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ULCÈRE CALLEUX

On appelle de ce nom des ulcérations dont les bords sont durs, élevés, tantôt pâles ou bleuâtres, d'autres fois d'un rouge d'autant plus vif qu'ils sont plus irrités. La surface de l'ucère est pins ou moins lisse ou ridée ; elle est formée par des bourgeons charnus , larges , peu saillants et séparés par de petites excavations remplies d'un pus fétide. L'élévation des bords fait paraître cette surface beaucoup plus profonde qu'elle ne l'est véritablement par rapport au niveau des téguments voisins. Le gonflement de la peau, qui produit les callosités, est attribué généralement au dépôt d'une lymphe concrète dans les aréoles du derme. M. Boyer considère cette altération comme étant le produit d'une série d'inflammations qui , successivement, se sont terminées par induration.

Les ulcères calleux sont, avec îesuScères variqueux, ceux que l'on rencontre le plus fréquemment dans la pratique. Ils affectent principalement les vieillards; les jambes, à la région malléolaire, en sont le siège le plus ordinaire. Ils sont souvent le produit d'une simple excoriation qui n'a

pas été guérie à temps. Chez l'adulte ou ie rencontre plutôt chez les personnes que leur profession oblige à se tenir debout, surtout s'ils ont souvent les pieds dans l'humidité. L'étendue de ces ulcères est en général proportionnée à leur ancienneté. Il n'est pas rare , chez les gens du peuple , d'en rencontrer qui occupent les deux tiers de la jambe, et qui durent depuis 25 ou 3o ans.

On a vanté pour la guérison des ulcères calleux les traitements les plus variés. Les deux indications principales qui se présentent à remplir sont , d'une part , la destruction des callosités, et de l'autre, la formation de la cicatrice sur une surface où il existe une large perte de substance.

Dans la plupart des hôpitaux de Paris on obtient le ramollissement des callosités par l'application de cataplasmes émollients , soit seuls , soit aidés de plumasseaux enduits de baume d'Arceus. On panse ensuite avec delà charpie sèche; peu à peu l'ulcère est remplacé par un tissu cutané accidentel \ lorsque la cicatrice est fermée, on la soutient par un bandage compressif. Cette méthode compte de nombreux succès ; mais la cicatrice est souvent très longue à s'effectuer 5 elle a une étendue trop considérable ; elle s'excorie à la moindre cause, et l'ulcère se reproduit.

Les emplâtres irritants, dans la composition desquels on fait entrer les oxides de plomb et de cuivre, sont fréquemment usités pour raviver la surface des ulcères atouiques. Ils ne conviennent qu'autant que les callosités ont été préalablement ramollies par les cataplasmes émollients.

M. E. Home prétend que la cicatrisation se fait très vite, en employant, sous forme de lotions, à la surface des ulcères j soit une solution très faible de nitrate d'argent , soit le mélange d'un scrupule d'acide nitreux dans huit onces d'eau. Suivant ce praticien, la cicatrice que l'on obtient

4f4 ui.ce:ies.

par l'acide nitreux offre plus de solidité que celle qui est

due à tout autre mode de traitement.

La compression est l'un des agents thérapeutiques dont on a obtenu les meilleurs résultats. On connaît en France le traitement adopté par M. Gaillard. Quelques succès obtenus par ce praticien lui ont acquis des partisans, mais les préceptes peu rationnels qu'il a établis lui ont suscité denombreux antagonistes. M. Gaillard panse les ulcères avec des onguents irritants*, il enveloppe ensuite le pied, et la jambe avec un bandage compressif ; et au lieu de prescrire le repos à ses malades, il les engage au contraire à marcher. Nous doutons fort que cette dernière prescription soit de nature à rendre plus assuré le succès du traitement.

En Angleterre , M. Whately panse d?abord les ulcères avec un emplâtre à base de plomb, puis il exerce sur le pied et la jambe une compression avec une bande de flanelle de trois pouces de largeur et de cinq à six aunes de longueur* Ce bandage , qui doit être appliqué avec beaucoup de soin, enveloppe le membre par deux séries de doloires, dont les uns s'étendent de l'extrémité du pied à la partie supérieure delà jambe, et lés autres, en sens contraire, descendent de l'extrémité supérieure de la jambe vers les malléoles.

M. Baynton est l'inventeur d'un dernier mode de traitement très employé en Angleterre, et qui commence à compter en France de nombreux partisans.

Le pansement adopté par M. Baynton consiste à rapprocher les bords des ulcères par des bandelettes agglutinalives. Il en résulte le double avantage de faciliter la réunion et d'obtenir une cicatrice plus étroite , et par conséquent plus solide.

Les bandelettes ont un pouce de largeur sur une longueur d'environ une fois et demie la circonférence du membre,

Non seulement elles recouvrent toute l'étendue de l'ulcère, niais elles le débordent de douze à quinze lignes au-dessous, et de deux à trois pouces au-dessus. Leur application se fait en commençant par la partie inférieure. Voici la manière de s'en servir : le membre étant rasé , lavé et mis à sec, la bandelette tendue par ses extrémités entre les doigts de chaque main, on en applique le milieu sur la face du membre opposée à l'ulcère, et on ramène les deux bouts de l'autre côté, en exerçant une pression modérée. On accole ensuite l'une des extrémités au-delà de l'ulcère 9 et on couche l'autre extrémité sur la première en la recouvrant de la moitié de sa largeur. Si l'on a bien compris cette manœuvre , on conçoit que la bandelette rapproche les chairs de l'un et l'autre sens, du point diamétralement opposé à l'ulcère vers le centre de ce dernier*, de plus, cette action est augmentée par les deux bouts de la bandelette qui se trouvent accolés sur des bords différents. On applique successivement toutes les bandelettes suivant le procédé que nous venons d'indiquer pour la première. On termine le pansement en enveloppant le membre de compresses que l'on maintient par un bandage spiral.

Tel est en résumé l'appareil imaginé par M. Baynton. Si la suppuration est très abondante , le pansement peut être renouvelé tous les jours, ou même deux fois par jour. Si la partie est le siège d'une inflammation un peu vive, il conseille de faire des lotions avec de l'eau froide. Du reste, il pense qu'un exercice quelconque rend les douleurs moins vives et la guérison plus facile. Outre les avantages qui résultent du rapprochement des bords de l'ulcère, l'auteur annonce, comme un des effets de son mode de pansement, de faire disparaître promptement les callosités, et d'empêcher le développement des fongosités.

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