‹ Traité de pharmacie théorique et pratique, contenant les élémens, l'analyse et les formules de tous les médicamensChapitre 5 sur 142 · L'ART DE LA · texte numérisé non relu

L'ART DE LA

JLout art, toute science, s'égarent s'ils marchent sans règles et sans principes; il faut donc s'attacher à ceux-ci lorsqu'on désire ae parcourir avec fruit quelque carrière que ce soit dans la vie. Quoique les diverses conditions humaines semblent être, au premier coup-d'œil, très-inégalement partagées, soit en biens de fortune, soit en pouvoir, soit en éclat de renommée , chaque état a ses plaisirs et ses avantages, comme ses peines, qui égalent à peu peu près tout dans le monde. Combien de laboureurs ont été réellement plus fortunés que des rois! Car, aux yeux du vrai sage, qui ne se laisse point séduire par de vaines apparences, combien un ingénieux et habile artisan est supérieur, dans sa modeste existence, à ces puissans de la terre qui n'ont d'autre mérite qu'une fastueuse opulence dont ils abusent, et qui les fait croupir dans une honteuse nullité! Que le peuple se crée des idoles et les traîne ensuite dans la fange ; c'est le sort éternel des grandeurs qui ne sont pas assurées sur la base de l'estime et du vrai mérite. Mais ces arts salutaires, qu'un poète a crus muets et sans gloire (0, ont pourtant traversé les siècles; et, dans des âges plus heureux, des héros et des rois se faisaieqt honneur de les exercer. En effet, si la véritable gloire .consiste à faire du bien aux hommes* quelle profession mérite plus de considération et de justes louanges que celle qui soulage nos peines et qui fournit des remèdes à nos maux?

Le vrai pharmacien honore son art, et il en est honoré ; il en connaît les principes et les suit. Science , ordre , exactitude, telles sont les maximes fondamentales de toute sa conduite. Nous comprenons sous le nom de science, non-seulement tout ce qu'il doit connaître néces-

(0 Et nwtas agilare inçfatiits tfrfcx «Virc

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sairement, la physique générale, la chimie, l'histoire naturelle des médicamens tirés de tous les règnes, comme la minéralogie , la botanique , la zoologie ; mais encore Part de mêler, de composer industrieusement ces médicamens, ou plutôt la science de leurs principes constitutifs, et les moyens de les administrer convenablement. Nous entendons aussi, par exactitude, cette probité scrupuleuse qui ne se permet aucun changement de quantité, aucune substitution de matières; ce soin religieux dans les préparations, qui donne des produits toujours réguliers et uniformes. Cette maxime est comme Fâme de la confiance et de la bonne foi, non moins nécessaires dans le commerce que dans la pratique médicale. C'est encore par Yordre ■ que se conservent toutes choses : sans l'ordre, tous les genres d'erreurs sont possibles; tous les médicamens, mêlés, confondus, n'offrent que des résultats infidèles ou dangereux ; tout se corrompt ou se dégrade et ne présage que malheur et que ruine. Enfin la propreté est le plus puissant moyen de déterminer la préférence en sa faveur; elle fait supposer les autres qualités. Quoi de plus révoltant que d'ajouter à ce que les drogues ont déjà ae repoussant , le dégoût de la malpropreté? Mais, au contraire, lorsqu'on

{>rend toutes les précautions pour épargner à l'être souffrant es idées de déboire; lorsque la netteté, le soin, l'ornement, tournent l'imagination sur des objets agréables, quoi de plus propre à nous concilier le plus d'avantages? Et ce moyen est encore le seul qui prévienne une foule de détériorations dans les médicamens, lesquelles n'ont souvent pour cause que le défaut de soin et de surveillance.

Qui ne possède aucune de ces trois grandes qualités que nous exigeons ici , ne doit point songer à devenir un bon pharmacien , un chimiste expérimenté et honoré ; il traînera son existence ignoble et méprisée : confondu dans la foule obscure des manœuvres, sans industrie, sans mérite , il sera tout au plus un marchand de drogues ignorant, ou peut-être un de ces charlatans subalternes et impudens, un de ces fléaux publics qui, spéculant sur la crédulité du peuple, vivent, comme les misérables, de fraudes et de turpitudes; l'opprobre de son état et la risée des honnêtes gens.

Combien le portrait du vrai pharmacien est différent! Il est l'homme estimable et instruit qui tient son rang dans

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là société ; il est le savant que Ton consulte le plus souvent, je ne parle point pour la santé seulement, mais pour toutes les opérations de la vie ordinaire ; lui seul peut répandre de vraies lumières sur la salubrité publique. S'il y a un vin frelaté , une eau malsaine , un air méphitique , un aliment dangereux , à qui peut-on mieux s'adresser qu'au pharmacien-chimiste pour y remédier? Un minéral contient-il des substances métalliques ou des sels qu'on puisse exploiter? telle plante est-elle utile pour aliment, pour teinture, pour médicament, pour les arts, etc.? comment extraire de tel fruit ou de telle racine du sucre ou une fécule nourrissante? comment neutraliser tel poison, analyser telle liqueur? qui se connaît mieux dans les arts ou la technologie que le pharmacien vraiment digne de ce titre? Nous croyons que plus il approfondira les sciences, plus il méritera de confiance et d'honneur de la part de ses concitoyens. Nous avons donc dû ne rien négliger dans cet ouvrage pour atteindre ce but. Le pharmacien doit pouvoir répondre sur tout ce qui concerne son art et sur les connaissances qui y sont accessoires ; il doit se montrer au moins l'égal des hommes les plus distingués dans la société par leurs lumières et leur habileté. Sans les recherches des premiers chimistes , qui n'étaient rien autre que des pharmaciens, la métallurgie et tous les instrumens qu'elle fournit à l'industrie , auraient laissé les sociétés humaines dans une longue enfance; enfin l'une de ces découvertes qui changent la face de l'univers, celle de la poudre à canon , n'est-elle pas sortie du laboratoire de pharmacie et d'alchimie du moine Berthold Schwartz ou de Roger Bacon ? Quels arts, quelles autres découvertes la pharmacie n'at-elle pas enfantés ! Sans elle l'agriculture seule eût peu perfectionné et agrandi la botanique , et sans elle il n'y aurait pas de chimie, cette science aujourd'hui si belle, si utile et si profonde. La pharmacie a droit de revendiquer ces connaissances et beaucoup d'autres dont elle a été la mère.

Sans doute , si nous pouvions exposer ici les immenses services que la chimie et la pharmacie ont rendus à la civilisation, nous ferions retentir des acclamations de reconnaissance du sein de ces ateliers, de ces manufactures élevées de toutes parts, depuis les entrailles du globe, visitées, la lampe de Davy à la main , par les mineurs, jusque dans les hauteurs de l'atmosphère , où s'élancent plus loin

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ue l'aigle de hardis aéronautes, sur les ailes du gaz hyrogène.

Eh! qu'importent aujourd'hui les insultes de quelques détracteurs contre tous ces arts ennoblis par de si glorieux travaux , par tant d'étonnantes découvertes? Lorsqu'il s'agissait de la défense de la France contre les nations conjurées, ce furent des pharmaciens, des chimistes qui créèrent d'inépuisables ressources en salpêtre, en bronze , pour conquérir notre indépendance, pour faire refleurir notre an«~ tique valeur, et pour assurer tant d'éclatans triomphes qui ont excité la jalousie même de l'Europe.

Non, Molière , n'en déplaise à votre ail inimitable, vous n'eussiez plus rencontré d'ignorans apothicaires ; le chimiste, agrandissant son existence, s'élevait alors à la dignité du guerrier vainqueur, et la même renommée proclamait, du .haut des pyramides égyptiennes, les noms des héros avec ceux des savans, également immortels. Ce n'est pas une faible science que celle qui apprend à lancer la îbudre, et à secouerles rochers mêmes du globe terrestre ; et cependant il est telle opération délicate de laboratoire mille lois plus industrieuse, plus importante pour nous dévoiler les merveilleux secrets de la nature ou les profondes combinaisons des lois par lesquelles notre frêle existence est détruite ou conservée.

Ces faits, ces expériences chimiques, sont devenus aujourd'hui le riche patrimoine de l'espèce humaine j ils ont élevé les arts et les sciences modernes à un degré de splendeur et d'industrie inouïs de toute l'antiquité. C'est par cette route que les nations s'élancent dans la brillante carrière de la' civilisation, et laissent loin d'elles les siècles obscurs de férocité sauvage des anciens temps. Le moindre citoyen de Paris ou de Londres est mieux vêtu, mieux logé, que les Dagobert, les Ethelrède ou les anciens rois de France et d'Angleterre; le moindre élève en chimie est plus éclairé que les illustres philosophes de la Grèce antique. Un seul Européen instruit est plus puissant avec ses arts et ses inventions que ces niilliers d'imbéciles esclaves courbés en Asie sous le sceptre des Sultans. C'est par là que l'Europe est devenue maintenant reine et dominatrice de l'univers, qu'elle a su se rendre partout tributaire.

Que l'ignorance vante donc les avantages de la stupidité et d'une ignoble paresse; désormais il n'est plus ^'existence

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honorable et glorieuse sans l'emploi des sciences physiques et chimiques , à moins de redescendre dans les abîmes de La barbarie et l'éternelle .enfance de l'esprit humain , pour son asservissement et sa ruine».

Si nous recherchons l'origine de l'art ohimique et pharmaceutique, il faudra confesser qu'il remonte, comme la médecine, à l'antique berceau du monde. Le premier homme qui fut malade ou blessé dut être son médecin, son chirurgien et son pharmacien. Ces trois professions furent long-temps réunies dans la même personne qui s'adonnait à l'art de guérir ; non qu'un homme d'alors en valut trois d'aujourd'hui, mais parce qu'à peine la science était au tiers de ce qu'elle est devenue depuis. Les Egyptiens (0, les Indiens (2), nés sur une terre féconde en remèdes, paraissent avoir les premiers reçu l'art de préparer quelques médicamens, soit d'Hermès trismégiste, soit des mages et des enchanteurs (3) : aussi les historiens ont dit que les peuples de l'JEgypte étaient tous médecins, et qu'ils abusaient des remèdes.

Cet empirisme passa d'abord dans la Grèce ; les femmes même l'exerçaient, et la poésie nous a raconté les sorcelleries de Médée et de Circe (4). Dans ces âges antiques, les demi-dieux Esculape et Hercule, ou les héros, tels que Achille, Podalyre, Machaon, Mélampe, Chiron, Pœon, s'honoraient de guérir les maux des hommes, et de préparer eux-mêmes les remèdes. Parmi les Grecs devenus savans et polis, Hippocrate portait encore des médicamens avec lui lorsqu'il était appelé pour la guérison de Démocrite. Les plus illustres philosophes se livraient à la mé%decine pharmaceutique ; Aristote en faisait même profession dans sa jeunesse. Théophraste, son disciple, fut le père

" ■ 1 ■ 1 f ■ ■ 1 1 1 1 1 1 ■ 1 ■ , 1 , n 1 ■ h » . 1 1 1 — ' h i 1 (0 Plin. , Hisl. mU., h XIII; Clément d'Alexandrie, Stronu , 1 II; Hérodote , Hist.x 1. II. L'art d'embaumer les corps est né parmi eux. Isin npud Mgyptios multa sanilati hominum pharmaca invertisse , sEgypti traduul , utpotè quœ scientiœ medicœ fucrit peritissima , adeoque multa solerter excogitasse. Diodor. Sicul. BibL, 1.1, part. 1. ( Isis est la lune. )

W Aussi les Chaldéens, les Assyriens, selon Hérodote, 1. 1; Strabon, Géogr., I. XVI.

(3) Sortes de sorciers et de jongleurs, comme il s'en voit encore chez les peuplades sauvages d'Amérique, d'Asie et d'Afrique.

(4) Voyez aussi la Pluirmaceutria de Thcocrite , et Virgile , Eclog. 8. r ..... .

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de la botanique, et traita de quelques compositions médicamenteuses.

Chez les vieux Romains , la pharmacie resta d'abord aussi bornée que la médecine ; le chou fut , pendant six siècles , presque le seul médicament dont ils firent usage (0 , et que Caton l'ancien recommanda. Cependant, dès que les Romains pénétrèrent dans l'Asie, la matière médicale s'augmenta. Les livres de recettes que le grand Mithridate avait recueillis, les antidotes que ce roi-médecin avait composés, furent apportés à Rome par Pompée. Aussi, dès le premier siècle de notre ère, on trouve le roi Agrippa, auteur d'un onguent qui porte son nom; Moschion, le philosophe Philon, inventeurs de divers électuairesj et surtout Andromachus et Nicander, qui, du temps de Néron , composèrent la thériaque. A cette époque parut Dioscoride , qu on peut regarder comme le fondateur de la matière médicale. Au deuxième siècle vécut Galien , qui donna le premier des formules précises pour ]a pharmacie , appelée galénique de son nom. 11 avait une officine de pharmacie à Rome, dans la voie Sacrée, comme il l'annonce lui-même; car ce médecin illustre ne dédaignait pas d'exercer de ses mains ce bel art. Ensuite Aétius, au cinquième siècle sous Constantin et Théodose , remplit ses ouvrages de la polvpharmacie des Egyptiens. 11 fut suivi, au septième siècle, par Paul d'Égine, au temps de Constantin Pogonate, ou le Barbu. Vers cette époque, un Étienne, d'Athènes, publia quelques essais de préparations chimiques. Telle fut la première période de la pharmacie. Des médicamens , d'abord simples, sont compliqués ensuite avec plus de profusion que de choix et de connaissances ; on s'imaginait qu'en mettant presque de tout dans un électuaire il guérirait aussi de tout; comme si tant de propriétés contraires ne réagissaient pas souvent entre elles, et ne neutralisaient pas ainsi mutuellement leurs efforts !

La seconde période, qui commence vers le huitième siècle et au temps de l'élévation des Arabes, est l'époque véritable de la polypharmacie, et pourtant celle où l'on

(0 Plin., Hist. nat. , 1. XXV III, ch. i.

(3) Dès fan 5oo de l'ère vulgaire, les pharmacien* commencèrent à préparer les médicamens , et à séparer leur art de celui du médecin. / oy. Joan. Jacob Manardi (medici ferrarienns) , larpoAoyéa imçTohxr, , jfVc cuira fnedica. Hanov. , 161 1 , fol.

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vit poindre les premiers rayons de la chimie. L'Arabe Geber paraît être le premier qui enseigna l'art de distiller. Les mots alambic , alcool, fulep, sirop, alcali, etc., sont dus à la langue arabe. Vers le neuvième siècle , Jean Mesué , qu'on a nommé l'Évangéliste des pharmaciens, et Jean Sérapion, le meilleur pharmacologiste de ce temps, ont donné à fart la forme qui lui convenait , parce qu'il commençait à se séparer en une branche particulière de la médecine. Rliasis, au dixième siècle, et Avicenne, au onzième, tous deux persans, enrichirent la matière médicale des médicamens de l'Inde, et surtout d' aromates précieux. Abenbitar, Averrhoès de Cordoue, Abenguefit, Alchindi, dans le douzième siècle , publièrent divers écrits sur les médicamens et leurs préparations. Par eux, tous les remèdes de l'Orient ont été transportés dès lors en Europe ; et tel est l'empire de l'opinion, que, depuis le temps des croisades, on n'a point cessé den faire usage, préférablement à ceux de nos propres contrées qui pourraient les égaler.

Malgré la barbarie du moyen âge , la pharmacie, comme la médecine, obtint plusieurs privilèges et de grands avantages, parce que l'amour de la vie est le dernier sentiment qui abandonne le cœur de l'homme , même le plus sauvage. Myrepsus, J.-B. Sylvaticus, Arnauld de Villeneuve, à qui l'on rapporte la découverte de l'eau-de-vie ; Raymond Lulle, qui fit le premier de l'eau-forte; Cuba, Platéarius, Hermolaûs Barbarus, au treizième siècle, transportèrent chez nous les connaissances des Arabes, mais les étendirent peu. Une foule de commentateurs expliquèrent ensuite les écrits des anciens, sans perfectionner la science.

Elle serait restée stationnaire , comme parmi les Chinois, sans l'alchimie, dont les semences avaient germé pendant cette époque de superstition et de ténèbres. C'est vers la fin du quinzième siècle que toutes les sciences et tous les arts éprouvèrent une commotion générale. L'imprimerie multipliant leurs lumières, la découverte du Nouveau- Monde et le passage du cap de Bonne-Espérance ouvrirent à l'histoire naturelle médicale, en quelque manière, les portes des deux Mondes. Les esprits , vivement frappés de tant de merveilles, tentèrent des efforts inouïs : on tourmenta la nature par de nouvelles expériences. Les philosophes par le Jeu ne parvinrent point à faire de l'or,- mais

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du milieu de leurs bizarres tentatives il jaillit de nouvelles découvertes auxquelles ils ne s'attendaient pas* La liste des pharmacoloeis,tes de cette épooue,est nombreuse depuis Matiùole, Fuschs, Clusius, Ruelle, Gesoer, Do douée, Lonicer, Daléchamp, Cordus, Mouardès, Jacques Sylvius de JUîboë, etc., jusqu'à ceux du dis-septième et du dix-huitième siècle. • ;i.

C'est en effet dans ces deux fijècles que la pharmacie acquit ses plus grands développemens. Auparavant on faisait des mélanges hasardés et téméraires ; on entassait drogues sur drogues. Mais bientôt les vapeurs de l'alchimie s'étant dissipées , laissèrent luire l'aurore de la vraie science chimique ; ou connut un peu mieux ce qu'on fai^ sait Après 4es essais imparfaits de Lefebvre , Béguin , Bauderon, Jacques; Lemort, parurent, en France, Lémery , Boulduc, Charas , Geoffroy, Homberg ; en Allemagne , Otto Tachenius , Kerkriug , Rhuland 9 Maurice Hoffmann , Schrœder , Glauber, Juncker, Glaser , Kunckel, Wedelius, Dippel , et surtout l'illustre Stahl, le savant Boerhaaye , qui portèrent le plus grand jour dans la pharf macie chimique , et mirent en usage beaucoup de nouvelles et meilleures préparations, Les autres parties de l'art ne furent pas moins bien étudiées. Chesneau et Nonnius examinaient la nature de nos alimeus ; Pomet , Chomel, Manget, Simon, PauU , Paul Hermann, J. Burmann , Jacques Petiver, Valisneri, Breyn, Seba, Dale et une foule d'autres, enrichissaient l'histoire naturelle et la matière médicale. C'est alors qu'on vit paraître plusieurs excellentes pharmacopées , des dispensaires , des Codex , à Wittembcrg, à Lpndres, à Edimbourg, à Vienne, à Strasbourg , à Augsbourg, à Madrid , à Paris , etc.

Il faut l'avouer , la pharmacie et la chimie paraissent avoir été bien mieux cultivées, avoir reçu d'abord plus de lumières dans les pays du nord de l'Allemagne, surtout dans les parties protestantes , que dans l'Europe méridionale ; car la plupart des pharmaciens y sont encore fort instruits , soit parce que les autres sciences physiques y sont aussi très-*répandues , soit que les travaux des mines y multiplient les connaissances en minéralogie, en docimasie , soit parce que les confréries des Rose-Croix et les alchimistes ont long-temps pullulé daus ces contrées. La révolution que l'illustre Linné fit dans l'histoire na-

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ttffefle établit la matière médicale snr ses vraies bases; car on connaît aujourd'hui l'origine de presque toutes les substances employées dans la médecine ; et une observant précieuse (FA. L. Jussien confirme cette vérité, déjà entrevue , qme les végétaux du même genre cl de la même faraifte possèdent à peu près les mêmes propriétés médicales M. Les ouvrages de Linné , de Mtrrray, de Bcrgius , et de quelques autres , laissent peu de lacunes à remplir sur ces objets. La chimie pharmaceutique , cultivée avec cette nouvel!* ardeur qu'excitent toujours les découvertes, prenait, entreles mains de MargrafT, de Pott , de Lewis, de Carfheuser , de Neumann, de Mode! , de Spiclmann , de Roaelle, de Baumé, de Bayen, de Demaehy, de Bucquet, de Charles Pelletier, de Fàrmentier , de Cl. Cadet, et surtout des célèbres Macquer, Bergman n et Schéele, les plus brillans accroissemens.

Bientôt on vit s'élever la chimie pneumatique, qui , renversant les bases anciennes de la science , s'établit sur de nouvelles expériences. Dès* ce moment , la pharmacie trcut des changemens importans ; elle ratbeaucoup sim-

1»nnée.Les opérations auxquelles on* n'arrivait que par unie mgue suite de détours, mieux: conmtes, mieux raisoa- Jtees, devinrent plus faciles. L'inutilité d'une foule de. complications médicamenteuses étant détnoutrée , on les ré-» doisit beaucoup , et trop peut-être d'abord -9 car telle substance' dbnt ractfetf chimique n'esté point prouvée , peut bien produire cejtendant dès efiete considérables dans U corps, quoique la raison en soft dînîcilb à connaître. Tout eequi semble inerte à- nos" sens' ou dans un vase, ne Test pas pour cela* sur lies- membranes sensibles de l'estomac ou* de* autres organes. 1 " •*• ' • \- 1 ' <i ; !

Dans^ cette période , nous, devons citer âvèë'hônneuf lès noms de Klaproth , dè^éstrnitffr, def Wlegléfy de Buchoï^ deTtonimsderfF, de Braride , de Prdust -, de Dey eux, de Yraquefin, et deplusreurs autres qneTefcvie dlb-méme, qui s'attache à tout ce qui' est voisin de nous , rie saurait méconnaître. Les plus illustres chtnnstfcsde nos jours iiW pas dédaigné de1 rendre d'éminens sërVices a Fart pliarma-

(0 Voyez le développement de cette importante vérité, dans Y Essai sur les propriétés médicales des Plantes , par A. P. de Candollej Paris , i8i(5, in-8<% seconde edit.

xviii . DISCOURS

cent if] uc , de s'associer même à ses travaux. Tout lui présage d'heureuses destinées , si l'aveugle empirisme , si le charlatanisme effronté , sont toujours écartés avec soin des officines; si les pharmaciens, jaloux de s'instruire et d'honorer leur état, ne se bornent pas au simple rôle de mani-

Eulateurs et de marchands ; et si , mettant le mérite avant i fortune, ils sont toujours, suivant leur institution primitive , une des classes les plus éclairées et les plus estimables de la société.

Parmi les sa vans qui ont concouru à l'illustra lion de la pharmacie moderne, comme de la chimie , nous devrions citer avec reconnaissance les hommes éminens en savoir , soit les membres de l'Académie royale de médecine, soit tous les autres qui ont publié ces nombreux travaux re^ cueillis dans les Annales de chimie , le Bulletin et le Journal de pharmacie ; nous nous plairions à louer davantage les auteurs de ces importantes archives de nos connaissances , si nous étions moins lies d'amitié avec eux. Mais nous n'avons pas dû les frustrer de la juste part d'éloges qui leur est méritée , lorsque nous profitons , avec reconnaissance , de leurs immenses et laborieuses recherches , dans cet ouvrage. Les rédacteurs du nouveau Codex médicament arias ont également droit à de justes louanges , pour les améliorations qu'ils ont apportées dans plusieurs préparations pharmaceutiques.

Indépendamment des hommes célèbres que nous venons de nommer , nous voyons aujourd'hui une foule de pharmaciens recommandables , que je ne puis pas tous citer ici. Plusieurs des plus habiles chimistes se sont formés à leur école; et dans tout autre pays, leur instruction les placerait dans les premiers rangs. Je me plais à le reconnaître d'autant plus , que , n'ayant aucune liaison particulière qui puisse influer sur mon jugement, je leur rends un témoignage désintéressé et sincère. Mais on ne saurait nier aussi qu'il n'en existe d'autres, surtout dans les lieux éloignés des grandes villes, qui croupissent dans une honteuse ignorance , et qui, multipliés hors de toute proportion, dégradent l'art pour subsister; ils mériteraient d être repoussés du corps honorable où ils se sont introduits : vice commun , du reste , à tous Tés états et à toutes les conditions.

SUR L'ART DE LA PHARMACIE

T^ues sur le perfectionnement de l'art pharmaceutique.

Cet art , non plus que beaucoup d'autres, n'est point parvenu à son dernier période de perfection. Pendant ces derniers temps , il a suivi , quelquefois devancé , et souvent éclairé la marche et les progrès de la chimie , surtout dans le règne minéral ; mais nous sommes obligé de confesser qu'à plusieurs égards il est demeuré stationnaire.

Bien des fois on s'est plaint de cette foule de compositions galéniques, dont le vain fatras et l'échafaudage semblent plutôt encombrer et surcharger l'art, que servir utilement l'humanité. On a cru qu'il suffisait d'émonder ce grand étalage de drogues et ces longues formules pour

Serfectionner la science. Il est sans doute facile de simplier et de détruire ; on peut porter la cognée même à la racine, et réformer, par une entière suppression, presque tous les électuaires composés , les confections , les emplâtres, onguens, etc., etc. , et ne se servir que de drogues simples. H est même beaucoup plus facile de rejeter entièrement une composition , que d'en réformer plusieurs ingrédiens. De même que dans les anciens bâtimens ruineux,

Eour peu qu'on enlève quelque partie qui ne sert plus , tout î reste de l'édifice menace de s'écrouler; de même, si vous supprimez quelques drogues à la thériaque et à d'autres compositions semblables, vous détruisez non-seulement la confiance dans cet ancien électuaire, mais encore les autres ingrédiens s'y trouveront proportionnellement plus considérables ou plus voisins, et agiront différemment sur l'économie animale , comme on en a l'expérience. De plus , telle substance que vous supprimez comme inerte et qui l'est en effet , peut servir à tempérer des médica mens trop énergiques, à s'interposer dans leurs molécules; elle peut agir chimiquement dans l'agrégé, et produire des effets encore inobservés. C'est pourquoi la plupart des grandes réformes tant de fois proposées, n'ont point prévalu , quoique plusieurs soient évidemment utiles. Nous en avons adopté plusieurs , mais en indiquant les matières sur lesquelles elles portent , afin que le praticien les connaisse. Les médecins anciens qui ont imaginé ces compositions , étaient trop peu familiarisés avec les connaissances physiques et chimiques, et souvent trop livrés à un aveugle empirisme, poqr ne pas entasser , dans leurs bizarres formules, des

xx DISCOURS

mélanges extravagans ; mais l'essai de ces mélanges étant lait, leurs propriétés étant déterminées, si on les change, même en bien , on forme nn nouveau médicament dont les qualités différent quelquefois beaucoup des précédentes.

En général, l'analyse des végétaux et des animaux est encore peu avancée, la réaction de leurs principes immédiats les uns sur les autres, encore trop faiblement étudiée, pour qu'on puisée bien connaître ce qui se passe' dans un mélange de plusieurs drogues de propriétés diverses. Pourquoi la racine fraîche aé raifort peut - elle colorer en bleu la gayacine , comme les acides nitreux et sulfureux ? Comment la décoction de grainë de chenevis neutrali sct-elle l'effet empoisonnant des baies de laurier -amandier (prunus lauto-cerasxts) selon Bulliard? ou le vin amer, Faction du suc de ciguë, d'après Buchan? ou le suc de pourpier fait-il cesser Fagaceinent des dents?' ou le suc de en ou dïssipe-t-il Pivresfcë, etc.? On ignore souvent quels principes se neutralisent, (Jùels s'exaltent, quels se transforment ,• et jusqu'à' ce que le . progrès des connaissances chimiques et naturelles ait dévoilé la nature des différeHs corps organisés sdf l^quels on agitas réformes seront prématurées;. Fï est uh tëmp's de maturité pour chaque art , comme pour les productions des fleurs et des fruits. Les élénaens pfus simples des substances minérales ont permis de pénétrer plus tftt àu plus facilement dans leur étude : aussi, la chimie rilinéraliè a sirbi lé&\ clian^ëmens les plus salutaires. Maig il y à beaucoup de probabilité que ceux delà chimie végétale et animâlë seront plus difficiles, à cause de l'extrême complication des principes qtri constituent les! corps organisés ; il faut de plus q'ùe Fhistoire naturelle vienne au secours && fatt chimique. Toutefois l'analyse chimique d^s végétaux vierit de faire des progrès remarquablfes par la découverte de plusieurs aleara organiques, et rFaiitrès principes a^aloigtiè's. Éfe nouveaux roédicameils chimiques ont été introduits dan£ l'aTl de gne"rir, et if West! pas permis au* pliaWriaci^ns' rftti ignore* ' Ta préparation: V "

Le pharmacien qui n'est que niartflahd, sé contente de faire ce crji'dn demande , a^cTiM^ràtiittfé-'sës maîtres et les anfeïens ,• et peut-être que îés simplifications dé sôh art lui font peur, ou doivent en dirnimier et l'importance et le produit. Mais aujourd'hui, l'art exige plus d'instrïtc-

SUR L'ART DE LA PHARMACIE

tion et d'habileté pour l'exercer, et la quantité des prescriptions remplace leur complication.

Des études propres au pharmacien.

Lorsqu'un jeune élève se destine à l'exercice de Fart pharmaceutique , il lui est indispensable d'avoir reçu une éducation libérale, de connaître la langue latine, et même la langue grecque , d'avoir des notions plus ou moins étendues de physique, de géographie et des mathématiques.

Il a besom d'un jugement sain, d'une logique sure, d'un caractère exact , avec plus ou moins de sagacité pour observer , avec un grand fonds d'amour pour le travail et l'instruction ; car dans cet état . comme en tout autre , il n'y a point de limites à la perfection, et, de même qu'en chaque genre de savoir, l'honneur est toujours réservé aux plus habiles.

On se plaint , avec raison peut-être , qu'on ait initié le vulgaire peu instruit dans l'art pharmaceutique, en publiant des écrits en langue française sur ce sujet; mais si l'on doit en jeter la faute sur quelqu'un, ne serait-ce pas sur les premiers qui en ont contracté l'habitude, ou qui, n'entendant qu'imparfaitement les Codex , les dispensaires latins, ont senti le besoin, pour éviter des erreurs et les dangers qu'elles entraînent, qu'on s'expliquât dans un langage plus clair? Les études des langues anciennes s'étaient beaucoup affaiblies en France dans le dernier siècle. Ceux même qui déplorent le plus cet abandon du latin, usent de leur langue maternelle également et n'ignorent pas que l'art a beaucoup gagné depuis qu'on s'en occupe davantage, à cause de cette facilité de l'étudier. Au reste, des ouvrages en français sur la pharmacie ne dispensent nullement le pharmacien de la connaissance du latin, langue nécessaire pour apprendre la botanique, et dans laquelle sont écrits de savans ouvrages, dans laquelle enfin les médecins les plus instruits écrivent leurs prescriptions. Quant au grec , il seroit honteux au pharmacien de ne pas connaître l'étymoiogie même de son titre, et d'une foule de substances qu'il emploie à chaque instant. Il n'est pas besoin de montrer la nécessité de la physique

{>our le pharmacien; la plus simple opération, celle d'alumer du feu , la lui fait sentir. La manière d'exciter l'inflammation, de diriger la chaleur, et d'en obtenir le plus i. h

xxii DISCOURS

avec le moins de combustible , Fart d'appliquer convenablement ce calorique, sont des objets qui intéressent le

1)harmacien sous tous les rapports, et même sous celui de 'économie. On ne peut pas se livrer d'ailleurs à la chimie sans connaître la physique.

La géographie paraît, au premier coup d'oeil, moins nécessaire ; mais si 1 on fait attention combien il importe de savoir si un médicament vient d'un pays plutôt que de tel autre, on ne sera pas surpris de sa nécessité. Les scammonées de Smyrne et d'Alep sont souvent données l'une pour l'autre par plusieurs pharmaciens qui n'y remarquent presque aucune différence. Il y en a cependant une grande : celle d'Alep contient, d'après l'analyse de MM. Vogel et Bouillon - Lagrange , 0,60 de résine, gomme o,o3, e*tractif 0,02, débris de matières végétales o,35 sur cent; celle de Smyrne, qui est plus dense, ne donne que 0,29 de résine, gomme 0,08, extrait o,o5, débris o,58. Il s'ensuit qu'elles purgent bien différemment , à la même dose , soit par solution aqueuse, soit par l'intermède de l'alcool (0. Les quinquinas diffèrent prodigieusement selon leur pays natal,- les tamarins d'Amérique ne valent pas autant que ceux du Levant ; le castoréum du nord de l'Europe est préférable à celui du Canada; le musc du Tunquin est plus recherché que celui de Tartarie, etc. Nous dirons plus loin les principales causes de ces différences.

Quant aux mathématiques, on ne peut s'en passer pour les poids et quantités , pour les proportions des diverses substances d'un composé. Il faut un peu de géométrie même, pour reconnaître les figures cristallines des sels; et, par exemple, lorsqu'on fait de Fémétique (tartrate de potasse et d'antimoine ) , les cristaux tétraèdres ou octaèdres qu'on obtient sont bien ceux de ce sel , mais ceux qui cristallisent en prismes quadrangulaires , avec les extrémités coupées en biais, ne sont que du surtatrate de potasse qu'il faut séparer, et qui ne s'est pas combiné à l'oxyde d'antimoine.

On voit donc la nécessité de toutes ces connaissances , et il serait superflu de prouver l'utilité des autres qualités que nous demandons à 1 élève.

Après ces instructions préliminaires, il s'agit d'étudier

(>) Cette différence tient à la diversité des plantes qui donnent ces sucs concrets. ( F oyez notre Histoire naturelle des médicament. )

SUR L'ART DE LA PHARMACIE. xxm les diverses substances qui nous environnent, ce qui devient le sujet de l'histoire naturelle proprement dite. L'on ne peut pas contester la nécessité de connaître les médicamens, leur origine et leur substance propre; mais il faut avoir pour cela des notions plus ou moins étendues sur la zoologie , la botanique et la minéralogie : il est même important, pour tout homme au-dessus du commun, de jeter des regards philosophiques sur la planète que nous habitons et sur sa constitution ; rien n'agrandit plus le champ des idées , rien ne nous découvre tant de vérités élevées dans les sciences physiques et même morales, que cette noble étude. Le médecin y verra combien les climats, les saisons, les températures influent sur les maladies; c'est le meilleur commentaire qu'il puisse faire du fameux Traité d'Hippocrate De aëribus, a qui s et locis; le pharmacien chimiste y étudiera toutes les différences que ces mêmes causes apportent aux productions qu'il emploie, qu'il décompose ou compose.

De la Nature et des corps naturels.

Si nous considérons abstractivement l'ensemble de tous les corps, de toutes les propriétés et de tous les principes de l'univers, nous aurons une idée de la matière : c'est un mélange hétérogène des propriétés les plus dissemblables , des élémens les plus ennemis, des objets les plus disparates , des principes de vie et des semences de mort, enfin de toutes les contrariétés de la nature. Il est donc nécessaire de classer et de séparer ce chaos en substances similaires et homogènes entre elles. Ces matières , regardées comme simples, sont les élémens y non pas ces quatre grandes classes de substances aue l'ancienne physique désigna sous les noms de terre , a eau, d'air et de feu; car on a découvert que ces prétendus élémens étaient déjà composés de corps plus simples qui sont peut-être encore un mélange d'élémens plus subtils, sans que nous en puissions trouver le terme extrême.

Les premières de toutes les lois qui semblent inhérentes à la matière, bien qu'elles soient un présent de la nature, sont celles de Y attraction et de la pesanteur. Tantôt, agissant à de grandes distances, elles font circuler les mondes autour du soleil et déterminent l'étendue de leurs ellipses , l'équilibre de leurs sphères; tantôt, circonscrites dans les bornes des affinités chimiques ou des agrégations, la masse des corps entre comme élément, et doit être évaluée dans

xxiv DISCOURS

la somme totale des forces : ainsi ces lois s'étendent généralement dans toute la matière de l'univers.

La seconde loi est celle de la raréfaction , qui contrebalance sans cesse la précédente, en écartant les molécules des corps que l'attraction tend toujours à rapprocher. La chaleur ou le feu est le principe de cette force universellement répandue dans le monde. Peut-être se lie-t-elle^ par des rapports inconnus, aux premières lois de la matière, et devient-elle le germe secret de la vie des corps organisés. Au moins elle semble se confondre avec la lumière, le fluide électrique et le magnétique , qui jouent sans doute un trèsgrand rôle dans l'univers, qui pénètrent la terre, la vivifient, et sont les principaux instrumens des métamorphoses de tous les corps.

Les autres lois générales de la matière sont celles du mouvement. Par la première, chaque corps persévère de lui" même, et par sa propre inertie , dans son état de repos ou de mouvement rectitigne uniforme, à moins que des causes étrangères ne le forcent à changer de direction ou d'état de repos. Dans la seconde loi, tout changement aui arrive dans le mouvement est toujours proportionnel a la force qui le vroduit, et agit dans la direction suivant laquelle cette force opère. Par la troisième loi, la réaction est toujours contraire et égale à l'action, ou, pour s'exprimer avec plus d'exactitude, les actions de deux corps l'un sur Vautre sont mutuellement égales et de directions contraires. Enfin , les propriétés générales de toute matière, outre celles dont nous avons parlé, sont la divisibilité, la porosité, la condensabilité, la corn possibilité et la dilatabilité.

On a divisé 'tous les corps du globe terrestre ( excepté l'air, l'eau, le feu, etc. ) en trois grands règnes, et l'on a dit : les minéraux croissent , les végétaux croissent et vivent, les animaux croissent , vivent et sentent. Cette distinction ne paraît réelle que par rapport à notre manière de voir ; mais , en envisageant la nature sous un point de vue général, nous reconnaîtrons que sa marche est plus grande, et que ces règnes, ces étroites limites dans lesquelles nous la circonscrivons, ne sont que des moyens qu'emploie notre intelligence pour faciliter nos études, comme ces cercles que les astronomes supposent tracés dans les cicux.

La nature est une ; elle n'admet point d'interruption dans la série de ses œuvres ; elle s'avance par gradation , sans

SUR L'ART DE LA PHARMACIE. xxv

saut brusque; tous les êtres se correspondent par une chaîne d'analogies. L'homme tient au règne animal , celui-ci au règne végétal , qui se rattache à son tour aux minéraux.

La distinction la mieux fondée qu'on puisse établir est celle entre les corps organisés vivans, el les substances inor-. ganiques ; ces dernières subsistent par elles seules; chacune de leurs molécules intégrantes est indépendante du tout, se 'suffit à elle-même, et porte dans elle la raison de son existence et la cause de son état. Les modifications qu elle subit lui viennent du dehors, et ses métamorphoses sont amenées par des forces étrangères à son être. Un atome de terre, de fer, de soufre, existe, par sa propre nature, et resterait toujours le même jusqu'à la fin des siècles, si rien d'extérieur ne sollicitait un changement dans ses qualités. L'être brut est fixe; ses forces sont régulières, susceptibles d'être calculées; les lois chimiques et mécaniques suffisent pour expliquer les phénomènes divers qu'il présente. L'invariabilité de ses qualités tient à la nature simple et élémentaire de sa substance ; car plus les êtres sont composés ,

{dus ils éprouvent de modifications , comme il arrive dans es corps organisés où un principe de vie également actif et changeant fait varier sans cesse leur, état (0.

Aussi la nature a-t-elle travaillé dans les corps organisés sur un plan différent de celui de la matière brute, inanimée. Dans les animaux et les végétaux , les molécules de chaque individu ne sont point indépendantes et subsistantes par elles-mêmes, elles ne vivent que par rapport au tout, elles ne sont rien sans l'ensemble , et changent de nature quand on les sépare; elles n'ont qu'une existence corrélative; tout y tient à tout : le corps vivant n'est qu'un assemblage d'harmonie, un cercle où chaque partie s'enchaîne, où les rapports sont réciproques et continuels.

Une autre preuve est que les substances minérales peuvent exister sans les animaux et les végétaux, tandis que ces derniers ne peuvent pas se passer des premières. Ainsi, notre globe subsisterait évidemment, quand même tous les êtres vivans et végétans périraient à sa surface.

Cette considération témoigne que nous ne sommes que les parasites de la terre , et que notre existence tient à un

■ (0 Voyez notre ouvrage : De la Puissance vitale , considérée dans ses fondions physiologiques , etc.y i vol. in-8«j Paris, i8ï3.

xxvi DISCOURS

état susceptible de modifications et de changement. Si notre globe a jamais changé de température et de constitution physique, les êtres vivans qui correspondaient essentiellement à son état primitif, ont dû subir des altérations pro-

êtres organisés sont donc subordonnés au tout, et leur vie est relative à une foule de combinaisons qui leur sont extérieures. C'est principalement la chaleur et le froid , la sèche* resse et l'humidité, l'abondance ou la disette d'alimens, la nature de l'air ou des eaux, etc., qui apportent les plus grandes variations dans l'habitude des corps animés , dans la taille , la couleur, la saveur, l'odeur, la vivacité , l'énergie des espèces ou des individus, animaux ou végétaux : aussi le climat, l'âge, le sexe et plusieurs autres causes moins connues, influent plus ou moins profondément sur les races qui s'y trouvent davantage exposées.

Si nous recherchons la disposition des productions vivantes sur la terre , nous les trouverons, en général , placées en zones parallèles à l'équateur. Quelquefois elles entourent le globe dansleur immense ceinture; c'est ainsi que plusieurs plantes aquatiques de nos climats, telles que Yacorus (ou calamus aromaticus ) , se trouvent aussi en Chine et dans l'Amérique septentrionale sous le même parallèle qu'en Europe. Cependant, l'élévation des montagnes , la disposition des continens , influent beaucoup sur les lieux originaires des productions vivantes. On peut établir en principe, que la même température , toutes choses d'ailleurs égales , est capable de nourrir les mêmes plantes et les mêmes animaux. Aussi , ces êtres vivans suivent moins , dans leurs habitations, la même zone, qu'ils ne cherchent les degrés de température isotherme, comme Ta remarqué Zimmermann (0. Ce sont donc principalement la chaleur et le froid qui déterminent les plus grands changemens dans les corps animés; ainsi l'accroissement, le développement des facultés, sont plus rapides, plus complets, la vie est plus accélérée sous les climats ardens des tropiques, que sous les zones glacées des pôles. C'est par la même raison que les végétaux vivaccs dans les pays chauds , et qui s'y développent beaucoup, comme le palma-christi, le tabac, ne deviennent plus

(0 Zoolog. geogr. Introd. Et aussi M. de Hnmboldt , de Distribuiione geographicd Platitarum ; Paris, 1816 , in*.

SUR L'ART DE LA PHARMACIE. xxvn qu'annuels et assez faibles lorsqu'on les cultive dans nos contrées; pareillement, quelques-unes de nos plantes potagères bisannuelles, transportées sur le sol brûlant de nos colonies, y sont devenues vivaces et ligneuses, et ont perdu, par cette cause, de leur qualité comestible. Au contraire, la pèche, qui devient purgative et trop sapide en Perse, s'est adoucie et n'acquiert qu'un parfum et un goût délicats en Europe sous un ciel plus tempéré. L'on aurait donc tort de croire qu'il suffît d employer, pour l'usage médical, une substance végétale ou animale désignée , sans s'inquiéter du lieu qui l'a fait naître.

L'action que la lumière exerce sur les corps naturels est l'une des principales causes de ces différences. On connaît les effets de Yéùolement des plantes lorsqu'on les fait croître à l'obscurité; elles y deviennent pâles, fades, humides ou molles ; elles s'allongent pour chercher la lumière : elles ne développent, sans elle, ni fleurs ni graines. Elles ne fournissent à la médecine que des sucs mucilagineux, presque insipides, sans odeur, sans saveur, sans couleur : elles ne sont même nullement propres aux préparations pharmaceutiques. On ne fait subir cette dégénération à des herbes alimentaires que pour les rendre plus tendres , leur enlever des saveurs ou des odeurs trop fortes et désagréables, comme à la chicorée, aux cardons, etc. Les animaux souterrains, les individus casaniers, éprouvent une dégénération analogue dans leurs forces et leur constitution. La vive lumière, au contraire, décore les végétaux de couleurs d'autant plus foncées qu'ils y sont plus exposés ; elle imprime aussi plus de densité à leur tissu, plus de concentration et des propriétés plus énergiques à leurs sucs, des odeurs plus intenses : de là vient que les aromates croissent presque tous sous des climats ardens ; et plus l'année est chaude et sèche, plus les plantes fournissent abondamment des huiles essentielles. Les végétaux vénéneux acquièrent aussi beaucoup plus d'activité délétère sous un soleil brûlant; l'opium, la ciguë de nos climats, n'ont pas autant d'énergie que sous un ciel plus méridional. On sait combien la lumière influe sur la maturité des fruits ; que ceux d'Italie ou d'Espagne sont bien plus sucrés , plus suaves que ceux d'Angleterre ou de Suède ; que le raisin ou les figues de Provence sont hors de comparaison avec ceux de Normandie. La chair même des bœufs en Espagne fournit un

xxvm DISCOURS

tiers de plus d'extrait nutritif que celle des bœufs d'Allemagne, selon Senac; mais la chaleur contribue surtout à la sapidité et aux autres propriétés des substances animales et végétales. C'est ainsi que plus la canne à sucre est cultivée dans un pays chaud, plus elle produit un sucre solide et pur. Les baumes, les médicamens précieux et actifs du règne végétal se tirent aussi des pays chauds.

Les lieux froids paraissent favorables, au contraire, à la production des arbres résineux, toujours verts, de la famille des conifères, et aux principes acres des plantes cru- , cifères. Les huiles animales des poissons , la potasse , en viennent encore. Mais ces climats rendent plusieurs végétaux inertes. Linné a même vu en Uplande de jeunes

Sousses d'aconit mangées en salade sans causer le moinre mal.

Il faut observer que tout corps organisé devient plus grand , plus volumineux , plus mou dans les lieux abrités , profonds, humides et chauds; plus grêle, plus dense, plus velu, plus sec dans les terrains arides, éventés, sablonneux. Par exemple, les vents froids sont propres à développer les poils dans les animaux et les plantes ; aussi ces êtres sont plus velus sur les hautes montagnes et sous les climats voisins des pôles , que dans des lieux de nature opposée.

On voit par là pourquoi les plantes des montagnes qu'on cultive dans les jardins, y deviennent glabres, plus procères et plus molles; c'est parce qu'elles vivent dans un terrain plus humide, plus gras, plus abrité, que dans leur sol natal. De là vient aussi que leurs propriétés ont moins d'énergie, parce que leurs parties sont plus humides, leur constitution plus muqueuse. Les plantes des montagnes jouissent, comme les vulnéraires de Suisse, de plusieurs propriétés actives, dues à la sécheresse.

L'abondance de la nourriture augmente donc le volume des êtres organisés, mais non pas leurs propriétés. Cependant la disette ne forme aussi que des avortons qui ne jouissent point de toute la plénitude de leurs facultés.

L'influence des âges est non moins remarquable. Tous les êtres marchent par une progression journalière de l'humidité au dessèchement des organes, ou de la flexibilité à la rigidité, d'un prompt accroissement à la langiieur vitale, etc. On n'extrait point d'une plante jeune, et avant sa floraison, la même nature de sucs qu'après cette époque.

SUR L'ART DE LA PHARMACIE. xxix Par exemple, les palmiers à sagou sont presque épuises de cette fécule, après avoir porté des fruits pendant plusieurs années ; et si Ton entaille leurs tiges trop jeunes, elles fournissent une sève sucrée au lieu de donner de la fécule nutritive. La canne a moins de sucre avant qu'après sa floraison, et si on la cueille trop jeune, on n'obtient que du mucoso-sucré , peu ou point cristallisable : au contraire les chairs des animaux, après la gestation ou le coït, sont coriaces et presque sans sucs.

Pareillement , quelques fruits deviennent meilleurs lorsqu'ils sont produits par d'anciens végétaux : c'est ainsi que la sève, mieux élaborée dans les grands et vieux ceps de vigne que dans de jeunes sarmens , présente des raisins plus sucrés et plus suaves. Il en est de même de plusieurs arbres à fruit, et la greffe semble produire le même effet en filtrant diversement les sucs du végétal. Les vieux arbres portent aussi des fruits plus tôt mûrs, parce que la sève descendante, arrêtée par l'endurcissement des parties, reflue vers les organes de la fructification; et l'on obtient le même effet en empêchant, au moyen de la compression, ou d'une incision annulaire de l écorce, la descente de cette sève.

Les sexes ne sont pas non plus indifférens à la qualité des substances naturelles. Les avantages du sexe masculin se font sentir, par exemple, dans les chairs de plusieurs animaux, tandis que c'est pour d'autres un désavantage qu'on évite par la castration : ainsi la chair des taureaux , verrats, coqs, etc., serait déplaisante sans cette opération. Parmi les végétaux dioïques, les femelles ont la supériorité, en ce qu'elles portent les fruits ou graines, et se multiplient de bouture plus aisément que les mâles , témoins le mûrier à papier, divers peupliers, etc. : elles sont donc, en quelque manière , le centre de l'espèce. Les individus mâles, parmi les animaux, ont des odeurs, des saveurs plus fortes, comme le musc, le castoréum, la civette, etc.; les femelles sont plus humides et plus grasses.

Ce que nous prenons pour un agrément, les fleurs dou- > bles, ne sont que des monstruosités dans le règne végétal, et elles n'ont jamais autant de vertus que les fleurs simples; car cette exubérance de production ne s'opère, dans les roses, par exemple, qu'au détriment des étamines, qu'un excès de nutrition fait développer en pétales : aussi ces

DISCOURS

fleurs sont stériles. Mais celles qui n'ont pas cet excès de sucs et de sève jouissent de propriétés plus actives, et sont

fréférables. De même chez les animaux, la polysaçcie, ou extrême embonpoint, n'a souvent lieu que par suite de l'affaiblissement des facultés génératives.

Considérations sur la matière médicale indigène et

exotique.

Ce n'est pas d'aujourd'hui qu'on se plaint, avec raison, de la préférence que nous accordons aux remèdes étran-

i;ers sur les indigènes. C'est une disposition naturelle de 'esprit humain, toujours porté à plus estimer ce qu'il ne

f>ossède pas, ou ce qui est rare et cher, ce qui attire tous es regards , que ce qu'il possède ou ce qu'il voit croître à ses pieds. Il n'est donc pas étonnant que les étrangers fassent plus de cas de nos productions que nous n'en faisons, car nous avons la même ppinion par rapport aux leurs ; ce qui entretient les liaisons du commerce entre les différens membres de la grande famille du genre humain, mais ce qui les rend tributaires les uns des autres. Les Chinois achètent notre petite sauge, comme nous achetons leur thé; les. Orientaux recherchent notre cumin, notre angélique , notrç valériane des Alpes, tandis q^ue nous leur demandons le séné et la casse. Il ne suffirait, pour déprécier les meilleures choses , que de les multiplier dans notre propre climat, comme il est arrivé à la pomme-de-terre. « On fait à » Liège grande feste des bains de Lucques, et en la Toscane de ceux de Spa, » dit Montaigne :

Quod licet ingratum est ; quod non licet , acriùs urit.

Mais nous ne croyons pas que la nature ait tellement dis^ posé les choses , qu'elle ait mis la fièvre en Europe et le quinquina en Amérique, ou séparé les maux de leurs remèdes. Avant la découverte du Nouveau-Monde > avant l'emploi d'un grand ncfnbre de nouveaux médicamens , il est permis de douter que la mortalité fût plus grande qu'actuellement. Des maladies étaient peut-être plus longues , moins bien traitées , mais certainement les productions de nos climats pouvaient suffire à nos maux. Ce n'est pas qu'on doive rejeter le mieux quand on le trouve ; et , par exemple, le quinquina contient la quinine, la cinchonine, principes fébrifuges , toniques, dont la gentiane , la germandrée manquent -7 mais un injuste dédain nous fait sou-

SUR L'ART DE LA PHARMACIE. xxxi

vent aussi négliger nos propres biens. Les feuilles et les pédoncules du cerisier noir , en infusion , ne cèdent en rien aux qualités du thé , et il ne manque que l'habitude pour y trouver un pareil agrément. Les Chinois regardent le ninsin comme une panacée qu'ils nous vendent au poids de l'or ; mais ce n'est qu'une espèce de chervi , qui ne l'emporte nullement sur le nôtre.

Il est vrai , toutefois , que les contrées ardentes de la terre font croître des végétaux bien plus sapides , plus aromatiques et bien autrement actifs que les nôtres, comme ils font naître des poisons plus violens , des venins plus funestes. Mais il est probable que la nature approprie, dans chaque climat , la nature de ses productions à celle des êtres qui l'habitent. Certainement , lorsqu'elle multiplie les antiscorbutiques , le cochléaria , le cresson , le raifort, dans lés lieux froids et humides où le scorbut est endémique ; lorsqu'elle fait croître le calamus aromaticus , qui est stomachique , dans les lieux marécageux, où Testomac est débilité ; lorsqu'elle fait mûrir les fruits acidulés et rafraîchissans dans les saisons ardentes ; lorsqu'elle couvre de végétaux émolliens et mucilagineux les régions brûlantes et arides de l'Afrique , il paraît bien qu'elle a pris soin des êtres vivans. Les animaux eux-mêmes ne sont point oubliés dans sa sollicitude ; l'instinct naturel indique au chien de se purger en mâchant des gramens qui picotent son estomac , et l'excitent à vomir ; on dit que l'ours sortant , au printemps , de sa tanière , mâche de Y arum pour ranimer ses viscères engourdis ; et s'il est trop gras ou dégoûté , il dévore des fourmis , dont l'acide le réveille. Ce qu'on raconte des belettes, qui mangent de la rhue pour se garantir du venin des serpens qu'elles attaquent ; ou des cerfs et chamois , qui se guérissent des blessures par des plantes vulnéraires, comme le dictame; ou des singes, oui couvrent leurs plaies de baume"ljd'arbres et de feuilles mâchées ; ou de l'ibis , qui s'injecxe dans l'anus des clystères , avec sou long bec j ou de l'hippopotame , qui se saigne en s' ouvrant la peau sur la pointe)|iiguë des roseaux : tout nous annonce qu il existe une médecine naturelle , et qu'en instruisant chaque être de ce qui convient à sa santé, la nature a mis le remède auprès du mal (i).

0) Nous traitons de plusieurs faits curieux sur ce sujet , dans notre

xxm DISCOURS

Les recherches que plusieurs botanistes de nos jour* ont faites sur les végétaux d'Europe ou de France capables de servir avec autant d'utilité que les végétaux exotiques dans les maladies, ont prouvé, depuis plus de quarante ans, que l'on pouvait remplacer avantageusement les remèdes étrangers par les indigènes. Nous en citons une multitude d'exemples dans notre Histoire naturelle des médicamens, etc.

Il est vrai , cependant , que les grandes relations de tous les peuples entre eux , et le nouvel état de société qui est résulté en Europe de cette vaste étendue de commerce dans toutes les parties du monde, ont mêlé le sang , les générations , ont développé le germe de nouvelles maladies inconnues aux anciens , comme la petite-vérole , le rachitisme, le scorbut, la maladie vénérienne, etc. L'usage , dans nos alimens , du sucre , du café , du thé , des eauxde-vie et liqueurs, des aromates et épices des deux mondes, celui du tabac, enfin tous les raffinemens du luxe et de la sensualité, ont bien certainement changé notre constitution, altéré ou modifié l'état originel de nos organes, augmenté parmi nous les affections nerveuses et catarrhales, etc. Nous ne pourrions plus nous en tenir à l'austère simplicité de nos pères. Pour prix de ces nouveautés, nous avons acquis de nouvelles infirmités qui nécessitent , par cette raison , l'emploi de nouveaux remèdes ; nous avons mis à contribution les trois règnes de la nature ; le mercure, l'antimoine, inusités des anciens dans leur médecine , sont devenus nécessaires à la nôtre, et même spécifiques en plusieurs circonstances.

Nous voyons par là de quelle nécessité devient au médecin, au pharmacien, au chimiste, l'étude de l'histoire naturelle ou des propriétés de ses productions. Elle n'est pas seulement utile pour nos maux , mais encore pour la vie sociale, par les avantages qu'eMÉJprocure , les secours qu'elle promet dans toutes les circonstances où l'on peut se trouver, et dans lesévénemens imprévus. Ainsi, lorsque éloigné de tous moyens, il survie^ des accidens funestes à l'homme ou aux animaux , le médecin; le pharmacien naturaliste, trouvent,

Histoire des mœurs et de V instinct des animaux ; 2 vol. ia-8<>

Paris. 1822.

SUR L'ART DE LA PHARMACIE. XXXIII dans les objets qui les environnent , de quoi parer les coups de la maladie , ou du moins de quoi calmer sa violence.

Du Droguier et de l'Étude de l'histoire naturelle.

Le premier oui examina la propriété qu'a le succin frotté d'attirer les pailles ne devinait guère tout ce qu'on trouverait un jour sur l'électricité; qu'on expliquerait par elle la nature de la foudre , qu'on la ferait descendre à son gré sur la terre , et qu'on établirait des paratonnerres pour lui défendre en quelque sorte d'éclater sur nos édifices.

Celui qui s'amusait à poser sur un pivot de petites aiguilles de fer aimantées , se serait-il imaginé qu'il donnait par là le moyen de découvrir un nouveau monde ?

Comment saura-t-on profiter de tout ce que nous offre la nature , si l'on en dédaigne l'étude, et si l'on en ignore les propriétés? C'est à l'bomme qu'il appartient de har-

{>onner la baleine , d'aller recueillir le coton aux Indes , 'or au Chili , le café dans l'Arabie ; de naturaliser en son pays le maïs, la pomme-de-terre , la poule d'Inde, le ver a soie, etc. Sans la connaissance des productions naturelles, nous serions encore sauvages et barbares; nous recueillerions le gland et la faîne pour notre nourriture ; l'eau fraîche nous désaltérerait , comme au temps de Saturne , temps que les poètes ont nommé ïâge d'or, mais qui pour nous ne sèrait en effet que le siècle de fer.

Il faut donc commencer par rassembler un droguier composé des substances les plus essentielles ou les plus intéressantes, afin de les examiner et de les bien étudier. Ce n'est pas que la curiosité doive passer avant l'utilité; et nous n approuverions pas qu'on perdît son temps à approfondir l'histoire de quelques insectes, ou des mousses, ou des raretés parmi les coquillages, etc. Toutefois il faut connaître les minéraux, les plartjàet la plupart des animaux de nos climats. Nous ne de9ns donner à chaque chose que l'importance qu'elle mérite <pour son utilité,

d'atteindre son but.

Des échantillons de minéraux , des substances sèches de la matière médicale végétale , comme les bois , écorces ,^

xxxiv DISCOURS

racines, fruits, semences, gommes, sucs desséchés , résines, etc., étiquetés, placés dans des bocaux hors de la poussière; un herbier contenant la plupart des plantes usitées -} quelques productions animales , sont des objets sur lesquels l'élève doit s'instruire. Mais comme il n'est pas possible souvent de se procurer tons les objets utiles , ni même de les voir , il convient d'étudier la matière médicale, soit chez les droguistes et les pharmaciens instruits, en suivant les cours des professeurs, soit en lisant de bons livres sur cet objet. Surtout , l'essentiel est de bien observer par soi-même les phénomènes qui se passent autour de nous, et que l'habitude de les voir sans réflexion rend indifférens aux stupides regards du vulgaire.

Chaque production de la nature est pourvue de quelque propriété importante , soit à l'homme, soit aux êtres dont il se sert. Les poisons eux-mêmes sont efficaces*, et ne sont pas des poisons pour tous les animaux. La ciguë est nuisible pour l'homme ; cependant les chèvres la recherchent avec plaisir , et n'en sont point incommodées. Le laurieramandier , le merisier, ne sont pas sans danger pour l'homme, à haute dose; mais ils deviennent d'agréables condimens , à faible dose : ainsi, en distillant l'eau-de-vie avec des fruits du prunus padus L.,on obtient une liqueur suave comme le marasquin. D'ailleurs , on peut se servir avec un grand avantage de quelques poisons , soit comme remède héroïque pris à petites doses, soit pour se défaire des animaux nuisibles. Par exemple , l'aconit s'emploie pour empoisonner les loups , qui craignent peu les autres poisons , et qui ne meurent pas même de l'arsenic : cependant les chevaux mangent l'aconit sans danger. Les mulots se détruisent aisément , en leur offrant à ronger des pois infusés dans une décoction d'ellébore blanc ( veratrum album ). L'agaric attire «les belettes et les putois dans les pièges. Si l'on veut allécher les loups-cerviers , l'on emploiera l'herbe-au-chat ( nepeta cataria ) , ou le marum ( teucrium). On empêche les cochons de labourer les terres ensemencées et Jft^prés , en leur fendant le groin ; et l'on fait périr , par le moyen du poivre , les sangliers qui dévastent les cnamps.

Le pharmacien n'est pas étranger à l'économie rurale ou domestique ; plusieurs objets sont du ressort de ses études; % rt ne doit-ilf pas chercher à étendre sa sphère , à montrer »

SUR L'ART DE LA PHARMACIE. xxxv que l'homme instruit n'est déplacé nulle part sur la terre , et en quelque rang que Tait placé la fortune ?

Veut-on connaître ce qui convient le mieux aux bestiaux ? il faut consulter sans cesse l'histoire naturelle. Par exemple , il est avantageux de savoir que les chevaux ne peuvent supporter , dans leur nourriture , le feuillage du merisier {prunus padus) ; que le petit charanson (curculio paraplecticus) , qui vit sur le phellandrium , espèce de ciguë aquatique , les fait , dit-on , mourir de la paraplégie , lorsqu'ils l'avalent ; que l'œstre nasal , sorte de mouche , dépose souvent ses œufs dans leur nez , pendant l'été , et les fait périr si Ton n'a pas eu le soin de les en débarrasser. Vous apprendrez que les chèvres de Cachemire ne peuvent souffrir les terrains bas et humides , où elles

1)érissent de maladies , tandis qu'elles trouvent , sur les ieiix élevés^ les lichens, les muguets, l'arnica et autres plantes savoureuses dont elles sont très-avides.

Les collines sèches , découvertes et exposées au vent , conviennent très-bien aux brebis , ainsi que la festuca ovina qui y croit ; tandis que les vallées profondes et humides les rendent hydropiques , leur donnent des vers (distoma hepatiçum Rudoiphi) dans le foie, et des hydatides ( cjstidicola ) ; mais avec le sel on fait périr ces vers. JLes lieux marécageux n'offrent guère que des plantes vénéneuses aux moutons , comme l'anthéric pssifrage , la renoncule Jlammula, la myosotis aquatica , la prêle, etc. D'ailleurs, leur laine y devient extrêmement rude et grossière ; et je suis persuadé qu'on aurait naturellement dans nos climats des moutons à laine presque aussi fine que les mérino-s d'Espagne , si l'on savait depuis long-temps ce qui convient le mieux à nos troupeaux.

Les bestiaux savent choisir les plantes qui leur conviennent , il est vrai $ mais lorsqu'on les conduit dans les lieux où ces végétaux ne croissent pas , la faim oblige ces animaux à manger ce qui leur répugne et ce qui les rend malades. Les eaux corrompues , remplies de certains animalcules microscopiques (0, sont surtout pernicieuses. Voilà souvent la cause de ces épizooties qui désolent les campagnes et ruinent tout un paye $■ ce qu'on éviterait aisément par les connaissances d'histoire naturelle.

v0 y oye-z notre Mémoire sur ce sujet : Journal complément, des Sciences médîc; tom. xiv, janvier 1823.

xxxvi DISCOURS

Les bœufs se plaisent dans les lieux bas et les prairies grasses et fertiles , où ils deviennent prodigieusement gros, et où les vaches fournissent une grande quantité de lait , comme en Hollande. Mais l'aconit , la ciguë , l'anémone tles bois , sont mortels pour ces animaux. Les bords de la mer , où ils trouvent le gramen triglochin , qu'ils aiment beaucoup et qui les engraisse , leur sont très-avantageux. Les veaux rejettent la reine des prés , spirœa ulmaria , dont les chèvres font leurs délices.

Il en est de même pour les oiseaux : les poules , par exemple , sont couvertes en hiver de poux qui les rongent, mais qu'on détruit avec du poivre. Si l'on veut élever des paons , il faut se garder de leur laisser avaler des fleurs de sureau , qui les feraient périr , comme les baies de cet arbrisseau font périr les poules. Les jeunes dindons ont besoin qu'on mêle des orties et des ognons hachés dans leur pâtée. Quiconque connaît le temps du passage des oiseaux voyageurs, sait en profiter pour en faire de grandes captures. C'est ainsi que dans le Brabant, on prend des milliers de pinsons à leur émigration d'automne dans les pays chauds. Les harles et les plongeons qui passent en grandes caravanes sur les lacs qu'ils dépeuplent , deviennent la proie de ceux qui connaissent leur temps d'arrivée.

Veut-on faire fuir les serpens d'un canton? il suffit d'y planter de la livêche ( ligiisticum levi$ticum , Linn.); et on peut manier impunément ces animaux quand on s'est frotté les mains de cette plante odorante, qui semble les ■ faire tomber en léthargie, comme le guaco {jnikania). Quiconque étudie l'histoire naturelle, sait quand les poissons arrivent sur les côtes de la mer ; quand les harengs , les esturgeons paraissent, et les lieux qu'ils fréquentent de préférence. Ainsi le saumon cherche les embouchures des fleuves dont le fond est de craie ; la brème , préfère les rivages couverts de gramens ; la perche, les rochers et les cailloux. Il faut connaître le temps, la saison , les jours , les heures ; sans ces observations, on aura beau jeter ses filets, on^ie prendra rien. Il faut savoir eommerit les anguilles s'enfoncent sous la vase , comment elles passent d'un lac dans un autre en sortant de l'eau dans les ténèbres^ §i l'on ignore que la flamme éblouit les brochets pendant la nuit, de manière qu'on peut alors les percer a'un fer ; si l'on ne connaît pas les principes sur lesquels

SUR L'ART DE LA PHARMACIE. xxxvii on doit construire un vivier, et que l'eau de fontaine ne convient pas aux poissons, on perdra son argent, son temps et ses peines.

* ÏPour les insectes , n'est-il pas utile de savoir que la carotte récente et l'écorce de peuplier font fuir les grill Ions? que la fumée du poivre de Guinée (capsicum annuurn ) ? l'infusion de la dentelaire ( plumbago europœa), le ledum, l'acorus, le chenevis et les fourmis, le cirnex personatus, tuent les punaises de lit , enfin que la cimicifuga fœtida leur est très-contraire? On ne saura jamais bien élever les abeilles , les vers à soie , sans étudier leur histoire. Les puces , la vermine , les charançons et mille autres insectes nuisibles ne peuvent être détruits que lorsqu'on aura bien connu leur nature et les choses qui leur sont contraires.

Qu'un navigateur aborde dans une île nouvelle, s'il ignore l'histoire naturelle , il n'ose toucher à aucune plante , à aucun fruit , à aucun reptile inconnu , de crainte de s'empoisonner. Mille objets précieux se présentent à sa vue, sans qu'il sache en profiter. Combien de choses perdues par ignorance ! Sans l'observation , nous n'aurions pas la pomme-de-terre, qui vient du Pérou, qui nourrit un quart des Européens , et devient plus nécessaire que l'or lui-même dans les temps de disette. Si les hommes qui voyagent , si les commerçans, n'étaient pas quelquefois si peu instruits en histoire naturelle, soiiffrirait-on qu'une seule nation pût conserver le monopole de la cannelle, du girofle , de la muscade et des autres aromates ? Ceux-ci croissent déjà dans nos colonies américaines , lorsqu'on sait prendre les soins convenables. Sans Witsen , le café serait encore le trésor des seuls Arabes ; et l'arbre à pain , le canneïlier , n'auraient pas été si tard transportés Cavenne par les Français , sans cette négligence d'étudier l'histoire naturelle.

On reconnaît de jour en jour la nétTssi4p.de réparer nos forêts, de faire de nouvelles plantatip^fm elles ont été détruites ; mais nos agriculteurs n'énpient, puni ht phipart, ni le temps propre à recueillir ieà semence des arbres, ni l'exposition qui leur convient potfr les faire élever, ni les soins qui leur sont indispensables pour les empêcher de périr jeunes. Us ne savent pas tous combien la mousse i. c

xxxviii DISCOURS

est nécessaire pour garantir les jeunes plants du froid , de* pluies , des grandes chaleurs , des vents , etc.

Les prairies basses ont souvent leurs foins tout rongés par les chenilles de la phalœna calamitosa ; mais les botanistes enseigneront aux laboureurs qu'en semant ces prés d'alopecurus pratensis on n'a point à craindre cet insecte, et que ce foin est très-recherché des bestiaux.

Par le temps auquel les plantes entrent en fleurs on connaîtra le moment le plus propre à la moisson , aux semailles , à la fenaison , etc.

Pourquoi l'arbre du thé n'est-il pas introduit en Europe ? la Corse est assez chaude pour qu'il n'y périsse pas. On peut s'en procurer des plants ou des semences non rances en Chine ; cet arbuste, naturalisé dans nos climats, y croîtrait aussi facilement que le syringa sorti des mêmes contrées de l'Asie orientale.

Le lin est originaire des terrains inondés de l'Egypte, ce qui nous enseigne que le sol le plus convenable à cette plante est un marais desséché. C'est ainsi que toutes les cultures des végétaux dépendent de la connaissance de leur station naturelle ; car il n'existe aucune plante qui ne naisse spontanément quelque part.

Quiconque veut empêcher les chenilles de monter sur les arbres pour en dévorer le feuillage , doit envelopper leur tronc d'un linge imbibé d'huile de poisson rance. D'ailleurs, les larves des carabes font une grande destruction des chenilles, et celles des coccinelles, de pucerons, sans toucher aux végétaux.

Des houblonnières ne peuvent produire des semences , le houblon s'y moisit et se sèche , en se couvrant d'une sorte de rosée mielleuse. Celle-ci vient de petits pucerons nichés dans ses feuilles. Ces pucerons ne naissent que sur le houblon languissant , et celui-ci ne devient malade que lorsque les larves d'une phalène rongent ses racines. Mais dans les lieux pierreux, cette phalène ne les attaque point ; de sorte que lenoublon ne languit point , n'est pas couvert de pucerons , et il porte des semences. Ainsi une petite mouche (musca frit) gâte en Suède plus de cent mille tonnes d'orge par année, suivant Linné, et on ne peut espérer de réparer ce dommage sans connaître l'histoire de cet insecte si nuisible.

SUR L'ART DE LA PHARMACIE. XXXIX

Une multitude de végétaux pourraient nous offrir de nouveaux alimens , si nos agriculteurs voulaient se livrer 'à leur étude. Combien on tirerait plus de parti de ce qu'on a , si Ton savait mieux ce qui convient à chaque contrée ! C'est ainsi que le froment préfère les terres fortes et argileuses 5 le seigle , les fonds pierreux ; l'orge , lés terrains meubles ,• l'avoine, un sol sablonneux. Le moyen de rendre un État florissant, riche , agricole et commerçant, serait d'y introduire l'amour des connaissances naturelles, de ces sciences bienfaitrices du genre humain, qui ap-

Srennent à le soulager dans ses maux, qui l'accompagnent ans toutes les occasions de la vie, qui le vêtissent, le réchauffent, le nourrissent, et fournissent à tous ses besoins comme à tous ses plaisirs.

O forlunaios nimium, sua si bona norintî

Virg., Georg. IL

On n'a pas assez remarqué, en effet, que les connaissances étant, dans la réalité, des puissances, les nations les plus éclairées acauièrent à la longue une haute prépondérance sur les peuples les moins civilisés ; ainsi la petite Europe , aujourd'hui policée, domine sur toutes les autres régions du globe, et une poignée de ses guerriers, armés de la foudre et guidés par le savoir de la navigation, va régner sur l'Asie ou l'Amérique. Les connaissances méritent donc d'être recherchées par elles-mêmes , puisqu'elles donnent le sceptre et l'empire à ce faible animal jeté nu et sans défense sur une terre marâtre et sous un ciel rigoureux.

Des méthodes en histoire naturelle.

L'expérience a fait voir que l'étude de l'histoire naturelle et des autres sciences ne nous présenterait que chaos et qu'obscurité, sans le fil des méthodes. Les premiers hommes qui se livrèrent à ces recherches n'avaient d'abord que peu d'objets à comparer, ils se bornaient à remarquer ce qui les environnait; ils ne les considéraient que par rapporta leurs besoins, pour se nourrir, se vêtir ou se guérir. Ils empruntaient aux animaux leur instinct pour reconnaître la propriété des plantes que la nature leur a indiquées. Abandonnés à l'ignorance , au milieu du monde, ils tournèrent leurs regards sur la nature entière , pour lui demander des secours; il leur fallait distinguer le fruit

xl DISCOURS

salutaire, du poison qui croît auprès; ils avaient besoin de lout apprendre pour combattre les infirmités d'une vie misérable et précaire.

Mais à mesure que leurs observations se multiplièrent; que la société, augmentée, répandue sur la face de la terre , connut de nouveaux objets ; que les arts s'enrichirent de découvertes , il fallut transmettre à l'homme naissant le dépôt des expériences anciennement acquises ,• autrement la société serait retombée dans l'ignorance primitive, s'il avait fallu que chaque individu n'acquît aucune lumière que par lui-même. C'est pour cela que les animaux, qui ne se transmettent que leurs facultés et leurs instincts primitifs, ne se perfectionnent en rien et demeurent dans un état toujours également brut- Mais l'homme jouit, au contraire, des moyens de propager les connaissances de ses aïeux à ses descendans, par la parole et l'écriture. C'est ainsi que les travaux de nos ancêtres ne sont point perdus pour nous , et que ceux de notre temps serviront à nos Héritiers pour élever l'édifice des sciences jusqu'au faîte de la perfection. Et l'on reconnaît ainsi la nécessité d'étudier les travaux anciens, puisque la vie bornée de chaque individu ne suflit pas pour voir par soi-même tout ce qui a été vu et découvert, soit par le hasard, soit par les recherches et les méditations des autres hommes.

Toutefois il ne conviendrait point d'entasser en sa mémoire une multitude innombrable de faits , que leur propre nombre eût suffi pour confondre et effacer : il est un art d'enchaîner ces connaissances dans un ordre méthodique ; ordre qui multiplie la science, en sorte que chaque chose vient se ranger en son lieu suivant le degré de son utilité et de son importance ; ordre lumineux qui fait qu'une observation aide à l'explication d'une autre, qui même abrège les études, et dispense souvent de recherches ultérieures et de la perte d'un temps précieux. Quelle difficulté n'auraiton pas à découvrir une plante dans tout le règne végétal, sans une division en classes, ordres, genres, espèces? De même dans une armée, il y a différens corps, lésions, cohortes, régimens, compagnies, etc.; par ce moyen l'on arrive à l'individu o^u'on cherche.

Les divisions arbitraires ou par de simples nombres peuvent bien conduire à trouver un être individuel, mais n'en indiquent ni la nature ni la qualité. Delà vient qu'il y a des

SUR L'ART DE LA PHARMACIE. . xli

méthodes seulement conductrices et d'autres instructives : Pou doit préférer celles-ci. Par exemple, on pourrait encore, à l'exemple des premiers naturalistes, ranger les lézards et divers reptiles parmi les autres quadrupèdes ,• les cétacés avec les poissons; les coraux avec les plantes, etc. : à toute force on reconnaîtrait encore les individus , pourvu qu'ils fussent décrits exactement. Mais qui ne voit pas que c'est tout confondre ? que c'est donner les analogies les plus fausses , les plus inexactes^ de ces êtres? Quelle instruction peui-on tirer, et quelle indu et ion servira d'un objet à un autre, en rassemblant des espèces si disparates? De même, distribuer un végétal d'après le nombre de ses étamines, un minéral d'après sa couleur ou quelque autre apparence extérieure, n'est connaître ni une plante, ni un minéral, ni leur nature intime et leur famille originelle, ni leurs propriétés et leurs principes constituant.

Les vraies méthodes sont donc celles fondées le plus possible sur les rapports intimes des êtres, sur les élémens qui les composent. Il est bien plus important d'examiner ce qui distingue le reptile du mammifère, ou le cétacé du poisson, que tel ou tel individu de ces classes d'animaux :

Crce qu'en connaissant les caractères et la constitution de classe entière, nous acquérons une science de principes applicables à tous les individus , tandis qu'en étudiant chaque production en particulier, nous n'acquérons souvent que des notions partielles, séparées et vagues. De même, si nous connaissons bien la famille naturelle d'un végétal et les qualités distinctives de cette famille ; si nous savons quelles substances composent chimiquement tel minéral , et en quelle proportion, nous aurons une science bien plus exacte , bien plus précieuse, que celle du nombre des pistils d'une fleur, ou des angles et des faces d'un cristal. Ce n'est pas à dire cependant que nous devions dédaigner cette étude aussi; mais il est évident que sa moindre utilité doit la reléguer au second rang.

Des méthodes de zoologie (0-

C'est ce qu'avaient compris les anciens, et en particulier Aristote, dans Y Histoire naturelle des animaux ; aussi ne nous ont-ils laissé aucune classification méthodique. Mais

(0 Z&iov, animal; discours OU traité.

xlii DISCOURS

le célèbre philosophe de Stagyre avait établi déjà les bases de la science zoologique et de ranatomie comparée , dans son Traité des animaux.

C'est d'après ces principes éclaircis, multipliés par les observations des modernes, qu'on'a pu former les divisions en classes naturelles et en ordres dans le règne animal. Elien, Pline, ne nous ont guère transmis que des descriptions de mœurs et d'habitudes des animaux. Au rétablissement des sciences, Conrad Gesner, Pierre Belon, Ulysse Aldrovandi , firent refleurir la zoologie; d'autres observateurs vinrent après, tels que Swammerdam, Redi, Lyonet, Réaumur, De Géer, Fabricius, Olivier, Latreille, pour les insectes ; Lister, d'Argenville, Poli, Lamarck, pour les coquillages; Rondelet, Willugbv, Artedi, Bloch, Lacépède, pour les poissons ; Belon, Albin, Brisson , Buffon, Latham, pour les oiseaux; Rajus, Brisson, Buffon, Pennant, Pallas, Camper , Vicq-d'Azyr , Cuvier et plusieurs autres, pour les mammifères.

Avant Linné, personne n'avait bien entrevu les divisions naturelles du règne animal, si ce n'est l'Anglais Jean Rajus. Mais l'imperfection des connaissances sur les animaux à sang blanc (ou sans vertèbres) n'avait pas permis au savant Suédois de les classer dans 1 ordre convenable; ce n'est même que depuis peu d'années qu'on a reconnu les véritables limites de leurs classes ou familles. Linné divisa le règne animal ainsi qu'il suit :

Cœur à deux ventricules ou biloculaire et a deux

Vivipares Mammifères, i.

chaudC^ Oiseaux. a.

G \n i i i (ayant des poumons qui

p l Cœur uniloculaire, a une! twmmmtmmmt ÏZ*j^*a à •n>nh;hir* *

<( oreillette, sang rouge et< firent a volonté. .. ^m^««. 3.

£3 \ froid. ( des branchies extérieures. Poissons. 4-

Cœur uniloculaire, «ans/ , r — «r

' oreillettes, humeur blan| ayant des antennes. . . Insectes. 5.

châtre, froide, au lieu de j ayant dcs t£ntacijIe8> . , Vtrs, 6.

Il établit en cette sorte ce qu'il nomme le vivier de la nature , d'après six caractères principaux :

Les mammifères, velus, marchent sur terre et parlent (ou ont des voix ).

SUR L'ART DE LA PHARMACIE. xliii

Les oiseaux, emplumés, voltigent dans l'air et chantent.

Les amphibies y a peau coriace, rampent dans la chaleur humide et sifflent.

Les poissons, écailleux, nagent dans Feau et marmottent.

Les insectes, cuirassés , sautillent dans les lieux secs et bruissent.

Les vers, écorchés (ou à peau molle), s'étendent dans Thumidité et sont muets.

Il donne encore pour caractère a chacune de ces classes :

Aux mammifères , des poumons, des mâchoires se mouvant du haut en bas , garnies de dents à la plupart ; cinq sens, une verge; des femelles vivipares et allaitant ; quatre membres ( excepté aux cétacés , qui manquent de ceux de derrière ) ; une queue à la plupart ;

Aux oiseaux , des poumons , des mâchoires nues , cornées, sans dents, ou un bec; une verge courte, des femelles ovipares et des œufs à test calcaire, couvés; cinq sens ( l'oreille sans conque externe ) ; deux pieds et deux ailes ; un croupion ;

Aux amphibies , des poumons celluleux respirant à volonté , des mâchoires de haut en bas ; une verge double à plusieurs, des œufs à coque membraneuse à la plupart; cinq sens; quatre membres aux uns, deux à d'autres, point à d'autres ;

Aux poissons , des branchies extérieures qui se compriment sous des opercules, des mâchoires de haut en bas , point de verge (excepté aux chondroptérygiens), des œuis sans albumen; cinq sens, s'ils ont l'odorat ( et ils l'ont en effet ); des nageoires à rayons ;

Aux insectes , des trachées latérales (pour respirer par des stigmates ) , des mâchoires latérales ( non de haut en bas), ou un suçoir; des verges entrantes ; femelles ovipares; pour sens, la bouche, les yeux, les antennes servant au tact, point d'oreilles ni de narines (cependant ils ont l'odorat et peut-être l'ouïe ) ; à tous des pieds articulés , à plusieurs des ailes ;

Aux vers, des organes respiratoires peu connus ( les mollusques ont des branchies ) , des mâchoires ou des suçoirs : etc., variables selon les genres, des organes sexuels souvent hermaphrodites ou androgyaes à sexes réunis ;

f>our sens , des yeux à plusieurs , point d'ouïe ( les sèches 'ont), ni d'odorat ; des tentacules pour le tact; pour cou-

»u? DISCOURS

vertures, à plusieurs un test calcaire ; point de pieds ni de nageoires ( excepté à quelques-uns ).

Les divisions ultérieures de ces classes suivent assez Tordre naturel dans le système Linnéen , surtout pour les oiseaux et les insectes. Quant à la division des poissons , elle est tout artificielle depuis Artedi • persouue , que nous sachions , ne les a distribués dans un ordre purement naturel; M. Guvier Ta tenté cependant.

Dans ces derniers temps , l'histoire naturelle des animaux a subi une heureuse révolution , et nous pensons que désormais elle ne peut plus éprouver que des perlêctionnemens ; les divisions de ses principales classes sont établies d'une manière fixe et en quelque sorte irrévocable.

Nous avons ajouté à la division des animaux vertébrés , et à ceux sans vertèbres , la considération importante du système nerveux ( dont les vertèbres et la boîte du cerveau ne sont que l'enveloppe) , et qui est le fondement de l'animalité (0. Ainsi nous partageons le règne animal comme il suit : voyez Nouv. Dict. d'Hist. nat. , seconde édition , tom. II, art. a mm ai. , pag. 25.

M M. Cuvicr a bien voulu reconnaître les mêmes bases de l'organisation animale, que nous avions établies le premier, dès Tannée i8o3, dans le nouveau Dictionnaire d'histoire naturelle, article animal (première édition). Voyez sa distribution du règne animal, An-% nales du muséum d'hist. natur. tom. XIX , an 1812 ; et son ouvrage intitulé: Règne animal distribué d'après son organisation, Paris, 1816, in-8», tom. I. préface, pag. xxj.

Nous rappelons ici cette priorité, dont les preuves sont faciles à constater, parce qu'on a plusieurs fois affecté de la passer sous silence , pour en attribuer l'honneur à un naturaliste aussi illustre.

SUR L'ART DE LÀ PHARMACIE

DISCOURS

Animaux vertébrés. Les caractères particuliers de chaque classe sont :

,1° Pour les mammifères , voyez ceux donnés par Linné,

3ui sont très-bons. Ces animaux ont le cerveau différent e celui des oiseaux , par la présence du corps calleux , de la voûte et des tubercules quadri jumeaux ; leur vue est moins étendue que chez l'oiseau.

2° Pour les oiseaux, mêmes caractères que ceux de Linné , etc.

3° Pour les reptiles, on ajoute aux caractères Linnéens , des branchies accompagnant quelquefois les poumons, dans le jeune âge , chez la famille des batraciens, qui manque aussi de verge et de côtes ;

4° Pour les poissons , même caractères que les Linnéens.

Animaux sans vertèbres. Doués d'un système nerveux distinct, analogue au sympathique, ayant un cœur avec des vaisseaux sanguins, ou seulement un vaisseau dorsal.

5° Les mollusques ont un système nerveux à ganglions , des branchies respiratoires pour l'air ou l'eau , formant une sorte de manteau de figure variable ; habitation souvent aquatique ; des coquilles univalves ou bivalves à la plupart ; hermaphrodisme et accouplement aux univalves qui ont les deux sexes (quelques-uns n'ont qu'un sexe mâle ou femelle, comme les céphalopodes) -, androgynisme et fécondation sans accouplement aux bivalves ; cellès-ci sont sans yeux les premiers en ont souvent.

6° Les annélides, ou vers helminthides ; corps cylindrique ayant des muscles annulaires, des branchies, point de pattes articulées , une moelle épinière noueuse , des vaisseaux sanguins , non un cœur. Vivent dans l'humidité, s'accouplent , sont privés d'yeux.

7° Les crustacés ont un cœur, des vaisseaux sanguins , une moelle épinière noueuse, au moins dix pattes articulées, des branchies, un corps recouvert d'une coque calcaire , qui se renouvelle chaque année , des yeux portés sur un pédoncule, plusieurs mâchoires. Animaux aquatiques , à sexes séparés ; s'accouplent ; double verge aux mâles.

8° Les arachnides , point d'antennes ni d'ailes ; aucune métamorphose ; téte confondue avec le thorax -, six ou huit

SUR L'ART DE LA PHARMACIE. xltii

5 attes ; respiration ou par des sacs pulmonaires , ou par es trachées. Animaux souvent venimeux et vivant de proie.

9° Les vrais insectes à métamorphoses manquent de vaisseaux sanguins, excepté un dorsal,- ont une moelle épinière noueuse, des trachées qui s'ouvrent au dehors par des stigmates aux côtés du corps pour respirer ; six pattes articulées au plus , et dans tous les individus ailés, qui forment le plus grand nombre, deux ou rarement auatre antennes; yeux sessiles à plusieurs facettes. Sexes séparés, ovipares avec accouplement; squelette corné entourant le corps.

io° Les vers intestinaux manquent de vaisseaux sanguins, excepté le dorsal en quelques espèces; ont une moelle épiniere, noueuse, peu visible ; manquent de pattes; ont des trachées ou stigmates peu appareils. Vivent toujours dans ou sur d'autres animaux, se nourrissent de leurs humeurs ; espèces parasites , ovipares , androgynes ou hermaphrodites , ou à sexes séparés quelquefois. Quelques espèces sont vivipares.

Animaux zoophytes , sans système nerveux apparent , sans vaisseaux quelconques , se nourrissant par imbibition. Chair gélatineuse non fibreuse ; forme radiaire ou rayonnante ; une cavité centrale servant d'estomac , non pas à tous. Reproduction ou par bourgeons, ou par division , point cle sexes. Des tentacules. Vie végétative.

i i° Radiaires. . .

11 y a , pour cette onzième classe , une considération importante a faire. Les autres animaux présentent un corps qui a une partie antérieure et une postérieure , et sont formés de deux moitiés latérales ; ils marchent ou rampent. Dans les radiaires, au contraire, il y a ni devant ni derrière ; leur corps est rond , affecte la forme d'une fleur ou d'un végétal. U se place également en tous sens, et même parmi les polypes, hydres, il peut se retourner comme le doigt d'un gant; la cavité intérieure qui servait d'estomac , devient la surface extérieure , et la surface ou peau extérieure retournée , devenue estomac , en* fait les fonctions. (Trembley , Observ. sur les Polypes d'eau douce, etc. ) Les animaux qui habitent les coraux , les éponges , et qui les forment, sont de cette nature.

1 2° Les animalcules microscopiques ou qui ne se voient

roui DISCOURS

qu'au microscope, sont la plupart prives de cavité interne

{>our la digestion, ou sont agastriques Us pullulent dans es eaux croupissantes et les infusions végétales, les matières animales qui se décomposent.

. Ces connaissances , dira-t-on, sont-elles utiles au pharmacien et à l'art qu'il exerce ? Sans doute : il serait honteux d'ignorer la nature des substances qu'on emploie , et leur origine ; car au moyen de ces connaissances , on ne rangera plus les coraux parmi les pierres ou les plantes , et l'on trouvera la cause des substances animales qu'ils fournissent. Les sciences s'éelairent mutuellement entre elles ; leur lumière réfléchie réjaillit sur Fart et, en l'éclairant , elles le rendent plus honorable et plus éclatant , plus digne de l'estime et de la confiance des autres hommes.

Des méthodes de botanique.

Linné appelle, avec raison, hétérodoxes , ceux qui traitent des animaux et des plantes sans méthode quelconque ou d'après des arrangemens arbitraires, comme par l'ordre alphabétique, ou par les propriétés économiques, ou d'après leurs lieux, leurs temps^ etc. 11 ne reconnaît comme orthodoxes que ceux qui suivent des méthodes fondées sur les organes les plus fixes , comme ceux de la fructification clans les plantes , et de la nutrition ou des sexes , etc. , chez les animaux.

Parmi les anciens , la botanique était peu cultivée ; on se bornait à connaître les végétaux les plus indispensables à la nourriture de l'homme et des animaux domestiques , et les plantes médicinales les plus communes. Tel fut pourtant le prix des premières découvertes en ce genre , que les anciens Grecs donnèrent aux végétaux le nom de ceux qui en reconnurent les propriétés. C'est ainsi que la centaurée vient du centaure Chiron ; l'achillée millefeuille d'Achille ; les asclepias sont attribués à Esculape , l'héracléum à Hercule , l'adonis au favori de Vénus , le pied d'alouette (et non l'hyacinthe) au jeune Hyacinthe. Les noms des princes; que l'effort des temps effaçait, sont conservés dans de simples fleurs, et transmis d'âge en âge , chaque printemps , comme des témoignages subsistans de leurs bienfaits. Telles sont les plantes l'eupatoire , la gentiane , la lysimachie , le téléphinm , le teucrium , la valériane , le philadelphus, le pharnacéum, l'artémisia, l'althaea, etc.

SUR L'ART DE LA PHARMACIE. xli* '

Jjes dieux mêmes prenaient , selon la nation poétique des Grecs, les arbres et les fleurs sous leur protection; Mi-? nerve avait l'olivier , Jupiter le chêne , Vénus le myrte , Mars le laurier , etc. *

Il nous reste cependant d'autres monumens de la science botanique des anciens. Les célèbres Traités de Théophraste, des plantes et des causes des plantes; les deux livres attribués, sur ce sujet, à Aristote; enfin les œuvres de Pline, de Dioscoride; ce que Columelle nous a transmis sur les végétaux utiles dans son Traité des choses champêtres , nous donnent l'idée de leurs recherches en cette partie. Les botanistes qui ont le plus examiné ces ouvrages , y trouvent à peine cinq cents plantes désignées. Il est vrai que les conquêtes d'Alexandre dans l'Asie , l'Afrique , et celles des Romains, ont ouvert de nouvelles connaissances. On acclimata plusieurs végétaux en Europe ; la Médic donna le citron (déjà connu du temps des Argonautes); la Perse , sa pêche; l'Arménie , l'abricot ; Cartilage, la grenade ; la Natolie , sa cerise ; la Carie , une espèce do figue; le Pont, l'Arménie, diverses variétés de prunes, de melons; l'Egypte, son lin, ses dattes, ses pastèques, etc. (>).

(0 Depuis quelques années, divers savaus ont considéré le regue vége'tal sous l'aspect géographique, et il en est sorti d'importantes con- . naissances après Strohmaycr , Treviranus , Robert Brown , Humboldt, de Buch , Wahlenberg, etc.

Ainsi Ton a vu d'abord que le nombre des espèces végétales augmentait à mesure que les climats devenaient plus chauxjs et plus hu* mides; la végétation, si pauvre près des pôles et au sommet des montagnes glacées, s'enrichit, se développe avec un luxe merveilleux a proportion qu'on s'avance vers lea«tropiques , pourvu que les contrées ne deviennent pas arides par la sécheresse. 'iv'il ! 1.2

Ensuite les plantes agames , à tissu cellulaire , les lichens , les anousses, se multiplient d'autant plus que le climat est plus froid; au contraire les plantes phanérogames , les fleurs, deviennent d'autant plus grandes, plus abondantes, plus magnifiques, que le climat est plus chaud et humide , comme entre les tropiques. Si la Végétation est 6ui tout Tapetissée , herbacée, annuelle et souvent éteinte par la froidure des pôles et leurs rigoureux hivers , en revanche , . les végétaux deviennent des arbres , déploient toute leur pompe par la force que la chaleur développe dans l'acte de la végétation. Si les, sexes n'existent pas ou paraissent à peine développés dans les piaules des lieux froids, les organes sexuels deviennent , en revanche , polygames , monoïques, dioiques fréquemment, chez les végétaux des pays chauds. Enfin les herbes "comme les glumacées , les crucifères, les ombellifères,

h DISCOURS

Mais les anciens n'ont fait aucune description exacte des végétaux , ne les ont point classés, soit qu'ils en connussent un trop petit nombre pour saisir les rapports des genres et des classes , soit que leur génie fût peu tourné vers cette sorte d'étude , quelque attrayante qu'elle soit.

Après eux vinrent les Arabes , qui ont introduit une multitude de substances dans la matière médicale. Tous les médicamens de l'Orient nous sont connus par eux. Ils ont pris plaisir à accumuler les drogues dans les compositions. La poly pharmacie devint chez eux le sublime de l'art. Ils ne virent, dans les plus brillantes fleurs, que des drogues pour des apozèmes , des opiats et des onguens : elles n'avaient de prix à leurs yeux qu'à proportion de leurs propriétés , ou purgatives, ou autres.

Les médecins qui ont le mieux traité de la matière médicale des végétaux , sont, après Dioscoride et les Arabes , Simon Paulli , dans son Quadripartitum ; Kœnig , Re-

fnum vegetabile ; Valentini , Muséum museorum ; Dale , 7harmacologia ; Bergius , Materia medica; surtout Murray, Apparatus medicamentorum , etc. Les meilleurs observateurs sont: Geoffroy , dans son Traité de matière médicale ; PaulHermann, Cynosura; Boerhaave, Hist.plantar.; Haller, Synopsis stirpium hehet.; Linné, Materia medica , etc. Il y a un tres-grand nombre d'autres matières médicales , mais dont le mérite est plus remarquable pour la thérapeutique que pour l'histoire naturelle des médicamens.

Les premiers botanistes méthodistes sont : Césalpin , Morison, Ray, Rivin, Knaut, Boerhaave. La métnode de Joseph Pitton de Tournefort , est celle-ci :

le plus grand nombre des monocotylédones et acotylédones, appartiennent à des zones froides ou tempérées , avec les conifères , les éricinées, les amentacées , les composées, etc. ; au contraire , les zones ardentes nourrissent les malvacées , les légumineuses, les rubiacées, les apocynées , les euphorbiacées , enfin la plus grande partie des dicotylédones j il n'y a guère que les palmiers , les fougères , etc. parmi les monocotylédones, qui se multiplient beaucoup entre les tropiques. On y voit aussi beaucoup de plantes volubiles ou grimpantes et sarmenteuses auxquelles les lieux froids sont contraires, comme des orchidées. Les plantes grasses appartiennent aux terrains secsj les liliacées sont pi intanières j plusieurs composées sont automnales, etc. etc.

SUR L'ART DE LA PHARMACIE

Méthode de Tournefort.

in DISCOURS

Ces vingt-deux classes entrent dans huit divisions qui sont fondées, comme on le voit, sur la présence ou l'absence des corolles, leur forme régulière ou irrégulière, le nombre de ses pétales , la simplicité ou la composition des fleurs. L'ingénieux auteur prend les divisions de ses classes, ou ses sections, du fruit qui est tantôt le calice, tantôt le pistil.

On a nommé système sexuel la méthode de Charles Von Linné, suédois, l'un des plus grands naturalistes qui aient existé. Quoique le sexe des plantes eût été déjà soupçonné avant Linné, que Théophraste, Pline, en parlent à l'occasion du palmier-dattier j que Ray et Camérarius, Césalpin et Vaillant aient décrit les organes mâles et femelles, personne cependant n'avait eclairci cette vérité d'une manière lumineuse, incontestable; ce n'était qu'une opinion obscure, peu accréditée. Linné l'établit par des preuves si multipliées et si éclatantes , qu'il tfest désormais plus possible de la nier. Il reconnut que la fleur et le fruit n'étaient que les parties génitales des plantes, que la floraison était la génération, et que la maturation était le part. Les anthères des étamines sont les organes masculins des plantes, leur pollen est la véritable poussière fécondante (i). Le stigmate du ou des pistils est l'organe femelle qui reçoit cette poussière, laquelle va féconder les graines dans l'ovaire. Ainsi Linné compare le calice de la fleur au lit nuptial, la corolle. aux rideaux ou au dais ; les filets des étamines sont les vaisseaux spermatiques, leurs anthères sont les testicules, la poussière fécondante représente le sperme , le stigmate du pistil est la vulve, le style est ou le vagin ou la trompe, le germe est un ovaire enveloppé de son péricarpe, la graine est l'œuf, et le concours de ces organes opère l'acte de la fécondation.

Ces assertions se prouvent , soit par la castration , soit par les fécondations artificielles, soit par les mulets ou hybrides des plantes, soit par les fleurs doubles et stériles, soit par la coulure des fleur&U).

C1) Des observations postérieures ont fait voir que les globules qui forment cette poussière sont de très -petites boîtes ou capsules qui s'ouvreut par l'humidité, et lancent une poudre fécondante extrêmement subtile. Elle a l'odeur du sperme des animaux.

(a) Les plantes terrestres ont un pollen fécondant pulvérulent ; les aquatiques en ont un qui est mucilagineux.

SUR L'ART DE LA PHARMACIE. lui

Une fleur qui n'a que des étamines est maie; celle qui n'a que des pistils est femelle; celle qui présente les uns et les autres est hermaphrodite ; celle qui porte des fleurs mâles ou des fleurs femelles, en même temps, avec des hermaphrodites, est polygame; celle dont les fleurs mâles et les fleurs femelles sont sur le même pied , est androgyne.

Les classes du système sexuel de Linné sont fondées sur le nombre des étamines, leur grandeur, leur situation ; les ordres ou divisions de ces classes sont combinés d'après le nombre et la position des pistils ou parties femelles- Voici le tableau ingénieux, mais peu naturel, de son système :

DISCOURS

Clef du Système sexuel, ou Noces des Plantes.

' / hen

hermaphrodites.

rétamines jamais unies.

égales ou presque égales.

AU KOMBBE

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