MODE D'ACTION DES MÉD1 CLIENTS
Les médicaments mis en contact avec nos organes y exercent un genre d'impression qui se transmet a nous par des modifications de tissu ou de fonctions. Cette action est dite : 1° locale, lorsque, les modifications se bornent aux parties sur lesquelles ils sont appliqués ; 2° générale , si ces modifications se manifestent sur diverses parties de l'organisme; 5° spéciale, lorsqu'elles se perçoivent plus particulièrement sur un organe; 4° révulsive, quand les médicaments produisent un centre de fluxion sur une partie , et par suite le déplacement des phénomènes morbides siégeant sur d'autres parties ; 5° les médicaments sont dits spécifiques lorsqu'ils peuvent être opposés a certains états morbides sans qu'on puisse expliquer leur mode d'action , ni établir aucun rapport entre les modification* auxquelles ils donnent lieu, et la disparition des phénomènes morbides qui constituent la maladie.
A° L action locale est variable, relative a la nature du médicament, a la dupée de son application, à sa dose, à son degré de concentration, a la nature du tissu sur lequel il est appliqué, enfin a l'état normal ou pathologique de ce dernier. Il est des tissus qui dans l'état normal sont insen^ sibles a l'action de certains agents , tandis que dans l'état morbide, ils accusent une grande sensibilité (œil enflammé,
lumière) certaines substances sont clouées d'une très-grande
activité même a petites closes, tandis que d'autres n'ont que fbrt peu d'action même à une dose plus élevée : enfin il est des organes plus sensibles que d'autres a Faction de certains médicaments. L'action locale peut consister dans la diminution du ton, de l'énergie de l'organe ; d'autres fois le médicament excite, augmente l'actien organique, irrite, enflamme , détruit nos tissus ou se combine avec eux, de telle sorte que l'organe peut être modifié dans ses caractères physiques, physiologiques, ainsi que dans la composition.
2° L'action générale peut avoir lieu par absorption ou par sympathie. L'absorption du médicament est démontrée par plusieurs faits. Chez les individus qui ont pris de l'alcool , du camphre, du musc , de l'acide hydrocyanique, les divers organes répandent une odeur analogue a celle de la substance. D'ailleurs MM. Amelin , Tiedraam et Magendie ont retrou védans le sang des substances qui avaientjété ingérées dans l'estomac. Par l'usage de la térébenthine, les urines contractent une odeur de violette : les os des animaux qui mangent de la garance se colorent en rose , coloration qui ne tarde pas a disparaître si l'animal cesse l'usage de cette substance. Un poison étant déposé sur le tissu cellulaire de la cuisse de deux çhiens , on arrêtera chez l'un les effets toxiques par le moyen d'une ligature du côté du cœur , tandis que l'autre ne tardera pas a succomber. Du prussiate de potasse avalé par des chiens a été constaté Quelques instants après dans les urines par le sulfate de fer. Tous les tissus ne sont pas également propres , a l'absorption ; en général, elle est plus active dans les cellules pulmonaires , sur les membranes séreuses et le tissu cellulaire que sur les membranes muqueuses, et plus sur celles-ci que sur la peau. Elle est moins prompte dans les tissus enflammés ou gorgés de liquides que dans leur état formai. Les substances médicamenteuses solubles dans l'eau, et par conséquent miscibles au sang, et qui n'ont pas d'ac-
tion chimique sur lui, sont plus facilement absorbées; cependant ce n'est pas dire que cette propriété manque a celles qui ne présentent pas les conditions, que nous venons d'énuinérer..
Chez les individus pléthoriques, ceux chez lesquels les vaisseaux sanguins offrent une espèce de turgescence, l'absorption est moins prompte que s'ils étaient dans un état contraire.
Les médicaments pénètrent nos tissus par une sorte d'imbibition, comme leprouvent les expériencesde M. Lebkuenner, qui, ayant injecté de l'encre dans la cavité péritonéale, a trouvé bientôt après les couches musculeuses de l'abdomen colorées en noir. C'est ce qui constitue le premier degréjd'absorption ; et c'est ainsi que se transmet l'action des médicaments par continuité ou par contiguïté d'organes. Les molécules médicamenteuses, puisées dans le parenchyme des organes par les vaisseaux absorbants, passent dans la circulation, et vont ensuite imprimer aux diverses parties de l'économie les modifications qui leur sont propres.
Action sympathique. Il est certains agents médicamenteux, ceux en général qui sont doués d'une odeur forte, pénétrante, diffusible, fétide même , qui, déposés sur une de nos parties, modifient d'une manière si prompte et si instantanée d'autres organes contigus ou éloignés, qu'on peut présumer qu'il n'y a pas eu absorption : on dit alors qu'ils ont agi par sympathie. C'est ordinairement par l'intermédiaire du système nerveux que se transmet l'action sympathique d'un médicament; aussi cette action est en quelque sorte spéciale, particulière aux substances qui agissent d'une manière bien marquée sur cet organe.
S'il est des cas où l'action sympathique puisse être contestée, il en est une foule d'autres où elle ne peut être révoquée en doute;*certainement, lorsqu'une femme nerveuse est prise d'une attaque d'histérie par l'odeur d'une rose , etc., je
ne pense pas que dans ce cas il y ait aî>sorption du principe odorant et action directe sur le cerveau. D'ailleurs, si Ton admet des- rapports sympathiques dans l'état normal, pourquoi ne pas les admettre dans l'état pathologique? îl me semble, au contraire, qu'alors les phénomènes sympathiques doiventêtre plus marqués, et nous ne serions pas éloignés de croire que ces effets ne sont autre chose que des phénomènes galvaniques. Puisqu'il y a développement d'électricité par le simple contact des corps bruts , pourquoi ne pas l'admettre par le contact de ceux-ci avec des corps organisés qui doivent s'y prêter davantage par leur hétérogénéité? On ne peut nier îa conductibilité des nerfs, et que les corps organisés ne soient de bons, peut-être même les galvanomètres les plus sensibles.
" Si ces maladies , désignées sous le nom de spasmodiques , et dont la nature nous est tout à fait inconnue, tiennent à une perturbation de l'innervation (il faut bien l'admettre ainsi , puisque dans la plupart des cas le scalpel ne peut nous fournir de lésions pathologiques); si ce sont les médicaments opposés a ces maladies qui modifient le plus le système nerveux, sans qu'on puisse expliquer leur mode d'action, seraitil déraisonnable . A d'adraettre que c'est par une perturbation apportée dans l'influx nerveux qu'ils se rendent utiles dans ces maladies? •
C'est un vaste champ ouvert à l'expérimentation , mais difficile à parcourir. Nous donnons ces réflexions sans y attacher une grande importance. Ennemi des hypothèses, nous préférons les faits ; cependant, dans les sciences exactes f comme dans les sciences spéculatives, il faut, dans quelques cas , se contenter des hypothèses les plus probables , celles enfin qui expliquent le mieux les faits et qui s'appliquent au plus grand nombre de cas.
Lorsqu'on veut produire une action générale, il faut déposer le médicament sur le tissu où l'absorption s'opère le
plus facilement sans compromettre la vie du sujet. Le tissu cellulaire et les muqueuses sont ordinairement préférées. Si c'est au contraire par sympathie , il faut le déposer sur l'organe que l'expérience a démontré avoir le plus de rapports sympathiques avec celui qu'on se propose de modifier.
o° g£i Y action spéciale de certains médicaments ne peut être contestée, celle de l'iode sur le corps thyroïde et certaines glandes , celle de l'opium sur le cerveau , de l'urée sur les reins, etc., il n'en est pas ainsi pour un trèsgrand^nombre d'autres, dont les effets peuvent être révoqués en ddute. Nous nous hornerous dans cet article a ces réflexions , nous réservant d'y revenir, en traitant des médications spéciales. Il faut se rappeler que, quoique ces médicaments exercent une action particulière sur un organe , ils ne laissent pas que de modifier les autres parties ; aussi doiton surveiller avec beaucoup de soin leur action.
4° Inaction révulsive se compose d'une action locale , consistant en un centre de fluxions sur une partie', et d'un effet secondaire , déplacement des phénomènes morbides qui siégeaient sur d'autres organes. L'action révulsive peut s'opérer a la peau par des moyens locaux (topiques , frictions irritantes), ou par des médicaments internes qui modifient cet organe d'une manière particulière. D'autres fois, elle s'exerce sur le canal intestinal (purgatifs), ou sur les reins (diurétiques) , ou sur tout autre organe. La méthode révulsive bien appliquée peut être d'une grande utilité en médecine. (Voyez révulsifs, irritants 9 etc.)
Ï5° Médicament ^ spicifujues, Existe-t-il des spécifiques de maladie? Dans l'état actuel de la science, on ne peut contester les effets du virus-vaccin comme préservatif de la variole, ceux des préparations mercurielles dans la syphilis, ceux du sulfate de quinine pour combattre les fièvres intermittentes ; cependant il est des cas dans lesquels ces moyens échouent , ce qui tendrait a faire croire qu'ils ne sont point
dantsdcs circonstances individuelles et extérieures. Les effets secondaires ne sont que la conséquence des effets primitifs, et consistent dans les changements apportés dans l'état morbide que présente l'individu. Ils sont relatifs, et diffèrent selon l'âge, le sexe, la maladie, les circonstances extérieures , etc. Ainsi , un vomitif est administré a deux personnes affectées d'embarras gastrique, dont l'une a tîeplus que l'autre une irritation d'estomac ; dans les deux cas il y aura vomissements , expulsions des matières contenues dans l'estomac ("effets primitifs); mais, chez la première, il y aura augmentation de la phlogose, tandis que, chez la seconde, disparition complète des phénomènes morbides ( effets secondaires ). Si un excitant est donne à deux personnes dont l'une est placée dans une atmosphère chaude , l'autre aii contraire dans un air humide , dans les deux cas il y aura excitation, augmentation de l'action organique (effets primitifs); mais, chez le premier individu , la transpiration cutanée sera augmentée, tandis que chez le second ce sera la sécrétion urinaire (effets secondaires). Il suit de cet exposé qu'il ne faut pas ajouter trop de confiance aux propriétés emménagogues , sudorifiques, béchiques, des médicaments , etc., puisque ces dénominations ne désignent que des effets secondaires qui , comme on vient de le voir, sont très-variables. C'est en comparant les changements survenus dans l'état des organes, ou plutôt de leurs fonctions, que nous pourrons juger des effets propres a chaque médicament. 11 faut porter son attention sur les fonctions les plus importantes de l'économie , telles que la digestion , l'innervation, la circulation, la respiration, les sécrétions, la nutrition, etc. Si, sous l'influence decertains agents médicamenteux, l'appétit se prononce, si la digestion ainsi que les autres fonctions reprennent un surcroît d'activité, nous sommes portés a conclure qu'il y a augmentation de l'action organique (toniques, astringents, excitants). Si ces fonctions devienirot lentes, difficiles, et qu'elles tom-
benl au-dessous de l'état normal , dans ce cas iiy aura diminution de l'action organique (émollicnts , tempérants). Ces effets peuvent consister en une espèce de trouble, de perturbation , sans que nous puissions les rapporter a une augmentation ou diminution de fonctions ; nous dirons alors qu'ils intervertissent, perturbent l'action organique (narcotiques, antispasmodiques, vomitifs, fmrgatifs), mots vagues sans doute , qui servent à prouver notre ignorance , mais qui ne préjugent rien sur leur mode d'action. Enfin, il est des médicaments qui anéantissent l'action organique en réagissant chimiquement sur nos tissus (caustiques.) Telles sont les quatre divisions principales auxquelles paraissent devoir se rapporter les médicaments d'après leurs effets immédiats ou primitifs.