ALCALOÏDES. - COLCHIQUE
Les anciens Grecs et les Arabes employaient contre la goutte les bulbes du Colchicum variegaium (Hermodacté) ; mais cette application qui aurait pu être utilisée sur notre colchique, avait été oubliée. Storck, en 1763, appela l'attention des médecins de son temps sur les bulbes de notre colchique, mais sous un autre rapport. G*est seulement en 1814 que les médecins anglais, ayant appris que le colchique entre dans la composition de Teau médicinale de Husson, usitée contre la goutte, commencèrent à se servir du colchique dans le traitement des rhumatismes et surtout de la goutte.
Les bulbes de colchique ont fourni à Tanalyse les résultats suivants
Colchicine; matières grasses; acide volatil; acide gallique?; gomme; amidon; intdine; cellulose.
Les feuilles du colchique participent à l'âcreté des autres parties de la plante ; elles sont dangereuses pour les bestiaux. Les fleurs et les semences du colchique possèdent des propriétés analogues à celles des bulbes.
Dans l'origine, la colchicine a été confondue avec la vératrine par Pelletier et Caventou; Geiger et Hesse Tont ultérieurement distinguée de ce dernier alcaloïde.
La colchicine, suivant Geiger et Hesse, cristallise en aiguilles déliées ; elle est inodore et possède une saveur acre et amère. A petite iose, elle détermine des vomissements et des purgations. Cette substance n'est pas aussi irritante que la vératrine, et elle n'exerce pas sur la membrane pituilaire Tinflammation violente qui caractérise cette dernière. Elle se dissout en petite quantité dans l'eau, tandis que la vératrine y est insoluble ; elle est soluble dans l'alcool et dans l'éther. D'après les chimistes précités, elle se combine aux acides et Terme des sels acres et amers qui, pour la plupart, sont difficilement irristallisables. Les solutions de colchicine possèdent les caractères suivants : la teinture d'iode les précipite en rouge kermès; le chlorure de platine en jaune ; l'infusion de noix de galle en blanc jaunâtre. Si l'on verse de l'acide azotique concentré sur de la colchicine ; celle-ci prend une teinte bleue ou violette foncée, qui passe bientôt au vert olive et enfin au jaune. L'acide sulfurique colore la colchicine en jaune brunâtre et non en violet pourpre, comme cela a lieu pour la vératrine.
Quelques-uns des résultats obtenus par Geiger et Hesse ont été infirmés dans un travail publié en 1857 par H. Léon Oberlin, professeur à l'École supérieure de pharmacie de Strasbourg. Voici le résumé des principaux faits consignés dans son mémoire.
48 MÉDICAMKNTS FOLUMi< l'AU LKS VKGÉTAllX.
i® La vératrine n'existe ni dans les bulbes du colchique, ni dar les autres parties de la plante.
2® La colchicine, découverte par Hesse et Geiger dans les semenc du colchique, est un principe immédiat, neutre et incristalUsabl qui rCest pas susceptible de former des sels définis.
3® La colchicine, sous l'influence des acides, se dédouble en i corps cristallisable particulier, la Colchicéine (P'H^AzO")?, et en ui substance de nature résinoîde.
4^ La colcliicine existe, non-seulement dans les semences, maise core dans les bulbes, les fleurs et même dans les feuilles et les ca suies fraîches du colchique.
5® La colchicine est le principe le plus actif contenu dans le ce chique; elle est toxique à trés-faible dose.
6® La colchicine est nettement caractérisée par l'action des acid sulfurique et azotique, telle que Geiger et He^se l'ont décrite, et su tout par la transformation en colchicéine.
7^ On extrait des semences du colchique une huile grasse qui pc séde des propriétés drastiques puissantes et peut devenir toxique.
Pour obtenir la colchicine, on épuise les semences de colchique p de Talcool à 90^ acidulé au moyen de l'acide sulfurique. A la solutic filtrée, on ajoute de la chaux hydratée, on filtre, et l'on sature exact ment par l'acide sulfurique. On distille pour retirer Talcool. On d compose le liquide restant par le carbonate de potasse, et l'c reprend le précipité desséché par l'alcool absolu. On décolore i moyen du charbon et l'on concentre à une température peu élevé On redissout dans l'alcool, on ajoute une petite quantité d'eau Ton abandonne à l'évaporation spontanée.
Emploi médical. Les propriétés thérapeutiques du colchique et de colchicine ont été Tobjet de nombreuses assertions contradictoires q ont été récemment discutées et soumises à des expériences cliniqu* et chimiques par un savant médecin anglais, H. A. Baring GaiT0<
Le résultat de ses recherches se résume dans cette propositi( que nous transcrirons ici textuellement. « Le colchique, quelle qi soit la préparation dont on fasse usage, exerce une action puissan et favorable sur l'évolution de 1 inflammation goutteuse; c'est un fait qu'il est impossible de méconnaître. L'influence du o( chique n'est pas limitée exclusivement aux phénomènes de goutte articulaire; elle se montre encore toute-puissante cont les formes larvées et irréguliéres de la goutte. »
L'action physiologique du colchique rend-elle compte de son a
ALCALOIDIlS. — COLCUIQUE. 4U
joii thérapeutique? En aucune façon, dit H. Garrod, et il énuraère la série de ces phénomènes qui résultent d'une irritation locale puissante et d'une sédation du système nerveux. L'ellébore blanc et la vératrine donnent naissance à des symptômes physiologiques du même genre, d'une intensité beaucoup plus grande, et néanmoins l'ellébore blanc et la vératrine échouent constamment là où le colchique réussit merveilleusement. De plus, on ne peut pas attribuer l'action du colchique dans la goutte à ses propriétés sédatives, car, en dehors de la goutte, l'influence du colchique sur le processus inflammatoire est nulle ou peu prononcée ; elle est moins sensible que celle de Témétique ou du protochlorure de mercure dans les autres inflammations, et pourtant ces médicaments sont presque totalement inertes dans le traitement de la goutte.
A l'opinion des médecins qui ont écrit que le colchique n'agit dans la goutte que lorsqu'il y a production d'un effet purgatif, H. Garrod oppose les nombreuses observations qu'il a recueillies pour juger cette question. Il conclut de leur ensemble que si le colchique purge en même temps qu'il soulage, ce fait n'a rien de général. L'action curalive du médicament est indépendante de ses effets purgatifs, et se manifeste fréquemment sans que ces derniers se produisent.
Enfin, et pour terminer, nous citerons l'opinion de ce savant sur les propriétés diurétiques du colchique et sur la faculté qu'on lui a attribuée de guérir les accès de goutte, en favorisant l'élimination de l'urée et de l'acide urique. De ses analyses précises et nombreuses, il déduit les propositions suivantes, dont l'importance ne saurait être méconnue. 1® Rien ne démontre qu'un des effets du colchique sur l'économie consiste à provoquer une élimination plus Considérable ie l'acide urique; lorsque V action du médicament est longtemps prolongée, eUe semble même produire un résultatcontraire. 2^ Les analyses ie M. Garrod et celles de H. Bœcker prouvent que le colchique ne semble pas avoir d'influence sur l'excrétion de l'urée, de l'acide urique et des autres principes solides de l'urine. L'action de ce médicament parait même amener une légère diminution de l'acide urique et de l'urée rendus par l'urine. 3® L'action diurétique du colchique est loin d'être certaine; on constate même que la quantité d'urine émise en vingt-quatre heures est plus faible lorsque le méckcament exerce un îfïct prononcé sur le tube digestif.
Bir^BES DE COLCHIQUE.
Les bulbes de colchique sont différents d'énergie, suivant l'époque II. — TU' ion. 4
de Tannée à laquelle est effectuée leur récolte, et celle-ci est presque impossible dans le moment de la végétation le plus opportun. Au mois d'août, alors que le bulbe est en pleine vigueur, sur sa paroi latérale apparaît le rudiment du nouveau bulbe ; celui-ci prend de l'accroissement et se développe aux dépens de Tancien, lequel perd de sa succulence à mesure que le jeune bulbe acquiert un plus grand volume. £n automne, le bulbe récent produit la fleur; au printemps, il porte les feuilles, et à ce moment le vieux bulbe achève de s'atrophier. On voit donc qu'au fur et à mesure que la végétation du jeune bulbe fait des progrès, l'ancien s'épuise de plus en plus.
D'après l'évolution de ces phénomènes, l'époque la plus favorable à la récolte du colchique est le mois d'août, moment ou le nouveau bulbe ne fait que de naître ; mais il n'y a alors sur le sol aucun signe extérieur qui permette de reconnaître la présence de la plante : le bulbe est profondément enfoncé dans la terre, et il n'y a ni feuilles, ni fleurs visibles. La rccoUe ne pouvant s'exécuter à ce moment de l'année, on est forcé d'attendre l'apparition des fleurs; le bulbe a déjà perdu une partie de ses sucs, pourtant il est encore très-charnu. Plus tard, le développement des fruits et des graines l'appauvrit davantage. Au printemps, le bulbe nouveau n'a pas encore acquis tout son développement; pour l'atteindre, il a besoin de subir les changements qui résultent de la végétation des feuilles.
Les différences d'énergie qui ont été observées dansl'emploi médical des bulbes de colchique tiennent certainement à ce qu'ils ne sont pas recueillis dans le moment convenable. Les pharmaciens des grandes villes ne peuvent songer à les récolter eux-mêmes; le commerce les leur fournit à l'état sec, et il est permis de supposer qu'il n'est pas apporté une suffisante attention dans le choix de l'époque où la récolte en est faite.
100 grammes de bulbes frais nous ont fourni 55 grammes après la dessiccation.
TErarURE DE BULBES DE COLCHIQUE.
Pr. : Bulbes secs de colchique broyés 1
Alcool à 60« 5
Faites macérer pendant 10 jours; passez avec expression et filtrez.