PRÉCIPITÉ BLANC
( Protochloru re de mercure par précipiUtioo.)
I»r. : Azotate de proluxyde de mercure cristallisé.... Q. V.
Broyez les cristaux de proto-azotate de mercure dans un mortier de verre ou de porcelaine avec de l'eau chaude aiguisée d'un peu d'acide azotique; décantez la liqueur et broyez avec de nouvelle
eau acide, et ainsi de suite jusqu'à ce que tout l'azotate soit dissous ; réunissez les liqueurs et précipitez-les en ajoutant un petit excès d'acide chlorhydrique. Lavez le précipité avec grand soin, jetez-le
I sur une toile, et quand il sera suffisamment égoutté, faites-en des
trochisques que vous sécherez à l'air.
f L'acide chlorhydrique décompose le protoxyde de mercure de
i l'azotate; il se fait de l'eau et il se précipite du protochlorure de
mercure. Si l'on acidulé l'eau qui sert à dissoudre l'azotate de mercure, c'est que celui-ci serait décomposé par l'eau en sous-azotate insoluble et en azotate acide.
On remplace parfois l'acide chlorhydrique pour la précipitation par une dissolution de sel marin purifié ; on filtre cette liqueur et on l'acidulé légèrement avec de l'acide azotique; alors on ajoute cette dissolution à celle du mercure ; on lave avec beaucoup de
l soin le précipité qui se forme; on le recueille et on le fait sécher.
La décomposition se fait entre de l'azotate de protoxyde de mercure et le chlorure de sodium ; le sodium prend l'oxygène du mercure et lui abandonne le chlore. Il en résulte de l'azotate de soude et du protochlorure de mercure.
La dissolution de l'azotate de mercure contient un excès d'acide qui est indispensable pour tenir l'azotate en dissolution. En cet état, si on l'étendait d'eau, il se formerait du sous-azotate insoluble. Le môme effet serait produit par la dissolution de sel marin, et le protochlorure de mercure resterait mêlé à du sous-azotate que les lavages n'enlèveraient pas. C'est pour éviter cette précipitation qu'il faut aciduler aussi la solution de sel marin, car une eau acidulée ne précipite pas du sous-azotate de mercure. On conçoit que cette formation «de sous-azotate doit avoir lieu encore si la quantité d'acide ajoutée au sel marin n'est pas suffisante. Cet inconvénient n'est pas à craindre si l'on se sert d'acide hydrochlorique pour faire la précipitation, mode qui, pour cette raison, doit être préféré.
M. Guibourt a blâmé l'emploi de l'eau chaude pour dissoudre l'azotate de mercure, croyant que, sous son influence, il y avait, par la réaction des deux acides, du chlore formé qui transformait une partie du protochlorure en sublimé corrosif. Il n'en est rien. J'ai fait avec le même azotate mercureux, et en opérant chaque fois avec 250 grammes de ce sel, 4 opérations comparatives : i° j'ai dissous l'azotate dans de l'eau froide faiblement acidulée par l'acide azotique ; j'ai précipité par l'acide hydrochlorique étendu ; 2° j'ai dissous l'azotate de la même manière, et je l'ai précipité par une dissolution de sel marin, aiguisée d'acide azotique; 3° j'ai dissous l'azotate
de mercure dans de l'eau à 60°, acidulée par l'acide azotique, et j'ai précipité par l'acide hydrochlorique étendu ; 4° j'ai fait une dissolution, également à chaud, de l'azotate, et je l'ai précipitée par la dissolution acidulée de sel marin : ni dans les dissolutions d'azotate, ni dans les liqueurs précipitées, il n'y avait de deutoxyde de mercure.
Quand le précipité blanc est bien lavé, il a absolument la même composition que le mercure doux, seulement il retient presque toujours un peu d'eau interposée ; il est fort actif, parce qu'il est très-divisé ; il se rapproche beaucoup du mercure doux à la vapeur, mais l'état de cohésion n'est pas le même ; le précipité blanc forme une poudre qui se tasse et se grumelle comme la plupart des poudres obtenues par précipitation ; le mercure doux préparé à la vapeur a quelque chose de plus cristallin.
Emploi médicinal du protochlorure de mercure. — Le protochlorure de mercure est la base d'une multitude de préparations qui sont plus généralement magistrales qu'officinales, et qui varient pour les doses et pour la composition. On fait aujourd'hui un usage exclusif du mercure doux par la vapeur ; le précipité blanc est réservé à l'emploi chirurgical. Le mercure doux est souvent employé comme purgatif à des doses très-variées, suivant les individus, 2 à 5 centigrammes pour les enfants, 25 centigrammes à un gramme pour les adultes. L'action purgative se soutient pendant 20 à 30 heures; elle détermine une abondante sécrétion de bile, qui donne aux selles une couleur vert-épinard. Très-souvent on associe au mercure doux d'autres purgatifs, tels que la rhubarbe, le jalap, l'aloès, qui assurent la purgation, et expulsent le mercure doux, qui n'est plus nécessaire.
On se sert du mercure doux comme fondant et dépuratif dans les maladies scrofuleuses et les affections de la peau. On s'en sert souvent aussi comme vermifuge.
Quand on le donne à très-petites doses, souvent repétées, il détermine rapidement la salivation mercurielle.
Comment s'expliquer l'action médicinale du mercure doux, substance éminemment insoluble; comment peut-il être absorbé? L'effet de ce corps peut être simplement local; c'est en cela que consiste sa principale action comme substance purgative; mais pour qu'il soit absorbé, il faut nécessairement qu'il devienne soluble ; suivant M. Mialhe, il le devient par les chlorures qu'il rencontre dans l'économie, qui le transforment en mercure métallique et en bichlorure de mercure, lequel est absorbé à la faveur des chlorures alcalins et de l'albumine des humeurs.
Telle est la théorie célèbre mise en avant par M. Mialhe, laquelle est incontestable dans sa généralité.
Met-on du mercure doux, hors du contact de l'air, en présence du sel marin ou du sel ammoniac, la proportion de mercure qui entre en dissolution est infiniment petite, et ne suffirait pas pour justifier la théorie de M. Mialhe ; mais, au contact de l'air, il en est autrement; l'oxygène est absorbé ; il se fait de l'oxyde et du bichlorure de mercure, ou, si l'on veut, de l'oxydo-chlorure de mercure, lequel est très-soluble dans le sel marin. C'est cet oxydo-chlorure qui se forme dans l'économie, et qui est la matière agissante ; il s'en fait peu, parce que nos humeurs sont peu chargées de chlorure, et parce que les gaz intestinaux ne sont pas riches en oxygène.
Je crois que M. Mialhe n'est pas dans le vrai quand il refuse toute action locale au mercure doux et ne veut voir dans l'effet purgatif que l'action du sublimé corrosif qui se serait formé : l'action locale du mercure doux sur la peau est évidente; et, s'il n'agissait que par le composé mercuriel qui se forme, on n'aurait pas besoin de l'employer comme purgatif à une dose aussi élevée ; mais on n'est pas plus en droit de nier toute action chimique; M. Mialhe a fourni à ce sujet des arguments très-sérieux : l'action plus vive du mercure doux chez les individus qui mangent plus de sel, l'absorption plus rapide et la salivation arrivant vite quand le mercure doux est donné à très-petites doses souvent répétées.
En résumé, pour que le protochlorure de mercure pénètre dans l'économie, il faut qu'il soit changé d'abord en oxydochlorure, lequel est dissous ensuite à la faveur des sels alcalins et absorbé sous cette forme.
Il est bon que le praticien soit prévenu que le mercure doux ne doit jamais dans une formule être associé à l'acide cyanhydrique .
M. Mialhe a fort bien étudié la réaction qui en résulte. Il se fait du mercure métallique, de l'acide chlorhydrique et du cyanure mercurique ; mais à cette réaction en succède une autre : l'acide chlorhydrique, réagissant sur le cyanure de mercure, donne de l'acide cyanhydrique et du bichlorure de mercure. Mais cette décomposition n'est que partielle, de sorte que l'on trouve en même temps dans la liqueur tous les produits susnommés, plus une trace d'ammoniaque et d'acide formique provenant de la décomposition mutuelle de l'acide cyanhydrique et de l'eau. Les sels de protoxyde de mercure exercent tous une action analogue. Les amandes amères et l'eau de laurier-cerise se comportent comme l'acide cyanhydrique. Avec l'eau de laurier-cerise, suivant l'observation de M. Béranger de
Lausanne, il se fait du mercure, du cyanure de mercure et du chlorure de benzoïle.