitement des plaies empoisonnées , et appuyait sa manière de penser sur cette hypothèse , que , dans le premier moment de l'application du cautère, les liquides, par le fait de la vive constriction des tissus , fuient au-devant d e la chaleur. Le virus, disait-il, peut se trouver entraîné dans ce mouvement, et ne point être décomposé, au moins en totalité 5 contenu derrière l'eschare , il pourra manifester plus tard ses terribles effets*

Quoi qu'il en soit des fondements sur lesquels repose cette dernière opinion, comme elle ne saurait avoir qu'une valeur d'hypothèse dès lors qu'elle est en contradiction avec l'expérience de tous les praticiens , nous ne pensons pas que ce puisse être un motif pour éviter d'employer le cautère actuel dans les plaies empoisonnées.

Les cautères en roseau et olivaire sont, par leur forme, ceux qui conviennent le mieux pour cette espèce de cautérisation. On doit s'en servir au rouge-blanc, et faire pénétrer le feu jusque dans la profondeur intime des plaies. On se conduira ici en tout comme il a été dit pour la cautérisation inhérente. Le contact de la chaleur doit être assez prolongé pour que l'on soit bien sûr, non seulement qu'une eschare d'une certaine épaisseur est produite, mais encore que les substances quelconques aux dépens desquelles elle est formée ont été complètement décomposées. Lorsque des vaisseaux ou des nerfs sont situés dans le voisinage , mais assez loin cependant pour n'avoir point été atteints par la dent de l'animal, on doit les ménager 5 mais, dans le cas où l'on aurait le moindre doute qu'ils aient pu être en contact avec le virus, il ne faudrait pas craindre d'en opérer la destruction.

Une fois l'eschare formée , on panse comme dans. les cas analogues, en attendant que l'inflammation éliminatoire

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ait détaché la portion morte, et en ait facilité la chute par des applications excitantes. On a coutume d'entretenir ensuite la suppuration le plus long-temps qu'il est possible, dans le but de faciliter le rejet au dehors des liquides qui pourraient être contenus dans la plaie. Si, dans l'état actuel de nos connaissances physiologiques ,' l'utilité de cette pratique ne paraît pas très évidente, d'un autre côté , il n'y a pas non plus de bonnes raisons pour la rejeter.

Les caustiques sont, en France, plus généralement em* ployés que le feu, pour obtenir la décomposition du virus rabique. Les agents les plus énergiques sous Ce rapport , et en même temps les plus sûrs , parce qu'ils ne sont point absorbés, sont les acides nitrique et sulfurique concentrés, le nitrate d'argent en poudre ou en solution saturée, mais, avant tout, le proto-chlorure ou beurre d'antimoine: car les autres caustiques sont infidèles, en ce qu'ils ne causent point une eschare assez profonde. Le beurre d'antimoine est un sel blanc, demi-transparent, et d'un aspect onctueux ; il absorbe facilement l'humidité et devient déliquescent. La difficulté de manier ce caustique et de le faire pénétrer dans la profondeur des plaies fait qu'on ne l'emploie guère qu'à l'état liquide, dissous dans de l'eau aiguisée d'acide hydro-chlorique.

Lorsque l'on veut s'en servir, on trempe dans le protohydro-chlorate d'antimoine un pinceau formé d'une bandelette de linge ou de quelques filaments de charpie contournés sur l'extrémité d'une petite baguette ; et, après l'avoir laissé égoutter. on l'insinue dans les plaies, et on en touche avec soin toute la surface. Le volume donné au pinceau doit être proportionné à la largeur et à l'étendue des solutions de continuité. Nous renouvelons ici l'obserya-

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tion que nous avons déjà faite, en traitant de la cautérisation par le feu, de dilater ou d'élargir les plaies qui seraient, trop étroites, tant pour faciliter l'introduction du pinceau que pour empêcher que le liquide n'en soit exprimé avant d'avoir pénétré profondément. La décomposition du caustique suit immédiatement son application 5 elle laisse une croûte métallique d'un blanc bleuâtre 5 au-dessous est une eschare de couleur grisâtre, sèche, dure , et d'une épaisseur d'environ deux lignes. Lorsque les plaies sont humides, il faut les éponger avant l'opération , de peur que les liquides n'affaiblissent le caustique ou n'en décomposent inutilement une partie. Le sang surtout, au rapport de M.Smith, produit immédiatement cet effet. Il est à peine utile de dire que, si l'on avait sujet de craindre qu'une première application ne fût insuffisante , il ne faudrait pas hésiter pour en pratiquer une seconde, aucun danger ne pouvant être comparé avec celui qui résulterait du développement de l'affreuse maladie qu'il s'agit de prévenir.

Les plaies empoisonnées par morsure ou piqûre d'animaux venimeux sont hien plus rares dans nos climats que celles d'animaux enragés ; elles sont aussi bien moins dangereuses, la vipère et le scorpion étant, en France du moins, les seuls animaux qui puissent donner lieu à ce genre d'accidents. Il est rare que , dans ces cas , l'on soit obligé d'avoir recours à une cautérisation aussi énergique que celles que nous venons de décrire. Ordinairement il suffit d'instiller dans la plaie quelques gouttes d'ammoniaque liquide concentrée. Dans le cas cependant où l'on croirait devoir employer un moyen plus actif, on pourrait cautériser soit avec un fragment de potasse caustique, soit avec les solutions concentrées de nitrate d'argent ou de mercure, les acides sulfurique ou nitrique, et même le beurre d'antimoine, en

élargissant préalablement les plaies toujours très étroites, et se conduisant du reste en tout point comme il a été dit précédemment.

Cautérisation du charbon et de la pustule maligne» — Elle ne diffère en rien de celles qui précèdent; seulement, que Ton fasse usage du feu ou des caustiques, il est toujours convenable de la faire précéder de l'incision des eschares, ou, ce qui vaut encore mieux, de l'enlèvement par le bistouri de toutes les parties gangrenées , afin que , la cautérisation agissant sur des surfaces sensiblement saines, son action puisse avoir pour effet certain la décomposition des liquides infects ou des dernières mollécules morbides dont le contact pourrait rappeler la maladie. Il est inutile de faire observer que, pour des cas aussi graves, les agents les plus énergiques, c'est-à-dire le feu ou le beurre d'antimoine, sont ceux auxquels on doit donner la préférence. Nous ne dirons rien de l'inflammation éliminatoire, de la chute des eschares et de la suppuration qui doit s'ensuivre, ni des moyens de faciliter le développement de ces phénomènes, ayant déjà longuement traité de ces divers sujets.

Cautérisation dans les hémorrhagies. — Nous verrons, à l'article des hémorrhagies , que la cautérisation ne doit être pratiquée dans ces cas que lorsqu'il est impossible d'arrêter le sang par la compression ou la ligature.

Les parties qui fournissent le sang sont de deux sortes : i° des vaisseaux profondément situés, 2° des surfaces dont le sang s'écoule en nappe. Ces parties peuvent être cautérisées par le feu ou par les* caustiques. Le premier moyen est de beaucoup préférable au second.

Lorsqu'un vaisseau profondément situé donne du sang,

et qu'on ne peut le lier, ou que la ligature a déjà manqué son effet, on doit le toucher avec l'extrémité d'un cautère en roseau ou olivaire , chautYé à blanc. Les mouvements de l'opérateur seront légers et prompts; il touchera à plusieurs fois le point d'où vient le liquide, en retirant avec vivacité le cautère , dans la crainte que l'eschare qui est formée immédiatement n'adhère à l'instrument et ne soit enlevée avec lui. Si le sang gêne dans l'opération, on l'étanchera d'à* bord avec soin ; et, si la largeur de la plaie le permet, on comprimera légèrement sur l'orifice du vaisseau avec un petit bourdonnet porté à l'extrémité d'une tige de bois ou de fer, jusqu'à ce qu'on soit en mesure de substituer au compresseur l'instrument cautérisant. Dans tous les cas, on doit , avant d'introduire le cautère , écarter avec soin et maintenir avec des linges mouillés les bords des plaies, afin que le feu ne porte pas son action sur des parties qu'il est inutile d'intéresser. Cependant, si les solutions de continuité sont trop étroites , ou si l'hémorrhagie que l'on veut arrêter a lieu plus ou moins profondément dans des cavités telles que la bouche, le vagin, le rectum, il faut avoir recours à un spéculum , dont on garnit convenablement l'intérieur de carton mouillé et d'autres substances isolantes, ou à des canules de l'espèce de celles dont nous avons déjà parlé , et fixées sur un manche que l'opérateur tient de la main gauche, tandis que de la droite il insinue le cautère dans leur cavité.

Lorsque le sang vient d'un rameau d'un faible volume, et que la quantité qui s'en écoule n'est pas considérable, il suffit presque toujours de l'application sur le point lésé du nitrate d'argent ou de l'alun calciné, pour s'opposer à toute hémorrhagie ultérieure. On emploie également le nitrate d'argent pour cautériser les piqûres des sangsues, lorsque,

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après plusieurs heures, elles continuent à fournir du sang, dont l'écoulement affaiblirait trop le malade ; on recouvre ensuite chaque piqûre d'un petit morceau d'agaric.

Il est rare que l'on soit obligé d'avoir recours aux caustiques pour, arrêter le sang que laissent échapper en nappe les vaisseaux capillaires. Pour ce qui est des hérnorrhagies de même espèce, fournies par des tissus érectiles accidentels, ou des fongus hématodes, il n'est pas de notre objet de nous y appesantir, et du reste, il suffirait de tout ce que nous avous dit plus haut, pour savoir comment se conduire en pareils cas.

Cautérisation des boutons cçmcéreux. -^-La peau, surtout à la face , est fréquemment le siège de petites excroissances, ou de verrues de nature caneéreuse , et qu'il importe de détruire de bonne heure par l'excision ou la cautérisation pour les empêcher de s'accroître aux dépens des tissus environnants. Ces excroissances cancroïdes ne se rencontrent guère que chez les sujets un peu avancés en âge ; parfois elles se développent spontanément, mais le plus souvent elles proviennent de la dégénérescence de ces boutons congéniaux connus sous le nom de nœvi malernu On les observe principalement au pourtour du nez et de l'orbite et sur les joues. A mesure que la tumeur cancroïde s'accroît, elle forme un tubercule grisâtre, bosselé, moriforme, adhérent à la peau par une base rétrécie. Après plusieurs ébranlements accidentels elle tombe , et laisse à nu une ulcération rougeâtre, facilement saignante; au-dessous et à l'entour les parties voisines sont indurées. Si dans cet état l'on n'enlève pas ces tumeurs, elles envahissent rapidement les tissus voisins, et amènent un cancer à la face.

L'expérience a prouvé que l'excision et l'application des

caustiques^ mais principalement, parmi ces derniers, delà pâte arsenicale, sont les meilleurs moyens pour obtenir la guérison des cancers superficiels dont nous parlons.

Les écrits des observateurs contiennent un grand nombre de faits qui prouvent que l'application de l'arsenic à l'extérieur peut donner lieu à des phénomènes d'empoisonnement., Il semble cependant que ces accidents aient été dus, $ux circonstances mal comprises ou au mode vicieux de son emploi ;, carSabatier, et MM. Dubois et Dupuytren , qui en ont fait si long-temps et si fréquemment usage , et quelquefois même sur de larges surfaces, n'ont pas eu l'occasion d'observer de symptômes graves causés par son absorption. «■ -

Trois .sortes de mélanges' onT joui d'une grande célébrité en raison des succès multipliés que l'on en a obtenus : la poudre de Rousselot, celle du frère Corne, et celle de M. Dubois. Leur composition assez semblable ne diffère que par la proportioiï des, éltoehts qu'elles contiennent.

La potfdre de M. î)ubôis se compose de

m Deutoxide d'arsenic. . Un demi-gros.

Sang-dragon Une demi-once.

Vermillon. Une once.

Ces trois substances doivent être porphyrisées et mélangées avec soin dans un mortier de verre.

Avant d'employer le caustique arsenical , on disposera les parties pour le recevoir. S'il existe une croûte ou une végétation moriforme , on l'enlèvera, ou on la fera tomber par des cataplasmes émollients; s'il y a des végétations fongueuses à la surface de l'ulcération, on les excisera , puis on appliquera sur la plaie un léger plumaceau de ebarpie, ou un morceau d'agaric; on attendra pendant trois ou quatre jours

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que ces corps étrangers soient détachés par îa sécrétion séreuse.

Procédant à l'application du caustique, on en dépose sur Je fond d'une assiette une quantité proportionnée à l'étendue de l'ulcération que l'on veut cautériser; on verse dessus un peu de salive, ou quelques gouttes de solution de gomme arabique , et on en invisque la poudre avec une spatule, de manière à former une pâte homogène, fde consistance molle. Prenant ensuite de cette pâte sur l'extrémité de la spatule, on l'applique et on l'étalé sur l'ulcération; on en étend ainsi une couche dont l'épaisseur est proportionnée à la profondeur de l'eschare que l'on veut obtenir. Cette couche ne doit jamais avoir moins d'une ligne à une ligne et demie d'épaisseur; elle dépassera un peu la circonférence de l'ulcération , lors même que les téguments paraîtraient sains à l'entour, et s'étendra autant que l'induration, lorsque celle-ci envahira sous une portion de peau non encore affectée. 11 faut dans cette opération avoir soin de circonscrire le caustique sur les parties qu'il doit détruire, et prendre garde que îa pâte, appliquée négligemment, ne forme des traînées qui, si elles n'étaient point soigneusement enlevées, auraient pour effet la cautérisation des parties sousjacentes , ou au moins leur vésication.

La couche de caustique étaift appliquée, on la recouvre soit d'un linge, soit d'un plumaceau léger, mais mieux d'nne toile d'araignée, qui lui adhère plus fortement; si on le ]uge convenable, on préserve les parties des chocs extérieurs par un léger bandage.

L'action de la pâte arsenicale s'annonce par une douleur plus ou moins vive, et par un gonflement érysipélateux et œdémateux des téguments qui , à \d lèle en particulier, en-

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vahit tout le côté de la face sur un point duquel a eu lieu l'application. Ce gonflement dure de deux à plusieurs jours ? pendant ce temps, le caustique se dessèche, et lorsqu'il a épuisé son action, il forme une croûte noirâtre qui devient très consistante. Cette croûte ne tombe guère avant le vingtième ou trentième jour. Après sa chute, il reste une ulcération vermeille déjà très rétrécie, non déprimée sans aucun froncement de la peau environnante , et qui tend à se cicatriser avec une singulière promptitude. Enfin, dès que la cicatrice est achevée, elle est blanche, lisse, unie, élastique, et bien moins difforme que celles produites par toute autre cause.

L'emploi de la pâle arsenicale est très commode, et le plus souvent suivi de guérison ; car, lors même qu'une première application est insuffisante, lorsque le cancer s'étend un peu profondément, on peut réitérer une deuxième et même une troisième fois l'application du caustique , sans risquer d'aggraver la maladie.

Enfin, on a encore fait avec succès usage de ce caustique, pour détruire les callosités épaisses, qui empêchent parfois la guérison d'anciens ulcères grisâtres, de nature syphilitique, et pour arrêter les ravages causés par des ulcères dartreux. Nous n'avons rien à ajouter au mode d'ap-? plication, qui, dans ces deux cas, se fait comme il a été dit plus haut. *

EVACUATIONS SANGUINES.

J'ai compris sous cette dénomination commune, non seulement la phlébotoniie , l'artériotomie et l'application des sangsues, mais encore les ventouses et le bdellomètre, ces deux derniers moyens, mais surtout le bdellomètre, étant fréquemment employés pour tirer du sang.

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