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INCISIONS AVEC LES CISEAUX

Les ciseaux sont des instruments d'acier composés de deux tranchants qui se regardent et sont portés à l'extrémité de deux leviers réunis par une vis sur laquelle ils se meuvent en s'entrecroisant. Fermés , les ciseaux ne paraissent former qu'une seule tige par la juxta-position des deux leviers au parallélisme*, ouverts, ils décrivent un X par l'écartement simultané des branches des lames , la vis servant d'appui commun. Les branches , à leur extrémité libre, se terminent par des anneaux de forme ovale placés latéralement. Les grands diamètres des ovales sont déviés en dehors pour s'accommoder à la situation oblique des doigts qu'ils sont destinés à recevoir.

Le tranchant des ciseaux est bien formé comme celui des bistouris par la rencontre de deux surfaces planes ; mais, au lieu qu'il soit le sommet évidé d'un angle d'environ 10 degrés comme le bistouri, l'angle qu'il représente est

rarement de moins de 4o degrés, et souvent même il est encore plus ouvert : aussi les ciseaux coupent-ils d'autant mieux que leur vive-arète forme un angle plus aigu. Il est inutile d'ajouter qu'elle présente , comme pour les autres instruments de ce genre, des denticules perpendiculaires.

Nous avons vu que les bistouris et les autres instruments formés d'une seule lame plate coupaient plutôt en sciant qu'en pressant: c'est le contraire pour les ciseaux; ils coupent plutôt en pressant qu'en sciant. En effet , la section , pour ceà instruments, n'a lieu que par la rencontre des deux lames suivant un mouvement circulaire comme celui de tous les leviers; en sorte que ce n'est point, comme pour le bistouri, un denlicule qui > se promène parallèlement sur les tissus , et qui est nécessairement suivi de tous les autres, dont l'action ajoute à la sienne. Ici, au contraire, chaque denticuîe, en tombant, doit produire par la pression tout l'effet nécessaire; la section dans tous les points qui suivront sera faite successivement par les denticules correspondants.

Mais, pour que les parties soient incisées, il faut qu'elles se prêtent à la forme de l'angle d'écartement des tranchants entre lesquels elles sont engagées : il eu résulte qu'avant d'être coupées , elles éprouvent successivement tous les degrés de pression intermédiaires. La contusion qui est la suite de cette manière d'inciser est d'autant plus forte que les parties comprises entre les mors ont plus d'épaisseur. Cet inconvénient est uu des plus graves reproches que l'on ait faits aux ciseaux, considérés comme instruments tranchants des parties vivantes. Aussi MM. Percy et Laurent en condamnent-ils l'emploi pour les sections de tissus résistants et très sensibles , tels que la peau, et ils rapportent en particulier des cas où l'excision avec les ciseaux des

bords calleux ou décollés de bubons vénériens avait été suivie de gangrène. Par une raison inverse, les mêmes observateurs font remarquer l'avantage que Ton trouve à employer cet instrument de préférence au bistouri dans les sections des tissus flasques , membraneux , et dépourvus de point d'appui.

Comme tous les leviers, dont la puissance est d'autant plus grande que le point d'appui est plus rapproché de la résistance, les ciseaux coupent avec d'autant plus de force que les branches l'emportent davantage en longueur sur les tranchants : on a mis à profit cette disposition pour fabriquer les ciseaux dont on se sert dans l'opération du becde-lièvre. Dans les cas ordinaires, les ciseaux dont on se sert le plus communément en chirurgie , ceux de trousse par exemple , sont dans de telles dimensions que les branches l'emportent en longueur de moitié sur les lames , ou, en d'autres termes, qu'elles forment les trois cinquièmes de la longueur totale de l'instrument.

On distingue trois sortes de ciseaux, les droits , les courbes et les coudés. Les ciseaux droits sont à eux seuls beaucoup plus employés que les deux autres variétés ensemble. L'incurvation dans les ciseaux courbes peut occuper leurs faces ou leurs bords ; la courbure des deux tranchants dans le même sens donne un instrument très commode pour glisser sur les parties en se prêtant à leurs ondulations. Les ciseaux courbes sur les faces sont très employés dans les ablations , les excisions , les extirpations de tumeurs , de fongosités et d'excroissances de diverse nature. 11 y en a de dimensions très différentes, depuis ceux que Ton em-.ploie dans l'excision du col de l'utérus, et dont la longueur est considérable, jusqu'aux ciseaux très déliés dont on se

sert pour exciser les capillaires variqueux de la conjonctive dans le pannus et le ptérygion.

Les usages des ciseaux coudes sont à peu de chose près les mêmes que pour les précédents. L'inflexion est à la naissance des lames ; elle forme un angle de i4o à i5o degrés, ou , en d'autres termes, les branches posées sur un plan horizontal, les lames s'en élèvent de 5o à 4o degrés. Les ciseaux coudés le sont ou snr les bords ou sur le plat ♦, ils sont faciles à insinuer dans les parties profondes. C'est de cet instrument coudé sur le bord que se sert M. Roux dans l'opération de la staphyloraphie.

Le pouce et l'annulaire sont les doigts les plus convenables pour tenir les ciseaux; ils offrent seuls l'avantage de former sensiblement par leur introduction dans les anneaux un angle droit avec les branches de l'instrument ; disposition qui a pour effet la rencontre des tranchants dans le même plan. La moindre obliquité des doigts , en donnant lieu à l'inclinaison latérale des deux lames , est suivie de la distension des parties à inciser, qui se glissent entre les lames, et sont tordues et dilacérées, au lieu d'être coupées régulièrement. C'est ce que l'on observe fréquemment lorsqu'on emploie les ciseaux de la main gauche.

Le médius est toujours placé sur la branche en avant de l'annulaire-, mais les usages de l'indicateur varient suivant l'espèce de section que l'on veut pratiquer. Si l'on veut couper en long, l'index sera placé sur la branche du médius, et, en avant de lui, ces deux doigts serviront alors d'auxiliaires à l'annulaire pour faire opposition au pouce. Si c'est à plat que l'on veut inciser, l'indicateur étendu, en appuyant sur la rosette , gouverne l'instrument. Si les parties offrent uim certaine résistance , et que Ton ne puisse pas appeler

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la main gauche au secours de la droite, l'indicateur, placé en travers sur la branche du pouce, fera opposition au médius, situé sur l'autre branche. Enfin , si l'on opère dans une cavité hors de la vue, et que Ton ait à craindre de blesser des parties importantes, l'indicateur, introduit entre les tranchants, facilite la section des tissus que l'on doit couper, en même temps qu'il écarte ceux que l'on doit ménager.

Au reste , de quelque manière que soient tenus les ciseaux , il faut bien éviter en incisant d'engager entre les mors une trop grande quantité de parties : il en résulte un mouvement de recul des branches, et les tissus, glissant en sens inverse , sont contus et dilacérés. Le même effet a lieu si l'on tire à soi, les tissus étant saisis entre les tranchants. L'on se garantira du premier de ces deux inconvénients en ne présentant aux parties que les deux tiers de la longueur des lames , et du second en ne donnant aux ciseaux que le simple mouvement d'opposition des tranchants.

On pratique avec les ciseaux diverses sortes d'opérations. Les cas où l'on incise avec ces instruments sont rares*, le bec-de-lièvre en est cependant un exemple. Plus fréquemment ces incisions se font sur le tissu cellulaire ou des aponévroses dans des cavités : la sonde cannelée sert alors de conducteur. Les excisions des parties membraneuses, telles que la luette, le frein de la langue, le prépuce, des parois de kystes, des lambeaux frappés de gangrène, etc., sont communes dans la pratique : les doigts ou des pinces mousses saisissent et soulèvent les tissus , que l'on excise avec des ciseaux courbés sur le plat. Dans tous les cas de plaie par arrachement, c'est avec des ciseaux que se fait ia rescision de tissus ligamenteux, d'extrémités de vaisseaux, etc., pius ou moins dilacérés, ces instruments étant beaucoup

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plus commodes que le bistouri, en ce que, pour agir, ils n'ont pas besoin que les parties soient tendues. Enfin, les ciseaux courbés ou coudés sur le plat servent encore à faire des ablations de verrues, de fongosités, et d'excroissances de diverse, nature à la surface: de la peau et des membranes muqueuses. En appuyant la convexité de l'instrument à la base de ces tumeurs de manière à les faire saillir entre les tranchants, ils offrent sur le bistouri l'avantage de pouvoir les enlever d'un seul coup; mais ce mode de section a l'inconvénient de contondre les parties, et, sous ce rapport, est plus irritant que l'autre. On doit donc éviter d'en faire usage sur les parties déjà très irritées ou douées d'une vive sensibilité.

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