‹ Traité de philosophie 1923Chapitre 131 sur 761 · PRÉCEPTE ET CONSEIL · texte numérisé non relu

PRÉCEPTE ET CONSEIL

devoir, c’est-à-dire la réalisation dans les actes de l'idéal de perfection «

qui s’impose à toute volonté humaine.

Remarques : I. — Précepte et Conseil : on a établi (46, $ À, V) que w tout bien n’était pas formellement obligatoire par lui-même ; autrement, M l’héroïsme serait obligatoire pour tous. Il y a donc place, entre ce qui

est strictement ordonné et ce qui est rigoureusement défendu, pour ce.w qui est simplement permis. Il faut donc distinguer entre le bien obli-

gatoire et le bien surérogatoire, entre le précepte et le conseil. Par consé- # quent, l’idée du devoir n’est pas formellement coextensive à l'idée du bien. Le bien a un domaine plus étendu que le devoir strict. On objectera 1 peut-être que cette doctrine est en contradiction avec ce que nous | avons exposé plus haut : l’idée du bien est obligatoire. — La contra- , diction n’est qu’apparente, car nous parlions là d’une façon générale ; 4 or on peut dire en général qué le bien est obligatoire, quitte à spécifier # ensuite. Tout bien n’est pas formellement et actuellement obligatoire : # vg. l’héroïsme. Maïs tout bien est virtuellement obligatoire, et il le devient 1 formellement et actuellement, sans intervention nouvelle de la volonté

divine, dès que la raison le perçoit comme nécessaire pour observer la

loi morale et atteindre la fin dernière. C’est ainsi que les actes héroïques,

auxquels nul n’est tenu en règle générale, deviennent strictement obli-

gatoires : ve. pour le prêtre et le médecin en temps d’épidémie, pour le M

soldat en temps de guerre, etc.

IT. — Péché philosophique : on a appelé péché philosophique un è désordre moral grave qui serait une faute contre la raison et ne serait M

pas une offense de Dieu, parce qu’on suppose que l'agent ignore Dieu #

invinciblement.

La notion de péché philosophique répugne comme contradictoire dans les termes. | ;

En effet : a) Ou bien l'agent a le plein usage de sa raison, ce qui suppose la conscience réfléchie de la loi morale, et alors il pèche non

seulement contre le dictamen de la raison, mais aussi contre la volonté À

de Dieu, car une telle conscience ne peut exister sans une Connaissance au moins confuse de Dieu. La loi morale, étant absolue et immuable, M exige un législateur absolu et immuable comme elle, c’est-à-dire Dieu. M

(THéopicée, Ch. 111, Art. I, Sect. I, 74).

b) Ou bien l’agent n’a pas le plein usage de la raison, et alors il ne «

pèche pas contre le dictamen de la raison, ni conséquemment contre … Dieu.

Il n’y a donc pas place pour le péché philosophique (1). Ce qui est.

vrai, c’est qu’on peut considérer l’acte du péché sous un double aspect : M %

(2) Cf. L. BILLOT, dans Études, T. 164, p. 400-403.

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et pa é nn ee en tan qu'il est con Ave Mais ces deux aspects sont ‘toujours inséparables dans À te que tout acte contraire au dictamen de la raisor ême temps cont la loi divine est aussi contraire au 1 dictamen de la raison. |

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