ÉP1SPA8T1QUES
de grandes précautions pour se garantir du contact de la poudre qui, par son âcretë, peut donner lieu aui accidents les plus grates.
Le Codex recommande de monder la substance naturelle des matières étrangères qui peuvent y adhérer, de la diviser grossièrement, de l'exposer pendant un temps suffisant à la dessiccation dans une étuve modérément chauffée et de procéder alors seulement à la trituration dans un mortier de fer.
La poudre d'euphorbe doit être passée à travers un tamis de soie à mailles très-serrées.
TEINTORE D*B0PH0RBE.
Pr. : Euphorbe 1
Alcool à 80- 5
Faites macérer pendant dix jours, en agitant de temps à autre ; filtrez.
HUILE D*EUPH0RBE.
Pr. ! Euphorbe 1
Huile d'olive 10
On traite Teuphorbe pulvétisë par digestion dans l'huile, à une douce chaleur, et l'on filtre le liquide chaud. La digestion doit durer pendant deux heures au moins.
EMPLATRE d'eUPHORBË.
Pr. : Poix blanche 16
Térébenthine 3
Euphorbe en poudre 4
On liquéfie la poix blanche; on ajoute la térébenthine; on passe le mélange, s'il contient des impuretés, et l'on lyoute peu à peu l'euphorbe. On agite le mélange jusqu'à ce que le refroidissement soit complet, afin d'obtenir un produit homogène.
THAPSIA.
M. le docteur RebouUeau en 1857 a mtroduit dans la matière médicale européenne un nouvel agent révulsif, la résine extraite de la partie corticale des racines du Thapsia garganica.
Le Thapsia garganica Lin. appartient au genre Thapsia de la famille des Ombellifères et de la tribu des Laserpitiées. Les traités français de matière médicale n'ayant pas encore exposé l'histoire de celle plante, nous transcrirons textuellement la description inédite que nous devons à H. le professeur Bâillon.
THAPSIA. 181
t Le Tkapna garganica est une belle plante, qui atteint la hauteur *iin homme et dont la tige et les rameaux fistuleux sont gUd^res. Les nulles du milieu de la tige, longues quelquefois de plus d'un mètre, t presque aussi larges que longues, sont pétiolées, dilatées inférieu- "ement en une gaine concave, à limbe bi ou tripennatiséqué, à divisions l'an beau vert, lisses en dessus, linéaires, étroites, allongées, aiguës, I bords entiers, souvent épaissis et un peu révolutés ou réfléchis, >àles en dessous, dècurrents ou confluents à la base. Vers la partie inférieure de la plante, le limbe peut être moins découpé ; il est parfois simplement penné, à lobes bien plus larges et lancéolés ; quelquefois même, la feuille inférieure est simple et presque entière. A mesure qu*on se rapproche des inflorescences, les feuilles, perdant peu à peu leur pétiole et leur limbe, arrivent à n'être plus représentées que par de larges gaines membraneuses, blanchâtres, glabres et entières, à bords rapprochés à leur base en un cornet dans lequel s'amasse Teau des pluies. Puis Taxe se divise en une grande ombelle terminale, ramifiée et composée. Ordinairement, ces ombelles sont dépourvues d*involucres et d'involucelles ; et les rayons glabres sont un peu renflés vers leur base et vers leur sommet.
c Les pédicelles sont grêles et présentent une articulation un peu renflée au niveau de leur union avec la base de Tovaire infère. Celuici est obconique et comprimé, avec un sillon profond répondant à la cloison de séparation des deux loges. Le calice n'est pas visible. Les pétales, allongés, assez épais, sont incurvés. Les étamines ont aussi un filet incurvé, et une anthère ovoïde, un peu aplatie u loges introrses, un peu écartées l'une de l'autre inférieurement. Le disque épigyne est formé de deux gros lobes dont l'ensemble représente un oôoe épais et déprimée, à base entourée d'un rebord qui dépasse tout autour le pourtour de l'ovaire, et à sommet bifide, surmonté des deux divisions du style, courtes, un peu renflées au sommet et glabres.
• L'ovule est suspendu par un assez long funicule. Le fruit est assez grand ; il est obovale, allongé, et chacun de ses achaines, glabre, répondant à une branche particulière de la columelle, présente des nervures dorsales fort peu saillantes, et deux larges ailes latérales, séparées l'une de l'autre, en haut comme en bas, par une échancrure profonde; leur ensemble a la forme obovée. La graine est, comme le corps même de Tachaine, comprimée de dehors en dedans, oblongue, à téguments membraneux, et à albumen dur, très-abondant, dont le sommet est occupé par'un embryon fort petit. »
La partie de la plante utilisée en thérapeutique est, comme nous
182 KPISPASTIQL'ES.
l'avons dit, la racine. M. Bâillon n'ayant pas eu à sa disposition cette racine fnj^che et entière, a ajounié sa description; nous devons les renseignements suivants à l'obligeance de M. Beslier, ancien intenie des hôpitaux, qui a voyagé en Algérie dans les régions où croit le Thapsia garganica.
« lia racine de Thapsia, nous a-t-il écrit, est grosse, charnue et tuberculeuse, souvent bi ou trifurquée ; elle atteint dans les conditions favorables une longueur de 60 centimètres et son diamètre à la base n*est pas inférieur à 5 ou 6 centimètres. Lorsqu'on coupe cette radne à Fétat frais, il en sort un suc blanc, laiteux, qui se résinifie et se colore promptement sous Tinfluence de l'air et de la chaleur. Ce suc laiteux se rencontre dans toutes les parties de la racine, mais c'est surtout la partie corticale qui le fournit en plus grande abondance; la région ligneuse centrale (mediiuUium) n'en renfeime qu'une trèspetite quantité. »
D'après M. Stan. Martin, l'ècorce de Thapsia du commerce est presque toujours enroulée sur elle-même lorsqu'elle présente de grandes dimensions. Souvent aussi, elle se rencontre en fragments brisés de très-petite dimension. Cette écorce est rugueuse extérieurement et couverte d'un épiderme qui s'en détache facilement par plaques, sa couleur est le brun foncé; la partie interne de l'ècorce est lisse, blanchâtre et offre une cassure fibreuse. La longueur des écorces entières sèches atteint près de 60 centimètres et la circonférence ne dépasse guère 4 centimètres. La poudre qui se dégage lorsqu'on manipule cette écorce sèche peut déterminer des accidents inflammatoires du côté des mains ou du visage.
Il parait résulter de quelques documents historiques publiés par H. Chevallier que le Thapsia dont la racine est actuellement employée comme agent révulsif est la plante qui a été décrite sous ce nom par différents auteurs de l'antiquité, Théophraste, Dioscoride, Pline, Galion, et au seizième siècle, parMatlhiolus, le commentateur deDioscoride. Cotte opinion n'a rien d'improbable, car cette plante est essentiellement méditerranéenne et croit en abondance dans diverses localités parfaitement connues et explorées par les anciens naturalistes. D'après Dioscoride, son nom générique serait tiré de l'île de Thapsos, dans laquelle on l'aurait découverte. Quant à son nom spécifique, il vient, dit-on, de ce qu'elle croit en abondance sur le promontoire de Gargano ou mont Saint-Ange, dans la Fouille. Nous terminerons ces renseignements d'histoire naturelle médicale par le passage suivant de la note inédite qui nous a été communiquée par M. H. Bâillon.
THAPSIÂ. 185
« Le Thapsia garganica a été observé jusqu'ici en Espagne, aux ics Baléares, en Sardaigne, au Maroc, en Algérie, en Italie, en Sicile, Ml Grèce, à Scio et dans plusieurs iles de TArchipel, ft Constantilople et dans TAsie occidentale.
« A-t-elle été trouvée de nos jours dans la portion de TAfrique qui répond à Tancienne Cyrénaïque? Le fait n'aurait rien d'étonnant, et i serait curieux pour élucider ce qu'on doit penser de l'identité supposée du T. garganica et du Silphium des anciens. Toujours est-il que ce n'est qu'avec doute que de CandoUe et les auteurs qui l'ont saÎTÎ considèrent comme une variété du T. garganica^ le T, silphium de Yiviani qui parait bien être le Silphium de la Cyrénaîque, et dont les propri^ës médicales sont assez analogues à celles de notre T. garganica, »
H. Beslier a observé pendant son exploration de l'Algérie que le Thapsia garganica est très-commun dans la province de Constantine et qu*il croit en abondance, spontanément et sans aucune culture, aax environs de cette ville. On le rencontre également aux environs de Bone et de Philippeville. Cette plante, suivant le môme auteur, manque complètement dans les provinces d'Alger et d'Oran.
c Un terrain léger, riche en humus et humide, dit M. Beslier, convient à cette plante, qui, en Algérie, affectionne les localités marécageuses, ou plutôt les environs des marécages, les marais en voie de des&iccation et le bord des ruisseaux. »
Ajoutons que, d'après M. Desnoix, parmi les écorces de T. garganica du commerce se trouvent souvent mélangées des écorces d'autres espèces du genre Thapsia, lesquelles sont entièrement privées du principe irritant qui donne au Thapsia officinal les propriétés qui le font rechercher.
Nous avons dit au commencement de cet article que c'est à M. le docteur BebouUeau qu'est due l'introduction dans la matière médicale de la résine de Thapsia comme agent révulsif. Depuis un temps immémorial, les Arabes utilisaient cette plante sous le nom de Bou- Nefa pour l'art vétérinaire et la médecine humaine. Dans le traitement de certaines affections articulaires des chevaux, ils employaient comme topique une sorte d'onguent obtenu en faisant digérer dans du goudron l'écorce de Thapsia ; et comme révulsif chez rhonmie, ils l'appliquaient sur la peau et frictionnaient celle-ci à faide d'un fragment d'écorce fraîche exposée à la chaleur des charbons ardents, jusqu'à ce qu'il y eût exsudation d'un liquide visqueux.-
C'est en obser\ant ces pratiques que M. Reboulleau a été amené à utiliser d'une façon régulière dans la thérapeutique le principe acre
184 KPISPASTIQIES.
du Thapsia. Ce dernier a élé isolé en traitant par l'alcool buuillani Técorce sèche, divisée et préalablement lavée à l'eau chaude; puis en soumettant la solution alcoolique à la distillation de manière à se débarrasser de Falcool. Par ce procédé, H. RebouUeau a obtenu mut substance résineuse impure, laquelle encore unie à une petite proportion d'huile essentielle de la plante s'incorpore facilement à des matières emplastiques et est devenue la base des sparadraps révulsifs préparés primitivement par Leperdriel, d'après les inspirations du savant médecin. Nous ferons bientôt connaître le procédé de Leperdriel, il a été communiqué libéralement par ce dernier à la commission chargée de la révision du Codex, c'est celui qui a été publié dans le formulaire légal de 1866.
La résine de Thapsia amenée à la forme de sparadrap adhésif détermine par son contact avec la peau une rubèfaclion énergique, bientôt suivie d'une éruption miliaire presque identique, à l'intensité prés, avec celle qui est consécutive à l'application de l'huile de Croton-Tiglium. Cette éruption est constituée par des vésicales qai d'abord sont translucides, mais qui ne tardent pas à devenir opaques; au bout de quelques jours, les vésicules se dessèchent et se desquament sans laisser aucune ulcération cutanée. H arrive quelquefois que les vésicules sont confluentes et qu'il y a soulèvement de la couche épidermique, sans que néanmoins il se forme de véritables ampoules. (Docteurs RebouUeau et Bertherand.) 11 nous reste maintenant à examiner les préparations pharmaceutiques dont Tècorce de Thapsia est la base.
RÉSDfE DE THAPSU.
Écorce de racine sèche de Thapsia incisée Q. Y.
Alcool à 90* Q. S.
Lavez à l'oau chaude Técorce de racine de Thapsia; séchez-la et traitez-la par Talcool bouillant à plusieurs reprises, jusqu'à ce qu'elle soit complètement épuisée. Réunissez les solutions alcooliques et soumettez-les à la distillation au bain-marie, afin d'en retirer l'alcool. Pour purifier la résine qui reste dans le bain-marie, on la traite à froid par l'alcool à 90^ lequel dissout la résine et laisse les impuretés. On distille le liquide après l'avoir filtré, et l'on a soin d'arrêter l'opèratiou lorsque la résine a acquis la consistance du miel ; on la consorvo dans cet état (umr la préparation de TemplAtre et du sparadrap K^vulsif,
Ce pix>cédé i'st celui qui a été proposé par M. RebouUeau et corn-
THAPSIA. 185
miiniqaé à la commission du Codex par Leperdriel ; il a été inscrit au formulaire légal de 1866.
Voici, d'après M. Beslier, les proportions de résine officinale fournies par la racine de Thapsia : les racines fraîches traitées ainsi qu'il est dit plus haut ont donné environ 2 pour iOO de résine ; les mêmes racines séchées à Tétuve tempérée, 10 pour 100 de résine,' et enfin les écorces sèches, en moyenne, 15 pour 100 de résine. M. Desnoix insiste sur l'importance des lavages successifs du résidu résineux de la première distillation. L'alcool, suivant cet observateur, entraîne en même temps que la résine une matière soluble dans l'eau, complètement inerte et dont la présence est extrêmement nuisible à la préparation d'un sparadrap de bonne qualité. Notre collègue y. Stan. Martin a reconnu que la résine de Thapsia que l'on trouve dans le eonunerce de la droguerie n'a pas subi cette purification par Tean, il a trouvé des échantillons de cette prétendue résine qui sont colorés en brun foncé au lieu de présenter la teinte jaune de la résine et qui, sur un poids de 15 grammes, ont perdu 6 grammes de matières solubles dans l'eau. Ainsi qu'il le fait observer si l'on voulait préparer la résine de Thapsia complètement pure, il conviendrait d'utiliser la propriété que possède le sulfure de carbone de la dissoudre, et il faudrait reprendre par ce véhicule la résine obtenue par le procédé de H. le docteur Reboulleau.