VII. — CANTHARIDES
La Cantharide, Cantharis vesicatoria, est un insecte coléoptère, de U à 23 millimètres de long, de 5 à 7 millimètres de large. Elle est d'un vert doré. Elle a cinq articles aux quatre premiers tarses et seulement quatre aux deux derniers. — La téte en forme de ca*ur est séparée du corselet par un rétrécissement qui forme une sorte de cou. Les antennes sont filiformes, composées de onze articles dont le premier est ovoïde, renflé, et le second est très-petit et annulaire ; les autres sont allongés. — Les antennes, par leur longueur, atteignent plus de la moitié de la longueur du corps de l'animal.
Les cantharides répandent une odeur vireuse très-désagréable qui annonce de loin leur présence. Elles vivent sur les arbres ou arbrisseaux de la famille des Jasminées, sur les frênes, les lilas^ le troène. Le matin, quand elles sont encore engourdies, on étend des
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draps sous les arbres où elles se sont posées et on secoue fortement les arbres. On fait promptement périr les cantharides en les exposant à la vapeur du vinaigre et on les fait sécher. On a indiqué comme principaux succédanés de ces insectes les mylabres, particulièrement celui de la chicorée (Mylabrîs cichorii), les Méloes proprement dits, particulièrement le proscarabée, le rugueux et le varié [Meloe proscarabeus , rugosus et va rie g a tus), et le Cérocotne de S chef fer (Cerocoma Schefferi).
Les cantharides ont fourni à l'analyse :
Cantharidine ; huile grasse jaune; huile concrète verte; substance jaune visqueuse; substance noire ; osmazôme ; acide urique; acide acétique; acide phosphorique ; phospttates de chaux et de magnésie- Lai cantharidine est le principe vésicant des cantharides; elle a été découverte par Robiquet. Elle est composée, suivant l'analyse de M. Regnault, de carbone, 61,68; hydrogène, 6,04 ; oxygène, 32,28. La cantharidine est blanche, cristallisée ; elle est excessivement Acre; appliquée sur la peau, elle fait naître très-rapidement des ampoules; à l'intérieur, c'est un atfreux poison; elle fond à 210°; elle est trèsvolatile, et même elle se dissipe complètement à l'air, à la température ordinaire. L'eau ne la dissout pas ; elle est soluble dans l'alcool plus à chaud qu'à froid ; l'éther la dissout ; les alcalis la dissolvent sans l'altérer ; elle est soluble à chaud dans les huiles fixes et volatiles. Pour ^obtenir, le procédé le meilleur que nous connaissions est celui que M. Thierry a publié dans le Journal de pharmacie.
On fait macérer les cantharides pulvérisées dans de l'alcool à 86e ; on verse la teinture dans l'appareil de déplacement; on laisse écouler le liquide et on fait passer de nouvel alcool, jusqu'à ce que les liqueurs sortent à peine colorées. Les teintures alcooliques sont distillées pour retirer tout l'alcool ; on abandonne assez longtemps au repos le résidu de la distillation, pour que la cantharidine puisse cristalliser.
La cantharidine ainsi obtenue n'est pas encore blanche ; on la purifie d'abord en la lavant sur un filtre avec un peu d'alcool froid qui ne dissout que de bien faibles quantités de cantharidine et qui entraîne l'huile verte.
On achève de purifier la cantharidine en la dissolvant dans l'alcool bouillant, auquel on ajoute un peu de charbon animal.
L'huile verte au milieu de laquelle la cantharidine a cristallisé contient encore un peu de cantharidine. Elle s'en dépouille à la lo gue en totalité. L'alcool qui a servi au lavage de la cantharidine
en fournit aussi un peu quand on abandonne au repos l'huile qu'il laisse après son évaporation.
L'huile grasse jaune des cantharides a les propriétés ordinaires des corps gras ; elle n'est pas vésicante ; Palcool la dissout à peine.
L'huile verte est insoluble dans l'eau, mais elle se dissout trèsbien dans l'alcool.
La matière jaune visqueuse est soluble dans l'eau et dans l'alcool ; c'est elle qui facilite la dissolution de la cantharidine dans l'eau, quand on traite les cantharides par ce véhicule.
La matière noire est soluble dans l'eau et dans l'alcool faible, mais non dans l'alcool rectifié.
Ce qu'on a appelé l'osmazôme est un mélange de plusieurs substances : quant à la chitine, c'est le squelette même de l'animal tel qu'on le retrouve dans tous les insectes.
Les cantharides conservées, même dans des vases fermés, deviennent la proie de divers insectes ; elles sont attaquées par la mite (Acams dome&ticus) et les larves des Dermestes, des Ptinus ou de Y Anthrenes mmcorum. On a cherché différents moyens pour les préserver de leurs atteintes. Le camphre, qui réussit bien pour les mites, n'a pas la même propriété pour les anthrènes ; on dit qu'un peu de mercure placé au fond des vases est un excellent moyen de conservation. M. VVislin conseille de traiter les cantharides par le procédé d'Appert. M. Duméril pense que la cantharidine n'est pas mangée par les insectes. 11 en résulterait que la vermoulure des cantharides devrait être plus active que les insectes entiers, et cependant il n'en est rien, parce que les insectes rongeurs et leurs débris qui restent mêlés aux cantharides n'ont pas la propriété vésicante, et parce que les cantharides attaquées sont presque toujours anciennes et qu'elles ont perdu par la vétusté une partie de leur principe vésicant.
Les cantharides sont un toxique redoutable ; en outre de l'inflammation locale qu'elles produisent , elles déterminent des accidents nerveux qui se traduisent par un engourdissement, du délire ; la circulation est ralentie et les organes génitaux sont surexcités à l'excès, jusqu'à produire un priapisme douloureux, souvent suivi de la gangrène du pénis. Rarement on en fait usage à l'intérieur, bien qu'elles soient un diurétique puissant. On y a recours contre la dysurie des vieillards, quand il y a rétention d'urine par faiblesse ou paralysie incomplète de la vessie, dans le catarrhe vésical et l'albuminurie, quand on a vu la chaleur animale diminuée et l'urée être en bien plus faible proportion dans l'urine.
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Les cantharides sont le vésicant le plus habituellement usité. Sous ce rapport on y a recours dans tous les cas où le vésicatoire est utile, pour produire une dérivation, pour rappeler des douleurs de rhumatisme ou de goutte sur le lieu qu'elles ont quitté, pour spolier le sang par une suppuration continue.
La vésication par les cantharides n'est pas très-douloureuse. Si l'on ne veut avoir qu'un vésicatoire volant, on perce l'ampoule à sa partie la plus déclive et l'on panse deux fois par jour avec une compresse enduite de cérat. Veut-on laisser le vésicatoire à demeure, on enlève l'épiderme soulevé, on fait les premiers pansements avec du beurre, et ensuite avec des épispastiques. — U arrive souvent que la plaie se recouvre de fausses membranes ; si elles dépendent d'une trop vive irritation, on couvre d'un cataplasme qui modère l'inflammation et facilite l'enlèvement des fausses membranes ; si l'irritation n'est pas trop vive, on applique un nouveau vésicatoire sur l'ancien.
Il arrive que les vésicatoires faits ou pansés avec des cantharides causent de l'ardeur dans la véssie : on croit y remédier en recouvrant l'emplâtre vésicatoire avec du camphre. Pour les pansements on a recours à d'autres épispastiques que la cantharide.
Dans l'emploi que l'on doit faire des différentes préparations de cantharides, il faut distinguer avec grand soin celles qui contiennent la poudre de cantharides en substance et celles qui sont des dissolutions des parties actives. Celles-là seules doivent être administrées à l'intérieur. Ce sont : l'infusion de cantharides, le vin de cantharides, l'huile de cantharides que l'on émulsionne dans une* potion; la teinture alcoolique que l'on étend dans une potion mucilagineuse. Ce • dernier remède suffit à toutes les indications et rend les autres inutiles.