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ERCURE DOUX A LA VAPEUR

La préparation du mercure doux à la vapeur a consisté longtemps à faire arriver en même temps, dans un même espace, de la vapeur d'eau et du mercure doux vaporisé ; les vapeurs de celui-ci se condensaient au contact de la vapeur d'eau, parce que leur température se trouvait abaissée au-dessous du point où elles pouvaient conserver l'état aériforme ; mais elles restaient sous la forme d'une poudre fine, parce que la vapeur d'eau qui s'était interposée entre elles mettait obstacle à ce qu'elles pussent se réunir en une masse cohérente. La première préparation de ce genre a été faite par Josias Jewel. M. Ossian Henry a décrit depuis un appareil plus convenable, qui a longtemps été adopté dans le laboratoire; mais ce procédé est d'une exécution très-difficile, et il n'a jamais donné de produits comparables à ceux fournis par le commerce anglais. J'ai découvert

quel était ce procédé anglais, et la préparation du mercure doux divisé est devenue Tune des opérations les plus faciles de nos laboratoires. Il s'agit de faire arriver les vapeurs de mercure doux dans un réservoir assez grand pour qu'elles soient condensées avant d'être en contact avec les parois, lorsqu'elles sont encore mélangées à l'air. Celui-ci, interposé entre les particules de la vapeur minérale, oppose un obstacle mécanique à la réunion de ces particules au moment où la solidification a lieu.

Les vases dans lesquels je chauffe le calomel sont des tubes en terre allongés de 10 centimètres de diamètre sur 50 à 60 centimètres de longueur. Ils sont fermés à un bout et ouverts à l'autre ; chacun d'eux peut contenir 10 à 12 kilog. de mercure doux. J'ai le soin de les enduire à l'extérieur d'une couche de terre argileuse ; de cette manière, chaque tube peut servir à plusieurs opérations.

Le tube est placé dans un fourreau allongé ; il sort par l'un des côtés sur une longueur de 4 centimètres, et il pénètre à fleur de la paroi d'un récipient. Ce récipient est une grande fontaine en grès qui a été percée aux deux tiers de sa hauteur d'un trou rond dans lequel l'extrémité ouverte du tube entre à frottement. On achève de boucher la jointure avec un peu de lut. On pose le couvercle sur la fontaine et on l'ajuste avec une bande de papier collé ; on laisse en haut une ouverture qui permet à l'air dilaté de sortir librement. Il suffît de la recouvrir avec une plaque de verre. A cette fontaine on pourrait substituer une petite chambre dont la paroi du côté du fourneau sera construite en briques. J'ai fait une opération de ce genre dans une chambre destinée habituellement à la fabrication du chlorure de chaux, et qui a 4 mètres cubes de capacité. L'opération y a très-bien réussi ; mais, pour des doses de quelques kilogrammes, je préfère la fontaine de grès, qui se manœuvre et se nettoie sans difficulté.

Le récipient doit être aussi rapproché que possible du fourneau, pour éviter que le mercure doux ne se condense dans le bout du tube; pour la même raison, le tube doit arriver à fleur de la paroi du récipient et ne pas s'enfoncer dans l'intérieur. D'un autre côté, il faut que le récipient soit soustrait à la chaleur qu'il recevrait directement du fourneau. A cet effet, l'ouverture par laquelle le tube sort du fourneau est bouchée avec de la terre et deux diaphragmes métalliques qui embrassent le tube en dehors du fourneau, s'interposent entre lui et le récipient en mettant ce dernier à l'abri du rayonnement. Ainsi se trouvent réunies ces deux conditions essentielles de succès : le tube est chauffé très-près du point où il pé-

nètre dans le récipient pour éviter que le calomel ne s'y condense ; le récipient est abrité de la chaleur du fourneau : c'est afin d'éviter qu'il ne s'échauffe, car si la température s'élevait trop, le calomel d'abord déposé en poudre se réunirait en agglomérations cristallines.

Rien de plus simple que la conduite du feu : on chauffe d'abord le tube au rouge sombre dans la partie la plus voisine du récipient, puis on porte peu à peu le feu dans toute la longueur du tube. Une heure et demie à deux heures suffisent à la complète volatilisation de 10 kilog. de mercure doux.

Quand on juge l'opération terminée, on laisse refroidir l'appareil, on le délute et on lave le calomel avec de l'eau distillée jusqu'à ce que les eaux de lavage ne se colorent plus par l'hydrogène sulfuré. On le fait sécher à une douce chaleur.

L'opération peut réussir également en petit ; on se sert alors d'une cornue à col court que l'on fait communiquer avec un ballon assez grand.

Le mercure doux, après sa préparation, doit être lavé avec le plus grand soin, jusqu'à ce que les eaux de lavage ne se colorent plus par l'hydrogène sulfuré; car il contient un peu de sublimé corrosif, soit parce qu'il en contenait d'abord, soit parce que l'on ne peut volatiliser ce composé sans qu'une petite partie soit changée en mercure métallique Jet en deutochlorure. Cette transformation a l'inconvénient de donner un produit moins blanc ; aussi, pour l'éviter, on ajoute au mercure doux, qui doit être sublimé, une petite quantité de sublimé corrosif. Celui-ci transforme en protochlorure les portions de mercure métallique qui se forment ou celui que les pains dé mercure doux sont sujets à contenir. C'est pour la même raison que l'on opère sur du mercure doux déjà préparé, le mélange du sublimé corrosif et du mercure métallique étant beaucoup plus sujet à laisser passer du mercure non combiné.

Le mercure doux à la vapeur est presque le seul que l'on emploie maintenant ; son état de division le rend plus actif.

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