‹ Traite de pharmacie theorique et pratique v. 2, 1870Chapitre 175 sur 494 · SOLUTION AQUEUSE DE CHLORE · texte numérisé non relu

SOLUTION AQUEUSE DE CHLORE

Le chlore se dissout dans l'eau, et forme une solution colorée en jaune verdâtre, dont la richesse eu chlore varie avec la pn»ssion et la température. Sous la pression normale de 0,76, un volume d'eau absorbe à diverses températures les volumes de chlore indiqués dans le tableau suivant :

Vl\, 30«..

[•n VOLUME

d'eav absomk :

rCLOUZE.

CAT-LUMAC.

ji

OHLORK. 347

Le maximum de solubililé du chlore dans l'eau a donc lien vers la température de -H 8°.

Si l'on prépare la solution aqueuse de clilore, & une température voisine de if, il se forme dans la liqueur des cristaux ayant la forme d'octaèdres rhombiques, et offrant la couleur du chlore, ils consti-

tuent un véritable hydrate et contiennent -j-ttjt- Cl et -r^ HO,

La solution aqueuse de chlore s'obtient de la manière suivante :

On fait usa^e de l'appareil de Wouif {fig. 18). Introduisez le bioiyde pulvérisé dans le matras, posé sur un bain de sable. I,e premier flacon, destiné ù laver le chlore, ne doit renfermer qu'une petite quantité d'eau ; les Hacons suivants sont remplis aux trois quarts d'eau distillée dont la température est maintenue autant que possible voisine de + 8°,

La branche du dernier lobe se rend dans une èprouvette contenant un lait de cbaux.

1,'appareil étant ainsi disposé, versez dans le matras, au moyen du tube en S, un tiers environ de l'acide chlorliydrique. Le chlore se

dégagera même à froid en vertu de la réaction : MnO* -H 2CIH = Cl -h MnCl -h 2H0.

Chauflez modérément et ajoutez de nouvelles portions d*acide, afin de rendre le dégagement plus prompt, à mesure qu*il se ralentira. Le lait de cliaux est destiné à absorber Texcès de chlore.

Abandonnée à elle-même, et particulièrement sous Tinfluence de la radiation lumineuse, la solution aqueuse se décolore graduellement. Le chlore s'empare de Thydrogéne de Feau et forme de Tacide chlorhydrique, Toxygéne se dégagjien partie, une autre portion se cx>mbine au chlore et donne^ naissance à de l'acide perchlorique CIO',110. De ces faits résulte la nécessité de conserver la solution aqueuse de chlore dans des flacons de verre jaune orangé, ou recouverts de papier noir ; ces flacons sont placés dans un lieu frais et obscur.

On se sert quelquefois pour préparer le chlore d*un mélange de chlorure de sodium, de biuxyde de manganèse et d'acide sulfurique dilué. Les proportions les plus convenables sont les suivantes :

Chlorure de sodium 310 gr.

Acide sulfurique à 1,84 500

Eau 400

Bioxyde de manganèse 250

On opère à l'aide du même appareil que dans le premier cas. Le chlorure de sodium et le bioxyde de manganèse sont broyés, mélangés et introduits dans le matras. Lorsque l'appareil est monté, on verse l'acide sulfurique dilué et refroidi au moyen du tube en S, on réglant les affusions sur la vitesse avec laquelle le chlore se dégage. On chauffe modérément vers la fin de l'opération.

La réaction qui donne naissance au chlore est exprimée par la formule : ClNa 4- Mno« -4- 2S0M1 = Cl -h SMnO* -+- SNaO* -+- 2H0.

Toutes les jointures de l'appareil doivent être lutées avec le plus grand soin ; les bouchons doivent être bien choisis, les trous qui livrent passage aux tubes doivent être cylindriques et les tubes doivent pénétrer à frottement. H importe de ne laisser ailcune fissure avant de mettre l'appareil en marche, car dés que le mélange est opéré, il est fort difficile d'empêcher le dégagement du chlore dont les effets irritants sont extrêmement dangereux pour l'opérateur.

U solution aqueuse de chlore est fréquemment employée dans les laboratoires comme réactif et comme agent de destruction des matières colorantes. Elle a été autrefois prescrite dans le traitement des affections syphilitiques et pour administrer des fumigations chlorées. L'eau chlorée a été également utilisée comme moyen de dé-

terger et de sliiiiuler les plaie» atleiiitcH «le poun-ilurc d'hdpital. En somme, c'est un agent peu utile et trës-rureinent prewrit eu uièdedne.

HYPOCHLORITES OV CHLORIIUES DÉSINFEOTJflITS

On donne le nom de chlorurei décdorants et déùnfectanU aux produits comple.ies qu'on obtient, soit en dirigeant un courant de clilore à travers des solutions étcnduai de potasse ou de soude, soit en mettant ce gaz en contact avec de l'hydrate de chaux solide ou délajè Depuis la découverte de l'acide hypoclilorcui par M. Balard, les chimistes admettent gËiiûralement que, dans les circonstances précitées, il se pi-oduit un mélange, i équivalents égaux, de chlorure et d'bypochloritc métallique cl ils formulent la réaction par l'équation suivante :

u« + ïJio = ciM + ao,iio

Avant les travaux de M. Balard, ce mélange du chlorure etd'hypurhiorïte était considéré comme une combinaison directe du chlore avec les oxydes métalliques et recevait le nom de chlorure d'oxyde. Les recherches de MM. Kolb, Riche et Scheurer-Kestuer paraissent de nature A modifier les idées qu'il convient d'adopter touchant la constitution réelle des chlorures décolorants, mais elles ne portent aucune atteinte aux Taits de pure pratique qu'il nous reste à exposer.

Les hypochlorites exhalent une odeur spéciale et possèdent une saveur particulière ; ils décolorent les substances végétales, par la double action du chlore et de l'oxygénc et détruisent de la même manière les matières animales odorantes, eu les dëshydrogënaut.

Pour comprendre comment les hypochlorites alcalins mélangés de chlonires donnent naissance à du chlore libre, il importe de ne pas oublier que l'acide hypochloreux CIO, mis en présence de l'acide chlorhydrique, subit nue décomposition en vertu de laquelle lec deux acides se transforment intégralement en eau et en chlore. Or, sous l'influence des acides les plus faibles, de l'acide carbonique lui-même, l'acide hypochloreux est chassé de ses combinaisons et s'il se trouve en présence d'un chlorure, il se comporte de la même façon qu'avec Clll et doime Heu 6 un dégagement de chlore. L'acide que l'on ajoute à un hypodilorite du commerce met donc l'adde hypochloreux en liberté et »e combine avec l'oxyde métallique résultant de l'action réciproque du chlorure et de l'acide hypochloreux. Supposons que l'acide carbonique de l'air se trouve en pré-

sencG d'un luéiaiige contenant des équivalents égaux d'hypochlarite de chaux et de chlorui'e de calcium, il se produira deux équivalents de carbonate de chaux et deux équivalents de chlore. Le premier équivalent de carbonate résulte de l'expulsion de l'acide hypochloreux pa#racide carbonique, le second de la combinaison de l'acide carbonique avec l'oxyde de calcium provenant de la réaction de Tacide hypochloreux sur le chlorure de calcium, réaction exprimée par l'équation suivante :

ClCa 4- ftO = CaO 4- 2C1.

Pour connaître la richesse d'une solution de chlore ou d'hypocblorite, on a d'abord recherché quelle est l'intensité de son action décolorante sur une dissolution sulfurique d'indigo. L'emploi de l'indigo n'est pas susceptible d'une grande précision, parce que la liqueur d'indigo est essentiellement altérable, et parce qu'il est difficile de saisir avec précision le moment où l'action décolorante cesse de s'exercer. Gay-Lussac a substitué à ce réactif imparfait la transformation de l'acide arsénieux AsO' en acide arsénique AsO', sous l'influence du chlore et de l'eau; ce moyen permet de déterminer avec une suffisante exactitude la valeur des hypochlorites décolorants ou désinfectants.

Gay-Lussac a choisi pour unité chlorométrique l'action produite sur l'acide arsénieux par un volume de chlore sec, pris à la température de zéro, suus la pression de O'^JQ, et dissous dans un égal volume d'eau; cette unité est divisée en iOO pallies égales ou degrés. Un degré chlorométrique représente donc un centième de volume de chlore.

On prépare une dissolution de chlore contenant un volume de chlore égal au sien et une solution d'acide arsénieux telle que deux volumes égaux des deux liqueurs étant mélangées, l'acide arsénieux et le chlore se transforment en acide arsénique et en acide chlorhydrique en présence de l'eau.

Le chlore s'empare de l'hydrogène de l'eau et forme de l'acide chlorhydrique dont le {)Ouvoir décolorant est nul, et l'oxygène rois en liberté s'unit à l'acide arsénieux et le convertit en acide arsénique. La réaction qui s'accomplit est exprimée par la formule équivalente :

AsQs 4- 2CI -h 2H0 = AsO« -H 2C1H.

Supposons qu'on ait un litre d'eau tenant en dissolution un litre de chlore dont le poids est 5,17 grammes; si l'on dissout une quan^ tité équivalente d'acide arsénieux 4,44 dans un litre d'eau, un volume

CIILOltE. 3&1

de c^tle dissolulioii d'acidi' arsèiiieiix, mélangé à un volume égal de la solution de chlore no renfermera plus (jug de l'acide arsénique.

On conçoit maintenant que si l'on mélange un volume de la dissolution ai-sênieuse avec une solution de chlore dont la foroe n'esl pas connue, on pourra Évaluer la richesse de celle dernière, d'après la quantité de dissolution arsènieuse nécessaire pour absorber le chlore qu'elle renferme. Supposons, par exemple, qu'il l'aille un volume de liqueur arsùiiieuse pour un volume de dissolution chlorée; celle-ci contient un volume de chlore ; supposons qu'il faille 1/2 de liqueur arsénieuse; il n'y a qu'un 1/2 volume de chlore dans la dissolution chlorée ; s'il faut deux volumes de liqueur arsénieuse, la dissolution chlorée contient deux volumes de chlore.

Si maintenant nous remplaçons le chlore par un hypocblorile, l'effet décolorant sera exactement le même que si (ont le chlore qui a servi à le former était -S l'élat libre.

Ceci posé, voici comment on mesure la force ou le titre d'un hypocblorile désinfectant, celui do chauic, par exemple. On prend pour l'essai (0 grammes d "hypoclilorile de cliaui; on les dissout dans l'eau, de manière que le volume total de la dissolution soit égal à un litre, dépùt compris.

Lorsqu'on prend un volume constant de cette dissolution, 10 centimètres cubes, par exemple, cl qu'on y verse peu k peu la dissolution arsénieuse, mesurée on dixièmes de centimètres cubes, jusqu'à ce que tout le chlore soit absorbé, hi foire de l'hypochlorite est proportionnelle au nombre des divisions de la dissolution arsénieuse exigées parl'liypoclilorile. L'hypochlorite a-t-il détruit 100 parties de la dissolution arsénieuse, il sera au litre normal de lO'l"; s'il a détruit seulement 80 parties de dissolution arsénieuse, il sera au titre de 80*, etc.

Celle manière d'opérer est assurément IrèK-simplo. mais elle est défectueuse dans la pratique, parce que la dissolution arsénieuse, qui est li'ès-acido, giûce à l'excès dacidu chlorhydrique nécessaire |iour dissoudre .'tsO', dégage du chlore en telle abondance, que la transformation en acide arsénique AsO* esl incomplèle et que l'essai est parlant inexact.

Si l'on verso, au contraire, la dissolution do riiypochlorile do chaux dans la dissolution arsénieuse, le chlore trouve toujours de l'acide arsénieux sur lequel il agit, A quelque degré de dilution qu'ils soient l'un ot l'autre, liais alors le titre do l'hypochlorite n'est pas donné immédiatement; car il est en raison inverse du nombre de divisions qu'il aura fallu employer pour détruire le volume de dissolution

ai*sénieu8e. S'il a fallu 50 parties d'hypoclilorite, le titre sera 100 X 100/50 = 200; s'il en a fallu 200, le titre sera 100 X 100/200 = 50, etc. Néanmoins, cet inconvénient n'est pas très-grave, puisqu'il se réduit à consulter une table dans laquelle ou trouve le titre correspondant à chaque volume d'hypochlorite employé pour détruire la mesure constante de dissolution arsénieuse. Voici cette table :

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