TRAITÉ
THÉORIQUE ET PRATIOUE
alcaloïdes. — SOLANÉES.
Les traités de thérapeutique décrivent, sous le nom de Solanées tireuses, un groupe nombreux de plantes appartenant à la famille des Soianées ou Solanacées. Ces plantes sont douées de la propriété d'agir avec une intensité plus ou moins grande sur le système nerveux, et plusieurs d'entre elles sont toxiques à doses élevées. Au point de vue de la physiologie et de la thérapeutique, on peut partager les Solanées cireuses en deux séries : Tune a pour type la Belladone et comprend les Atropay les Datura, certains Sobntim et les Jusquiames; l'autre a pour type le Tabac et renferme plusieurs espèces du genre Nicotiana.
Les plantes de la première série sont quelquefois dites Solanées narcotiques, mais leurs propriétés physiologiques et thérapeutiquoB ne permettent guère de leur appliquer une qiHiiication qui entraine avec eUe l'idée d'une influence somnifère dont elles sont absolument priîées. La désignation de stupéfiantes, adoptée par Trousseau, est plus convenable en raison même du vague qu'elle laisse planer sur l'action intime de ces substances.
Quant aux Nicotianees, elles agissent énergiquement sur Téco- Bomie d'une façon à la fois topique et dynamique ; leur impression irritante sur les tissus, suivie bientôt d'une action générale sur le sistènie nerveux, motive, sans la justifier complètement, la dénomination de Narcotico-âcres qu'elles ont reçue de quelques auteurs. Il convient de spécifier une fois pour toutes que l'on entend ici II. — vu* ÉoiT. *
2 MÉDICAMENTS FOURiNlS PAR LES VÉGÉTAUX.
par narcotisme une dépression consécutive des fonctions du système nerveux central, bien plutôt que Thypnotisine proprement dit. Hâtons-nous de laisser ^ considérations d ordre médical, pour nous occuper de l'étude pharmacologique de cette intéressante famille.
Il est important de noter que les nrincipes immédiats auxquels les Solanées vireuses doivent leurs propriétés médicinales existent dans toutes les parties de ces plantes. Us se rencontrent dans les racines, les tiges, les feuilles, dans les diverses portions de la fleur, du fruit et des semences. Avant d'examiner les questions spéciales de pharmacie que soulève l'application de ces végétaux à la thérapeutique, nous croyons utile de passer en revue quelques faits relatifs à l'activité comparée de leurs divers organes.
Les racines des Solanées vireuses sont généralement douées de qualités stupéfiantes. Les espèces le plus souvent employées comme telles sont : la Belladone (Atropa Belladona Lin.), la Jusquiame (Hyoscyamus nigerUn. et H, albus Lin.), la Mandragore (Mamlragora officiimrum Lin.), la Nicotiane {Nicotiana rustica Lin.) et le Tabac (iV. Tabacum Lin.). Les tubercules farineux du Solarium tuberosum Lin., ou Pomme de terre, et ceux du S. bulbocastanum Lin. croissant au Mexique sont alimentaires; ils présentent néanmoins une certaine ûcreté, au moment de la germination des bourgeons qu'ils supportent. Le docteur Nauche a conseillé de faire usage de la pulpe des pommes de terre germées dans l'obscurité pour préparer des cataplasmes excitants. Les bourgeons étiolés de ces tubercules contiennent de la solanine ; Otto de Brunswick rapporte un cas d'empoisonnement observé sur des bestiaux nourris au moyen des résidus de pomimes de terre germées, lesquelles avaient été utilisées dans la fabrication de Talcool; les symptômes furent analogues à ceux que l'on observe à la suite de l'ingesUpn de la solanine.
Les racines de quelques Solanum paraissent posséder des propriétés différentes; les racines des Solanum trilobatum de l'Inde et S. sodomeum du Cap sont améres. Dans l'Inde, les racines du S. mammosum sont employées comme diurétiques; celles du S. undatum de Madagascar sont purgatives, et néanmoins elles sont, dit-on, administrées dans le traitement des fièvi*es.
Les propriétés stupéfiantes sont très-prononcées dans les feuilles d'un grand nombre de Solanées, parmi lesquelles il convient de citer spécialement la Belladone, la Mandragore, les Jusquiames, les différentes espèces du genre Datura et un grand nombre de Solanum^ en particulier le S. toxicarium de la Guyane. La Morelle, Solanum
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nigrum^ passe pour délétère, et Dunal s est assuré que son suc dilate la pupille à la manière des autres Solanées; cependant elle est mangée dans le midi de la France, à Sailil-Domingue et à Tile de France. Le< feuilles du Solanum oleraceum des Antilles et celles du S. sesHUfolium du Brésil sont également comestibles. 11 est probable que, par la coction, Teau se charge du principe vénéneux; il faut de plus noter que lorsque ces plantes sont choisies comme matières alimentaires, on a soin de les cueillir à une époque de leur développement tcllo, que leurs tissus sont tendres et les sucs qu'ils contiennent incomplètement élaborés.
La tige de la Douce-amère (S. dulcamara) est employée comme dépurative dans les maladies de la peau; elle participe aux propriétés des autres espèces du genre Solanum, L'écorcc du Solanum pseudokina au Brésil et celle du BelUmia aspera aux Antilles sont amères et utilisées comme fébrifuges.
Le calice marcescent du Physalis Alkekengi a été vatité comme un fèbribuge ; mais cette propriété, de même que celle de tons nos fébriloges indigènes, est au moins contestable. H. Chautard. a retiré de TAlkékenge une substance amère, neutre, cristallisée, qu*il a nommée Pky$aline. La physaline est peu soluble dans Teau et dans les acides dflués; elle se dissout facilement au contraire dans Talcool, Téther alcoolisé et le chloroforme. Vers 180®, elle entre en fusion et cora- . lœnce à se décomposer. Les propriétés thérapeutiques de cette matière sont nulles, ou tout au moins inconnues.
tjuelques fruits de Solanées sont comestibles : tels sont ceux de i'Alkékenge ou Coqueret {Physalis Alkekenyi)^ qui contiennent de l'acide citrique et que l'on mange dans tout le nord de TEurope, après avoir séparé la baie du calice chargé de principe amer. Les fruits du Ph.pubescens de Tlnde, de la Tomate (S. Lycopersicum), de TAubcr- |:ine (S. Melongena), sont également alidkntaires. -
Il est vrai de dire que la plupart des fruits de Solanées sont doués de propriétés dangereuses et même toxiques ; parmi les types de ce Ifenre, nous citerons les fruits de la Belladone, de la Mandragore, des ïhtmray du Cestrum venenatum du Cap, du Solanum mammosum, ou pomme-poison des Antilles, du S, sodomeum du Cap, du S. acanthù fotwm des Antilles, des S. fuscatum et Caroliniense de T Amérique 9e|;»tentrionale, du S. nigrum et Dulcamara de nos climats. Leur action sur les centres nerveux est analogue à celle des autres parties de ces plantes.
In petit nombre de semences des Solanées ont été examinées; ^ <*lles présentent les propriétés stupéfiantes des plantes qui les four-
lussent; tel est le cas des semences du Stramomum {Datura StramO' nium)^ du Hétel de l'Inde (D. Metel)^ du D. sanguinea du Pérou, de la Jusquiame (Hyoscyamus albuà^ et de la Jusquiarae d'Arabie {H, Datura).
Desrosses, le premier, a annoncé la présence d'un alcaloïde dans certaines espèces du genre Solanum, et lui a donné le nom de Solanine.
liCs expériences des chimistes qui sont venus après lui ont laissé du doute sur l'existence dans les autres Solanées de principes analogues. Cette question est restée indécise jusqu'à l'époque où Mein, en Allemagne, et Simes, aux États-Unis d'Amérique, ont obtenu les alcaloïdes de diverses plantes de cette famille cristallisés et à Tétat de pureté. Leurs ^recherches ont été confirmées et développées par les travaux postérieurs de Geiger et de Hesse, d'Otto, de Baumann et de Planta.
Les alcaloïdes extraits des Solanées sont : V Atropine, la Daturine, VEyoscyamme et la Solanine, ils se rapprochent par l'ensemble de leurs propriétés. Ces principes immédiats, à Texception de l'atropine et de I^ daturine, sont assez distincts pour qu'on ne doive pas les confondre les uns avec les autres.
Quant au Tabac, il contient un alcaloïde différent des précédents, aussi bien au point de vue chimique que sous le rapport physiologique : c'est la Nicotine,
Depuis que l'atropine et ses sels ont été introduits en thérapeutique, leur emploi médical tend de plus eu plus à se généraliser; maison a encore fréquemment recours aux préparations pharmaceutiques dont la jusquiame, la stramoine, et surtout la belladone, forment la base.