‹ Traité de pharmacologie et de l'art de formulerChapitre 12 sur 92 · P COLLECTION · texte numérisé non relu

P COLLECTION

ro~

La collection comprend tout ce qui est relatif à lapp visionnement des corps médicamenteux. Elle se compose de la récolte et du choix, de la dessication, de l'émondation ou purification, de la clarification (purification des liquides) de la division et de la conservation.

Récolte. Choix.

i° Récolte des végétaux. Lorsqu'on veut récolter une plante ou l'une de ses parties, comme l'âge, l'exposition , le climat , la culture , l'époque de l'année , de la journée même quelquefois, peuvent avoir quelque influence sur sa composition cbimique ; et par suite sur son mode d'action, il faut

avoir égard a ces diverses circonstances; c'est ce dont nous allons traiter successivement.

Age. Les végétaux ainsi que les animaux n'offrent pas la même composition dans toutes les périodes de leur existence. .Ainsi la laitue ordinaire que dans son jeune âge on mange en salade, fournit après la floraison un principe sédatif (thridace). Les jeunes pousses de houblon, qui peuvent se manger comme le thurion d'asperge, deviennent, après le complet développement de la plante, d'une saveur amère très-marquée.

, Lesborraginées dans leur jeune âge contiennent moins de nitrate de potasse et un mucilage moins perfectionné que dans un âge plus avancé. Enfin la chair de veau contient plus de principes gélatineux et muqueux et moins de principes nourrissants et excitants que celle du bœuf.

Exposition. (Terrain.) La chicorée ordinaire qui a crû dans des lieux privés de lumière contient bien moins de principes amers, puisqu'on l'emploie comme aliment. Les ombellifères qui naissent dans des lieux bas et humides contiennent moins de principes actifs. La nature du terrain apporte aussi quelques modifications dans la composition de la plante. Les borraginées, les solanées se développent mieux dans le voisinage des habitations ; enfin les environs de la mer, les terrains contenant du chlorure de sodium ou certains engrais, conviennent mieux que d'autres h certains végétaux.

Climat. On doit ^n général chercher les plantes dans ks climats les plus favorables à leur développement. Ainsi la rhubarbe exotique est plus active que la rhubarbe indigène, et les plantes aromatiques des climats chauds préférables à celles qui auraient cru dans des climats plus froids.

Culivre. Tout le monde sait que la culture peut développer les principes des plantes et même leur en procurer de nouveaux : il suffit pour s'en convaincre de comparer

(Si)

les fruits de nos vergers avec ceux des arbres sauvages , nos plantes potagères avec celles qui croissent dans les ckamps. L'observation a démontré que les labiées et les ombellifêres cultivées dans des terrains propices devenaient hi^n^uperieures.

Époque. Lorsqu'il s'agit d'une plante annuelle, on la récolte au moment de son complet développement : s'il s'agit de plantes bisannuelles ou vivaces, il y a des règles auxquelles il faut se conformer pour que les plantes ou leurs organes contiennent plus de principes actifs. Nous allons appliquer successivement ces règles a la récolte de chaque organe en particulier.

L'expérience a démontré que les racines des plantes bisannuelles récoltées en automne on au commencement de l'hiver après la chute des feuilles, contenaient plus de principes actifs et moins de parties aqueuses ; ainsi révoltées k cette époque , leur dessication et leur conservation en sont plus faciles. Les racines des plantes annuelles doivent être récoltées au moment de llapparition des feuilles afin que leurs principes ne soient point absorbés par ces organes. Les racines des plantes vivacçs se récoltent k l'âge de deux ou trois ans; plus tard elles contiendraient trop de ligneux Cependant celles de rhubarbe, de jalap et quelques racines de plantes ligneuses contiennent plus de principes actifs lorsqu'on les a récoltées a l'âge de cinq ou six ans.

Les tiges, le bois, le liber et les écorces doivent se récolter . également en automne ou au commencement de l'hiver après la chute des feuilles. Les écorces doivent se prendre sur des tiges ou rameaux de deux ou* trois ans : plus tard l'épiderme se fendille, et l'eau de pluie pourrait en entraîner les principes actifs.

Les feuilles des plantes non aromatiques doivent se récolter avant l'époque de la floraison , car plus tard leurs principes actifs serviraient au développement de la fleur. «Celles des

plantes aromatiques (labiées) a l'époque de la floraison contiennent plus de principes actifs. On choisit de préférence celles qui avoisinent les fleurs. •

Lm %urs et les sommités fleuries (sous ce dernier nom on comprend la partie supérieure de la tige pourvue de fleurs et de feuilles) se récoltent un peu après l'épanouissement de la fleur. Les roses de Provins exceptées se cueillent en boutons. A cette époque elles contiennent plus de tannin et de matière colorante. Les fleurs des svnantkérées doivent être recueillies on peu avant la floraison : leur réceptacle charnu fournit ensuite a lenr entier développement.

Les fruits sont secs ou charnus, déhiscents ou indéhiscents. Les fruits charnus (fraises, raisins , framboises, mûres, groseilles, cerises, pommes, poires, abricots, etc.) se récoltent à l'état de maturité lorsqu'on les emploie frais. Cependant les framboises, les mûres et les groseilles, récoltées un peu plus tôt, fournissent un suc qui se conserve mieux. Il ne faut pas non plus attendre la maturité pour les fruits que Ton veut conserver, car la maturation s'achève dans le é fruitier. Les fruits indéhiscents (akènes des ombellifères) se récoltent avant la séparation des akènes ; le carïopse des graminées ou les akènes des synanthérées, au moment où ces fruits vont se séparer des enveloppes qui les contiennent. Enfin les fruits capsulaires, follicules, gousses, siliques, pixides, capsules, se récoltent avant la déhiscencedu péricarpe et lorsqu'ils possèdent encore la couleur verte si on les emploie comme aliment , ou bien parvenus â maturité , la capsule ayant perdu sa teinte.verdâtre, et un peu avant la déhiscence, lorsqu'on se propose de conserver ies graines.

Les semences se cueillent au moment où elles vont se séparer du, péricarpe dans les fruits capsulaires^ et celles des fruits charnus, lorsque le péricarpe est parvenu à une complète maturité. Quelquefois elles sont entourées d'un

noyau (amandes); recueillies avec cette enveloppe, elles se conservent mieux.

Epoque de la journée. Les plantes non aromatiques doivent se cueillir après que les rayons solaires ont dissipé la rosée. Les plantes aromatiques qui doivent servir à la préparation des eaux distillées se cueillent avant que le soleil ait pu en dégager les principes aromatiques. Cette précaution est inutile lorsqu'on se propose de les dessécher , parce que par cette dernière opération elles perdraient toujours les principes que peuvent enlever les rayons solaires.

Il y a peu de chose a dire sur la récolte des. substances animales. Les animaux fournissent peu de produits employés et quelques-uns de ces derniers sont exotiques. On les choisit le plus ordinairement dans l'âge adulte (grenouilles, tortues, colimaçons). Les cantharides vivent en essaims dans les parties méridionales de l'£urope,sur les frênes, les lilas, troènes, etc. On les recueille le matin avant le lever du soleil. En agitant fortement l'arbre, elles tombent sur des draps qui couvrent le sol. On les fait périr en les exposant à Ja vapeur du vinaigre ou de l'ammoniaque, puis on les dessèche.

Les productions minérales employées en médecine sont presque toutes les produits de l'art, et s'administrent en général telles qu'elles nous sont fournies par les chimistes.

( De la Dessîcation.

Dans la dessîcation on a pour but de priver les corps médicamenteux de leur excès d'humidité et de leur eau de végétation, afin de les mieux conserver, de les diviser et de les pulvériser avec plus de facilité. Cette opération est fondée sur les mêmes principes de physique que l'évaporation des liquides, c'est-a-dirc qu'elle est en rapport avec l'espace, et l'élévation de la température. Elle est d'autant plus prompte

què l'air est plus sec, qu'il est plus souvent renouvelé et que le corps a dessécher présente une plus grande surface. On satisfait à ces conditions en divisant les corps trop volumineux. Les racines ainsi que les fruits charnus se coupent par rondelles ou par tranches; les feuilles trop grandes s'incisent f les sommités fleuries se disposent en petits paquets avec lesquels on forme des guirlandes. Après ces dispositions préalables , les substances se déposent par couches peu épaisses sur des claies que Ton suspend par des patins ou des tringles en fer ou des cordes. Dans cette position il faut remuer souvent les substances afin de renouveler leurs surfaces.

La dessication peut se faire en plein air, au s&hoir ou a Tétuve. La dessication en plein air ne doit se faire que par un temps beau et sec, avec des plantes contenant peu d'eau de végétation; et lorsqu'on opère sur de petites quantités, il * convient de les serrer dans une chambre pendant la nuit, afin quelle n'absorbent pas l'humidité de l'atmosphère. Le séchoir est une pièce (grenier) située sous les toits, bien aérée; les ouvertures exposées au midi sont munies de persiennes destinées à arrêter l'acùon directe des rayons solaires lorsqu'on dessèche les plantes aromatiques, et de volets pour préserver le séchoir de l'air humide des temps de pluies. L'êtuve est une pièce plus ou moins grande, bien fermée, dont on élève la température a l'aide d'un poêle. Les tuyaux adossés au mur, le sillonnent horizontalement. On a soin de placer le foyer à l'extérieur, pour que les cendres ne tombent pas sur les plantes. Des tuyaux qui s'ouvrent a l'extérieur au-dessous du foyer, ainsi qu'à la partie supérieure de l'étuve , et des ouvertures pratiquées à la partie latérale et inférieure de la pièce , sont destinés au renouvellement de l'air chargé d'humidité.

Les plantes desséchées se briseraient trop facilement, si, avant de les renfermer dans les boîtes, on ne les laissait point

quelque temps 4 à l'air, pour acquêt if , par l'absorption de son eau hygrométrique, un peu de souplesse.

On peut dessécher au séchoir les plantes ou organes de plantes très-peu charnus. Les feuilles, les fleurs, quelques fruits, lés graines, les plantes non aromatiques, peuvent être exposés a l'action des rayons solaires. Les plantes aromatiques séchées k l'ombre perdent beaucoup moins de principes volatils. La lumière diffuse ou solaire pouvant altérer la couleur de quelques végétaux (violettes, caille-lait, petite Centaurée), on doit les placer entre deux feuilles de papier, eu bien, si ce sont dés sommités fleuries, les envelopper d'un cornet.

Toutes les plantes, ieurs divers organes Ouleursproduits, peuvent Se dessécher a l'étuve, mais en général on n'emploie ce mode de dessication que pour les substances charnues, les fruits, certaines racines et quelques espèces de feuilles. Les organes très-charnus doivent même passer tour a tour de l'étuve au séchoir, car la dessication s'opérant de l'extérieur au centre, par cette double préparation, l'humidité du centre de la plante arrive avec plus de facilité à la superficie. Dans tous les caS, la chaleur doit être bien graduée pour éviter de cuire les plantes dans leur eau de végétation. Une température de 20° a 25°, d'abord bien entretenue, puis portée graduellement a 35° ou 40°, suffit dans le plus grand nombre des cas. Enfin les produits immédiats tels que les gommes-résines, les résines ou autres corps semblables, doivent toujours, lorsqu'ils sont humides, se dessécher a l'étuve ; c'est un moyen d'en faciliter la pulvérisation. Il est inutile de dire que préalablement ces substances doivent être divisées, triturées ou concassées.

Êmondatiôn, Purification.

Éraôncter, purifier une substance, c'est la priver &é ma*

tières hétérogènes, impures ou inertes avec lesquelles elle est mêlée. Le mot êmondation (monder)" s'applique aux corps qu'on peut priver de ces matières à l'aide de moyens mécaniques. C'est ainsi qu'en lavant les racines dansl'eau, ou bien en les secouant dans un sac après la dessicalion, on en sépare les parties terreuses; les petites fibrilles ainsi que le collet des racines charnues, qui au printemps, en absorbant les sucs de la racine,pourraient fournirà une nouvelle végétation, en sont séparées par la section. Le séné est privé par le triage des débris des pétioles, la gomme arabique des impuretés qu'elle contient; les racines, les feuilles, les fleurs, les fruits, des parties altérées ou rongées par les insectes.

Le mot purification s'applique de préférence aux substances qu'on prive de leurs parties hétérogènes a l'aide d'un véhicule. Le cachou, l'opium, l'extrait de réglisse, se purifient par Feau, qui en dissout seulement les principes actifs. Nous aurons soin, en traitant de chaque substance en particulier, d'indiquer les moyens d'émondation ou de purification gui lui sont propres.

De la Clarification.

Par clarification on entend spécialement la purification des liquides. Cette opération consiste à en séparer les matières qui y sont suspendues et qui en troublent la transparence. Il y a trois modes de clarification: i ° par reposition et décantation, 2° par filtration, 5° par intermède.

1° La clarification par reposition et décantation consiste a laisser reposer le liquide dans le vase qui le contient, jusqu'à ce que la matière qui en trouble la transparence ait formé un dépôt au fond du vase; alors on sépare le liquide de ce dépôt par la décantation, c'est-a-dire en inclinant le vase de manière a ce que la partie liquide s'écoule. Si l'on opère sur de petites quantités ; et qu'il soit important de recueillir le dépôt

(recherches de médecine légale), ou de l'isoler complètement , on sépare le liquide a l'aide d'un tube a deux branches ouvertes a leur extrémité. L'une de ces branches destinée a plonger dans le liquide est effilée inférieurement, tandis que sa partie supérieure est renflée en forme de boule ; on fait le vide avec la bouche dans le tube, et le liquide monte dans le réservoir. Cet instrument prend le nom de pipette. Si au contraire on opère sur de grandes quantités de liquide, après la reposition on le soutire a l'aide d'une ouverture faite au vase qui le contient, un peu an-dessus du dépôt qui s'est formé , ou bien encore on se sert d'un siphon, tube coudé à deux branches; la plus courte plonge dans le liquide a décanter; par l'autre on fait le vide par aspiration, comme avec la pipette. Pour que l'écoulement du liquide soit complet, il faut que le vase récipient soit situé plus bas que celui qui renferme le liquide a clarifier. Lorsque îe liquide offre quelque danger a être avalé , l'aspiration se fait par un tube latéral adapté à la longue branche du siphon ; en ce cas on ferme avec le doigt son ouverture inférieure.

2° La clarification par fillration consiste a faire passer lé liquide à clarifier a travers des corps (filtres) dont le tissu est susceptible de retenir les corps qui en troublent la transparence. On peut employer pour cette opération les tissus dé papier, de fil, de coton, de faine; ou bien des corps durs grossièrement pulvérisés, tels que le sable, le charbon, le verre, disposés par couches.

Filtration au papier. Le papier employé dans la filtration est désigné sous le nom de papier joseph, papier a filtre. Il est sans colle et s'imbibe très-promptement. Pour faire ce filtre, on plie le papier préalablement doublé , a la manière d'un éventail ; puis on le placé sur un carré de toile, ou mieux encore, dans lin entonnoir de verre ou de métal qu'on fait reposer sur le vase destiné h recevoir le liquide clarifié. On emploie ce mode de clarification pour obtenir une transpa-

rence complète (petit-lait, vins, vinaigres, huiles, etc.)- Desmarets a fait subir a ce mode de filtration une modification qui le rend propre à la filtration des sirops. Elle consiste a mêler le papier joseph préalablement réduit en pâte et lavé avec la substance a filtrer, puis a jeter le toutsur un carré de toile.

Filtres en étoffes. On emploie ordinaireiaentdes carré* d'étoffes de laine ou de coton (étamine, blanchet, chausses) fixés sur un châssis en bois. Si on opère sur de grandes quantités de liquide, on donne au filtre une forme cylindrique ou conique, ayant soin de fixer à la partie inférieure une corde qui permette de la relever en dedans, afin de donner à l'appareil plus de surface. On filtre à Tétamine les infusions, décoctions, macérations, etc.; et les sirops mellites, oximellites, au blanchet ou a la chausse. Dans- le filtre Taylor la chausse est f lacée dans un cylindre en cuivre étamé, la filtration est plus prompte par la hauteur de la colonne du liquide ; le filtre étant plissé offre plus de surface. Enfin le cylindre en cuivre conserve plus longtemps la chaleur du liquide.

Filtres au sable, verre et charbon. Lorsqu'un liquide peut altérer la nature des filtres que nous venons de décrire, comme les acides, les alcalis, etc. , on le fait passer à travers des couches de sable fin, de verre concassé et même de charbon préalablement lavé dans l'acide hjdrochlorique. A cet effet, on a recours a un entonnoir, dans le fond duquel on place, quelques morceaux de verre assez gros pour y séjourner et retenir les autres fragments plus petits de verre, <fc ciarbou ou de sable qu'on y place. .

Filtres-fojitaines. Pour filtrer l'eau qui sert aux usages journaliers, 0$ emploie la fontaine filtrante qui consiste en un appareil carré plus haut que large, dont l'intérieur est partagé en deux cavités par une cloison verticale et horizontale en pierre poreuse. L'eau suinte a travers la pierre, tandis

que les impuretés se déposent sur la cloison horizontale. On fait communiquer l'air extérieur avec la petite cavité où se rend l'eau filtrée, a l'aide d'un tube qui s'ouvre à la partie supérieure de la fontaine ; enfin le tas est armé de deux robinets qui laissent échapper, l'un l'eau filtrée, l'autre celle qui ne l'est pas.

Enfin le filtre-presse Réal, dans lequel la pression facilite la filtration, consiste en deux cylindres soudés à vis, séparé^ par un diaphragme percé de trous. Le cylindre inférieur destiné à recevoir le liquide est muni d'un robinet; le supérieur est pourvu d'un couvercle auquel est adapté un tuyau en plomb de 30 a 40 pieds de haut, évasé a son sommet pour faciliter l'introduction du liquide. Sur le diaphragme on place des éponges, du coton, du verre pilé, du charbon, etc. La pression du liquide par la hauteur de sa colonne rend la filtration plus prompte que par les procédés précédents. Cet appareil ne sert point seulement à filtrer, M. Boullay qui lui a feit subir quelque modifications, l'a appliqué avec succès à l'extraction des solutés concentres dé substances végétales (voyez JUxiviation).

3° La clarification par intermède est fondée sur la propriété qu'a l'albumine de se coaguler parla chaleur* le tannin ou les acides. On mêle donc aux liquides que Ton veut ainsi clarifier, des blancs d'œufs ou du sérum de sang de boeuf. Soumettant alors le liquide a l'action de la chaleur, l'albumine se coagule et entraîne les matières suspendues dans le liquide, a la surface, où le tout forme une écume. Si le liquide contient de l'albumine, il suffit seulement de le chauffer. Lorsque le liquide ( vins , vinaigres ) contient du tannin ou des acides, on opère a froid. Dans ce cas, l'albumine est précipité et entraîne les matières suspendues au fond du vase. On peut encore clarifier les vins par la gélatine/sur laquelle le tannin agit comme sur l'albumine. Les liquides qui contiennent du caséum, le sout aussi par les acide*(lait), Après

cette première opération, la clarification s'achève par reposition et décantation ou bien par filtration.

t/« De la Division.

La division consiste à réduire les corps médicamenteux en parties plus ou moins petites ou en poudres plus ou moins fines, dans le but i° de faciliter la dessication, 2° de rendre plus facile l'extraction des principes actifs , 3° d'augmenter leur action sur nos organes , en multipliant les points de contact ; 4° enfin d'obtenir un mélange plus intime lorsqu'on réunit plusieurs médicaments.

La division s'opère a l'aide des procédés suivants : i° la section, 2° la quassation ou concassation , 3° la trituration , .4° le râpage , 5° l'épistation , 6° la pulvérisation.

Section. Cette opération consiste à diviser les corps a l'aide de l'instrument tranchant, soit en tranches j soit en rondelles, soit en copeaux; on peut employer à cet effet le couteau ordinaire ou le couperet a manche. La section se pratique sur les racines , les fruits, les corps charnus, le bois, les écorces et lès feuilles; ces dernières se divisent ordinairement a l'aide des ciseaux ( incisions j.

Quassation ou concassation f contusion. Dans cette opération on a pour but d'obtenir des fragments plus petits que dans la précédente. Elle se pratique ordinairement a l'aide d'un mortier approprié à la nature et à la dureté des corps médicamenteux que l'on brise en les frappant perpendiculairement ou obliquement avec un pilon. On concasse les bois, les racines, les écorces, les feuilles et les fleurs préalablement desséchés. ;

Trituration. Cette opération ne diffère de la précédente qu'en ce qu'on fait agir le pilon dans le mortier d'une manière circulaire. On emploie ce mode de division pour le s substances très-friables (sucres, sels, gommes), pour celles qui

(Ai )

s'agglutineraient par 1 la percussion sans sediviser; lesgommesrésines , les résines , etc.

Rdpage. Cette opération consiste h désagréger, a l'aide de la lime ou de la râpe , les corps que les opérations précédentes ne diviseraient que difficilement; on se sert de la lime pour les corps durs, limaille de fer, gaïac , et de la râpe pour les corps d'un tissu corné ( noix vomique , corne de cerf). •

Épistation. Cette opération se pratique sur les plantes fraîches. On pile dans un mortier celles qui offrent une texture tendre , pour les réduire en une espèce de pulpe» Les corps charnus , les racines compactes sont divisées par le râpage ( ou a l'aide d'une râpe ). L'épistation précède ordinairement la pulpation ét l'expression.

Dans ces cinq modes de division , on a pour but de réduire les corps en particules assez grossières et de favoriser ainsi leur dessication, ou de rendre plus facile l'extraction de leurs principes actifs à l'aide de véhicules ou bien par quelques moyens mécaniques ( expression, pulpation ).

Pulvérisation. Cette opération a pour but de réduire les corps en poudre plus ou moins fines , quelquefois même en poudre impalpable. Elle se pratique par i° contusion ou trituration et tamisation, 2° par porphyrisation , 3°parlévigation ou dilution, 4° par le frottement, 5° par intermède, 6° enfin par la mouture ou au tonneau.

Pulvérisation par contusion ou trituration et tamisation» C'est l'un des modes les plus usités de pulvérisation et qui se pratique sur un très-grand nombre de substances, les substances organiques principalement. Il faut préalablement trèsbien dessécher les corps , puis les diviser par les modes précédents, s'ils présentent trop de volume. Introduites dans un mortier, les substances d'une texture ligneuse (végétaux), sont divisées par contusion , c'est-a-dire qu'elles sont frappées perpendiculairement avec le pilon; celles qui sont friables ou susceptibles des agglomérer par la percussion ou

la chaleur, se triturent ( sels, gommes , résines , en général les produits immédiats ). Ainsi divisées , on les soumet a la tamisa tion, qui se pratique a l'aide d'un tamis de soie, de crin, a mailles plus ou moins serrées selon le degré de ténuité que l'on veut donner a la poudre ; on imprime au tamis un mouvement de va-et-vient. Cette opération donne pour résultat une première quantité de poudres ; puis on concasse, on triture de nouveau les fragments qu'a retenus le tamis, pour opérer ensuite de nouvelles tamisations. Le produit de la pulvérisation est reçu dans un tambour adapté inférieurement au tamis qui est muni aussi d'un couvercle, pour empêcher la déperdition de la poudre; on peutainsi pulvériser jusqu'à la fin les corps qui offrent une structure homogène ( sucres , sels , produits immédiats purs , les organes des végétaux a texture non fibreuse ) ; quant a ceux qui possèdent une texture hétérogène , la plupart des végétaux, on retranche les dernières poudres qui sont presque fibreuses. Du reste il est difficile de limiter le terme de l'opération; c'est a l'opérateur à le trouver ainsi qu'à approprier le tamis et le mortier à la nature des corps qu'on pulvérise. Ainsi pour les matières organiques on emploiera le mortier de fer ; de marbre pour les substances dont on veut conserver la blancheur ; de verre , d'agathe ou de porcelaine, pour les substances qui attaqueraient le marbre ( sublimé corrosif, acides, etc. ). Pour empêcher la déperdition de la poudre et préserver dans certains cas l'opérateur de son action (substances acres, irritantes), il est bon de couvrir le mortier d'un cône en peau dont la base se fixe a la circonférence du mortier, tandis que le sommet s'attache au pilon. Pour obtenir une poudre uniforme, il convient de mêler les poudres de diverses tamisations et de les passer de nouveau au tamis.

Porphyrisation. On opère dans ce cas en agitant circulaircment, sur les corps préalablement pulvérisés et placés sur une table de marbre très-dur ou plutôt de porphyre, une mo«

Jette de même substance. Cette opération se fait journellement chez les fabricants de couleurs, et se pratique en général sur les corps qu'on désire obtenir en poudre trèsfine. On opère a sec, si les corps sont attaquables par l'eau (limaille de fer, sels de bismuth, d'antimoine, etc.), ou bien en les humectant dans le cas contraire ( suif ures d'antimoine, de mercure, os calcinés, etc.).

Lévigalion ou dilution. Dans ce mode de pulvérisation on sépare les parties les plus grossières des plus tenues en délayant les corps dans l'eau. Par la reposition les premières se précipitent. On décante pendant que le liquide tient encore en suspension les parties les plus fines, et par une nouvelle reposition et décautation on sépare celle-ci du liquide* Quelquefois le corps porphyrisé à l'eau ou par dilution est introduit, ayant encore la consistance de bouillie épaisse, dans un entonnoir fixé par lapetite extrémité sur une palette en bois; à la partie inférieure de celle-ci est adaptée'unejtige verticale qui dépasse de quelques lignes la petite extrémité de l'entonnoir; par des chocs successifs on détache des fragments de cette pâte, qui , reçus sur une feuille de papier, prennent une forme conique (trochisques) ; la matière ainsi divisée, la dessication n'en est que plus facile. Cette opération est désignée sous le nom de trochiscation.

Pulvérisation par frottement. Il est des corps (carbonate de magnésie, céruse, ) qui , pulvérisés par simple trituration, obstruent les mailles du tamis et arrêtent l'opération. Pour faciliter et opérer leur complète tamisation , il faut les frotter avec la main sur un tamis a mailles plus claires , et le produit qui est reçu sur une feuille de papier , soumis a une nouvelle tamisation , donne une poudre également tenue.

Pulvérisation par intermède. Il existe des substauces que les opérations précédentes ne pulvériseraient pas facilement d'une manière complète , les substances ductiles ou molle» s'aplatis-

sant sous le pilon pendant la division ; dans ce cas , i 1 faut unir ce corps a une autre matière propre à faciliter la pulvérisation; c'est ce nouveau corps qui a reçu le nom d'intermède. Ainsi , pour pulvériser la vanille, on l'unit au sucre ; le camphre s'imbibe de quelques gouttes d'alcool, la chaux caustique d'un peu d'eau ; le salep se trempe préalablement dans l'eau froide; la fève Saint-Ignace , la noix vomique s'exposent à la vapeur d'eau tiède ; enfin l'or et l'argent en feuilles se pulvérisent avec du sucre, du sulfate de potasse. L'intermède reste quelquefois mêlé au corps (vanille) ; d'autres fois on l'en sépare par le lavage a l'eau (or et argent ), qui dissout seulement l'intermède.

Mouture et pulvérisation au tonneau. Enfin on peut opérer la pulvérisation a l'aide du moulin ( graines ) ou au tonneau. L'étendue et le but de ce traité ne nous permettent pas d'entrer dans les détails de ces opérations ; du reste ces modes de pulvérisation ne se pratiquent qu'en grand et rarement chez les pharmaciens.

De la Conservation des corps médicamenteux.

Ce que nous allons dire s'applique seulement aux productions naturelles ayant subi les préparations diverses dont nous venons de traiter : nous parlerons plus tard des médicaments composés. Pour conserver les substances médicamenteuses, il faut autant que possible les mettre a l'abri delà lumière, de l'humidité, delà poussière et de l'air. Les vases de faïence bien fermés sont sans contredit les meilleurs; on peut cependant les remplacer par des boîtes en bois peintes extérieurement et garnies k l'intérieur avec du papier collé à la colle d'amidon, dans la composition de laquelle on fait entrer de l'aloès, de l'absinthe et de l'alun pour les préserver des insectes. Les plantes qui par la dessication perdraient leurs propriétés actives (crucifères), se placent à la cave sur

du sable. Les feuilles de cresson et de cochléaria se conservent aussi dans des pots de terre avec leurs racines. Les liquides officinaux (vins, vinaigres, alcool, etc.) , se conservent a la cave dans des bouteilles bien pleines et bien fermées et couchées.

Les animaux vivants se conservent dans les lieux les plus en rapport avec leurs habitudes et leurs besoins : les grenouilles, Técrevisse, dans des baquets d'eau couverts d'un filet avec de Fherbe ou des touffes de joncs; les tortues dans les jardins; les vipères dans des boîtes pleines de son; les sangsues dans de l'eau souvent renouvelée, ou des bassins tapissés d'argile.

Influence de ces diverses opérations sur la composition et les propriétés médicales des corps médicamenteux.

Les modifications apportées par la dessication ne sont pas encore parfaitement connues et feraient un sujet d'étude trèsimportant. On sait que les plantes aromatiques (ombellifères, labiées) perdent par cette opération une partie de leur arôme ; aussi est-il préférable de les employer à l'état frais. Les plantes (crucifères, renonculacées) qui renferment un principe fugace très-volatil, dans lequel réside le principe actif, le perdent complètement. Les autres principes qui composent les plantes sont-ils modifiés, altérés ou combinés en d'autres proportions par la dessication? C'est aux pharmaciens ou aux chimistes a nous éclairer sur ce point. On peut cependant avancer d'une manière générale qu'a poids égal, une plante sèche contient plus de principes actifs qu'une plante fraîche, attendu que cette dernière possède encore son eau de végétation qui est presque inerte.

Les divers modes de divisions modifient peu la composition des corps médicamenteux, cependant dans la pulvérisation de la gomme il se développe une substance acide. L'ami-

don devient un peu soluble dans l'eau par suite de la percussion. Ajoutons que les plantes aromatiques pulvérisées doivent perdre de leurs principes volatils, et par suite, être moins actives ; que les poudres des corps offrant une texture hétérogène ou contenant des parties fibreuses , sont plus actives que le corps entier, si Ton s'est conformé aux règles générales de la pulvérisation; puisque les produits immédiats se pulvérisent plus facilement que les parties fibreuses , qui sont inertes.

Nous ne terminerons pas cet article sans faire sentir combien il importe au médecin d'avoir un médicament constant dans sa composition, et combien le pharmacien doit apporter d'exactitude a sa confection. Si l'on veut bien considérer l'influence que peuvent avoir sur la composition des corps médicamenteux, Fépoque de leur récolte, l'âge de la plante, sa culture ainsi que l'exposition, et combien il est difficile de réunir toutes ces conditions; qu'en outre on ajoute a cela les modifications que peuvent apporter une dessication mal dirigée, une pulvérisation plus ou moins bien faite,ainsi que les altérations que peuvent éprouver les substances pendant la conservation, on pourra se rendre parfaitement compte de l'inconstance et de la variété des effets de médicaments soit pris chez des pharmaciens différents, soit chez le même.

Dans l'intérêt de la médecine, il serait peut-être convenable qu'il y eût un établissement central destiné a approvisionner tous les pharmaciens d'une même ville. Les plantes récoltées aux mêmes époques subiraient ensemble les mêmes préparations préliminaires, et nous présenteraient ainsi plus

% de fixité dans leur composition. Ce que nous disons ici des substances simples pourrait également s'appliquer aux pré-

. parations pharmaceutiques, et il est inutile d'en faire ressortir toute Importance.

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