ADMINISTRATION DES MÉDICAMENTS
\ Les parties qui reçoivent ordinairement les médicaments sont recouvertes par la peau ou par une membrane muqueuse. Comme ces deux surfaces ne sont pa* également propres à leur action, nous allons les considérer chacune séparément; puis nous traiterons des modes particuliers d'administrations, qui constituent autant de méthodes distinctes; telles sont: la méthode iatraleptique , la méthode endermique, l'injection des médicaments dans les veines , la méthode contre-stimulante, et enfin la méthode homœopathique.
Les membranes muqueuses sont plus favorables que la surface cutanée au développement de l'action des médicaments. D'abord leur organisation les rend plus propres à l'absorption des molécules médicamenteuses ; ensuite, par l'importance des organes auxquels elles sont unies , elles ont des rapports sympathiques plus multipliés et plus étendus. La surface gastro- intestinale est celle qui mérite la préférence; • aussi est-ce presque toujours celle qu'on a eu vue quand on
parle des doses et du mode d'administration des médicaments. Après vient celle du gros intestin ; c'est surtout sur elle que l'on agit quand on craint l'action trop irritante des agents pharmacologiques pour la précédente. Quant a celle du nez, des yeux, de l'oreille, des bronches, du vagin, de l'urètre, elles sont loin de nous offrir la même importance ; aussi ne sontelles choisies comme lieu d'application en général, que dans leurs affections ou dans celles des parties voisines. L'application des médicaments sur la muqueuse gastro-intestinale est désignée sous le nom de méthode de t ingestion ou de méthode ordinaire.
La surface cutanée est moins propre que la muqueuse au développement de l'action des médicaments ; l'absorption y est moins active en raison de la densité de cette membrane et de l'épiderme qui la revêt; ses rapports sympathique sont aussi moins multipliés; cependant elle devient quelquefois le siège de leurs administrations. Leur application se fait -1° par apposition quand on veut agir localement sur un organe profondément situé, ou sur toute l'économie, (cataplasmes, fomentations, bains, etc.); 2° par frictions quand on veut produire un effet révulsif, agir sur un organe contigu ou continu , ou bien encore sur tout l'organisme, ou sur quelque système en particulier ; dans ces deux derniers cas, le traitement par frictions constitue un mode particulier d'administration appelé méthode iatraleptique.
Méthode iatraleptique.
Cette méthode , qu'on pourrait encore appeler méthode épidermique , a été connue des anciens ; tombée dans l'oubli, elle a été remise" en usage a la suite d'expériences faites par les physiologistes sur les vaisseaux absorbants et sur l'absorption des médicaments. M. Chrestien de Montpellier s'en est spécialement occupé , et en a fait l'application aux préparations d'or.
Il résulte de diverses expériences, que les médicaments administrés par frictions peuvent être absorbés, et qu'ils agissent comme s'ils étaient ingérés dans l'estomac. Cependant leurs effets sont moins marqués, moins prompts et moins constants; en outre leur dose doit être de beaucoup plus considérable, double ou triple , quelquefois même huit à douze fois plus forte. On ne doit en général administrer ainsi que les substances qui jouissent d'une grande activité ; telles que le camphre , lu digitale, les teintures de cantharidesî de quinquina, et surtout les préparations roercurielles, aurifères et iodurêes. Les médicaments doivent être préalablement pulvérisés, dissous ou incorporés dans un véhicule aqueux , vineux , huileux , ou dans la graisse. L'absorption dans tous ces cas est aussi prompte que lorsqu'ils sont incorporés dans les liquides animaux , quoiqu'on ait avancé le contraire.
Les parties sur lesquelles se pratiquent les frictions, sont ordinairement les parties internes des membres, et alternativement de chaque côté, la plante des pieds , des mains. Les préparations aurifères s'emploient en frictions sur la langue; des lotions, des bains, des frictions sèches faites sur le lieu de l'application, favorisent l'absorption.
La méthode iatraleptique peut être mise en usage dans le cas d'inflammation des organes gastriques, d'ingestion impossible , dans le cas de répugnance invincible pour le médicament; mais, depuis les avantages reconnus de la méthode endermique , elle n'est plus guère usitée que pour quelques préparations, celles d'or, de mercure, de digitale, etc.
Méthode endermique. - \
La méthode endermique consiste dans l'application des médicaments 'sur la peau dénudée de son épiderme. MM. Lenibert et Lesieur , ayant rassemblé quelques faits
cpars dans la science avec ceux qui leur sont propres, ont crée cette nouvelle méthode thérapeutique qui date de 1823.
Il résulte des faits observés jusqu'ici, que les médiments administrés par la méthode endermique produisent les mêmes modifications que par la méthode d'ingestion ; que même, en général , les effets n'en sont que plus prompts et plus marqués. Les substances qui sous un très-petit volume sont très - actives , peuvent s'administrer de cette manière. L'acétate de morphine a la dose d'un demi - grain, ainsi que les substances narcotiques, ont combattu avec succès les douleurs névralgiques, rhumatismales ou de toute autre nature ; le sulfate de quinine et la digitale , les fièvres intermittentes ; enfin la strychnine, Témétique , le camphre , ont été employés dans les cas qui réclament les indications qu'ils sont appelés à remplir.
L'application doit se faire , autant que possible , sur la peau correspondante à la partie malade ; dans le cas où ce serait impossible, on choisit de préférence la partie interne des membres. La peau peut être dénudée de son épidermeà l'aide d'un vésicatoire ordinaire, de la pommade de Gondret, ou de compresses imbibées d'ammoniaque. M. Trousseau applique sur la partie a dénuder une compresse de toile pliée en six ou huit doubles , qu'il imbibe d'ammoniaque en versant ce liquide goutte à goutte; après douze minutes de contact, l'épidémie s'enlève par de légers frottements. L'eau chaude pourrait aussi servir ; cependant M. Lembert rejette ce moyen comme infidèle et comme pouvant produire la mortification du derme, ce qui empêche l'absorption d'avoir lieu. Dans un cas trèspressé, l'incision serait un moyen prompt, comme peutêtre aussi l'huile essentielle de moutarde, seule ou mitigée.
La dénudation opérée, on répand Sur la plaie l'agent médicamenteux réduit en poudre très - fine , ou goutte à
goutte Si c'est un liquidé. Si l'application en devait être trop douloureuse, on petit incorporer le médicament dans Tàxongë., le beurre, le cérat ou la gélatine. La dose est la même que par la méthode ordinaire. Il faut, avant l'application du médicament, enlever la pellicule qui recouvre toute surface dénudée avant la suppuration ; si cette dernière était établie, la plaie serait lavée. M. Lembert conseille les lotions avec une solution de chlorure de chau/; les bourgeons se répriment a l'aide du nitrate d'argent; enfin si la plaie est calleuse ou le siège d'une inflammation, il faut changer le Ueu d'application. S'il survient quelque accident, la plaie est de suite lavée, épongée, pour enlever la portion de médicament non encore absorbée; ou bien on établit, d'après M. Bouillaud, la compression au-dessus de la plaie du côté du cœur ; ou, suivant M. Barry , on applique des ventouses sur la surface dénudée. M. Lembert est parvenu a calmer les phénomènes convulsifs produits par la strychnine, en appliquant sur la plaie un demi-grain d'acétate de morphine.
La méthode endefmique a pris de nos jours une grande extension, et paraît probablement destinée à en acquérir davantage. Elle peut , dans le plus grand nombre des cas , remplacer la méthode ordinaire. Ses avantages sont incontestables quand il y a irritation , inflammation , ou sensibilité extrême des organes gastriques , et surtout lorsque l'ingestion est difficile ou même impossible (tétanos, corps étrangers dans l'œsophage, etc ). Ajoutons que par cette méthode les médicaments sont moins altérés , moins dénaturés, que par celle de l'ingestion; c'est peut-être ce qui explique leur plus grande activité; de plus les accidents que* peuvent occasionner certains médicaments sont plus faciles a combattre. Il est cependant des substances qui , administrées ainsi,, n'ont que peu ou pas d'action , tandis que d'autres occasionnent des douleurs insupportables. La plaie
peut s'enflammer , se sécher, etc. , ce qui oblige de changer le lieu d'application ; enfin , dans la pratique particulière, il est peu de personnes , les femmes surtout , qui veuillent se soumettre a une vésication. Tels sont les inconvénients et les avantages de la méthode endermique.
Injection des médicaments dans les veines.
Ce mode d'administation a été mis en usage en^Ulemagne en 1 667, par Fabricius de Dantzick , continué par quelques médecins allemands et anglais, puis par Haller, et cela avec quelques succès. Cette méthode était tombée dans l'oubli , lorsque quelques physiologistes français , entre autres Dupuytren , Magendie , ainsi que le docteur Hall de Boston, l'ont de nouveau mise en usage. Ce dernier s'est injecté dans les veines de l'huile de ricin, ce qui faillit lui coûter la vie. Il résulte des expériences faites chez les animaux ainsi que chez l'homme , que les médicaments ainsi administrés agissent comme s'ils étaient ingérés dans le canal intestinal , mais avec une bien plus grande activité. De l'émétique injecté dans les veines, dans un cas de déglutition impossible , par suite d'un corps engagé dans l'œsophage, à provoqué des vomissements et l'expulsion du corps étranger.
L'injection doit être pratiquée par des praticiens habiles, a l'aide d'une seringue , et dans les veines assez éloignées du cœur, pour éviter l'introduction de l'air dans le système circulatoire.
Cette méthode offre de graves inconvénients; les médicaments non miscibles au sang (huiles), ou ceux qui ont une action chimique sur ce liquide ( acides ), peuvent déterminer la mort par le trouble qu'ils apportent dans la circulation. D'autres , telles que les substances âcres , irritantes ( scammonée, coloquinte, résine de jalap), quoique injectées a
petite dose, peuvent occasionner «ne vive inflammation des veines. Ajoutons a cela que le procédé opératoire n'est pas sans danger , soit par l'introduction de l'air dans la circulation , soit- par l'irritation ou # l' inflammation du système veineux que peut produire l'introduction de la canule. Aussi ce mode d'adinuiistration doit-il être rejeté si ce n'est dans les cas extrêmes, où tous les moyens rationnels auraient
échoué.
Méthode contre-stimulante ou rasoriennc.
Les médecins italiens, a qui nous devons cette méthode, admettent que la vie ou les divers phénomènes dont elle se compose, sont le résultat de deux forces antagonistes qu'ils désignent sous le nom de i° stimulante, 2° contre-stimulante ou opposée au stimulus ; que l'état normal ou de santé résulte de leur équilibre parfait , et l'état anormal ou maladif de la prédominance de l'une des deux ; ce qui leur fait admettre par conséquent deux ordres de maladies i 0 les irritatires ou par excès de stimulus; 2° et celles par excès de contre-stimulus. Celte division, comme on le voit, est celle de Brown, avec cette différence que le médecin écossais considère les maladies par excès de contre- stimulus , comme un état négatif, tandis que c'est un état actif d'après les médecins italiens.
.Les agents pliarmacologiquesdansle système rasorien sont, comme les maladies, divisés en deux classes : 1° les stimulants (aliments, alcooliques, opium, aromatiques, etc.); les contre-stimulants, qu'on divise en directs et indirects. Les directe agissent par soustraction directe du stimulus (abstinence, froid, saiguée); les indirects, en jugulant en quelque sorte le stimulus, font prédominer la force contre-stimulante, et produisent un état opposé a celui de la stimulation. Les agents de cette section sont plus nombreux; nous citerons
parmi les minéraux , leB préparations antimoniales , mercurielles, ferrugineuses, les acides, les sels purgatifs, l'acétate de plomb, etc.; et parmi les végétaux la scitle, le colchique , l'ipécacuanha, la gomme-gutte, lesafratt, la belladone, ta strychnine, etc. . 4 y '
Ce qui caractérise la méthode contre-stimulante , ce qui la constitue en quelque sorte , c'est le mode particulier d'administration des substances précitées et les cas particuliers dans lesquels elles doivent l'être. Ainsi, il faut les donnera doses élevées et rapprochées, et dans des états bien marqués de stimulation ou de contre-stimulation. C'est surtout dans les maladies franchement inflammatoires des organes parenchymateux et en particulier du poumon, dans le rhumatisme articulaire, dans quelques affections cérébrales, ainsi que dans les cas de faiblesse bien marquée , que la méthode contre-stimulante s'est montrée salutaire.
11 résulte des expériences des médecins italiens que les médicaments contre -stimulants donnés par fractions et a doses élevées dans les états particuliers que nous venons d'indiquer, donnent lieu a des effets différents, quelquefois même opposés a ceux qu'ils produisent à des doses ordinaires; ainsi le tartre émétique a la dose de 6 a 8 grains dissout dans une livre d'eau, et administré par cuillerées chaque demi-heure dans la pneumonie , au lieu de produire des vomissements, de stimuler l'organe malade, produit un état tout opposé qui se caractérise par des nausées , de la cardialgie , des angoisses $ récordiales, ralentissement et dépression du pouls, diminution de la fréquence de la respiration et de la chaleur animale, avec ou sansévacuations alvines, etc.; symptômes qui sont le véritable cachet de la contre- stimulation, et que toute substance contre-stimulante doit produire pour être employée comme telle , dan. s les cas qui le réclament. Dans ce genre de médication , chose remarquable, la tolérance est d'autant plus grande , 'que la stimulation est plus marquée :
elle est quelquefois telle, qu'on peut administrer des doses énormes. Ainsi, celle de l'émétique a été portée jusqu'à 50, 40, 140 grains dans tes $4 heures, le kermès à celle d'un demi- gros.
Les maladies qui dépendent d'un excès de contre-stimulus réclament également l'emploi d'une médication opposée, c'està-dire celle des médicaments stimulants, qui doivent être administrés delà même manière que les coBtre-stimulants, dans les maladies par excès de stimulus. Ainsi, dans le diabète Tomassini a porté la dose de l'opium à 40 et 50 grains par jour sans produire le narcotisme.
Il est une précaution à prendre avant ou pendant l'administration des contre-stimulants. Ainsi il faut tâter la susceptibilité des organes gastriques, en donnant d'abord les doses à des intervalles un peu éloignées ; s'il ne survient ni vomissement ni dégoûts, il y a tolérance, comme le disent les médecins italiens , alors on rapproche les doses. A mesure que l'équilibre se rétablit , que la stîfnulation se trouve déprimée par l'usage du médicament, la tolérance devient moins grande; ce qui devient un indice pour mettre plus d'intervalle entre l'administration de chaque dose , et enfin pour cesser tout a fait l'emploi du médicament, car alors le malade tomberait dans un état opposé de contre -stimulation, et il deviendrait nécessaire de recourir aux stimulants (vin, etc.).
Quoique la méthode rasorienne repose sur des idées systématiques et que les contre- stimulistes soient en désaccord sur la classification de leurs médicaments, il n'en est pas moins vrai que ceux dont l'action ést reconnue par l'expérience, telles que les préparations antimoniales, et en particulier, l'émétique dans la pneumonie, l'opium dans la diabète, peuvent être d'une grande utilité en médecine, et remplacer dans quelque* cas, avec avantage, les autres méthodes de traitement.
La méthode contre-stimulante est d T un emploi plus facile dans les hôpitaux que dans la pratique ordinaire. Les malades tombent quelquefois dans un état tel de dépression ( de contre-stimulation) , qu'il est vraiment effrayant pour les personnes qui les entourent ; et si par hasard ils succombaient dans cet état, nul doute qu'on n'attribue la mort à l'emploi du médicament; dans l'intérêt du médecin, il serait peutêtre convenable qu'il en dirigeât lui-même l'administration.
Méthode homœopathique.
La méthode ou la doctrine homœopathique, ou des semblabes est due à Hanehroann. Elle est fondée sur cette grande maxime similia similibus curanlur, c'est-k-dire que certains états morbides peuvent être guéris par des états pathogéniques semblables. Il résulterait d'un grand nombre d'expériences faites par les médecins homœopathes, que beaucoup de médicaments administras dans l'état de santé à doses telles que nous allons l'indiquer , produiraient des états pathogéniques absolument semblables à ceux qui constituent les états morbides particuliers que nous désignons sous le nom de maladies ; ainsi le quinquina produirait tous les symptômes d'une fièvre intermittente : le soufre , l'éruption psorique , les préparations mercurielles , les ulcérations et les engorgements de la syphilis , la belladone , l'éruption scarlauneuse avec ses symptômes, etc.
Trouver donc, par l'expérimcntation,des médicaments qii i , administrés dans l'état uormal , puissent produire un état pathogénique artificiel semblable aux divers états morbides connus, telle est la première condition de la méthode homœopathique. Une seconde condition qui n'est pas moins importante , est celle de la posologie*
L'activité d'un médicament d'après Hanehmann, n'est point en raison de sa quantité, mais bien de son degré de ténuité ou
I de division j ainsi de grain d'une substance bien triturée, bien dilutèe, a «ne action égale, supérieure même h celle de qui Test moins ; et comme la dose homeeopathique doit être telle, qu'elle ne produise qu'un aggravement presque insensible de la maladie, et que le remède est d'autant plus curatif que Ton se rapproche le plus de ce résultat, les médecins homœopathes administrent les médicaments a doses infinitésimales, autrement dit, a millionième, billionième, trillionième, quadrillionième, quintillionicme , octillionième I décillionième partie de grain. Pour arriver a ce degré de division , ils mêlent un grain de la substance homœopathe avec 100 grains d'une autre qui ne l'est point, c'est-a-dire , incapable de développer les symptômes propres, correspon* - dants à quelque état morbide (le sucre de lait pour les solides, l'eau distillée, l'alcool pour les liquides), qu'ils divisent en 100 parties. Un grain de ce mélange qui contient de grain de la substance homœopathe, étant niêlé de nouveau avec 100 autres grains de la substance non homœopathiquc donnera-—; de grain. En procédant ainsi et successivement, on obtient les fractions indiquées ci-dessus, qu'ils désignent sous le nom de puissance millionième, billionièmc, etc.
La décillionième partie d'un grani résultat de la trentième dilution étant une dose encore trop forte, et pouvant occasionner de graves accidents , les médecins homœopathes imbibent 100 petites dragées dites nonparcilles d'une goutte du liquide homœopathique , ce qui rédirît sa puissance a la cenîibne partie d'un dècïllionihne de grain. Hanehmann a porté cette division jusqu'à la deux centième partie d'un dècïllionihne de grain, en humectant d'une goutte du même liquide 200 t petites dragées composées de sucre et d'amidon, et pesant en tout un grain.
Les médecins homœopathes mettent tin soin extrême dans le choix des médicaments, qui doivent être purs et s'employer a l'état simple ; dans le choix des vases à opérer la dilution ,
opérai ion qui ne Jure pas inoins de une a deux heures pour chaque mélange; dans la conservation des médicaments, ainsi que dans la propreté du laboratoire: conditions aussi importantes que les -précédentes pour le succès de la médecine homecopathique.
Les médecins homœopathes traitent les maladies par l'administration des médicaments que l'expérience a démontré pouvoir développer les mêmes symptômes que ceux de l'état morbide qu'ils veulent combatte. Ces médicaments doivent être pris a doses telles, que les symptômes patbogéniques artificiels ou développés ne surpassent qu'a peine par leur intensité ceux de l'état morbide ; et comme deux états identiques ne peuvent exister sur le môme organisme, l'état pathogéuique le plus fort doit subjuguer, déplacer le [)lus faible, qui est celui de la maladie. L'état morbide artificiel ou développé disparaît ensuite de lui-même par la cessation de la eausequil avaitproduit.'relssoutlc traitement et l'explication de la guérison des maladies par les médecins homœopathcs.
Cette méthode, comme système exclusif en médecine , éprouvera le même sort que celles qui Tout précédée ou qui la suivront. Comme méthode d'application, elle est tout a fait empyrique. Négligeant les notions anatomiques et physiologiques, considérant comme nids ou purement accessoires les causes et le siège des maladies , elle ne s'attache qua combattre leurs phénomènes extérieurs, autrement dit leurs symptômes, qui pour les médecins homœopathes constituent à eux seuls l'état morbide. Pour peu qu'on se liv re à la médecine pratique, il est aisé de se convaincre combien la connaissance des causes et du siège des maladies sont des éléments importants dans le traitement, et combien dans un grand nombre de cas les symptômes sont trompeurs. Mais, dira-t-on , c'est un cinpyrisme fondé sur des faits de médecine pratique, sur des expériences faites sur l'homme à l'état normal et anormal. Les faits puisés dans la médecine sont peu
•nombreux, et sont loin d'être lionj luunts. Nous louons le zèle et la persévérance avec lesquels les médecins homœopalhes se sont livrés a L'expérimenta ti ou sur l'action des médicaments ; il serait a désirer que les médecins aHopatltcs (c'est Je nom • qu'lianelimanA donne a ceux qui ne professent pas sa doc-
• triue), imitassent leur exemple. De ces faits quelques-uns resteront dans la science, et c'est ainsi qucl'homreopathie sç sera rendue utile a l'art de guérir. Dans leurs ouvrages sont rapportées des cures admirables, je dirai presque merveilleuses, mais que u'ont point conlirmées des expériences faites dans les hôpitaux de Paris ; les résultats de ces expériences devraient recevoir une plus grande publicité, afin de dévoiler le charlatanisme avec lequel quelques médecins homeeopathes, sans conviction aucune, exploitent la crédulité publique. Si, manquant de faits, nous voulions opposer le raisonnement fondé sur la pratique mécjfihlc, il nous semble que dans des cas graves, dans l'inflammation, par exemple, d'un organe important , ce serait conduire le malade au tombeau que de le traiter homceopatbiquement. Certainement dans quelques affections légères, dans quelques maladies nerveuses , dans celles qui paraissent avoir leur siège dans le moral du malade , riiouKccipathie doit obtenir des succès, c'est même dans ces cas qu'elle doit triompher; mais alors la guérison cst*elle duc au traitement homéopathique, ou bien aux soins hygiéniques , ou bien encore a l'influence que peut avoir sur le moral une semblable méthode de traitement? Nous ne balancerions pas a partager celle dernière opinion.
6° des nos ES.
Puisque l'action des médicaments diffère selon leur nature, leur mode d'administration; que leur degré d'activité <'st relatif a leur concentration , leur quantité , et même à la durée de l'application, on voit qu'il est impossible de poser
des règles générales pour doses li employer de chaquesubstance. Nous dirons en outre qu'elles doivent varier, être modifiées selon Vôge, le sexe, le tempérament, Fidio- Synchrasle,le climat, la nation , l'effet qu'on veut obtenir, et une foule d'autres circonstances qu'il serait trop long d'énuraérer. Nous avons connu une personne prise de nausées , de vomissements , dans la pharmacie , pendant que l'on pesait de Vipécacuanba. Qui ne sait que les Russes , les Anglais, supportent les médicaments a des doses bien plus fortes que les Français ? C'est au médecin a proportionner les doses de chaque substance qu'il prescrit, en ayant égard a tout ce que nous avons dit ci-dessus. Il faut un tact médical qu'on ne peut transmettre et qu'on n'acquiert que par l'expérience. Toutefois, nous dirons qu'en général les femmes, ainsi que les individus faiblement constit^s, et les enfants , exigent des doses plus faibles ; que les pèWonnes qui ont usé pendant quelque temps d'un médicament , n'en éprouvent bientôt plus les mêmes effets , si l'on n a le soin d'en augmenter graduellement la dose ; et, chose remarquable , l'influence de l'habitude est telle, qu'on peut alors les donner a des doses qui auraient pu occasionner la mort, si elles avaient été administrées des le début ; enfin la dose doit toujours être proportionnée a Vàge du sujet. Voici la progression qu'on peut observer pour les divers âges de la vie :
De 20 a 60 ou 70 ans, dose entière.
De 15 a 20 les deux tiers.
De 10 a 15 la moitié.
De 5 à 10 le tiers.
De 3 à 5 le quart.
De 2 k 5 le sixième.
De 1 à 2 le huitième.
• Pour les enfants au-dessous d'un an ; on réduit la dose au dixième, au douzième, au quinzième même; pour les person-
nés au-dessus de 60 à 70 ans, il faut suivre la même progression décroissante. Il est inutile de faire observer que la constitution du sujet, l'état maladif, etc., peuvent apporter quelques modifications aux limites que nous venons de fixer.
En traitant de chaque forme ou préparation pharmaceutique en particulier, tout en indiquant les médicaments qui peuvent s'administrer ainsi , nous ferons connaître en même temps les doses auxquelles il convient de les donner : ce sera compléter ce tableau autant que possible.
Poids, mesures, nombres, signes représentatifs et abrèviatif*.
Les doses s'indiquent par poids, mesures ou nombres. Les poids s'appliquent a tous les médicaments; les mesures et les nombres usités seulement pour les liquides et quelques solides, n'étant qu'approximatifs ou n'exprimant que d'une t manière incomplète la quantité des médicaments, ne doivent servir que pour les substances douées de peu d'activité; et lorsqu'il n'est pas nécessaire de fixer les doses d'une manière précise, les signes représentatifs ainsi que les signes abré viatifs ne sont plus guère usités de nos jours.
I * ■ fc
Des poids
Le kilogramme, kilo, équiv. à S liv. met. ou 4,000 grain.
La livre . . . . ît> 46 onces . . . 500
L'once 5 .... . 8 gros. ... 33
Le gros 3 'scrupules . 4
Le scrupule . . 3 24 grains. . .
Le grain . . . . gn » 0,05
Mesures de capacité (pour les liquides).
Le litre (décimètre cube) pinte ou litre. 2 livres.
La chopine . ou litre. 1 livre.
Le demt-èeticr. l i n ; ; ou 1/4 de litre 8 onoesi
Le verte* • i - (cyalli) 5 à 6 onces.
La cuillerée à Louche. « * (toclil. maj;) A a 5 gros.
id< a eftfé. . * * (cochl. min.) 1 à 2 gros* La goutte * . (gutt.) 4/2 à 4 grain.
Les mesures appliquées aux solides se désignent par les noms de i° brassée (fasc), ce qui peut être contenu dans l'angle formé par lavant-bras fléchi sur le bras ; 2° la poignée (ma».), oe qu'on peut prendre àvec la main; 5° la pincée (puj.), ce que peuvent pincer les trois premiers doigts. Ces mesures ne sont usitées que pour les feuilles, les sommites fleuries , les fleurs ou les graines très-petites.
On prescrit par nombres, n° i, S, 3, etc., le§ fruits assez gros , les jaunes d'oeufs, les blancs d'œufs , etc.
Signes abréviatifê. P. E. , parties égales; Q. S. f quantité suffisante ; Q. V., quantum volueris; F. S. A., faites suivant l'art i M., mêlea; B. M., bain-maric; B. V., bain de vapeurs ; R* ou P*, ou B) , prenez; F., faites ; P* P., prçparée; S., signetur.