DE LA PUTRÉFACTION
Dernier résultat qui, disgrégeant les principes des corps organisés végétaux et animaux, les réduit à l'état le plus simple. L'humidité, la tiédeur, favorisent singulièrement aussi cette sorte, de fermentation, que retardent ou empêchent l'alcool, le tannin, les acides, différens sels, le froid, la dessication ou l'absence de toute humidité, etc. Le gaz oxygène, quoique très-propre à la favoriser, n'y est pas absolument indispensable, puisque des corps se décomposent sous terre {Voyez pag. 83 le Gras des cadavres). .Les corps soumis à cette décomposition se ramollissent, quelquefois s'échauffent beaucoup et fument, ce qu'on remarque dans les fumiers, les mottes de tan; on a même vu des meules de foin s'enflammer en cet eilt. 11 se développe des odeurs fétides, des gaz hydrogénés, de l'acide car-
PUTRÉFACTION. n3 bonique et acétique, de l'hydrogène carboné, etc. Ainsi, le sang, en se putréfiant, exhale de Fhydrosulfure ammoniacal ; rognon, le poisson, du gaz hydrogène phosphuré; l'œuf, un hydrosulfure très-fort; les végétaux, de l'hydrogène carburé : quelques matières deviennent phosphorescentes dans l'obscurité, comme plusieurs poissons et mollusques , ou absorbent la lumière, comme le bois pourri. Lorsque la putréfaction est plus avancée, il s'écoule souvent une eau ou sanie rousse, acre, fétide, qui est un ferment très-sep tique, surtout dans les matières animales. Garcîlasso de la Véga observe que des Américains trempaient leurs armes dans cette humeur putréfiée pourles rendre venimeuses. Elle détermine une prompte gangrène chez les corps vivans, car elle est un levain de putréfaction. Il paraît que les miasmes contagieux de la peste , des anthrax, des maladies putrides des hommes, des épizooties des bestiaux, sont d'une nature analogue; mais il est certain que les gaz acide nitreux et chlorique détruisent sur-le-champ leur qualité malfaisante.
Lorsqu'on suspend la putréfaction à certaine période dans les substances animales, elle y développe des odeurs ou des saveurs recherchées, les rend plus digestibles ou plus sapides. Ainsi, des* Africains aiment la chair à moitié putréfiée, des peuples du Nord font à demi corrompre le poisson pour le manger (0. Les harengs saurs ont un commencement de décomposition, ainsi que le caviar ou les œufs d'esturgeon; le garum des anciens était un coulis de maquereaux salés et à demi putréfiés, assaisonnement très-recherché. Les Siamois, les Chinois aiment les œufs couvés. Les diverses sortes de fromages passés, le parmesan, le roquefort, etc., prennent une saveur vive par une demi -putréfaction; car lorsque les principes d'un corps tendent à se séparer, ils manifestent plus d'activité. Il paraît que cette demi-corruption contribue à augmenter l'odeur du musc , du castoréum , etc. ; et le fiel de bœuf, en se décomposant, exhale des odeurs analogues, hydrogénées. Lorsque la thériaque a passé par les fermentations alcoolique et acide, elle s'affaisse, et ses parties constituantes, plus assimilées par des décompositions successives, agissent d'une manière plus douce et plus uniforme; c'est pourquoi Ton préfère la thériaque vieille. Il en est de même de plusieurs électuaires , excepté de ceux dans lesquels dominent les substances mucoso-sucrées , qui se détériorent.
(*) Il paraît que la putréfaction concourt, chez les serpens venimeux, à la digestion. Leur venin est septique; les animaux qu'ils dévorent exhalent dans lour estomac des odeurs putride*, nauséabondes, stupéfiantes.
l'ijfi DU LABORATOIRE, etc.
Lorsque enfin la putréfaction est porte'e à son comble, il se dégage de l'azote, de l'acide carbonique, et surtout des gaz alcalescens ou ammoniacaux et hydrosulfurés dans les matières animales , dans les plantes crucifères (les choux pourris , etc.) Il se forme divers composes encore peu étudiés. Leur carbone, etfpartie séparé, devient dissoluble par l'eau, comme on le remarque dans les eaux noires des fumiers , et devient alors très-propre à la nutrition des plantes. Il paraît que le soufre , l'acide nitrique, se forment dans les décompositions animales; elles servent aux nitrières artificielles.
On empêche la putréfaction des matières animales par divers moyens cités à l'article des Embaumemens , et surtout à laide de la solution du sublimé corrosif, deutochlorure de mercure; il se forme du protochlorure, ou calomélas, qui se dépose ; la chair et les autres substances animales deviennent dures, imputrescibles, inaltérables à l'air, et font fuir les insectes , selon la belle observation de M. Chaussier.
L'un des procédés les plus efficaces, et en même temps le plus économique, est l'emploi du chlorure de chaux ( ou muriate oxygéné calcaire ) dans l'eau, à la dose d'une partie sur cent cinquante ou même deux cents parties d'eau. L'effet est singulièrement prompt pour détruire l'odeur putride et neutraliser les matières putrescentes. Ce sel se décompose alors. M. Labarraque, habile pharmacien de Paris, en a fait une application très- heureuse dans Y Art du Boyaudier , qui lui a nVérké le prix de la Société d'encouragement en 1822.