‹ Traité de pharmacie théorique et pratiqueChapitre 336 sur 608 · SAFRAN DE MARS APÉRITIF · texte numérisé non relu

SAFRAN DE MARS APÉRITIF

On fait dissoudre à chaud dans l'eau du sulfate de fer exempt de cuivre ; on filtre la dissolution ; d'autre part on fait une dissolution de carbonate de soude cristallisé (environ 20 parties pour il de sulfate). On met dans un grand vase la dissolution froide de sulfate, on l'étend d'eau et Ton y verse peu à peu la liqueur alcaline également froide, jusqu'à ce qu'il cesse de se former un précipité, et même qu'il y ait un excès d'alcali ; on laisse déposer, on décante la liqueur surnageante ; on lave le dépôt à l'eau froide jusqu'à ce que les eaux de lavage soient sans saveur; on le recueille sur une toile, on le laisse égoutter, puis on le fait sécher à l'ombre ; quand il est sec, on le pulvérise et on le passe au tamis de soie.

^ Le mélange du carbonate de soude avec le sulfate de fer donne -lieu à la formation de sulfate de soude qui reste en dissolution et qui est emporté par les lavages, et à celle d'un précipité blanc, qui est du carbonate de protoxyde de fer; mais bientôt ce précipité absorbe l'oxygène de l'air, devient vert, puis rougeàtre, effet qui se continue pendant les lavages et la dessiccation, et le protoxyde de fer pisse entièrement à l'état de peroxyde. La couleur verte est due à la formation intermédiaire d'une combinaison de protoxyde et de peroxyde de fer, qui est elle-même convertie lentement en peroxyde. En cet état, le peroxyde est combiné avec de l'eau, constituant un hydrate, et c'est de peur de le détruire que l'on fait les précipitations et les la- •yages à l'eau froide. Le nom de carbonate de fer, que l'on donne encore à ce composé, lui est donc appliqué fort improprement. Cependant il fait presque toujours effervescence avec les acides ; cela peut provenir quelquefois de ce qu'il n'est pas resté assez longtemps exposé à l'air, et de ce qu'il retient du carbonate de protoxyde ; mais il présente encore ce caractère quand tout le protoxyde de fer a disparu, ce qui tient à ce que l'hydrate reste mêlé d'un peu de carbonate de peroxyde avec excès de base. J'ai trouvé 8 p. 100 d'acide carbonique dans un safran de Mars qui était resté assez longtemps exposé à l'air, qui avait été lavé avec le soin que l'on peut apporter au lavage d'une substance qui est destinée à l'analyse, et dont la dissolution ne donnait pas la moindre trace de précipitation avec le chlorure d'or.

La composition du safran de Mars ordinaire est un peu variable ;

il contiendra d'autant plus de carbonate d'oxydule qu'il aura été desséché avec plus de rapidité ; la proportion du carbonate basique de peroxyde y sera d'autant moindre, que la matière aura été conservée plus longtemps à l'état humide.

Le safran de Mars apéritif est une poudre fine, sans saveur, d'une belle couleur rouge brune; celui de la droguerie est souvent mélangé d'ocfe ou de brique pilée. On retrouve ces substances par l'acide chlorhydrique étendu qui ne les dissout pas, tandis qu'il dissout au contraire avec facilité l'oxyde de fer.

Le safran de Mars a moins de cohésion que le colcothar et le safran de Mars astringent, aussi est-il préféré pour l'usage médical. On le donne toujours à dose assez élevée, quelques centigrammes à quelques grammes par jour. Il appartient à la série des composés insolubles qu'il faut administrer en même temps que les aliments; il est d'autant plus actif qu'il retient une plus grande quantité de carbonate ferreux non décomposé. C'est sur ce composé plus basique que se porte d'abord l'action dissolvante des sucs acides de l'estomac.

Safran de Mars astringent. On connaissait sous ce nom le safran de Mars apéritif qui avait été chautfé. L'eau se dégageait, et il restait du peroxyde de fer, non chimiquement pur, parce que le safran de Mars apéritif retient souvent un peu de fer qui n'est pas peroxydé. La proportion en est très-faible.

On préparait encore autrefois le safran de Mars astringent en calcinant au contact de l'air l'oxyde connu sous le nom de battitures, qui se forme quand on chauffe le fer au contact de l'air ; mais cet oxyde est dense, sa suroxydation est difficile à obtenir et le produit est moins divisé.

§ III. - COMPOSÉS FERROSO-FERIUWES.

ÉTHIOPS MARTIAL.

FeO + Fe»0».

L'Éthiops martial est une combinaison de protoxyde et de peroxyde de fer. Il a reçu les noms de Deutoxyde de fer, Oxyde de fer noir, Oxyde ferroso-ferrique. Il y a trois fois autant d'oxygène dans le peroxyde que dans le protoxyde.

Pour obtenir l'éthiops martial, le meilleur procédé consiste à associer le sulfate de protoxyde de fer au sulfate de peroxyde en proportions telles que les deux oxydes représentent l'oxyde ferroso-ferrique

et à décomposer brusquement le mélange salin par un alcali. Il faudra opérer de la manière suivante. On fait dissoudre dans l'eau à une douce chaleur 25 parties de sulfate de peroxyde de fer et 17 parties de sulfate de protoxyde cristallisé. D'autre part on fait une dissolution de 80 parties de carbonate de soude cristallisé ; on la porte à l'ébullition et Ton y jette brusquement les sels de fer. — La décomposition se fait avec un dégagement d'acide carbonique ; on lave l'oxyde noir qui s'est précipité et on le fait sécher.

M. Cavezzali a donné un procédé qui a été depuis étudié par M. Guibourt, qui est encore recommandé par beaucoup de personnes, mais qui ne réussit pas très-bien sur de petites quantités; il a <le plus l'inconvénient d'être fort long. On prend une quantité voulue de limaille de fer, soit 8 à 10 kilogrammes ; on la pile dans un mortier, on la passe dans un tamis de crin, et on la lave par décantation dans une terrine, jusqu'à ce que l'eau n'entraîne plus de rouille. On la tasse alors au fond de la terrine, et l'on fait égoutter toute l'eau non adhérente au fer. De temps en temps, on remue la matière et on l'humecte avec un peu d'eau, de manière à en saturer la masse, sans qu'il y en ait un excédant qui puisse couler quand on vient à incliner la terrine ; au bout de cinq à six jours au plus, on délaye le fer dans l'eau; on sépare par décantation l'oxyde qui s'est formé ; on le reçoit sur un filtre, on l'exprime et on le fait sécher à l'étuve. Geiger conseille de délayer cet oxyde dansde l'alcool rectifié, d'exprimer fortement et de le sécher rapidement dans un courant d'air sec. Le fer qui n'a pas été oxydé est soumis au même traitement jusqu'à ce qu'il ait été converti entièrement en oxyde noir.

Le fer ne décompose pas l'eau à la température ordinaire, mais il commence à s'oxyder par l'oxygène tenu en dissolution par l'eau que l'on emploie à l'opération. Aussitôt que le fer est couvert d'une couche d'oxyde, ces deux corps constituent un élément voltaïque qui décompose l'eau ; son oxygène oxyde le fer, tandis que son hydrogène se dégage ; on le reconnaît aisément à son odeur. L'oxyde qui se forme est l'éthiops ; c'est lui qui se produit toujours lors de la décomposition de l'eau par le fer. Pendant que cette réaction se fait, la température s'élève ; mais elle ne dépasse jamais 50°.

L'oxyde de fer noir, obtenu, par ce procédé, qui est du reste fort économique, contient toujours un peu d'ammoniaque qui se produit, suivant la remarque de M. Austin, par la combinaison de l'hydrogène de l'eau avec l'azote de l'air ; il est presque constamment aussi mélangé de peroxyde, qui provient de ce que l'oxygène de l'air continue à oxyder le fer pendant tout le cours de l'opération, et

de ce que l'oxyde noir continue à absorber ce gaz pendant tout le temps qui est nécessaire pour le séparer et le sécher.

Page 1