ET DE LA PRESCRIPTION
La. mixtion ne s'opère que sur des médicamens déjà préparés, conservés ou choisis, ainsi que nous venons de l'indiquer. On a distingué les médicamens en simples et en composés, et ceux-ci en composés galéniques ou cltimiques ; enfin en internes ou externes, et surtout en magistraux et en officinaux.
Les médicamens simples, comme un infusum ou décoctum d'une plante, ou sa poudre, un suc non mêlé, un extrait, une conserve, un sirop, sont de ce genre. Les teintures', vineuse, ou alcoolique, ou aceteuse, d'une seule substance, ne sont pas simples, à cause de l'excipient, qui agit aussi lui-même comme médicament.
On peut dire que peu ou point de médicamens sont réellement simples (si ce n'est le soufre, la limaille de fer, etc., ou d'autres corps indécomposés) ; car les plantes sont des corps très-composés par la nature. Aussi les mélanges de médicamens dans les électuaires, les onguens, sont extrêmement compliques.
On ne peut établir aucune démarcation entre les composés galéniques et chimiques, parce qu'il ne s'opère pas une simple mixtion entre la plupart des médicamens qu'on unit, mais d'ordinaire ils réagissent les uns contre les autres, et forment des mixtes dont les propriétés sont fort différentes de celles de chacune des substancesprises séparément: Prenons pour exemple
(0 L'on « rapporté de la Chine des semences qui sont demeurées saines, en les plaçant toift une cloche pneumatique et en faisant le vide; alors l'absence de l'air et de l'humidité les çaranlit bien.
ï>u manière de conserver les œufs Irais est de les enduire de comme arabique , et les rpulcr dans-la poudre de charbon de bois ensuite. M. Cadet Gassicourt a remarqué que des œufs se conservent mieux et fort ltfnc-teinps frais eu les plongeant dans de l'eau de chaux avec excès de ebavx; celle-ci se dépose tn légère coud) e de carbonate calcaire sur la coquille, et en bouche bien les pores. C'est ainsi qu'on e>pédie des «mfo frais jusque dans les colonies, depuis la VVance, et •juils arrivent très-bon* [Journal dp Pliant*., 1821 , jyrç. 4o*>).
MIXTION DES tyÉDICÀMENS, etc.. i75
la thériaque la plus compliquée cl' A ndromachus ( 1 ), composition très-galénique. D'abord le sulfate de fer desséché, et la terre sigillée ferrugineuse se portant sur l'acide gallique et sur le tannin de plusieurs plantes astringentes,, *>nt précipités en noir dans cet électuairc. Cet acide et ce tannin se combinent en partie aux matières animales. Les résines, gommes-résines et sucs astringens tendent à s'agglomérer en grumeaux: les principes muqueux délayés avec le miel et le vin, et en contact avec la chair de vipère, le castoréum et autres corps fernientescibles, dégagent de l'acide carbonique, et boursoufflent la composition ; les huiles essentielles et les arômes des diverses substances se combinent, se neutralisent, ou au contraire s'exhaleut en fermentant de plusieurs manières différentes et inconnues;. de là vient le changement dans l'odeur et la saveur du composé après quelque temps. Les parties ligneuses s'imprègnent des substances humides, huileirses, résineuses; et réciproquement toutes s'unissent ou se combattent, ' selon leurs attractions électives simples ou composées. De là vient que la thériaque prise dans les premiers jours de sa composition , est très-variable dans son action ; elle perd de sa qualité somnifère en vieillissant, parce que l'opium s'y décompose par suite de la fermentation. Enfin lorsque celle-ci s'est bien établie, une portion des huiles essentielles s'exhale avec de l'acide carbonique, il se forme un peu d'alcool par la fer-, mentation du miel et du vin d'Espagne, qui donne alors une qualité plus échauffante ; mais ensuite la fermentation s'apaise, passe à l'acidité, et la plupart des matières oxydées perdent de leurs propriétés. C'est alors de la thériaque vieille, qui agit plus doucement dans l'économie animale, car tous ses principes s'étant combinés et simplifiés, les affinités qui tendaient en divers sens convergent en un seul, et donnent à la composition une action uniforme et régulière. On en peut dire autant du mithridate, de l'orviétan et de tant d'autres électuaires, confections, antidotes, opiats, etc.
Quoiqu'il soit facile de blâmer ces indigestes compositions, il est certain qu'il s'y développe souvent, ou par la fermentation ou par la réaction de leurs divers principes, des propriétés nouvelles et bien constatées dans la pratique médicale, comme
(O Ce médecin de Néron imagina cette composition célèbre, d'après Féleetuaire de Mithridate, publié en vers par le médecin Démocrates, lorsque ce f'oineox roi de Pont eut été vaincu par Pompée. L'objet de ces deux compositions si compliquées était de résister aux poisons stupéllans, aux venjus coagulant par le moyen d'un grand nombre d'aromates échauU'aus , nuis tempérés par l'opium. :
i76 MIXTION DES MÉDICAMENS, etc.
il arrive aussi à plusieurs autres confections d'être détruites ou changées. Le pharmacien seul est en état d'apprécier ces modifications, que l'art chimique n'est pas toujours parvenu à connaître, mais cjtii ont pourtant une influence incontestable sur le corps humain.
L'art de la mixtion consiste donc à savoir tantôt exalter ou adoucir certaines propriétés, à en détruire d'anciennes ou en former de nouvelles , à réunir des qualités divergentes ou à faire diverger celles qui convergent, à éliminer les parties nuisibles, à bien observer les objets qui se conviennent ou qui répugnent entre eux; à assimiler les principes dissemblables, ou séparer les analogues; à connaître dans quel ordre et en quelles conditions les diiFérens ingrédiens se combinent, à quels inconvéniens il faut parer dans telle opération, etc. Par exemple, les corps huileux et résineux ne s'unissant point aux liquides aqueux, il faut savoir en quelle circonstance un intermède alcalin, ou le sucre, ou la gomme, ou le jaune d'œuf, etc., conviennent pour en faire la liaison; en quelle quantité se font les saturations salines; en quel cas il survient des effervescences, des coagulations, des précipitations ou séparations, des résolutions et dissolutions, etc. ; et enfin quel procédé convient le mieux à chaque espèce de corps. L'art consiste véritablement en ces objets; mais il faut avouer qu'il n'est pas % aussi avancé qu'il pourrait l'être. Il ne suffit point des attractions chimiques connues, il en est d'autres, encore peu observées, comme celle des corps gras pour les oxydes métalliques, des résines pour certaines substances ligneuses où elles se fixent, de plusieurs fécules pour l'extractif , des poudres pour s'imbiber d'aromes. D'autres effets sont également inexpliqués. Ainsi les alcalis dissolvent les mucilages et gelées, détruisent subitement l'odeur du musc; les acides diminuent dans les matières sucrées la faculté de cristalliser, rendent solubles plusieurs sels; l'ammoniaque exalte les odeurs et les saveurs animales; les principes âcres et narcotiques des végétaux se détruisent par les acides, s'augmentent par les alcalis; la coction ou la chaleur accroît la saveur sucrée de plusieurs fruits et semences, modifie la fécule en matière muqueuse; le gluten, l'acide sulfurique, peuvent transformer la fécule en sucre et en gomme; la simple décoction change la nature des fécules, de l'albumine; les proportions d'oléine et de stéarine varient dans les corps gras par leur exposition à l'air, etc. On ignore comment la scrophulaire corrige le sené, comment l'hydrochlorate d'ammoniaque ou les alcalis développent les propriétés du quinquina, comment le curcuma aiguise l'activité
MIXTION DES MÉDICAMENS, etc. I?7
du soufre dans le corps humain , et la potasse tempère les propriétés des purgatifs , comment les aromates corrigent la qualité' stupéfiante de l'opium, et comment certains principes des végétaux sont neutralisés et dénaturés par d autres contraires. Un exemple remarquable est celui d'une empoisonneuse qui , ayant mêlé deux poisons végétaux dilférens, croyant ajouter à leur force, ne fit qu'une composition qui excitait l'appétit. De même le sublimé corrosif et le virus syphilitique perdent, en se mêlant, leur activité délétère. Mais au contraire , des corps assez inactifs prennent souvent, en s'unissant, des facultés très-violentes, et l'on en connaît nombre d'exemples en chimie.
Toutes ces connaissances, très-nécessaires au médecin qui formule, le sont plus encore au pharmacien qui opère, et qui est, plus que tout autre, capable de rectifier les recettes ou défectueuses ou indigestes. Depuis que les sciences physiques se sont éclairées, une multitude de remèdes ont été réformés ou très-simplifiés. Mais ces suppressions, indispensables pour beaucoup de compositions, ont été souvent portées à l'exlrême. Plus on ignorait quel pouvait être l'effet des substances, plus on en rejetait. Il est certain cependant que les compositions ne produisent pas les mêmes résultats avant qu'après ces réformations arbitraires et hasardées, soit que les proportions des autres médicamens augmentent trop ou agissent trop à nu, soit que tel remède qui semble inutile serve de correctif ou opère d'une manière inconnue dans le composé. Les anciens qui rédigèrent ces formules si compliquées, cachaient souvent leur ignorance sous un vain étalage de médicamens; mais lorsque l'expérience a prononcé, lorsqu'une raison éclairée a montré ce qu'il fallait retrancher ou conserver, une simplification ultérieure ne peut qu'altérer la composition. Autant une polypharmacie fastueuse et ses prescriptions gothiques annoncent la charlatanerie et l'ignorance, autant l'affectation de simplifier décèle la médiocrité du génie et l'incapacité, qui méconnaissent les ressources qu'offre la nature. N'a-t-on pas vu une drogue négligée réussir où tant d'autres ont échoué? Il y a peut-être telle modification dans telle espèce de végétal qui convient plus à un tempérament, à un état maladif, qu'à tous les autres. C'est l'empirisme qui d'abord a fait connaître les propriétés des médicamens. Si llippocrate était né parmi nous, croit-on qu'il n'eut pas employé le quinquina dans les fièvres, et les bois sudorifiques dans les maladies vénériennes? La découverte d'un nouveau monde et l'état actuel de la civilisation, ont introduit parmi nous de nouvelles maladies, avec
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uti autre genre de vie ; nou6 avons donc aussi besoin de nouveaux remèdes.
De l'art de formuler («)•
La division des compositions en officinales et en magistrales est Tune des mieux fondées. Les médicamens officinaux sont ceux qu'on peut garder Un assez long espace de temps ( un an ou plus), et qu'on prépare d'après les formules généralement approuvées ou adoptées dans les Codex, les Dispensaires, ou d'après des recettes dont on fait quelquefois un secret pour s'en réserver un débit exclusif.
1 .es préparations magistrales sont celles qui , formées pour être employées au moment même, s'exécutent sur-le-champ d'après les prescriptions du médecin, et ne peuvent pas se conserver au-delà d'un ou de quelques jours au plus sans qu'elles se détériorent.
On distingue ordinairement dans les formules, i° la base , a0 l'auxiliaire ou adjuvant, 3° le correctif, 4° l'excipient , 5° l'intermède ; mais toutes ne renferment point ces cinq choses : telles sont Jes poudres , les extraits , les sels, les sirops , etc.
La base qu'on place en tête de chaque prescription , n'est pas le médicament dont le poids ou la quantité domine, mais celui dont les propriétés sont les plus essentielles. Il y a quelquefois plusieurs bases dans la même formule, ce qui comlique le remède , et le rend souvent moins commode à prendre : tels sont les électuaires, les opiats, etc.
On nomme auxiliaire aussi le stimulant, parce qu'il donne plus d'activité à la base. C'est ainsi que des résines drastiques s'ajoutent à des purgatifs lents; que le camphre et les alcools augmentent l'activité^ des antiseptiques ; qu'un peu d'opium accroît la vertu des sédatifs ou tempérans; qu'une huile essentielle imprime plus d'action aux aromates, etc.
Le correctif agit en sens contraire. Lorsqu'une base a trop d'activité , il convient de la modérer comme nous le disons à l'article de l'Adoucissement (toml, pag. i3i). On sait que les alcalis corrigent la violence des résines âcres en s'y combinant; les acides tempèrent la violence des purgatifs et celle de l'opium; les mucilagineux, les gommes, les huiles grasses, enveloppent les parties des corps trop irritans; les aromates masquent les odeurs fétides; les corps sucrés ôtent ou diminuent les saveurs amères ou déplaisantes.
(0 V oyez David Gaubius, Art de formuler, \ vol. in-ix Paria , 1749 1 traduction française.
ART DE FORMULER. i79
Uexcipient, ou aqueux, ou huileux, ou spiritueux, ou acide, ou alcalin, etc., porte aussi le nom de véhicule, de mcnstrue, de dissolvant , etc., selon qu'il sert, soit à délayer, à suspendre, ou diviser, ou mélanger, ou agglutiner les parties d'un composé.
Enfin Y interme de , qui s'emploie pour lier ou unir des corps peu ou point miscibles, se confond quelquefois avec l'excipient ou le correctif, et s'en distingue en d'autre cas. Ainsi, dans une potion avec le camphre, ou une résine, ou une huile, l'excipient peut êtie aqueux; mais l'intermède est, ou l'alcool , ou le jaune d'œuf, ou un mucilage, etc.
Exemple dans une potion purgative.
If Séné mondé . . . . 3 Ç. > « ■ Sousphosphate de soude. 5 iij. J c' Jalap en poudre . . . 3j. Adjuvant. Suc d'un citron . . . Correctif.
Manne en larme» . . $ ij. Correctif servant d'intermède. Infusion de chicorée . § jv. Excipient. Faites selon l'art.
En général , les purgatifs perdent de leur qualitë par une forte ébullition, et la chaleur fait grumeler les résines. On peut les préparer aussi par macération à froid, ou par infusion. *
Autre potion purgative ordinaire,
7f Séné mondé » ~ Q „„Qmm r
Sulfate de soude } a a 8 gramm. 3 ij.
Rhubarbe a gramm. 3 fi.
Manne 48 gramm. % j f>.
Faites bouillir pendant quelques minutes le séné et la rhubarbe, en suffisante quantité d'eau réduite à 160 grammes ou J v. Le décoctum retiré du feu, on ajoute le sel et la manne; après qu'ils sont dissous , on passe avec légère expression. On peut ajouter un peu d'eau distillée de fleurs d'orangers, ou de menthe poivrée, ou de cannelle, pour masquer le goût désagréable et le déboire de cette médecine noire.
Comme la clarification emporte plusieurs parties purgatives du liquide, voici la formule d'une potion purgative clarifiée :
7ù Séné ou follicules. . . . i ~ . ...
Sulfate de soude J aa 12 Sramra- $ «I-
Rhubarbe 4 gramm. 3 i
Manne 8o gramm. 3 ij i fi.
Faites, comme pour la potion précédente, un décocto-infusum, mais dans une quantité d'eau un peu plus considérable, à cause de celle qui doit s'évaporer.
La potion préparée, ajoutez-y un blanc d'œuf battu dans un
ta.
i8o ART DE FORMULER.
peu d'eau ; faites bouillir deux minutes, et, lorsque le liquide commence à bouillir, versez-y :
Suc de citron 8 graram. 3 ij.
Le vase retiré du feu, passez à travers une étamine serre'e ou un filtre. On peut ajouter, si l'on désire, quelque eau distillée aromatique.
Potion purgative d'Andry.
If. Diagréde , ou scammonée eu
poudre. \i grains.
Eau de fleurs d'oranger . . | «- » ' „ » .
Sirop de ileurs de pêcher. . } ^« 3a gramm. § ,.
Alcool de romarin. ... 4 gramm. 3 j.
Ce purgatif est destiné aux personnes qui ont trop de répugnance pour les médecines ordinaires, noires et nauséeuses.
Précautions pour bien formuler.
On doit considérer, lorsqu'on formule, tout ce qui peut altérer ou changer la nature de la composition ; quelles eaux Ton emploie pour menstrues, et s'il y existe des sels ou des sulfures capables de décomposer, ou le tartrate de potasse antimonié, ou le perchlorure, ou le nitrate de mercure, etc. En mêlant deux sels différens, de l'hydrochlorate de chaux et du sulfate de soude (comme lorsqu'on en ajoute au petit-lait), il faut avoir égard à leurs affinités réciproques, pour qu'il ^arrive point de décompositions ou de précipitations imprévues; ce qui survient surtout aux sels dont la base est une terre ou un oxyde d'un métal blanc (consultez, à cet égard, les tables d'affinités, pag. 13.) Il est important aussi d'examiner si l'on n'emploie pas des vases métalliques pour les acides, les alcalis, le soufre et les hydrosulfures ; si l'on ne mêle point des substances terreuses avec des acides, ou dès oxydes avec des corps minéralisans, ou des sels métalliques avec des matières contenant du tannin , de l'acide gallique, etc.; dans les potions, si Ton doit mêler telle substance avant ou après telle autre.
Dans les poudres composées, il convient de remarquer les pesanteurs spécifiques de chaque substance, les pesantes tombant au fond ; et, quant à la pulvérisation, si l'on doit prendre la première ou plutôt la seconde portion qui est toujours plus dense , plus résineuse ou plus ligneuse ; dans les substances volatiles, si l'on doit les chauffer, à quel degré ; dans les décoctions, à quel état de concentration il faut s'arrêter; pour les extraits, s'ils doivent être préparés avec ou sans fécule verte, s'il faut prendre l'herbe fraîche ou sèche, avant ou après la floraison; pour les sucs, s'ils doivent être clarifiés d'une
ÉPOQUE DE QUELQUES PRÉPARATIONS. i8î
manière plutôt que de l'autre ; si une conserve ou des tablettes doivent être préparées avec ou sans cuite du sucre ; si les sirops contiennent ou non un principe fernientescible et muqueux; si un éiectuaire doit être employé' récent ou ancien; si, dans les élixirs, comme celui de Mynsicht , l'acide n a pas trop agi sur les matières végétales : quant aux onguens et emplâtres, s'ils sont formés avec des corps gras et résineux seulement, ou avec des oxydes métalliques réductibles, etc.
Jl n'est pas hors de propos pour celui qui formule, de rechercher les substances dont l'odeur et la saveur causent le moins de répugnance, ou du moins les moyens de les corriger; à moins que cette répugnance ne soit elle-même nécessaire, ou partie du remède , comme l'asa-fœtida , le castoréum pour les hystériques, etc.
De V époque de quelques préparations.
Certaines compositions ne pouvant se faire qu'à des temps lixes dans l'année , nous croyons devoir les indiquer. Au mois de janvier, la froidure permet de concentrer les vinaigres ou autres acides et liqueurs vineuses ou salines, auxquelles l'évaporation ôterait une partie de leurs principes. Le froid enlève aussi aux eaux distillées, simples ou spiri tueuses, l'odeur de leu ou d'empyreume. Plusieurs opérations db chimie ne se font bien que dans le froid, comme l'acide chlorique concentré, etc. En février, on peut se procurer diverses racines, les fruits secs et pectoraux, qui sont apportés des pays méridionaux. La pulvérisation de plusieurs résines demande aussi une température basse comme dans ce mois. Mars permet de recueillir les premières fleurs, la violette, le tussilage, la primevère et les bourgeons de peuplier, pour commencer l'onguent de ce nom. En avril, on y ajoute la mandragore, et l'on récolte différentes herbes. Le mois de mai présente un grand nombre de plantes et de fleurs en pleine végétation; mais l'on doit s'abstenir de recueillir des racines récentes à cette époque. On fait alors toutes les préparations dans lesquelles entrent les antiscorbutiques, ou l'absinthe, la camomille, le romarin, le sureau, etc. , comme l'emplâtre de ciguë, celui de bétoine, le diabotanum* Les cantharides et autres coléoptères s'amassent en ce temps. En juin, on récolte surtout les roses et une multitude d'autres plantes en fleurs; on distille les unes, on infuse les autres, ou dans l'alcool, ou dans des huiles fixes; on fait le baume tranquille, on achève \e populéum, on compose l'onguent martiatum et celui de nicotiane ; on continue l'eau des trois noix commencée en avril. On peut en juillet tirer les
i8a ESPECES.
huiles essentielles de plusieurs fleurs de labiées et des semences d'ombellifères ou des sommités des corymbiferes. Les groseilles, les cerises, les framboises, permettent de préparer diverses confitures, vinaigres, sirops, conserves, comme aussi, avec l'œillet, la mélisse , la fleur d'oranger, la menthe, etc.; de même le cassis, la cerise noire, les mûres , les noix vertes, plusieurs graines. Vers le commencement d'août se recueillent avec les fruits de cynorhodon, les fleurs du grenadier; les concombres , melons et autres fruits succulens mûrissent ; les têtes de pavots s'amassent; les plantes sont dans un état de maturité. Cet état augmente encore en septembre, époque de la récolte de plusieurs fruits à noyau, les pruneaux, les baies de l'alkékenge , du nerprun et sureau, les fleurs de safran ; on recueille alors plusieurs racines, la réglisse, l'angélique, la fougère ou les feuilles des capillaires. En octobre , on a le raisin et tous ses produits, les vins, les sirops, le raisiné, les confitures, et aussi les fruits à pépin; on fait le sirop de pommes, les sucs de coings, etc.; on tire les huiles des amandes, olives, noix, palma-christi , les fécules de pommes-de-terre, de châtaignes; on amasse les baies de genièvre, la coriandre, le sumac, le garou, le polypode, la garance, l'avinée , la consoude et la cynoglosse, etc. En novembre, on prépare l'agaric de chêne, on sèche plusieurs graines , on se procure diverses racines bulbeuses. Enfin, décembre n'offrant rien pour la végétation, le pharmacien emploie ce temps à plusieurs opérations de chimie, et met à profit la chaleur du foyer ou des poêles pour diverses infusions, concentrations, etc.