‹ Traite de pharmacie theorique et pratique v. 2, 1870Chapitre 2 sur 494 · ALCALOÏDES FIXES DES SOLANÉES · texte numérisé non relu

ALCALOÏDES FIXES DES SOLANÉES

^erqpinc, C»*H»AzO«; " Daturine, isomère de l'atropine?

Hyosciamine, form. ?

Solanine, C^H^^AzO»*.

Atropine. L'Atropine a été découverte en 1838, par Blein, puis étudiée par Geiger et Hesse ; elle existe dans toutes les parties de la belladone.

Cet alcaloïde est solide, incolore, il cristallise en prismes soyeux très-déliés ; sa saveur est amère et acre ; il dilate très-fortement la pupille. L'atropine fond ù 90" et se volatilise à 140"^ en se décomposant

alcaloïdes. - SOUNÊES. 5

partiellement. Elle esl soluble dans 500 parties d'eau froide et dans 50 parties d'eau bouiflante; elle se diasoÉt à + 1&^ dans 8 parties d*alcool à 90". Elle exige 60 parties -«l'éther froid pour se dissoudre, et seulement 6 parties d'éther bouillant. Cette dernière dissolution fournit sou^entune masse gonuneuse transparente, en se refroidissant.

Llode donne avec Tatropine un précipité bruniLermës. La solution aqueuse d'atropine est précipitée en blanc par le tannin de la noix de galle, et par l'iodure double de mercure et de potassium, en jaune par le chlorure d'or, et en isabelle par le chlorure de platine ; le précipité jaune citron qui se forme dans la dissolution d'or de- Tieiit peu à peu cristallin, et constitue une véritable combinaison d'atropine et de chlorure d'or.

L'atropine, abandonnée au contact de l'eau et de l'air, mètm à la température ordinaire, éprouve graduellement une altération remarquable. Les cristaux disparaissent, la liqueur prend une couleur jaune, devient incristallisable et laisse, par Févaporation, une matière soluble dans l'eau et douée d une odeur nauséaboiMe. En cet état, Tatropine a conservé ses propriétés vénéneuses^ li on l'unit alors à un acide et si l'on traite la liqueur par le charbon animal, les alcalis peuvent la précipiter avec toutes ses propriété pri^ mitives.

Les sels d'atropine sont difficilement cristallisables ; ils sont solubles dans l'eau et dans l'alcool, peu solubles dans l'éther. Le sulfate* est le seul sel dont on fasse souvent usage depuis quelques années.

Par l'ébuUition avec l'acide chlorhydrique concentré, l'atropine se dédouble en deux produits dont l'un est un alcaloïde nouveau, la trcpine, et l'autre un acide, d'apparence oléagineuse, qui a reçu le nom d'acide atropique. Un dédoublement analogue s'accomplit lorsqu'on chauffe l'atropine avec l'hydrate barytique. (Krantz.)

Voici le procédé d'extraction de ratr|iîne donné par Richler. L'infusion des feuilles sèches de belladone^st précipitée par le tannin; le précipité, lavé et égoutté sur du papier non collé, est mélè avec de la potasse caustique. On agite le mélange avec de l'éther qui dissout l'atropine.

Pour obtenir l'atropine, Feiger recommande le moyen suivant.

On prend de la racine de belladone récente et sèche ; on l'épuisé par de l'alcool à 95*, et l'on ajoute à la solution alcoolique une quantité de chaux hydratée égale au vingtième du poids de la racine. Après 24 heures de contact, on filtre la liqueur, on l'acidifie très- , faiblement au moyen de l'acide sulfurique, et l'on filtre de nouveau! On retire par la distillation les deux tiers de l'alcool employé; on èvi

pore le résidu rapidement, mais à une température très-basse, Jusqu'à ce qu'il en reste ne quantité égale au douzième du poids de la racine. On ajoute du carbonate de potasse en dissolution, jusqu'à ce que la liqueur commence à se troubler par la formation d'un préciiHté grisâtre; il faut éviter avec le plus grand soin que la liqueur ne devienne alcdine. On filtre après S4 heures; on ajoute alors du carbonate de potasse tant qu'il se produit un précipité; après 24 heures, on reçoit le dépôt sur un filtre ; on le dessèche en partie entre des doubles de papier buvard et complètement dans un courant d'air, puis on le fait dissoudre dans 5 parties d'alcool à 95®. On ajoute peu à peu du charbon animal en remuant souvent, jusqu'à ce que ce que la liqueur soit décolorée. On filtre, on évapore l'alcool, ou bien on mêle la solution alcoolique avec six fois son volume d*eau, et on l'abandonne dans un lieu frais et obscur, afin d'obtenir l'atropine cristallisée.

Le Codex donne, pour la préparation de l'atropine, le procédé suivant :

Pr. : Racine de belladone ft^lche 10000

Potasse caustique * Q. S.

' • ' % Chloroforme 200

• Alcool à 00- Q. S.

Écrasez la racine de belladone, humectez-la avec de l'eau ; exprimez le suc; délayez le résidu dans une petite quantité d'eau et exprimez de nouveau. Réunissez les liquides et laissez-les reposer pendant quelques heures. Séparez-les ensuite par décantation du dépôt de matières féculentes; faites bouillir dans une bassine de cuivre afin de coaguler l'albumine, puis filtrez.

Versez dans la liqueur refroidie de la potasse caustique jusqu'à réaction franchement alcali^fe, et ajoutez-y la moitié du chloroforme. Agitez vivement dans une flacon bien bouché, et séparez à l'aide d'un entonnoir à robinet le chloroforme du liquide aqueux. Agitez ce dernier avec le reste du chloroforme. Réunissez les solutions diloro* forniiques, filtrez-les en couvrant l'entonnoir par un obturateur, et distillez au bain-marie en avant soin de bien refroidir le rècipient pour condenser le chloroforme. Faites bouillir le résidu de la distillation dans Talcool à 90*"; décolorez la solution par le charbon animal lavé; filtrez-la bouillante, et abandonnez la liqueur àl'évaporation spontanée.

L'atropine présente au plus haut point les propriétés physiologiques -i|it toxiques constatées dans la belladone; on l'emploie quelquefois à

alcaloïdes. ^ SOUNËES. 7

rêtai de liberté, mais plus souvent sous la forme de sulfate. Pour obtenir le sulfate d'atropine, M. Maître donne le procédé suivant. On dissout 10 parties d'atropine dans l'étherpur et anhydre; d'autre part, on fait un mélange dans la proportion de i partie d'acide sulfurique et de 10 parties d'alcool à 95"^. On ajoute goutte à goutte cette liqueur acide dans la dissolution d'atropine; le sulfate se forme et se dépose en cristaux aciculaires.

1^ sulfate amorphe ou pulvérulent employé en médecine s'obtient (le la façon suivante. On délaye l'atropine, réduite en poudre fine, dans deux fois son poids d'eau distillée; on ajoute de Tacide sulfurique au dixième, en quantité exactement suffisante pour dissoudre l'alcaloïde, l't l'on fait évaporer à siccité dans une étuve à la température de 50® à My. Le sulfate d'atropine ainsi obtenu constitue une poudre blanclio, entièrement et facilement soluble dans l'eau. (Codex.)

Iai Codex fait également connaître le mode de préparation d'un sel peu employé à base d'atropine, le Yalèrianate. Le procédé indiqué par le formulaire légal pour l'obtention du Yalèrianate t atropine est dû à M. Callman; voici les prescriptions de ce pharmacien. Dissolvez i\^ l'acide valérianique dans de l'éther sulfurique à 0,740, et ajoutez \w\ï à peu la quantité d'atropine nécessaire pour saturer la so|Mion; eiitin, laissez évaporer spontanément Téther. Le valérianate d'atropine se dépose sous la forme de croûtes blanches, légères, formées par un amas de petits cristaux. Ce sel fond à +32**; il est très-soluble dans IVau, et se dissout moins facilement dans ralrx)ol et dans l'éther.

On emploie le plus ordinairement Tatropine sous la forme de granules.

Nmis avons déjà dit à l'article Granules (t. 1, p. 158) combien l'st vicieux le mode de dosage des granules adopté dans l'industrie ; il consiste à arroser une certaine quantité de nonpareille des confiseurs avec une solution médicamenteuse concentrée. Nous répéterons encore une fois, avec le Codex, et pour l'atropine en particoilier, que ce procédé de préparation n'offre aucune garantie potir la rrpariUion exacte du principe actif dans les granules.

Le Codex donne pour la confection de ces granules un moyen que iiiHis transcrirons textuellement, en re(U)mmandant aux pharmaciens d'y nH'ourir pour tous les cas analogues :

Tr. : Atropine cristallisée 0,10

Sucre de lait pulvérisé ^»00

Gouinic arabique pulvérisée 0,90

Sirop de miel.. Q. S.

Triturez avec soin dans un mortier de porcelaine Tatropine et

avec IVau et Tair. La substance visqueuse que nous venons de mentionner possède, en effet, de même que l'atropine incristallisable, des propriétés physiologiques et toxiques très-prononcées; seulement, et le fait est grave au point de vue de ses applications à la médecine, elle ne possède pas toujours la même intensité d'aclion. (Clin.)

L'hyosciamine offre les propriétés générales des alcaloïdes végétaux (t. I, p. 777), mais aucune réaction chimique spéciale ne permet de la distinguer nettement de l'atropine. De même que l'atropine, cotte subtance exerce une action mydriatique très-intense. 11 résulte des intéressantes recherches physiologiques du docteur Clin, que l'hyosciamine est une substance que Tatropine peut toujours suppléer ot qui est inférieure à Falcaloîde de la belladone, en raison des difficultés que font naître son extraction et l'impossibilité que Ton éprouve do la faire cristalliser. Une étude chimique de cette substance serait très-intéressante et serait un complément presque nécessaire de l'examen comparatif de la Relladone et de la Stramoine.

Sotanine. La Solanine a été découverte par Desfosses dans les feuilles ot les tiges de la douce-amère; elle a été trouvée depuis dans les fraits do cotte plante parLegrip; puis isolée des rameaux étiolés de !■ pomme de terre par le docteur Otto. Le procédé d'extraction employé par ce chimiste consiste à traiter les bourgeons par de l'eau acidulôo au moyen de l'acide sulfurique, et à précipiter les matières gommousos et colorantes ainsi que l'acide sulfurique et l'acide phosphorique contenus dans la solution, à l'aide de l'acétate de plomb. On sature ensuite la liqueur par un lait de chaux, et l'on fait bouillir le précipité sec avec de l'alcool à 8(K. La solanine sedé- }H><e peu à peu ; elle est purifiée par des dissolutions alcooliques plusieurs fois renouvelées.

La >iilanino cristallise en fines aiguilles prismatiques ; elle est incc^lor^ ot inodore. Sa saveur est faiblement amère et cause au pharynx une sensation d'Acroté persistante qu'on retrouve dans tous ses 5rl5. EUe est fusible à 2i0«, et elle commence vers cotte température à >o ciiK>ror ot à dégager de petites quantités d'eau. EUe est pou soluh]^ dans l'eau, dans Talcool, dans réther et dans les huiles; elle ;->>r>io do< pnipriélôs basiques assez puissantes et forme des sols dr-iiiiis dvnX quelques-uns cristallisent, tandis que d'autres offrent r;i>j:»rcl pommeux.

Cet alcaloïde se présente sous deux états isomériques différents, lADi'M r-ristâlliséo. tantôt on masse visqueuse qui devient cornée par la dessiccation. La solanine cristallisée que Ton fait dissoudre dans l'ail >:•(«! fiiumit toujours par Tévaporation une portion do solanine

alcaloïdes. ^ SOLANÉES. il

cornée, et cette dernière, lavae avec de Tammoniaque, se trans* forme en paillettes naorées de solanine.

La solanine a pour formule C^H^^AzO'*. Sous l'influence des acides dilués et de la chaleur, elle subit un dédoublement remarquable; file donne naissance, en fixant les éléments de l'eau, à une base nouvelle, la solanidine (C^H^^AzO*) et à de la glucose.

L'action de la solanine parait être très-différente de celle des autres alcalis des Solanées. Elle ne dilate pas la pupille, et elle agit néanmoins comme un stupéfiant énergique ; elle produit, à dose un peu élevée, une paralysie presque complète des membres postérieurs.

L'absence de toute action mydriatique chez la solanine a été véri* tiée dernièrement, sur ma demande, par MM. les professeurs Yulpian oi Léon Lefort. Les essais ont été faits avec beaucoup de soin à l'aide de deux échantillons de solanine pure et cristallisée, préparés, i*iin par M. Guignet, l'autre par H. Merck.

Des solutions de cette base dans Teau aiguisée par une trace d'acide acétique et instillées entre les paupières n'ont pas amené la moindre dilatation de la pupille. M. le docteur L. Lefort a fait les ë>sais sur lui-même, et M. Yulpian sur quelques malades de 86n service.

Nous n'insisterions pas sur ces nouvelles expériences confirmatives d*nne ancienne assertion émise par Soubeiran, si nous n'étions arrivé d'autre part à un résultat qui nous semble intéressant. Nous avons préparé avec le plus grand soin un extrait aqueux de tiges de douceanière et avons prié MM. Yulpian et L. Lefort de l'expérimenter comparativement avec la solanine. Or ces deux habiles physiologistes !K>nt arrivés, chacun de leur côté, à constater que cet extrait produit une dilatation énergique de la pupille. De ces résultats il nous parait légitime de conclure que la substance cristalline et basique désignée MOUS le nom de solanine, est différente de l'alcaloïde qui domie à la douce-amère et à son extrait ses propriétés mydriatiques. Est-ce un produit modifié? ou bien la plante renfcrme-t-elle avec la solanine un «second alcaloïde susceptible de dilater la pupille? Ce sont deux questions que j'espère bientôt résoudre par des expériences en Mtie d'exécution.

L'alcaloïde des Nicotianes (Nicotine) est d'une nature différente de • elle des bases que nous venons d'examiner; nous l'étudicrons spé- < ialement en faisant l'histoire du tabac. En distillant la belladone ;»vec de l'eau chargée d'un hydrate alcalin, Lubekind prétend avoir •»bti'nu une matière cristallisée alcaline (Be/WontW); cette substance paraît étru sans action sur récx)nomie.

Ces expériences mériteraient d'être répétées, et il serait intèressant de savoir si l'auteur a eu affaire à un principe inunédiat bien défini. Les questions de ce genre ne seront résolues que lorsque l'analyse des produits bien purifiés aura été exécutée avec les soins qu'exigent les difficultés inhérentes à ce genre de problèmes.

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