ULCÈRES VARIQUEUX
Ces ulcères sont presque aussi communs que les précédents. Souvent même les deux maladies se confondent, les callosités étant une des complications les plus ordinaires de toute ulcération long-temps entretenue.
La maladie connue spécialement sous le nom d'ulcère variqueux est le produit soit de la rupture spontanée ou accidentelle de veines variqueuses, soit d'une érosion ou d'une plaie des téguments en regard des tumeurs de cette nature. Enfin, il n'est pas rare -parmi les gens du peuple qu'une simple excoriation irritée par la marche, la malpropreté et les frottements de corps lanugineux, se transforme en ulcère qui, de simple, ne tarde pas à devenir calleux. Parvenu à cet état, la gêne de la circulation locale détermine l'engorgement et la dilatation des veines, et l'ulcère devient variqueux.
La jambe , principalement sur le trajet de la veine saphène interne, est le siège presque unique de l'ulcère variqueux. Cet ulcère se distingue par une couleur rouge ou violacée 5 il fournit rarement une quantité de pus considé~ rable , mais fréquemment ce liquide est sanguinolent. L'issue du sang au-dehors est dans certains cas assez considérable pour constituer une hémorrhagie. Nous avons connu une femme qui mourut d'un accident de cette sorte , un chirurgien ignorant, au soin duquel elle s'était confiée, n'ayant pas su arrêter l'évacuation sanguine.
La guérison de l'ulcère variqueux s'obtient en général assez promptement , mais sa récidive est fréquente. S'il y a de l'inflammation , on la combat par les émollients et )e repos du membre dans une situation horizontale. Lorsqu'elle
est dissipée , on panse l'ulcère à plat, et on fait une compression avec un bandage roulé en spiral , ou même avec un bas lacé en peau de chien chamoisée, ou en coutil fin. Enfin, dans les cas où il existe des varices volumineuses qui tendent à reproduire la maladie, on doit, pour assurer la guérison, s'occuper d'abord du traitement des varices ellesmêmes. Nous ne décrirons pas les opérations assez graves qui s'y rapportent.
ULCERES FONGUEUX.
On donne ce nom aux ulcères atoniques dont îa surface est parsemée de bourgeons charnus , larges , aplatis, isolés ou agglomérés, et adhérant au fond par une base tantôt large , tantôt pédiculée : ces bourgeons ont reçu le nom de fongosités. Les fongosités se développent ou chez des sujets très affaiblis , ou sous l'influence de causes qui ont relâché localement les tissus: tel est en particulier l'usage trop prolongé des émollients chez des sujets lymphatiques. Divers traitements sont employés pour la guérison des fongosités. Lorsqu'elles sont récentes et molles, il suffit, pour les faire disparaître , de déterminer à la surface de l'ulcère une compression soutenue au moyen d'une lame mince de plomb ou d'écaillé maintenue par une compresse et un bandage spiral. Mais à mesure qu'elles prennent plus de consistance, il faut pour les guérir avoir recours à des moyens plus énergiques. On se sert à cet effet des divers caustiques 5 mais, parmi ces derniers, le nitrate d'argent, la potasse caustique et le feu , sont ceux que l'on doit préférer: car il vaut toujours mieux employer de suite un moyen énergique, qui enlève les fongosités dès la première ou la seconde application, que d'avoir recours à des cathercti-
ques dont l'usage , fréquemment réitéré, n'a souvent d'autre effet que de produire une irritation chronique, suivie trop souvent de dégénération carcinomateuse. Enfin , lorsque des fongosités anciennes sont à la fois saillantes, dures, si elles adhèrent par un pédicule étroit, on peut en déterminer la chute par le moyen de la ligature; dans le cas contraire, on en pratique l'excision. Au reste, ce dernier moyen, plus prompt et moins douloureux, nous paraît préférai) le à la ligature dans les cas même où cette dernière paraît indiquée en raison de la forme de la tumeur.
La présence des vers à la surface des ulcères leur a fait donner le nom de vermtneux. Cet accident, indépendant de la maladie en elle-même , ne saurait former un genre spécial. Il ne se rencontre guère que chez des sujets affaiblis et malpropres , et en particulier chez des vieillards. Il suffit pour le faire cesser d'emplover à la surface de l'ulcère des lotions excitantes avec des décoctions de tabac, de quinquina , d'ail , etc., ou les solutions faibles de chlorure de chaux ou de soude. On aura soin, par la suite, que l'ulcère soit pansé avec propreté.
ULCÈRES CANCROÏDES.
Il en est de deux sortes: primitifs, et consécutifs. Nous avons décrit à l'article des ulcérations cutanées les ulcères primitifs. Les ulcères consécutifs sont le produit de la dégénération des ulcères de toute espèce, long-temps irrités par une cause quelconque, mais particulièrement par des applications de caustiques fréquemment renouvelées. Les bords de ces ulcères sont durs, inégaux*, leur surface est inégale, grisâtre et parsemée de fongosités, les unes d'une grande consistance, les autres molles, et saignant au
moindre frottement ; les téguments voisins sont d'une couleur violacée, ou d'un rouge sombre, résistant au toucher; ils sont sillonnés par des stries bleuâtres qui ne sont autres que des veinules sous-cutanées dans un état de dilatation.
Dans cet état, il n'est pas certain que l'ulcère ne puisse guérir par un traitement convenable, surtout si le sujet est atteint d'un vice général. Il convient donc, après avoir enlevé les causes d'irritation, de traiter localement i'ulcère par les émollients et les narcotiques, en même temps que l'on soumettra le malade à un genre de médication approprié à l'espèce de complication dont on est fondé à soupçonner l'existence. Mais si, malgré ces précautions, l'ulcération tend à envahir, il faut enlever par l'instrument tranchant et achever de détruire par le feu ou les caustiques toutes les parties atteintes de la dégénération carcinomateuse ; seulement, lorsque la surface de l'ulcère a une grande étendue , il faut éviter de faire usage de caustiques susceptibles de produire des accidents s'ils étaient absorbés. Ainsi , on préférera la potasse caustique ou le nitrate de mercure à la pâte arsenicale. Après la chute des eschares, la surface de l'ulcère se trouvant rappelée aux conditions d'une simple plaie, avec perte de substance, on en obtient facilement la cicatrisation en ayant recours aux moyens indiqués plus haut.