PROPRIÉTÉS MÉDICINALES DU FER ET DE SES COMPOSÉS
Le fer, dans ses divers composés, constitue un des médicaments les plus précieux de la matière médicale. Le fer est utile quand il y a inertie de la force d'alimentation, appauvrissement du sang qui s'est produit lentement et perversion des forces digestives hématosiques.
Sous son influence, la digestion se rétablit, le sang devient plus coloré, plus plastique, la force musculaire s'accroît ; tout ce qui tient à la nutrition s'améliore. Comme dans la chlorose, maladie à laquelle le fer est si heureusement appliqué, les globules du sang sont moins nombreux, on en a conclu que le fer allait directement servir à la formation des globules ; si Ton veut bien considérer cependant que le fer qui est absorbé est en proportion énorme par rapport à la petite quantité de fer contenue dans la totalité du sang, et, d'autre part, que, dans les conditions ordinaires, le fer contenu dans nos aliments est suffisant pour satisfaire aux métamorphoses des globules sanguins, on sera disposé à faire la plus belle part dans les effets aux propriétés toniques du fer et au rétablissement des fonctions
Le fer est absorbé, on le retrouve dans les veines mésaraïques. 11 en sort un peu par l'urine, très-peu par la transpiration, à peine par les poils. C'est le foie qui paraît être le véritable organe d'expulsion. On observe en effet que le sang qui sort du foie est moins riche en fer que celui qui y entre ; la bile transporte le fer éliminé dans l'intestin; et, dans celui-ci, on a pu reconnaître que la proportion du fer augmente dans les matières de la digestion à mesure qu'elles sont puisées dans une partie plus éloignée du canal di-
gestit.
Les maladies contre lesquelles le fer est employé sont en première ligne la chlorose, dont il est le spécifique, les digestions mauvaises par suite de la mollesse de la constitution, la faiblesse qui se montre à la suite de l'action de toutes les causes débilitantes, les affections nerveuses, les fièvres intermittentes, dont il peut prévenir le retour. A l'intérieur, et plus encore à l'extérieur, on y a recours comme astringent; il peut aller jusqu'à coaguler le sang dans les artères et dans les veines.
On reproche au fer de prédisposer aux hémorrhagies, à Fépistaxis surtout. C'est un résultat de la pléthore, qui est l'un des effets que l'on recherche dans son administration.
Les composés du fer employés en médecine sont très-nombreux ; on se sert du métal, de ses oxydes, des sels que forment ces oxydes avec les acides minéraux et végétaux ; enfin on emploie un certain nombre de combinaisons doubles; et tout cela, sous des formes variées. Ces préparations se réduisent, en somme, à des sels solubles, les uns que l'on prend tout formés, les autres qui se forment par réaction des humeurs intestinales sur les composés non salins. On peut dire que toutes ces préparations si diverses sont bonnes, bien
qu'elles ne le soient pas au même degré. Si les intérêts particuliers n'étaient pas là qui opposent leurs réclamations, si l'influence de la réclame ne se faisait pas sentir sur les médecins comme sur le pu blic, on opérerait une large réforme et on ferait rentrer dans l'oubli une foule de préparations qui, n'étant pas meilleures que d'autres, sont venues encombrer sans utilité le cadre de la matière médicale.
On a dit que les sels de protoxyde sont seuls efficaces ; on s'est appuyé, pour le soutenir, sur les bons effets des eaux minérales qui contiennent le fer sous cet état, et aussi sur la désoxygénation des sels de protoxyde que Ton croit être opérée dans le sang. A un certain moment, on a voulu au contraire que les sels de peroxyde fussent préférés ; il est certain que les uns et les autres sont actifs.
Les composés insolubles du fer doivent être administrés en même temps que les aliments; ils ne peuvent devenir solubleset être absorbés qu'à la faveur des acides dont les aliments provoquent la sécrétion; quant aux sels solubles, on peut les donner avant ou après le travail de la digestion ; cependant, comme leur sapidité astringente fatigue l'estomac, à moins qu'ils ne soient en dissolution extrêmement étendue, ou qu'on ne les destine à agir comme astringents, il y a avantage aussi à les introduire en même temps que les substances alimentaires. Les sels à acides minéraux produisent une impression plus raide et sont plus difficilement supportés.
Quand un sel soluble est introduit dans l'estomac et se trouve en contact avec le suc gastrique, il résulte des expériences de M. Mitscherlisch et de Quevenne, qu'il se fait une précipitation qui sépare une partie du fer en un composé insoluble. Une partie du fer reste dissoute ; elle est absorbée directement. L'autre finit par l'être à son tour, à mesure que la digestion de la matière organique combinée avec le fer s'opère, soit dans l'estomac, soit après la sortie de l'estomac, dans l'intestin.
11 semble oue l'activité d'une préparation de fer doit être en rapport avec ia quantité de fer qu'elle contient. C'est là un élément dont il faut tenir compte ; mais il faut se rappeler que c'est le fer absorbé seul qui agit et que tous les composés de fer ne le sont pas avec la même facilité. L'absorption des composés insolubles est toujours moins certaine, puisqu'elle dépend de la proportion des agents de dissolution acides et alcalins qu'ils pourront rencontrer. Elle dépend aussi pour chacun d'eux de leur degré de cohésion, ainsi que de l'état du fer qui s'y trouve contenu ; néanmoins le tableau suivant pourra être consulté avec quelque avantage.
Tableau général de la composition des préparation* de fer.
Per métallique pour 100.
Fer métallique 100
Oxyde noir 72
— ferrique 69
Sulfure ferreux 62
Hydrate ferrique 56
Carbonate ferreux 50
Chlorure ferreux 43
Phosphate ferreux 30
Pyrophosphate ferrique 30
Acétate ferrique 37
Chlorure ferrique 34
Sulfate ferrique ?8
Chlorure ferreux 27
Chlorure ferrique hydraté 26
Tartrate ferrique 25
Citrate ferrique 22
Tartrate ferrico-potassique 21
Lactate ferreux 20
Sulfate ferreux 20
lodure ferreux 18
Phosphate cit ro ammoniacal 18
Tannate ferrique 16
Chlorure ferrique ammoniacal Il
Citrate de fer et d'ammoniaque 12
Je diviserai l'étude des préparations de fer de la manière suivante .
Protoxyde : sels de protoxydes, que je distinguerai en sels à acide minéral ou à acide organique, en sels solubles ou insolubles.
Comme appendice, je traiterai du fer métallique, qui ne devient actif qu'après qu'il a été changé en sel soluble par les acides du canal intestinal.
Peroxyde : sels à base de peroxyde de fer distingués aussi en sels à acide minéral ou organique, en sels solubles ou en sels insolubles.
Comme appendice, le peroxyde de fer isolé.
Oxyde ferroso- ferrique : constitue l'éthiops et existe dans le safran de Mars.
Composés mixtes : contenant un autre élément actif que le fer. — lodure de fer, tannate de fer.
Chacun de ces composés peut servir sous des formes très-diverses, poudres, pilules, solutions, sirops, etc. Pour l'usage interne, on peut dire d'une manière générale qu'il faut éviter les formes qui obligent à laisser les préparations de fer dans la bouche, car elles
ont souvent une saveur désagréable, et elles ont de plus l'inconvénient de noircir les dents.
§ I. - COMPOSÉS CONSTITUÉS PAR LE PROTOIYDE DE PER OC SES CORRESPONDANTS.
Le protoxyde de fer ne s'obtient que par des procédés chimiques d'une exécution difficile. Il est inusité, mais on fait un usage fréquent des sels dont il est la base. Ces sels sont à acide organique ou inorganique : ils sont les uns solubles, les autres insolubles dans l'eau.
Le carbonate, le tartrate et le phosphate sont insolubles. Les sels solubles à acide minéral, sulfate et chlorure, ont une saveur styptique astringente , que l'estomac supporte difficilement, à moins qu'ils ne soient en dissolution très-étendue. Si on les fait prendre en même temps que les aliments, le précipité qui se fait dans le chyme est plus difficilement solubleque celui qui est produit par les sels à acide végétal. Ceux-ci sont généralement préférés pour l'usage interne.