‹ Traité de pharmacie théorique et pratique, contenant les élémens, l'analyse et les formules de tous les médicamensChapitre 108 sur 142 · DES EXTRAITS DE SUCS EXPRIMÉS DES PLANTES · texte numérisé non relu

DES EXTRAITS DE SUCS EXPRIMÉS DES PLANTES

Ces extraits sont de deux sortes : ceux faits avec les sucs non dépurés et chargés du parenchyme ou la fécule verte ( tfhlorophy lie ) de la plante ; et ceux préparés avec les sucs selon la méthode ordinaire.

Quoique les extraits avec la fécule verte soient d'ordinaire grumeleux, parce que la chlorophylle s'agglutine , et l'albumine végétale se coagule par la chaleur, il a paru à Stcerck, médecin de Vienne, qui recommande ce procédé, qu'ils produisaient des effets plus marqués que ceux privés de cette substance féculente. Cependant celle-ci perd beaucoup de sa solubilité dans nos humeurs par la coction. Quant à la nature de la chlorophylle, nous en avons parlé ci-devant (p. 27 ).

Extrait de suc non dépuré de ciguë,, et des autres extraits

semblables alcaloïdes.

On choisit en juin suffisante quantité de belle ciguë (conium maculatum) avant sa floraison , et on la pile dans un mortier de marbre ou de bois, avec quelques gouttes d'eau. On exprime à la presse son suc, que Ton passe dans un linge. Par une évaporation modérée sur le bain-marie, la fécule verte se çoagule ; on la passe et on continue de faire concentrer le suc, en remuant toujours pour qu'il ne brûle pas au fond de la bassine; vers la fin, on retire l'extrait du feu et l'on y incorpore la fécule verte restée sur l'étamine; on obtient un extrait mou.

moniaquc à la distillation; exemple: extraits de concombre sauvage , de trèfle d'eau , fume-terre , noix vomique ;

3° Hydro-azotisés , amers : peuvent brûler avec flamme ; fournissent de l'hydrogène en excès, et forment de l'eau avec la présence de l'oxygène. La noix de galle les précipite : il y a un principe hydrogéné associé à une autre substance animalisée ; par exemple , extraits d'opium, d'aloès, de coloquinte, d'absinthe , de graliole, de quinquina de Saint-Domingue, de chélidoiuc , etc.;

4U Extraits oxygénés , de goût sucré, tantôt astringent , ou acide ; ne tien-

tieut pas sensiblement d'azote," ne précipitent point par la noix de galle. Distillés , ils donnent une quantité notable d'acide , résultat de l'oxygène uni à l'hydrogène et au carbone. Ordinairement , ils contiennent de la gomme; exemple : extraits de réglisse , d'ognon, de scille, de calaguala, de polypode, de safran, rhubarbe , cachou, casse, tamarins; les.robs;

5° Extraits oxygénés amers ; leur saveur amere et la présence du principe amer, associé avec la gomme, les décèlent; point d'action par la noix de galle. Distillés, ils donnent un acide., non de 1 ammoniaque; exemple : extraits de gentiane , petite centaurée , quassia , etc.

Journal de Phys., t. LXXXTV, pag. 267.

(0 II est à remarquer que l'extrait fait avec de la oigne , après sa floraison , en juillet et août, n'a presque aucune vertu vireuse , tandis que celui prépare avant juin ou avant la floraison contient tous les principes actifs de la plante. Cette règle est assez générale pour les végétaux ; la floraison achevée , ils perdent la plupart de leurs propriétés.

EXTRAITS DES PLANTES. 3o3

Stœrck recommandait d'y mêler de plus une quantité suffisante de poudre de ciguë sèche, pour en former une masse propre à être divisée en pilules.

Extrait de ciguë avec la fécule : se prépare encore de la manière suivante : Prenez ce que vous voudrez de ciguë officinale ; contusez-la dans un mortier, et exprimez le suc, que vous passerez par une toile épaisse. Divisez ce suc dans plusieurs assiettes plates que vous placerez à une étuve, à une chaleur de 35° à 4<>0 (ou de 4o à 5o°centigr.). Lorsque le suc sera épaissi en consistance pilulaire, réunissez-le et le serrez dans des vases bien clos. On préparera ainsi les extraits d'aconit, de belladonne, de fume-terre, etc. Le suc de ciguë féculent donne environ un douzième d'extrait, lequel absorbe un neuvième de poudre; mais presque tous les médecins le préfèrent sans cette poudre.

YÏ extrait de ciguë sans fécule verte se prépare en séparant par Fétamine la chlorophylle, qui se coagulç, et en cuisant ainsi le suc dépuré au bain-marie. Il contient, selon Brande, un alcali végétal nommé cicutin que d'autres chimistes n'ont pas pu trouver.

C'est, contre les maladies cancéreuses, les squirrhes, les scrofules, etc. , un remède vanté que Ton prend en pilules de quatre grains, deux fois le jour, en augmentant la dose. On l'applique aussi à l'extérieur, comme résolutif, sédatif. L'extrait de ciguë avec le suc dépuré s'emploie également à l'intérieur. On trouve dans ces extraits des cristaux roux de tartrate de chaux et de quelques autres sels.

L'extrait d'aconit, fait aussi avec le suc de cette plante non dépuré, a été recommandé par Stœrck dans les maladies arthritiques, l'ankylose ,* les rhumatismes, comme un puissant remèae. On divise i décigramme ou 2 grains de cet extrait dans 8 grammes ou 3 ij de sucre en poudre, et Ton en prend depuis le douzième jusqu'à trois quarts. Il purge d'abord assez bien. L'auteur employait Yaconitum cammarum L. Il n'y mêlait pas la poudre de la plante sèche, non plus qu'aux suivans. M. Brande a trouvé dans les aoonits un alcali organique végétal qu'il nomme aconitin ; il est, dans leurs extraits; à l'état de malate.

L1 'extrait de jusquiame est prescrit dans les maladies spasmodiques, les convulsions. Sa dose est d'un à trois grains , qu'on répète deux ou trois fois par jour. Il produit d'abord des anxiétés et une sueur froide pénible. M. Brande admet aussi sous le nom de hyoscyamin, un alcali végétal organique dans la jusquiame et son extrait. 11 faut piler la plante avec un peu d'eau ; elle rend un dix-neuvième d'extrait.

3o4 EXTRAITS DES PLANTES.

V extrait de la plante même de pomme épineuse , utile aussi selon Stœrck, dans l'épilepsie, la manie, les convulsions violentes, se prend depuis un demi-grain jusqu'à deux grains , deux fois le jour. Cette plante ne donne qu'un quarantième d'extrait. Le docteur Marcet fait cet extrait avec la semence de datura strammonium, une livre, concassée ; on la fait bouillir dans 24 livres d'eau qu'on réduit à huit livres; ensuite l'on fait rebouillir les mêmes graines dans huit livres de nouvelle eau ; les décoctions réunies, décantées après 12 heures de repos, sont évaporées en extrait au bain-marie. On obtient environ une once et demie d'extrait qui contient du malate de daturium. Les affections nerveuses rebelles au traitement antiphlogistique cèdent souvent à l'administration de ce remède.

Celui de belladonne, employé contre les cancers et contre la rage, est très-narcotique; appliqué sur l'œil, il paralyse l'iris; à l'intérieur, il excite quelquefois des spasmes. On doit l'employer avec prudence comme les précédens : il agit à petite dose. La plante donne un seizième d'extrait , qui contient de l'atropium à l'état de malate.

\J extrait de toxicodendron , selon M. Van-Mons, se prépare, ou avec le suc exprimé, non dépuré, passé, ou avec les feuilles* fanées et noircies, ou avec les feuilles sèches bouillies ou seulement macérées à froid. Il faut mettre un masque et des gants pour préparer le suc de toxicodendron avec les feuilles vertes ou récentes, tant elles sont acres. Celui parle suc.exprimé non dépuré , paraissant plus actif que celui des décoctions ou infusions, a été trouvé très-efficace dans la paralysie, les dartres, les spasmes. Il est peu dangereux, même pris à haute dose. On commence par dix à quinze grains, jusqu'à deux à quatre gros par jour, et même plus. Les feuilles se doivent piler avec de l'eau (Voyez Pharmacopée manuelle de Van-Mons, et le tom. I des Mém. Soc. de méd. de Bruxelles ). En mêlant un gros d'hydrochlorate de baryte à cinq gros de cet extrait, on en fait des pilules. Deux oïl trois de celles-ci patjour sont un remède très-actif contre les dartres.

Observations sur les extraits des plantes vireuses.

Comme l'ébullition et la chaleur font perdre à ces extraits vireux une grande partie de leurs qualités délétères, au point qu'on peut avaler sans danger beaucoup d'extrait de ciguë trèscuit, il convient de préférer un autre mode de préparation. Il paraît que le principe narcotique , étant très-azoté et avide d'oxygène, se précipitant par les dissolutions métalliques, surtout celles de plomb, de mercure, etc., se dissipe ou décom-

EXTRAITS DES SUCS DÉPURÉS. 3o5

pose assez facilement alors. Aussi ces extraits sont moins actifs à proportion que les sucs frais de leurs plantes. Nous avons donc pensé qu'en conservant sans altération ces sucs, en les concentrant à froid, ils ne perdraient pas leurs propriétés.

On peut dessécher à froid les sucs des plantes vi reuses en les plaçant dans des capsules, sous la cloche pneumatique, contenant, soit de l'acide sulfurique concentré, soit de l'hydrochloratede chaux sec (chlorure de calcium). On fait le vide comme pour obtenir la glace ou le froid artificiel dans l'expérience de Leslie. Il s'opère alors une dessication rapide, à froid. Ainsi ces sucs desséchés pourront devenir de très-bons extraits sans aucune déperdition, autre que celle de leur eau de végétation. {Voyez nos remarques à ce sujet. Bulletin de Pharmacie, tom. V, p. 61 , sa.)

On a proposé, d'après les vues du docteur Récamier, de faire ces extraits au moyen de la vapeur aqueuse. Pour cet effet, on place de la ciguë, ou toute autre espace de plante vireuse, à l'état sec, sur le diaphragme d'un vase contenant de l'eau en ébullition, et rendue un peu acide par. du vinaigre. La plante, ainsi ramollie et presque cuite exhale une grande partie de son odeur vireuse j on exprime fortement cette plante, cuite à cette vapeur, mais en ayant soin de la délayer dans un peu d'eau. On obtient un suc qui, concentré au bain-marie, fournit un extrait peu vireux, mais très-sapide. On peut faire ainsi des extraits privés de qualités vireuses, et qui conservent cependant des propriétés. ( Journal pkarm. 1 82 2 , p. S-] o ).

Des extraits de sucs dépurés.

Ceux-ci, privés du parenchyme ou fécule verte, par la dépuration , au moyen de la filtration , de la chaleur ou des blancs, d'oeufs ( Voyez ci-devant Clarification des sucs, p. i44)> sont lisses, non grumeleux, et se dissolvent bien dans l'eau. . ,

Pour préparer les extraits de trèfle d'eau ou ményanthe, de fumeterre, de cerfeuil, d'élatérium, etc., on prend le suc clarifié de l'une ou l'autre de ces plantes, et on le fait rapprocher au bain-marie en consistance d'extrait.

V extrait de bourrache, qui est un bon dépuratif, apéritif et relâchant, se prend depuis un gramme jusqu'à 4> ou de 18 grains à 3 j. On doit piler la plante avec de l'eau ; on ne retire qu'un quatre-vingtième d'extrait.

Celui de buglosse ne diffère presque en rien du précédent.

Celui de cochléaria est diurétique, apéritif, antiscorbutique, dépuratif; il contient du soufre, comme celui de cresson et des autres crucifères \ mais la concentration leur fait perdre 1. 20

îoG ' EXTRAITS D'OPIUM. v .

presque toutes leurs propriétés * antiscorbutiques, volatiles* Leur dose est d'un à 2 grammes. On a trouvé beaucoup de nitre dans de l'extrait de cochléaria, ce qui le rend aussi fort diuretique.

L extrait de chicorée est amer, dépuratif, hépatique, laxatif, à pareille dose, comme celui de pissenlit, qui se prépare de même.

Celui d'ortie grièche est astringent, détersif, incisif dans l'hémoptysie. La dose est double de celle du précédent. .

Celui de cerfeuil, très-apéritif, antiscorbutique, contient aussi du soufre.

V extrait de concombre sauvage, dit élatérium, se tire du suc du fruit, qui est aqueux, et se clarifie de même par dépôt. C'est un violent liydragogue dans l'hydropisie. La dose est d'un à 6 grains dans un véhicule mucilagineux.

\S extrait de racine de bryone a des vertus analogues, et se fait de même. Sa dose est un peu plus forte.

\J extrait de trèfle d'eau est fort amer, stomachique, fébrifuge, dépuratif du sang, recommandé comme apéritif, diurétique, antiscorbutique. Sa dose est de 12 grains à 48, ou d'un à i grammes.

Celui de grande chélidoine , celui de fumetcrre , et plusieurs autres ont les vertus de leurs plantes; leur dose est celle du précédent.

Des extraits d'opium.

Le meconium ou opium du commerce n'est pas la pure larme du pavot qui découle par incision, mais bjen le suc exprimé de la plante et mêlé à son extrait, fait par décoction. Aussi a-t-il grand besoin d'être purifié des portions ligneuses qui forment le quart de sa masse, et lui communiquent de leurs qualités Vireuses. Il les perd par une longue digestion ou par ébullition , car elles consistent dans' diverses matières et principalement une substance glutineuse dont il convient de débarrasser cet extrait. C'est une sorte de caout-chouc. En outre, l'opium tient de la résine un sel essentiel, cristallisable , séparé par M. Derosne, la narcotine, et une substance alcaline végétale , nommée morphine, observée par Sertuerner, et combinée à un acide méconique.

Le laudanum opiatum (0 ordinaire se prépare en coupant de l'opium par tranches, en le faisant délayer au bain-marie dans une petite quantité d'eau , en passant la solution, avec forte ex-

(') Laudanum, quasi laudatum, dit Lcmery.

EXTRAITS D'OPIUM. 3o7

pression; l'on décante la liqueur de ses fèces ; et on forme un extrait de consistance pilulaire au bain-marie. Il reste un peu moins d'un quart de marc. La dose est depuis demi-grain jusqu'à trois.

Le laudanum, selon le Codex de Paris, se prépare avec du vin blanc au lieu d'eau , et de la même manière que le précédent. Toutefois le vin doit modifier la nature de l'opium.

V extrait d'opium de Homberg ou de Baumé ou du docteur de Diest, par longue digestion, est conservé dans le nouveau Codex. Cet extrait s'obtient en mettant bouillir dans douze ou quinze litres ou pintes d'eau, 2 kilogrammes ou 4 livres d'opium incisé; on passe avec expression après une demi-heure. Le résidu est soumis à plusieurs ébullitions dans d'autres eaux, jusqu'à ce qu'il ne fournisse plus rien. Les décoctums passés à l'étamine et clairs, sont réduits, par évaporation, à cinq litres; alors on continue de tenir cette solution d'opium en digestion dans une cucurbite d'étain, à la température de l'ébullition , pendant deux ou trois ou même six mois, continuellement, et en ajoutant de nouvelle eau à mesure qu'elle s'évapore. Use précipite une résine ou plutôt une matière insoluble qui s'attache aux parois du vaisseau. La liqueur refroidie enfin se passe au blanchet, et on la réduit en extrait pilulaire. On vante beaucoup ses effets doux et très-calmans. Il reste pour sédimens, les sels de l'eau évaporée dans cette longue opération, surtout un sel que Baumé a pris pour un sel essentiel d'opium ; c'est la narcotine que Derosne a bien isolée. Il y a aussi du sulfate de chaux.

L'opium perd environ 116 grammes (ou 3 à 4 onces) par dissipation; il se dépose environ 38o grammes ( 12 onces) de résine, et on obtient moitié à peu près de l'opium employé.

Ludovic, Young, Hecquet, ont cru pouvoir corriger la propriété vireuse de l'opium au moyen des acides, soit végétaux, s soit minéraux; Willis, Glauber, Van-Helmont, Ettmuller, ont préféré pour cela les alcalis; les pharmacopées anglaises , espagnoles, portugaises, font agir l'alcool sur l'opium (Voyez Pharm. portug., par Anton. José de Sousa Pinto, p. 226. >, pour dissoudre davantage la partie résineuse restée après que l'eau a cessé d'agir. Le Dispensaire universel de Christ. Frid. Reuss ( p. 44 )> essaie de corriger l'opium en le dissolvant dans •du suc de citron (10 onces, sur 4 onces d'opium) et de l'eau acidulée; les Chinois font légèrement torréfier leur extrait aqueux d'opium pour le priver d'une grande partie de sa qualité vireuse. Piderit (Dispensât, universal. de Reuss, p. 44^) préfère l'emploi du vin blanc j*>ur dissolvant ; d'autres ont

3o8 EXTRAITS D'OPIUM.

tenté l'action des fermentations, comme nous le dironsplus loin.

Cornette préparait son laudanum en faisant de l'extrait ordinaire d'opium, qu'il redissolvait et concentrait plusieurs fois, en séparant toujours la résine; il obtenait un extrait plus gommeux. Le procédé de Lassone est le même.

Josse recommande de frotter dans les mains un morceau d'opium sous l'eau, à la température ordinaire, ou bien de le manier et pétrir sous un robinet d'eau , comme pour obtenir le gluten de la pâte. Il reste dans la main la matière glutinorésineuse de l'opium. Cette sorte de glutine, étant desséchée , devient très-cassante. On filtre la liqueur, et on l'évaporé en extrait. Celui-ci contient encore de la résine, mais il a bien moins d'odeur vireuse que les autres. C'est le meilleur calmant; il ne cause plus d'agitation et de spasmes. La dose est depuis demi-grain jusqu'à deux. On l'applique aussi à l'extérieur. Ce procédé est le plus suivi encore. Cependant cet extrait contient de la narcotine.

Accarie a proposé de purifier l'opium au moyen du charbon en poudre. Voici son procédé. Il prend Yt> j fi d'opium qu'i 1 incise menu ; il le fait digérer à une douce chaleur avec de l'eau et du charbon en poudre, en agitant le mélange; après quelques jours, il passe la liqueur, la clarifie avec des blancs d'oeufs, et l'évaporé au bain-marie, en consistance d'extrait bien pur. 11 obtient moitié du poids de l'opium. Cet extrait gommeux est, dit-il, privé de toute odeur vireuse, et n'a plus que des qualités très-douces. Le résidu ou le marc contient la résine et une matière glutineuse. L'alcool dissout la première, et donne une teinture anodyne qu'on pourrait employer dans l'usage extérieur. On sait que les Anglais, les Russes, etc., prescrivent de joindre à l'extrait aqueux l'extrait alcoolique de ce résidu; mais celui-ci est âcre, et, loin de calmer, il agite avec force ceux qui en font usage.

Beaucoup d'autres procédés ont été proposés; mais la plupart sont trop inusités et trop mal conçus pour être consignés ici. Nous exposerons seulement ceux du Codex,

Extrait aqueux d'opium, fait selon la méthode de Cartheu-

ser , rectifiée par Croharé.

y Opium choisi, coupé par tranches. . 5oo gramm. foj. Eau commune . . aooo gramm. ftiT.

Mêlez l'eau à l'opium, en agitant de temps en temps, dans un lieu tiède, pendant deux jours. La liqueur passée par l'étamine sera laissée en repos deux autres jours; il s'y formera

EXTRAITS D'OPIUM. 3o9

une pellicule d'odeur vireuse. On filtrera par le papier joseph le liquide, qu'on évaporera à un feu doux, jusqu'à moitié. Ce liquide, qui sera un peu louche ou trouble, sera déposé pendant deux autres jours; il s'y fera encore une pellicule d'odeur vireuse; on filtrera de nouveau, et enfin on évaporera en consistance d'extrait. La liqueur doit rester limpide jusqu'à la fin , et donner un extrait privé de presque toute odeur vireuse.

Cet extrait est trausparent lorsqu'il est desséché en lames très-minces; la résine et le principe vireux particulier sont séparés presque entièrement; aussi cet extrait doit n'avoir plus d'âcreté, quoiqu'il conserve une saveur amère.

On peut trouver dans cet extrait, du méconate de morphine, une petite quantité de narcotine avec un reste de résine, de la omme, de là fécule et une matière colorante. La narcotine, ien que soluble seulement dans l'éther, quand elle est isolée, devient en partie soluble au moyen de l'acide ou de là résine et des matières grasses qui se trouvent dans l'opium.' Cfêst la résine, selon M. Robiquet, qui entraîne la narcotine. Ce" chimiste a trouvé dans les résidus des teintures alcooliques d'opium, la narcotine de M. Derosne; elle fait partie d'une sub-- ' stance résinoïde qui se précipite pendant l'évaporatidW^èes résidus. Cette narcotine n'avait pu d'abord être retrouvée dans les eaux-mères des dissolutions aqueuses d'opium, -traitées par la magnésie pour en précipiter la morphine. M. Derostie pensait alors que cette narcotine s'était transformée en morphine et n'en était qu'une simple modification ; mais ces deux substances existent simultanément dans l'opium. Voyez plus loin la manière de séparer la narcotine de l'opium au moyen de l'éther, selon le procédé de M; Robiquet. M. Limouzin-Lamothe avait proposé de traiter l'opium par la résine, pour enlever cette narcotine, mais quoique ce procédé réussisse en partie, il est bien moins fidèle que celui par l'éther.

Veau distillée d'opium, quoique d'odeur vireuse, n'a presque pas d'action narcotique, même à haute dose. Cependant lorsqu'elle est très vireuse , elle cause des vertiges , la stupeur et même la mort, prise dans une forte proportion.

Préparation d'opium de M. Chaussier.

On fait macérer à froid de l'opium brut dans de l'eau. Lorsque le maceratum est filtré, on y ajoute un peu d'alcool pour le conserver; mais quand on expose ce liquide à la lumière, il dépose de la résine mêlée sans doute de narcotine et de méconate de morphine. ,

3io EXTRAITS D'OPHJM.

Extrait d'opium par fermentation, d'après la méthode de

M\ Deyeux.

tjf Opium coupé par tranche». . . . Quan lit. suffis.

Mettez-le macérer dans de l'eau avec du ferment de bière, en quantité suffisante, à 20 ou a5° centigrade de chaleur, propre à exciter la fermentation. Quand la liqueur est devenue limpide, on la délaie avec de l'eau, et on la filtre au papier gris; ensuite, on fait bouillir jusqu'à ce que toute l'odeur vireuse soit dissipée; enfin, on fait évaporer en extrait épais, en sorte qu'il ne reste plus rien dé vireux.

Extrait d'opium privé de narcotine , d'après le procédé de

M, RobiqueL

% Opium brut divisé par petits morceaux. . . . Q. v.

Qn le fait macérer dans de l'eau froide comme pour obtenir de l'extrait aqueux ; on fdtre, on évapore en consistance de sirop épais. .

Ensuite on traite cet extrait par de l'éther sulfurique, en agitant souvent , dans un matras^ On décante la liqueur éthérée, qu'on distille pour en séparer l'éther. On réitère l'action de l'éther tant qu'on obtient des cristaux de narcotine de cet extrait Lorsque l'éther n'a plus d'action sur lui , on évaporé cette solution d'opium , et l'extrait est préparé. ■/

Le même éther pouvant servir plusieurs fois pour cette opération, elle n'est pas si dispendieuse qu'on peut le croire.

Cet extrait privé de narcotine, ne contenant plus que de la morphine, est beaucoup plus doux, plus calmant sans produire les mêmes dangers de spasme et d'excitation, que les extraits contenant de' la narcotine, ou sel de Derosne, selon M. Magendie : cependant M. Orfila le trouve plus excitant sur les animaux.

l a narcotine a paru à M. Magendie excitante, étant unie à l'acide acétique, tandis que la morphine calme; mais étant pure, la narcotine est un poison très-dangereux.

Le premier emploi de l'éther pour séparer de Tbpiam les principes narcotiques les plus nuisibles, a été fait par le professeur Alphonse Leroy en 1812.

Morphine tirée de l'opium, selon la méûwde de M. Robiquet.

y Opium purifié, coupé menu. . . . 600 gramm. 3 iij. 3 j<

Faites macérer pendant cinq jours

dans eau. a kilogr. ftiv.

Passez par un blanchet : ajoutez à la

colature : magnésie pure ( exempte

d'acide carbonique ). . . . . . 3o gramm. 3 vij 6.

Faites bouillir pendant dix minutes. 11 se dépose un sédi-

EXTRAITS D'OPIUM. 3n

ment granuleux, cendré, abondant. Jetez sur un filtre, afin de recueillir dessus tout le sédiment. Ce d&pôt sera lavé à l'eau froide, jusqu'à ce qu'elle en sorte claire, et on le sèche ensuite. Puis ce sédiment sera placé en digestion à une douce chaleur, dans suffisante quantité d'alcool à 2a0, pour que cehii-ci enlève bien la couleur du sédiment. On passe et on jetfe de nouvel alcool sur ce dépôt, jusqu'à ce que la liqueur n'en puisse plus rien extraire; on fait digérer enfin le même dépôt dans de ralcoolrectifîéà32° et bouillant. Ce liquide passé dépose, en se refroidissant, des cristaux de morphine un peu colorés encore; mais on peut successivement les débarrasser par l'action de nouvel alcool, qui déposera successivement à chaque fois, de moins en moins, des cristaux de morphine. C'est surtout à l'aide d'alcool très-rectifié à 36° et bouillant, qu'on obtiendra les cristaux de morphine les plus purs.

Sertuerner, qui a isolé le premier la morphine, la retirait de la solution aqueuse d'opium, à l'aide d'ammoniaque liquide

eméconique: celui-ci cède sa base par 1 annuoniaqug et la magnésie. Voyez page 5a.

La morphine, peu soluble à l'eau, se donne djs$oute, ^oif dans un acide, soit dans un corps gras, à la dose de dcjiUTgrain ou d'un grain : ce serait un poison à plus haute dose.j]yï. .,V«iuj quelin revendique, en faveur de M. Séguin, la découverte* de la morphine. . >vni';

Acétate ou sulfate de morphine.

On peut dissoudre la morphine dans l'acide acétique; c'est un sel qui donne des cristaux confus. Le sulfate de morphine a des cristaux ramifiés. On combine directement l'acide acétique ou sulfurique, avec de la morphine, dans une capsule de verre, puis on fait évaporer lentement. Ces sels sont d'un meilleur emploi que la morphine seule. Voyez aux Sirops.

iîextrait d'opium de Langelot est fermenté avec le suc de coings (une pinte ou litre de suc par 10 gros, ou 4<> grammes d'opium brut). On y dissout l'opium à une douce chaleur; on laisse fermenter le tout pendant un mois; on filtre et on évapore ensuite le liquide en extrait. Ses propriétés ressemblent à celles du laudanum du Codex, et sa dose est la même ( Voyez YOjnum de Rousseau ).

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