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LA CHARITÉ

La nature, disent-ils, travaille au progrès des espèces animales en éliminant les individus trop faibles pour vaincre dans la lutte pour la à vie. De même, dans l'humanité, les êtres chétifs ou vicieux doivent | disparaître pour céder la place à des individus plus sains. Or la charité entrave cette sélection naturelle en dépepsant, pour prolonger l’exis-# tence d'individus qui ne méritent pas de vivre, des ressources dignes d’un meilleur emploi. Elle fait ainst obstacle au progrès de Phumanité. |

Réponse : 1° La charité doit être faite avec-intelligence et prudence | elle ne doit pas être une prime au vice et à la paresse. Il faut encou- | rager l'assistance par le travail, parce qu’elle aide le malheureux à se relever lui-même. C’est la seule part de vrai à dégager de la barbare doctrine de SPENCER. | | “|

90 Il ne faut pas borner la charité à l’aumône ; ce n’est là qu'un

moyen pour s'élever plus haut ; pour atteindre l'âme du malheureux, \ il faut chercher à le consoler et à le fortifier moralement ; la charité cest le développement de la fraternité humaine, c’est l'effort mutuel. pour s’entr’aider. ; à 30 Les ennemis de la charité ne sont pas conséquents avec leur doctrine. Il est interdit, selon eux, de contrarier la sélection naturelle. Mais | pourquoi ne serait-il pas permis de l'aider et d'accélérer ainsi le pro=| orès de l'humanité ? Pourquoi ne pas tuer les infirmes, les incurables, les vicieux incorrigibles ? C’est la morale spartiate, préconisée par PLaron dans $a République, qui prescrit de détruire les enfants mal) conformés. : | 4 4° Est-ce qu’un corps chétif ne peut pes receler une grande âme ?|

À ce compte combien d'hommes de génie, combien de Saints auraient été sacrifiés (1) ? | | Bo La loi morale ne doit pas se modeler sur les lois de la nature.) Les lois de la nature se ramènent à la force et à la fatalité; la loi morale, c’est le droit, la justice, la fraternité. D'ailleurs, ni la famille! ni la société ne pourraient subsister sans dévouement. Une humanité, composée d'individus sains et robustes, uniquement mus par l'intérêt, serait une collection de « beaux animaux » (2), mais constituerait uné humanité moralement dégradée. Mieux vaut une humanité physique! ment moins parfaite, mais où rayonnent la charité et le dévouement c’est la vraie perfection, c’est la beauté supérieure. 4

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