II. — V* ÉDITION
dre grise, peu sapide et insoluble dans l'eau : celle-ci le décompose lentement en entraînant à chaque fois une nouvelle quantité d'acide.
Le sous-sulfate d'antimoine n'est employé que pour préparer l'émétique; on l'obtient de la manière suivante :
Pr. : Antimoine pulvérisé I
Acide sulfurique à 06° 5
On met l'antimoine et l'acide dans une cornue de grès, on chauffe graduellement, jusqu'à ce qu'il ne distille plus rien, en ayant soin toutefois de modérer le feu pour ne pas décomposer le sulfate. Il faut se débarrasser du gaz sulfureux et des vapeurs sulfuriques en opérant en plein air, ou sous une bonne cheminée, ou en condensant ces produits. La masse qui reste dans la cornue est lavée à plusieurs reprises : elle se partage en acide sulfurique, qui se dissout en entraînant un peu d'oxyde d'antimoine, et en sous-sulfate qui reste, et que l'on fait sécher.
TAIlTitATi; DE POTASSE ET D'ANTIMOINE.
K0,Sb08 + T + 2Aq.
L'émétique est composé de : potasse, i pp. (13,5); acide tartrique, 1 pp. (37,8) ; oxyde d'antimoine, 1 pp. (43,6) ; eau, 2 pp. (5,1). C'est un sel basique. L'oxyde d'antimoine y contient 3 fois autant d'oxygène que de potasse.
Le tartrate de potasse et d'antimoine est incolore et inodore ; sa saveur est âcre et désagréable ; il cristallise en tétraèdres ou en octaèdres transparents, qui s'efïleurissent lentement à l'air. Il est soluble dans 1,88 d'eau bouillante et dans 14 d'eau froide. L'eau commune, qui contient des carbonates de chaux et de magnésie, en précipite lentement de l'oxyde d'antimoine à la température ordinaire, et instantanément à l'ébullition ; les plantes astringentes, et entre autres le quinquina, en séparent l'oxyde d'antimoine en un composé insoluble.
L'action que les matières tannantes exercent sur l'émétique et réciproquement, mérite à un haut degré l'attention des praticiens.
Voici quelques données à ce sujet, tirées d'un mémoire de M. le docteur Toulmouche.
L'effet vomitif de l'émétique est complètement neutralisé par la
poudre de quinquina ou celle de noix de galle. La décoction de noix de galle produit le môme effet. La décoction de quinquina ne neutralise qu'en partie les effets vomitifs de l'émétique. Il reste en dissolution une portion de matière (composé de tannin et oxyde d'antimoine dissous par l'excès de tannin peut-être) qui continue à agir comme vomitif.
L'action de la gomme kino semble se rapprocher de celle du quinquina. L'effet du ratanhia a paru nul. Le tannin de Pelouze est sans action, tandis que le tannin de Proust empêche les effets vomitifs, pourvu qu'il soit mélangé d'avance avec le sel; car si le sel a commencé à produire des vomissements, le tannin est incapable de les arrêter.
Le sulfate de quinine exerce à peu près la même action que la poudre de quinquina.
A tous les procédés qui ont été donnés pour préparer l'émétique je préfère le suivant :
Je prépare l'oxyde d'antimoine en décomposant à chaud le chlorure d'antimoine par le bicarbonate de soude. Je lave l'oxyde et j'en fais sécher une partie pour avoir le poids de toute la masse. Je le traite par la crème de tartre.
Pr. : Oxyde d'antimoine (supposé sec) 10
Crème de tartre pulvérisée 12
Eau bouillante 100
On fait avec S. Q. d'eau bouillante et les deux substances une pâte liquide que l'on abandonne à elle-même pendant 24 heures; on ajoute le reste de l'eau et l'on fait bouillir pendant 4 heure dans une bassine d'argent ; on filtre, on concentre les liqueurs jusqu'à 25° et on fait cristalliser. On obtient de nouveaux cristaux par l'évaporation de3 eaux mères.
M. Henry avait préféré à toute autre méthode l'emploi de l'oxydochlorure d'antimoine ; mais il n'a pas essayé de se servir de l'oxyde pur qui donne des résultats plus satisfaisants. L'oxydochlorure a l'inconvénient de donner des eaux mères d'un traitement difficile. Voici du reste le procédé :
Pr. : Oxydochlorure d'antimoine 1
Crème de tartre pulvérisée l 1/2
Eau 10
Opérez comme il a été dit.
L'eau mère est acide ; on la sature à froid par de la craie ; on filtre ;
on lave le dépôt avec de l'eau froide ; on réunit les liqueurs et on les fait évaporer et cristalliser. De nouvelles évaporations donnent encore de l'émétique, mais il n'est pas pur; on a besoin de le purifier par de nouvelles cristallisations. On observe que sur la fin il se fait de gros prismes : c'est de l'émétique qui contient un peu de chlorure de potassium; la modification dans la forme est due à ce que l'émétique a cristallisé dans un milieu très-chargé de chlorure de calcium.
La crème de tartre, à la faveur de son excès d'acide, enlève l'oxyde d'antimoine à l'oxydochlorure et s'y combine ; mais en même temps le chlorure, devenu libre, se change en oxyde d'antimoine qui se combine aussi à l'acide tartrique, et en acide chlorhydrique. Ce dernier décompose une portion du tartrate de potasse, met en liberté de l'acide tartrique, et fait du chlorure de potassium ; de sorte que la liqueur contient de l'émétique, du chlorure de potassium, de l'acide tartrique et de l'acide chlorhydrique ; la craie que l'on ajoute aux eaux mères a pour effet de saturer ces deux acides ; le tartrate de chaux se précipite, mais le chlorure de calcium reste dans les liqueurs, et gêne les dernières cristallisations.
Philips a conseillé de préparer l'émétique en faisant bouillir P. E. de crème de tartre et de sous-sulfate d'antimoine. La liqueur, après l'ébullition, contient de l'acide tartrique, de l'acide sulfurique, du sulfate de potasse et de l'émétique ; c'est que l'acide sulfurique du sous-sulfate enlève une portion de potasse à la crème de tartre ; mais l'affinité de l'acide tartrique éliminé contre-balance bientôt par sa masse l'affinité plus grande de l'acide sulfurique. Ici, encore, l'acidité de la liqueur nuit à la cristallisation ; aussi est-il avantageux de saturer l'excès d'acide par la craie après la première cristallisation. Ce procédé est peu avantageux.
On prépare encore l'émétique en faisant bouillir 3 parties de crème de tartre avec 2 parties de verre d'antimoine porphyrisé dans 20 parties d'eau ; on évapore à siccité pour détruire l'état gélatineux de la silice, qui se dissout dans la liqueur. On fait redissoudre dans l'eau et cristalliser.
Je rapporte ce procédé parce qu'il appartient à l'histoire de la science; mais il est fort mauvais en ce que l'on a beaucoup de peine à débarrasser l'émétique du tartrate de fer qui se produit en même temps que lui.
En même temps qu'il se fait de l'émétique pendant l'action de la crème de tartre sur le verre d'antimoine, il se dégage de l'hydrogène sulfuré, il se dépose une sorte de kermès; les liqueurs se colorent,
et on obtient, au-dessus de l'émétique, un dépôt cristallisé de tartrate de chaux.
La crème de tartre, en agissant sur le verre d'antimoine, enlève l'oxyde d'antimoine et se sature. Tous les autres phénomènes sont accessoires. L'hydrogène sulfuré qui se dégage est le résultat de la décomposition d'une petite quantité de sulfure d'antimoine et de l'eau sous l'influence de la crème de tartre. Le kermès provient de ce que le sulfure d'antimoine, se trouvant en contact avec l'eau au moment où il sort de la combinaison, s'y combine et fait du kermès. Le tartrate de chaux existait dans la liqueur à la faveur du tartrate de potasse ; il y avait été porté par la crème de tartre du commerce que l'on emploie à l'opération et qui contient toujours de ce sel. La coloration des liqueurs est due à l'oxyde de fer contenu dans le verre d'antimoine, qui forme avec la potasse un sel double soluble. On ne parvient à débarrasser l'émétique de ce sel que par de nombreuses cristallisations.
Les eaux mères de l'émétique cessent de cristalliser à une époque où elles contiennent encore beaucoup d'oxyde d'antimoine.
M. Audouard a conseillé alors d'ajouter à ces eaux mères du tartrate de potasse ; la cristallisation, suivant lui, se fait alors très-bien. La présence d'un excès d'antimoine dans ces dernières eaux mères, parait être un fait réel ; mais à quel état se trouve-t-il ? On croit avec Hallequist, qu'il fait partie d'un sel plus basique que l'émétique; cependant M. Capitaine et moi, en faisant digérer de l'oxyde d'antimoine et de la crème de tartre pure pendant des journées entières, n'avons pu faire dissoudre à la crème de tartre plus d'oxyde que n'en contient l'émétique.
Propriétés médicinales. L'émétique est employé en potions, en tisanes ou à l'extérieur sous forme de pommade ou d'emplâtre, sur des formules qui sont faites par le médecin, suivant l'indication du moment.
L'émétique est employé comme vomitif; on en administre 5 à iO centigrammes en plusieurs fois jusqu'à ce que l'on ait obtenu un effet suffisant; souvent, à la suite, surviennent des évacuations alvines et, plus tard, presque toujours, un sommeil calme succède aux vomissements.
On l'emploie comme purgatif (émétique filé ou en lavage). 5 centigrammes d'émétique sont dissous dans un litre d'eau que le malade prend dans le courant de la journée. Il produit des vomiturations, des nausées et pas de vomissements. Si l'on veut assurer l'effet purgatif, on lui associe le sulfate de soude ou le sulfate de magnésie.
11 a été employé comme fondant et dépuratif contre les engorge-
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gements scrofuleux ; mais on lui préfère les sulfures qui sont moins vomitifs.
On en fait usage comme contro-stimulant, dans la pneumonie aiguë; après une ou deux émissions sanguines, on en appelle à l'antimoine. On en met de 20 centigrammes à 1 gramme (jusqu'à 8 grammes) dans une potion que Ton fait prendre par cuillerées à café toutes les heures. La tolérance ne tarde pas à s'établir; on la facilite quelquefois en ajoutant de l'opium à l'émétique. L'action de l'émétique est d'autant plus puissante que le malade est soumis à une diète plus sévère, et l'action irritante locale se montre d'autant plus que la quantité d'aliment s est plus grande.
On conseille aussi l'emploi de l'émétique à haute dose contre le rhumatisme aigu. A l'extérieur, il a été employé sous forme de bain contre certaines dartres. On en fait une pommade dérivative.
Voici les formules les plus employées.