VI. - URÉE
C* H* Az> 0*.
LUrée est la matière la plus remarquable de tous les éléments qui composent l'urine. Elle est blanche ; elle n'a pas d'odeur; sa saveur est fraîche et un peu piquante; elle cristallise en longs prismes quadrilatères aplatis et transparents. L'urée est soluble dans l'eau et dans l'alcool ; la dissolution aqueuse d'urée bien pure peut se conserver assez longtemps sans altération. La dissolution d'urée pure n'est pas décomposée par l'ébullition ; mais, une fois que l'eau a été évaporée, quand la température s'élève un peu au-dessus de 140°,
DES PKODIITS ANIMAUX.
l'urée se décompose en donnant d'abord du cyanate d'ammoniaque , qu'un peu plus de chaleur change en ammoniaque et en acide cyanurique, lequel se décompose à son tour en acide cyanique hydraté, en azote et en acide carbonique.
L'urée a pour formule C* H* Az* 0*. C'est le même rapport d'éléments que dans le cyanate d'ammoniaque avec 1 pp. d'eau; mais le cyanate d'ammoniaque n'est pas de l'urée.
L'urine se combine très-bien aux acides et forme avec plusieurs d'entre eux des combinaisons cristallisables. Sa combinaison avec l'acide nitrique est remarquable ; elle se précipite aussitôt que l'on ajoute de l'acide nitrique dans une dissolution concentrée d'urée. C'est sur cette propriété qu'est basé le procédé pour extraire l'urée de l'urine. On évapore l'urine en consistance de sirop clair, et l'on mêle celui-ci froid avec une fois et demie son poids d'acide nitrique à w24°; on tient la matière plongée dans la glace pour faciliter la séparation de la plus grande partie du nitrate d'urée. Il est important de se servir d'acide nitrique qui ait été porté à l'ébullition, pour qu'il ne contienne pas d'acide nitreux, qui décomposerait instantanément l'urée.
On ajoute l'acide à froid pour ne pas décomposer les chlorures de l'urine, ce qui donnerait du chlore et de l'acide nitreux qui détruiraient l'urée.
On reçoit le nitrate d'urée sur une toile ; on le lave avec de l'eau à zéro, et on le soumet à la presse. On le dissout dans l'eau chaude, on le sursature par du carbonate de plomb et l'on évapore à siccité, au bain-marie. La matière sèche est reprise à froid par de l'alcool à 10°, qui dissout l'urée et laisse le nitrate. On obtient l'urée par la concentration de la liqueur alcoolique; on la purifie, s'il est nécessaire, par une nouvelle dissolution et par le charbon animal.
M. Berzélius fait traiter l'urine concentrée par une dissolution saturée d'acide oxalique. Il se précipite de l'oxalate d'urée, que l'on décolore par du charbon de bois et que l'on décompose par digestion avec de la craie en poudre.
Ces procédés sont aujourd'hui abandonnés. L'odeur fétide que produit l'urine pendant son évaporation rendait l'opération fort dégoûtante; on l'a remplacée par un procédé fort ingénieux que l'on doit à M. Liebig :
Pr. : Ferrocyanure de pota^ium parfaitement sec. 20 Peroxyde de manganèse H
On emploie le fcrrocyanure de potassium qui a été séché à Tétuve ;
DE LURÉE. m
on le réduit en poudre impalpable, ainsi que le protoxyde de manganèse, et on en fait un mélange intime; on le chauffe sur une plaque de tôle au-dessus d'un fourneau, jusqu'à la chaleur rouge faible. La matière s'enflamme d'elle-même et s'éteint peu à peu ; on l'agite pour empêcher qu'elle ne s'agglutine et pour favoriser l'accès de l'air. La masse refroidie est dissoute par l'eau froide, on y ajoute 20 parties 1/2 de sulfate d'ammoniaque. H est bon de mettre à part les premières eaux de lavage concentrées, fournies par le ferrocyanure. et de dissoudre le sulfate d'ammoniaque à froid dans les plus faibles et de mélanger ensuite les liqueurs. 11 se fait un précipité de sulfate de potasse que l'on sépare; on évapore au bain-marie et Ton sépare à mesure le sulfate de potasse qui se dépose. Enfin, on évapore à siccité et l'on traite par l'alcool bouillant à 80e ou à 90r. L'urée cristallise par le refroidissement.
Par l'action réciproque du ferrocyanure de potassium et du peroxyde de manganèse, il se fait du cyanate de potasse.
La formation de l'urée est le résultat de l'oxydation du cyanure de potassium qui devient cyanate de potasse. 2 pp. de cyanure de potassium K2 Cy2 prennent A proportions d'oxygène et deviennent K2 02 -f- Cy2 02. La proportion de manganèse ne suffît pas à fournir l'oxygène nécessaire à cette transformation; mais l'air intervient et donne ce qui pourrait manquer. Une plus grande quantité de manganèse aurait l'inconvénient de changer une partie du cyanate formé en carbonate de potasse.
Le sulfate d'ammoniaque change le cyanate de potasse en sulfate de potasse et en cyanate d'ammoniaque. Celui-ci, par une douce chaleur, se transforme en urée.
Si, après l'addition du sulfate d'ammoniaque, la liqueur était colorée en jaune par un peu de ferrocyanate potassique ou ammoniacal, il faudrait y ajouter un peu de sulfate de fer qui précipiterait du bleu de Prusse, puis un peu de carbonate d'ammoniaque qui précipiterait l'excès de fer. La liqueur serait ensuite évaporée et traitée ainsi qu'il a été dit plus haut.
Le ferrocyanure de potassium fournit le tiers de son poids d'urée.
J'ai rapporté ce procédé tel que l'a donné M, Liebig, parce qu'il réussit bien, et surtout parce qu'il est une des plus ingénieuses applications de la chimie. 11 a été modifié par M. Clemm pour le rendre plus avantageux encore, et voici dans quel esprit : le ferrocyanure de potassium contient le tiers de son cyanogène à l'état de cyanure de# fer, lequel ne concourt pas à la formation de l'urée. M. Clemm ajoute la quantité de carbonate de potasse nécessaire pour changer
le cyanure de fer en cyanure de potasse, et par cela même augmente la proportion d'urée Jqui se forme dans l'opération. Voici la manière d'opérer :
Pr. : Prussiatede potasse ferrugineux pulvérisé. . 8
Carbonate de potasse pulvérisé 3
On mélange les deux sels et on les fait fondre par petites parties dans un creuset de fer. Quand la masse est rouge et en fusion tranquille, on retire du feu, on laisse refroidir un peu et Ton ajoute petit à petit 15 parties de minium. Il se dégage un peu de gaz carbonique et d'azote par la décomposition d'une partie ducyanate de potasse.
On lessive la masse refroidie par l'eau froide. Dans les dernières eaux, on dissout 8 parties de sulfate d'ammoniaque. On concentre tous les liquides au bain-marie et, après avoir séparé les cristaux de sulfate de potasse qui se déposent, on évapore à siccité. Le résidu est traité par l'alcool qui dissout l'urée. On obtient en urée 5<>
à 60 p. 100 du poids de prussiate. *'
L'urée est peu employée en médecine. On la considère comme un bon diurétique, qu'il faut administrer à la dose de quelques grammes.
Le docteur Mauthner en conseille l'emploi quand l'hydropisie consécutive à la scarlatine ne cède pas promptement aux moyens ordinaires. On emploie l'urée a la dose de 10 centigrammes que 1 on renouvelle de 2 heures en 2 heures. t ]