OXYDES ET ACIDES DE L'ANTIMOINE
L'Antimoine forme quatre combinaisons différentes avec l'oxygène : 1° un sous-oxyde ; 2° un oxyde salifiable ; 3° l'acide antimonieux ; 4° l'acide antimonique.
Le sous-oxyde d'antimoine est d'un brun noir; il se forme quand on emploie l'antimoine comme conducteur positif d'une pile voltaïque, ou quand l'antimoine divisé est exposé à l'air.
Le protoxyde ou oxyde antimonique est blanc, facilement fusible,
volatil; c'est le seul des oxydes d'antimoine qui se combine avec les acides. 11 est formé de : 1 pp. antimoine, 3 pp. oxygène = SbO3.
L'acide antimonieux, ou deutoxyde d'antimoine, est blanc, insipide, infusible ; à l'état d'hydrate humide, il rougit le tournesol ; il est à peine soluble dans l'eau; il se combine aux bases. L'acide antimonieux a pour formule SbO*.
L'acide antimonique, ou peroxyde d'antimoine, a une couleur jaune pâle ; à l'état d'hydrate, il est blanc, et il rougit le tournesol; une forte chaleur le transforme en oxygène et en acide antimonieux ; il se combine très-bien aux bases. Il a pour formule SbO5.
Ces composés oxygénés de l'antimoine sont à peine employés en médecine; les anciens faisaient usage, sous le nom de Céruse d'antimoine, d'un mélange d'acide antimonieux et d'acide antimonique. Ils employaient, sous le nom de Fleurs argentines d'antimoine, le protoxyde cristallisé. On l'obtient en mettant de l'antimoine au fond d'un grand creuset, et par-dessus, et à quelque distance, un couvercle percé d'un trou, puis en fermant le creuset avec son couvercle, et chauffant la partie du creuset où se trouve l'antimoine. On trouve l'oxyde cristallisé à la surface du culot métallique. Le Codex donne pour cette opération le procédé suivant : on met l'antimoine dans un têt à rôtir carré, on place ce têt dans le moufle d'un petit fourneau de coupelle de Darcet, préalablement échauffé, en substituant à la porte du moufle un gros charbon bien allumé, placé de manière à ce qu'il n'obstrue pas complètement l'entrée. Lorsque l'antimoine est en pleine fusion et qu'il répand d'abondantes vapeurs, on bouche toutes les ouvertures du fourneau, excepté celle du moufle. A mesure que la température baisse, l'oxyde d'antimoine se dépose d'abord sur les parois du têt, puis sur la surface de l'antimoine, en aiguilles longues, aplaties et d'un brillant nacré. Quand le métal est tout à fait solide, on retire le têt et on sépare l'oxyde produit. On débouche toutes les ouvertures du fourneau ; le charbon se rallume et on recommence l'opération, et ainsi de suite jusqu'à ce qu'on ait recueilli assez d'oxyde. On se procure plus facilement l'oxyde d'antimoine en faisant bouillir l'oxydochlorure d'antimoine avec une dissolution de bicarbonate de soude, lavant bien le précipité, et le faisant sécher. Le Codex le désigne alors sous le nom d'oxyde d'antimoine par précipitation. Suivant M. Oscar Figuier, l'oxyde d'antimoine préparé avec les bicarbonates de potasse ou de soude retient un peu d'alcali ; on ne réussirait à avoir cet oxyde parfaitement pur qu'en se servant du carbonate d'ammoniaque.
antimonieux s'obtient en chauffant de l'antimoine avec
de l'acide azotique, évaporant à siccité, et calcinant; mais quand on veut s'en servir en médecine, il vaut mieux décomposer par un acide rantimonite de potasse ; on obtient alors l'acide antimonieux hydraté, et dans un moindre état de cohésion. A cet effet, on fait fondre, à une chaleur très-modérée, i partie d'acide antimonieux obtenu par l'acide azotique, avec un poids égal au sien de carbonate de potasse, et l'on met la masse dans de l'eau acidulée par de l'acide azotique, de manière à dissoudre tout l'alcali, et à ne laisser que l'acide antimonieux.
Quant à l'acide antimonique hydraté, on le prépare en traitant de la même manière l'antimoniate de potasse.
M. Trousseau a étudié de nouveau ces diverses préparations d'antimoine comme contro-stimulants ; il les dit douées des mêmes propriétés que l'antimoniate de potasse. Celui-ci seul est resté dans la pratique.
ANTIMOINE DIAPHOHÊTIQUE.
Biantimoniate de potasse, Oxyde blanc d'antimoine.)
KO, 2SbO» + 6Aq.
Le Biantimoniate de potasse est formé, suivant l'analyse de M. Guibourt, de potasse, 1 pp. ; acide antimonique, 2 pp. ; eau, 6 pp.
L'oxyde antimonique, l'acide antimonieux et l'acide antimonique peuvent tous les trois se combiner aux oxydes et constituer des sels. Si l'on fait chauffer l'oxyde ou l'oxydochlorure d'antimoine avec de la potasse caustique, le précipité est une combinaison insoluble d'oxyde d'antimoine et de potasse (hypo-antimonite), tandis que la liqueur alcaline retient en dissolution du protoxyde d'antimoine.
Si l'on chauffe l'acide antimonieux dans un creuset avec 3 à 4- fois son poids de carbonate de potasse, et qu'on lave la masse à l'eau froide, celle-ci entraîne l'excès d'alcali, et ne dissout pas sensible* ment l'antimonite. Celui-ci, bouilli dans l'eau à plusieurs reprises, se sépare en un précipité insoluble (biantimonite de potasse), et en une liqueur qui donne par évaporation une masse jaune soluble d'antimonite neutre.
En faisant déflagrer dans un creuset un mélange de i partie d'antimoine et 4 parties de nitre, et lavant la masse à l'eau froide, on enlève de l'azotite de potasse et de l'alcali ; puis, en reprenant la matière insoluble par l'eau bouillante, il se dissout de l'antimoniate neutre, et il se dépose du biantimoniate.
Si l'on traite l'antimoine par son poids de nitre seulement , le « produit contient en même temps de l'oxyde antimonique, de l'acide antimonieux et de l'acide antimonique, tous les trois combinés à la potasse. Des quantités intermédiaires de nitre donneraient des résultats moyens. En outre, la chaleur plus ou moins prolongée à laquelle on soumet le mélange a de l'influence sur le résultat ; car il y aura d'autant plus d'antimoine suroxydé que la chaleur aura été entretenue plus longtemps, l'azotite de potasse qui se forme d'abord pouvant plus tard fournir à cette suroxydation. Comme les pharmacopées ne s'entendent pas sur ces divers points, il en résulte que l'antimoine diaphonique est loin d'être partout le même. Ces différences dans la composition du produit paraissent en entraîner fort peu dans les propriétés médicinales, puisque M. Trousseau a reconnu que Phypo-antimonite, l'antimonite et l'antimoniate ont des propriétés semblables, ainsi qu'il en est pour leurs acides à l'état isolé.
Cependant on a cru qu'une faible proportion de nitre ou qu'un chauffage trop peu de temps prolongé laisse à l'antimoine diaphorétique une propriété émétique : c'est au moins ce que Lemery avait observé ; mais cet effet n'est sensible que dans la poudre cornachine ou de tribus, qui contient en même temps de la crème de tartre et de l'antimoine diaphorétique, et qui devient émétique avec le temps, si elle a été faite avec un antimoine diaphorétique peu oxygéné.
Le Codex prescrit de préparer l'antimoine diaphorétique par le procédé suivant :
Pr. : Antimoine 1
Nitrate de potasse 2
On réduit les matières en poudre ; on les mélange exactement et on les projette par parties dans un creuset rougi au feu. A chaque fois il y a une déflagration assez vive, due à la décomposition du nitre et à l'oxydation de l'antimoine ; la matière est tenue sur le feu au rouge pendant une demi-heure ; on laisse refroidir ; on casse le creuset, et l'on met le produit dans de l'eau froide, où il se délite. On lave alors à l'eau froide à plusieurs reprises, jusqu'à ce que celleci soit tout à fait insipide; on recueille le précipité et on le fait sécher.
Au lieu de laisser déliter la matière, il est avantageux de la porphyriser avant de la mettre dans l'eau ; on l'obtient plus divisée. Quand le nitre réagit sur l'antimoine, il est décomposé ; l'anti-
moine s'oxyde, et il se dégage de Pazote et des oxydes d'azote ; le feu auquel on expose plus tard la matière, a pour objet d'assurer la suroxydation de l'antimoine. La matière, après cette calcination, est un mélange d'antimoniate de potasse, d'azotite et d'azotate de potasse. C'est l'antimoine diaphorétique non lavé des anciens.
Les premiers lavages donnent des liqueurs très-alcalines, qui contiennent peu d'antimoniate en dissolution ; mais plus tard, les eaux de lavage en contiennent beaucoup ; c'est que la masse se partage en I liant i mm liât f . ou antimoniate avec excès d'acide, insoluble, qui reste indissous, et en antimoniate neutre qui entre en dissolution.
Si l'on verse un acide dans la liqueur, l'antimoniate est décomposé ; la potasse s'unit au nouvel acide et l'acide antimonique se dépose à l'état d'hydrate, sous la forme d'une poudre blanche qui était connue des anciens sous le nom de Matière perlée de Kerkrin;jius.
L'antimoine diaphorétique est donc de Pantimoniate de potasse. M. 0. Figuier a fait voir cependant que, préparé suivant la méthode du Codex, il retient quelquefois de l'antimonite et de Phypo-antimonite de potasse.
L'antimoine diaphorétique lavé n'est employé aujourd'hui que comme contro-stimulant. On en délaye 1 à 10 grammes dans un looch. On lui préfère ordinairement le kermès et l'émétique; c'est lui au contraire qui doit avoir la préférence pour les enfants ou les personnes dont l'estomac est très-irritable.
Quand on prépare cette poudre avec de l'antimoine diaphorétique pour lequel on a ménagé le nitre, et qui retient du protoxyde d'antimoine, il arrive avec le temps que la poudre cornachine devient émétique, parce qu'il se fait du tartrate de potasse et d'antimoine.
On emploie cette poudre comme purgative à la dose de 80 centigrammes à 1 et 2 grammes.