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IL — FONDEMENT DE LA SANCTION

Le fondement de la sanction c’est donc la justice. C’est une dette

de justice puisqu'elle est due au mérite et au démérite : à chacun selon 4

ses œuvres. Il en est de même dans l’ordre civil ; c’est donc une erreur de donner pour unique base à la pénalité civile l'intérêt particulier ou général. Si le citoyen que la société punit a transgressé une loi injuste,

elle lui impose une souffrance imméritée. N’étant pas coupable, il subit

une violence et non une peine : c’est une victime. Or l'intérêt, même général, ne peut légitimer une violence.

8 III. — NÉCESSITÉ DE LA SANCTION ne

[. — Le bien sans récompense, le mal sans châtiment sont pour

la conscience une contradiction. En même temps que je juge une action

bonne ou mauvaise, je porte cet autre jugement, qui me paraît aussi

nécessaire que le premier, que l’auteur de cette action a droit à une

récompense ou à un châtiment et qu’ils doivent être proportionnés à la

bonté ou à la malice de l’action. Tous les hommes portent ce même «

jugement. Et c’est lorsque les faits le ME re. que la conscience l’affirme avec plus de force. Les législations humaines confirment ces bent de la conscience :

chez tous les peuples, on trouve des récompenses attachées à l’obser-

vation de la loi et surtout des peines attachées à sa violation.

IT. — Cette nécessité de la sanction est fondée sur la nature :des choses et sur la nature de Dieu. La vertu suppose le sacrifice, la souffrance endurée pour le bien. Le vice suppose la poursuite d’une jouissance contraire au bien. Or Dieu, étant infiniment sage, saint et juste, veut que l’ordre essentiel des choses soit respecté et défend de le violer ;

il doit vouloir conséquemment que les sacrifices, entraînés par l’obser-.

vation de la loi morale, soient compensés par le bonheur et que l’ordre

ES

an LES SANCTIONS MORALES : BUT 121

RounIe. effet d’une jouissance coupable, soit rétabli par la douleur. C’est ainsi que la sanction de la loi morale nous conduit logiquement, comme l'obligation, à l’idée de Dieu : « Sans l’idée de Dieu, dit Guizot, la loi morale ressemble à un fleuve sans source et sans issue, »

SV EE Au DE LA SANCTION

La sanction n’ajoute rien au caractère obligatoire ni à la valeur intrinsèque de la loi morale ; elle est cependant nécessaire pour procurer - le triomphe de la loi. Elle le procure comme moyen :

A) D’intimidation qui prévient le mal et d'encouragement qui aide au bien : c’est là le but prochain de la sanction. Le devoir ne s’adresse directement qu’à la raison et à la volonté, aux côtés spirituels de l’homme. Mais l’homme est encore sensibilité. Il faut donc, pour contrebälancer l'influence des passions mauvaises et l'entraînement des plaisirs défendus, que Pattrait des récompenses et la crainte des châtiments interviennent et excitent l’homme à Pobservation de la loi morale. La sanction est par conséquent un auxiliaire indispensable de la moralité.

Objection : les Stoïciens et Kant ont soutenu que l’idée d’une rémunération avilit la morale en faisant de la vertu un calcul et une spéculation. Il faut faire son devoir par devoir, guidé par la considération purement intellectuelle de la majesté de l'obligation, sans se laisser aller au désir et à l’espérance du bonheur, sans s’abandonner à la crainte du châtiment.

Réponse : cette doctrine, nous l’avons vu (31, $B; 29), est :

19 Impraticable en fait, car elle supprime tout désir, toute sensi-

- bilité ; or il n’y à pas de volonté sans désir.

20 Injuste en droit : la sanction fait partie intégrante de la loi;

“exiger de l’homme qu’il ne pense pas à la sanction, c’est lui imposer

l'obligation de considérer la loi comme mutilée. Est ce là respecter la … oi ? Sans doute, dans l'observation de la loi, faire abstraction de la sancton, c’est le plus pur désintéressement. Mais, s’il est moins parfait, il esb encore très raisonnable d’obéir à la loi en voulant à la fois la los et

la sanction dans leur rapport naturel : dans ce cas l’homme veut la sanction comme une conséquence de l'observation de la loi. Enfin, ilest

encore légitime d’obéir à la loi par crainte du châtiment et par espoir de la récompense. En effet l'agent ne sort pas de la loi, puisque la récompense et le châtiment sont contenus dans la loi même. La sanction ne

… se substitue pas au devoir, elle s’y surajoute. Elle est voulue non comme | une fin dernière, mais comme un moyen de faciliter la pratique du bien. | … Elle vient au secours des volontés défaillantes et leur fournit un nouveau

|. motif d’être fidèles au devoir. C’est un motif légitime, mais moins relevé

… que les motifs précédents. Plus l’homme s’oublie dans leffort vertueux,

sible de s’y maintenir constamment : à cette faiblesse de Phomme répon-"

est admirablement appropriée à la grandeur et à la faiblesse de l’homme.

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