‹ Traite de pharmacie theorique et pratique v. 2, 1870Chapitre 24 sur 494 · ELLÉBORE BLANC · texte numérisé non relu

ELLÉBORE BLANC

On désigne en pharmacie sous le nom d'ellébore blanc le rhizome du Veratrum album Un. (Colchicacées). Le rhizome d'ellébore blanc contient de la Vératrine identique avec celle que Ton extrait de la cèvadille, et un second alcaloïde, la Jervine, découvert par Simon.

4i MÉDICAMENTS FOIRNIS PAU LKS VÉGÉTAUX.

La jervine est incolore, cristalline, peu soluble dans Teau et trèssoluble dans l'alcool. Sa composition a été exprimée par la formule C»H*»AzH», dont l'exactitude est douteuse.

Elle perd vers 150^ de l'eau de cristallisation, et fond en un liquide incolore qui supporte une température de 190^ sans s'altérer.

Pour préparer la jervine, on épuise Textrait alcoolique de racine d'ellébore blanc par de l'eau aiguisée d'acide chlorhydrique, et l'on précipite les liqueurs par le carbonate de soude. Le dépôt lavé est dissous dans l'alcool, et la solution alcoolique est décolorée par le charbon. On évapore en partie l'alcool; il se dépose une matière cristalline; c'est la jervine, qu'on purifie en la lavant au moyen d'un peu d'alcool. La liqueur dont la jervine s'est séparée contient de la vératrine et de la jervine. On l'évaporé à siccité, et l'on fait bouillir le résidu avec de Teau acidulée par l'acide sulfurique; le sulfate de jervine cristallise par le refroidissement ; quant au sulfate de vératrine, il reste en dissolution. On précipite la jervine de son sulfate par le carbonate de soude, et on la fait cristalliser dans l'alcool. On reconnaît les chlorhydrate, sulfate et nitrate de jervine, à ce que les solutions de ces sels sont précipitées par les acides chlorhydrique, sulfurique et nitrique.

L'ellébore blanc est aujourd'hui à peu près inusité.

POIfMADE d'ellébore BLANC

Pr. : Poudre d'ellébore blanc 4 gr.

Axonge 30

Essence de citron 3 goût.

Hélez.

Cette pommade a été prescrite par Biet dans le traitement de quelques maladies cutanées.

LOTION d'ellébore BLANC.

Pr. : Ellébore blanc 15 gr.

Eau i litre.

Faites bouillir; filtrez.

Ajoutez :

Teinture d'ellébore blanc 125 gr.

Recommandée par Swédiaur contre le prurigo, la teigne.

alcaloïdes. — YËRATRUM YIKIDE. 45

Vératre vert (Veratrum viride), U. S. Celle plante est connue aux États-Unis sous les noms d^ Ellébore d^ Amérique j d* Ellébore des marais ^ d*Herbe aux galeux, etc. ; de même que le Vératre blanc (Ellébore blanc), elle appartient à la famille des Colchicacées et offre avec ce dernier de notables analogies. Le vératre vert croît dans plusieurs régions des États-Unis comprises entre le Canada et la Caroline; il habite les endroits humides et se rencontre dans le voisinage des cours d'eau et des prairies. On le voit apparaître de bonne heure, en mars. (Pereira.)

Voici les caractères assignés à cette substance médicamenteuse par le même auteur : toute la plante possède un goût acre et brûlant; sa racine ou mieux son rhizome est seul employé en médecine. L'aspect général de ce rhizome offre beaucoup d'analogie avec celui du vératre blanc. Lorsqu'il est récent, il possède une odeur désagréable qu'il perd par la dessiccation. Sa saveur est d'abord douceâtre, puis amère, et suivie par une sensation de brûlure, laquelle dure pendant plusieurs heures après qu*on a cessé de la mâcher. La poudre de vératre vert est un puissant stemulatoire.

H. H. Worthinglon a soumis à l'analyse le rhizome de vératre vert et y a trouvé les principes suivants :

Matières gommeuses; matières amylacées; sucre; principe extractif amer^ huile fixe, principe colorant; acide gallique; akaloide identique avec la vératrine; cellulose; sels de chaux et de potasse.

Les propriétés thérapeutiques du vératre vert ont été étudiées aux États-Unis par les docteurs Osgood et V\^are. Divers médecins américains lui attribuent une action curative manifeste dans le traitement des affections inflammatoires fébriles, et en particulier dans celui de la fièvre puerpérale. D'après M. Cutter, l'action du vératre vert diffère de celle de l'ellébore blanc; tandis que ce dernier agit comme un purgatif drastique, le premier purge rarement.

Le docteur Kocher de Wurtzbourg (1866) a préconisé l'emploi des préparations de vératre vei*t dans le traitement de la pneumonie. Le travail de ce médecin est devenu l'origine d'intéressantes recherches de la part de HH. Biermer, Flukiger et Oulmont; nous donnerons plusieurs propositions qui résument l'opinion de ce dernier médecin touchant l'action du vératre vert sur les animaux et sur l'homme sain.

1® Le rhizome de vératre vert détermine rapidement des nausées, des vomissements violents qui durent quelquefois quinze à vingt heures, et de la diarrhée.

2* La respiration est profondément modifiée; elle devient inégale,

ii; MÉDICAMENTS FOUK.MS l'AU LKS VEGETAI X.

irrégulicrc; laiilôl très-rapide, laiilôt d'une lenteur telle qu'elle tonibo à deux et même ù un seul mouvement respiratoire par minute. Quelquefois, chez les grenouilles, la respiration pulmonaire se suspend complètement.

3** La circulation se ralentit aussi très-rapidement ; le pouls baisse, au bout d'un quart d'heure ou d'une demi-heure, de 20, 40 et 60 pulsations. Chez l'homme, en dehors de Tètat fèbiile, levercUrum, à la dose de 1 à 5 centigr., fait tomber le pouls de 30 à 40 pulsations.

4 ' La température suit une progression descendante uii peu moins marquée. Au bout d'une demi-heure à deux heures seulement) elle descend de 2, 3 et même 5 degrés, et peut restera ce point pendant vingt-quatre heures, sans que la mort s'ensuive.

5*^ L'action hyposthénisante du veratrum viride se manifeste dès le début. L'affaissement et la prostration vont en augmentant, et quand ces symptômes ont atteint le plus haut degré, l'animai meurt.

6° 11 ne survient jamais de contractures, de roideurs musculaires ou de convulsions télaniformes.

M. Oulmont, en comparant cette plante à l'ellébore blanc, a observé les caractères suivants : 1° même intensité d'action de l'ellébore blanc sur les voies digestives; 2® phénomènes toxiques plus violents, mort plus rapide. Le résultat le plus intéressant auquel il paraisse arriver relativement à l'action comparée des veratrum et de la vératrine, c'est l'excitation produite par cette dernière sur le système musculaire, excitation qui ne se fait pas sentir sous l'influence des deux espèces de vératre essayés. Les effets remarquables de prostration allant jusqu'à la mort apparente ont été observés, chose remarquable, sur l'extrait de veratrum privé de vératrine.

Daprès ces faits, nous croyons qu'il serait important de constater s'il v a identité entre la vératrine de la cévadille et Talcaloïdc des Veratrum viride et K. album, 11 serait possible qu'indépendamment de la jervinc, découverte par Simon, les veratrum continssent un alcaloïde analogue, mais non identique avec la vératrine de la cévadille; cet alcaloïde aurait été confondu avec elle comme cela a eu lieu pour la colchicine. C'est un sujet de recherches qui nous semble digne d'intérêt.

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