‹ Traité de philosophie 1923Chapitre 197 sur 761 · IT. — THÉORIE ANCIENNE · texte numérisé non relu

IT. — THÉORIE ANCIENNE

A) Exposé. — La doctrine de S. Auausrin (5) a été reprise et exposée méthodiquement par S. THomas. Pour qu’il y ait mensonge, trois conditions sont requises : énoncé d’une fausseté, volonté d’énoncer “une fausseté, intention de tromper. Mais la dernière condition : l’in- “iention de tromper, n'appartient pas à l'essence du mensonge ; c’est un complément qui le « parfait » (6). Tout mensonge est un mal en lui- “même. En effet, la parole étant faite pour exprimer la pensée, il est

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. (7-°) KANT, Eléments métaphysiques de la Doctrine de La vertu, Ire P., L. I, Division E, Ch. 11, Art. I. Traduction de J. BARNI, p. 87, 88, 87-88. Paris, 1855. : … (*) C'est ce que KanT reconnaît dans un opuscule intitulé : D'un prélendu droit de. mentir par humanité, où il cherche à réfuter BENJAMIN Constanr. Cf. Traduction de BARNI1,

k Ibidem, p. 251.

…..(”) Cf. Ses Opuscules De Mendacio et Contra Mendacium, dans Mi1GNE, P. L. T. XL, Col. 487-518 ; 518-548.

—(") Si ergo ista tria concurrant, scilicet quod falsum sit id quod enuntiatur, et quod adsit voluntas falsum enuntiandi, et iterum intentio fallendi, tunc est falsitas materialiter, quia falsum dicitur ; et formaliter propter voluntatem falsum dicendi ; eteffective propter woluntatem falsitatem imprimendi.….. Quod autem aliquis intendat falsitatem in opinione alterius constituere, fallendo ipsum, non pertinet ad speciem mendacii, sed ad quamdam perfectionem ipsius. (Summa ftheologica, II° Ilse, Q. CX, A. I).

B) Critique. — La théorie de Kanr; qui aboutit à des conséquences

mulation » (?), ils ont eu recours à l'Équivoque et à la Restriction mel Ë

contraire à ur de la nature de s’en servir pour signifier ce qu n’a pas dans l'esprit (+).

Mais, comme toute vérité n’est pas bonne à dire et que dértsi ss. secrets doivent être gardés, les moralistes ont cherché les moyens de tempérer la rigueur de la doctrine précédente. S'inspirant de cette parole de S. Thomas résumant une pensée de S. Augustin : « Il est cependant permis de cacher prudemment la vérité sous quelque dissi®

tale. :

Une parole et un signe sont équivoques quand, d’après leur natur e et l'usage courant, ils sont aptes à signifier plusieurs choses. Exemple : Notre Seigneur dit à ses apôtres : « Notre ami Lazare dort. » Cette ; phrase pouvait s’entendre du sommeil naturel ou du sommeil de ! la mort. | on | La restriction mentale consiste à déterminer mentalement le sens qu’on attache aux mots. \| Les moralistes distinguent la restriction : ! 10 Strictement mentale : elle consiste à donner aux mots d’une phr un sens qu'ils ne peuvent avoir par eux-mêmes, ni emprunter aux Ci constances dans lesquelles ils sont prononcés. Exemple he dl à un étranger : « Avez-vous vu Paris ? » Il n’y a pas été et me répond cependant : « Oui, je lai vu », ajoutant mentalement : « dans les photos oraphies qui le représentent. » Cette sorte de restriction ne diffère pas du mensonge et, comme lui, est illicite. ?

20 Largement mentale : elle existe quand le sens des paroles, san! être obvie, est néanmoins intelligible dans une certaine mesure. Ce qui arrive lorsque les paroles recoivent du contexte ou des circonstances de temps et de personnes un sens différent du sens ordinaire. Pr quelqu'un, tenu au secret professionnel, est indiscrètement interrogé su un fait et répond : « Je l’ignore », voulant dire : «Je ne le sais pas © de science communicable. »

Pour que l’usage de l’équivoque et: de la restriction mentale large soit légitime, il faut : 1°. que le vrai sens puisse être découvert par un homme prudent : 1 00 qu'il y ait, pour s’en servir, une bonne raison c’est-à-dire proportionnée à l'importance 4 Cas. Car, la tromperie,

ET

(:) Mendacium autem est malum ex genere : est enim actus cadens super indebital materiam. Cum enim voces naturaliter sint signa intellectuum, innaturale est et indebitu I quod aliquis voce significet id quod non habet in mente. (Summa theologica, Ibide l AT A LIT). 4

(2?) Licet tamen veritatem occultare prudenter sub aliqua dissimulatione (S. THOMA Ibidem, Art. TII, ad 4um),

tant un mal, il n’est pas permis, sans raison suffisante, de fournir à tuelqu'un l’occasion de se tromper (1).

… B) Critique. — 1° Le principe, sur lequel repose cette théorie, à avoir que le désaccord voulu entre le langage et la pensée constitue Oujours un désordre moral, est discutable, comme on le montrera $ ID. |

& 2° Cette théorie n’est pas cohérente. parce qu'elle ne peut, sans nier son principe, soutenir que l’emploi de l’équivoque et de la resrction mentale est légitime. En effet : | .« Les paroles ambiguës et les restrictions mentales ont ceci de émmun qu’elles présentent deux sens, l’un conforme à la pensée de ‘lui qui parle, l’autre, en désaccord avec elle, et l’effet naturel du sens aux est de tromper le prochain. Il est permis, dites-vous, pour des ‘aisons graves, de poser une cause bonne ou indifférente à double effet, un bon, l’autre mauvais. C’est la théorie connue en morale sous le tom de théorie du volontaire indirect ou implicite.

… « Oui, mais à condition : 10 qu’il y ait une cause proportionnellenent grave de permettre le mauvais effet; 2° que l'agent se propose mmédiatement le bon effet. » Or la seconde condition n’est pas réalisée läns l'usage de l’équivoque ou de la restriction mentale. « Il est très Mai qu'on n’est pas tenu moralement d'empêcher la déception du prohäin, effet d’une parole ambiguë ou d’une équivoque accompagnée restriction mentale, quand celui qui interroge n’a aucun droit à Onnaître la vérité (c’est précisément la thèse que nous défendons) ; 1ais l'intention immédiate ne peut porter sur cet effet si, comme nos dversaires, on le croit intrinsèquement mauvais. Or il est évident ue lintention de celui qui emploie des paroles à double sens, parce “l veut dissimuler sa pensée, vise immédiatement le sens en désac- Ord avec sa pensée et par suite la déception du prochain. Car, s’il lespérait tromper, il se servirait de paroles simples et franches et *userait pas d'artifices. Donc le motif immédiat pour lequel il se sert e paroles ambiguës, c'est la probabilité ou même la certitude que le rochain sera trompé. Mais, d’après les tenants de l'opinion que nous ombattons, la malice essentielle du mensonge réside dans ce désacor volontaire de la pensée et du langage dont l'effet naturel est de tromper. Donc, d’après ce principe, l'emploi des paroles ambiguës et

(4) PascaL, dans la 1Xe Provinciale, à présenté sous un faux jour la doctrine des resictions mentales, en ne tenant pas compte des distinctions nécessaires. D'ailleurs, elle tait pas particulière aux Jésuites, comme il le dit, mais « elle était commune dans les coles, deux siècles avant eux. Elle avait été professée par les plus fameux Thomistes, »…

ÂBBÉ U. MAyNARD, Les Provinciales et leur réfutation, Paris, 1851, T. I, p. 2900 :12).

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des restrictions mentales est toujours immoral et il faut y renoncer ou sacrifier le principe lui-même (1. »

XJR A:

$ IIT. — THÉORIE RÉCENTE

A) Exposé. — Pour remédier aux inconvénients de Ja doctrini

La moe ancienne peut se résumer ainsi : : Mentir, c’est sl | contre sa pese avec LETÉRUOR de dire une Re La doctrini

de tromper. bouc la première, la malice ne du mensonge à tire principalement de la difformité qui résulte du désaccord entre I langage et la pensée, secondairement du tort fait au prochain trompé Pour la seconde, la malice vient principalement du tort fait au pr@ chain trompé, secondairement de la difformité du désaccord entre langage et la pensée. Aussi le mensonge doit-il être, défini : 1 refus d’une vérité due. Negatio veritatis debitæ. Mentir c’est don refuser la vérité à quelqu'un qui y a droit. Par exemple, la vérité és due aux Juges et aux Supérieurs qui interrogent légitimement ; elle est, pareïllement, obligatoire en matière de pactes et de contrats.

(1) AgBé F. Dugois, Une théorie du Mensonge, dans La SCIENCE CATHOLIQUE, 1896 14897, p. 894-895.

(2) Par exemple : H. Grorius, De Jure belli ac pacis, L. III, C. x, 8 10-214. —S. Pu- FENDORF, De Jure Naturæ et Gentium Libri octo, L.IV, C. x, 8 7-21.— BENJAMIN CoNsTANT, « Le principe moral quedire la vérité est un devoir, s’il étoit pris d’une manière absolue et isolée, rendroit toute société impossible. Nous en avons la preuve dansles conséquen très directes qu'a tirées de ce principe un philosophe allemand (KANT).» Cf. supra, p. 16! Voici comment B. CoNsTANT réfute ce principe : « Dire la véritéestun devoir. Qu’es qu’un devoir ? L'idée du devoir est inséparable de celle de droits : un devoir est ce dans un être, correspond aux droits d’un autre. Là où il n’y a pas de droits, il n’y a pas devoirs. Dire la vérité n’est donc un devoir qu’envers ceux qui ont droit à la vérité. nul homme n’a droit à la vérité qui nuit à autrui. » (Des réactions politiques, Ch. Y p. 74 et 75, An V, sans indication de lieu). C’est cette opinion que Kanr a tenté de réfl dans l'Opuscule cité p. 169, n. 4.

(5) BoLGENI, Il possesso, C. xLVIIT, dans MÉLANGES THÉOLOGIQUES DE LIÉGE, IVe sé É 1850-1851, p. 406-413. — F. Dugois, Une Théorie du Mensonge, dans LA SCIENCE CAT LIQUE, 1896-1897, p. 886-905. Cf. Le droit à la vérité, dans REVUE DU CLERGÉ FRANGÇ 1900, T. X XIII, p. 366-374. — FR. BOUILLIER, Questions de Morale pratique, Paris, 18 Pp. 249-359. — "Kirchenlexicon, T. vit, p. 260. Fribourg-en-Brisgau, 1893. — G. FoN GRIVE, Eléments de Philosophie, Morale, XVe Leçon, $ V, T. II, p: 475 (4° édition): Du Mensonge proprement dit el du droit à la vérité, par un professeur de Théologie (Père LESSERTEUR), Paris, 14905 — AD. TANQUEREY, P. $S. $S., Synopsis theologiæ Moralise Pasloralis, T. III, P. I, C. 11, Art. III, $ IV, n. 404, sqq., Paris, 19044, p. 175 sq. Cu. LaAHRr et G. Picarp, Cours de Philosophie, Morale, Livre TI, Part. II, Sect:-1,°Che Art VI, T.Il, D 198: 187, Paris, 1920.

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Le principe, sur lequel repose la doctrine précédente ($ IT), à savoir : M le désaccord entre le langage et la pensée est en soi, par conséquent toujours, un désordre moral, nous semble erroné. Le langage, en effet, … a une double fin : lune, prochaine, qui est d'exprimer la pensée ; l’autre, … ultérieure, qui est de servir d’instrument pour les relations sociales et de concourir ainsi au bien des associés. Or la première n’est qu’un moyen par rapport à la seconde. Par conséquent, la conformité du … langage et de la pensée est subordonnée à l'utilité de la société. C'est donc de la fin sociale que cette conformité tire sa valeur et sa moralité. Pourquoi est-il bon que le langage soit conforme à la pensée ? Parce que, “ sans cette conformité habituelle, la confiance mutuelle ne saurait > exister entre les associés et, conséquemment, la société deviendrait impossible.

& La bonté morale de l’accord entre le langage et la pensée ne dérive — donc pas de cet accord considéré en lui-même, mais de ce qu’il est un : moyen subordonné à une fin supérieure : l'utilité sociale. Car 1l est manifeste que le langage est fait pour entrer en rapport avec les autres (?). . L'opinion, que nous réfutons, dit : L'ordre naturel exige que le signe (le langagé) corresponde à la chose signifiée (la pensée). Nous avons montré que cette formule est incomplète, donc inexacte. Il faut dire : L'ordre naturel exige que le signe corresponde à la chose signifiée, parce que, d’une façon générale, les associés ont droit à la vérité, d’où résulte … la sécurité des relations sociales. Mais, dans les cas exceptionnels, où cet accord entre la pensée et le langage serait nuisible, il n’a plus sa : raison d’être, perdant la bonté qu’il tenait de sa fin sociale, et cesse » par là même d’être obligatoire. La malice du mensonge réside donc à dans la violation du droit d'autrui à la vérité. Là où ce droit n'existe plus, il n’y a pas injustice (2). 7e En pratique, il n’est pas permis de recourir à la dissimulation de la . … vérité, sans une raison suffisante : éviter un dommage, spirituel ou temporel, sérieux. Ajoutons que si le silence suffit pour écarter le dommage, il faut s’en contenter. Mais souvent le silence ne l’est pas, parce … qu'il équivaut à un aveu implicite. Il est nécessaire d'imposer ces limites, parce que, l’erreur étant un mal de l'intelligence, on n'a pas . Je droit d'y induire le prochain si l’on n’a pas de motif proportionnel … : lement grave et si l’on dispose d’un autre moyen sûr d'atteindre son Hot, oi.

(2) La vertu de véracité « est ad alterum ». (S. THOMAS, Summa theologica, 2° 22, © Q. CIX, A. II). “ de la justice sociale : « Veritas sive veracitas » (S. THoMAS, Ibidem, A. I) «est pars justitiæ Fe in quantum annectitur ei sicut virtus secundaria principali. (1bidem, A. III, à la fin).»

(2?) Il faut noter que le droit à la vérité ne relève pas de la justice commutative, mais “a

intéressé. Si intérêt personnel est seul en jeu, on peut, pour le sauvegarder, user de dissimulation, mais on est libre de le sacrifier.

Les parents ou les maîtres, interrogés par des enfants sur des matières

scabreuses, ne doivent pas les mettre au courant, parce que, dans rieur, d'ordre moral : on doit avant tout protéger leur innocence.

peut lui répondre négativement. |

: De même, pour me débarrasser d’un indiscret que je rencontre sur ma route, et qui, sans motif, gaspillerait mon temps, je puis prétexter une affaire pressée. Autrement on ne pourrait se défendre contre

les importuns, et la vie sociale deviendrait un obstacle au lieu d’être.

un moyen de perfectionnement et une aide (1).

Dans ces cas et autres analogues, la doctrine ancienne est obligée

de se servir de la restriction mentale, et cela en dérogeant, on l’a vu, à son principe fondamental. He.

La théorie récente n’est qu’une application légitime de la doctrine du volontaire indirect rappelée plus haut. Lorsqu'on répond faussement à quelqu'un qui n’a pas droit à la vérité, deux effets sont à considérer : la sauvegarde de nos intérêts ou des intérêts d’autrui et la déception du prochain. On ne vise pas, en agissant, la déception de l’interlocuteur, mais le bon effet qui suit de l'acte. Or il est licite de permettre le mauvais effet en vue de se protéger soi-même ou les autres. L’interlocuteur n’a (c’est l'hypothèse d’où l’on part) aucun droit à connaître la vérité, et l’erreur accidentelle, qui est produite dans son esprit, est un mal moindre que la révélation de la vérité. Il n'a, d’ailleurs, qu’à s’en prendre à lui-même. | | #8 à Le cas qui nous occupe est analogue à celui de l’agresseur injuste. . Tout le monde admet que, si quelqu'un cherche à attenter à notre vie, ilest légitime, pour se préserver de la mort, de blesser ou même de tuer lagresseur si c’est nécessaire. On vise le bon effet, sa propre sécurité, et l’on permet le mauvais, la blessure ou la mort de l'adversaire. . Dans ce conflit entre le droit personnel à la vie et le droit à la vie de l’agresseur, c’est le premier qui l’emporte. Le cas de refus de la vérité à un questionneur injuste est aussi un cas de légitime défense. La théorie récente offre de grands avantages : 19 elle indique quel . est le vrai critérium moral du devoir de la véracité : l’ordre et la sécurité

ne | (?) Cf. L. Dugois, Le Droit à la vérité, Loco cilaio, p. 369.

| Donnons quelques exemples. Ceux qui sont tenus au secret profes- sionnel, comme le prêtre, l’avocat, le médecin, non seulement peuvent, mais doivent dissimuler la vérité, parce que le droit d’un tiers y. est 7

l'espèce, le droit des enfants à la vérité est suspendu par un droit supé-

Un serviteur, auquel un fâcheux demande si son maître est à la maison,

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des relations sociales. De là découlent une notion claire et précise du mensonge ainsi qu'une règle de conduite facile à pratiquer.

M" 20 Elle rend inutiles les restrictions mentales. Ces restrictions sont “un expédient, dont l'allure louche répugne aux esprits droits. De plus, elles sont souvent d’un emploi difficile : il y faut de la prudence et de la subtilité, et, quand on est pris à l’improviste, beaucoup de sanghs “froid et d’à-propos. C’est assez dire que, d’un maniement délicat même pour des imtelligences cultivées, elles ne sont pas habituellement à la portée du commun des hommes. Voilà donc, d’après la théorie ancienne qui les autorise comme l’unique ressource pour se tirer d’embarras, une multitude d’honnêtes gens frustrés de tout moyen de sauvegarder leurs droits et leurs intérêts les plus légitimes.

Renfermé dans les limites imposées par les théologiens (Cf. supra, p- 170), l’usage des restrictions mentales n’a en soi rien que de légitime. EE. elles ont engendré tant de subtilités et de contradictions qu'elles

4 —— Au devoir que homme a de dire la vérité corresnd chez l’auditeur un certain droit à l’entendre. C’est pourquoi la “héorie récente a été nommée « Théorie du droit à ja vérité ». [1 faut noter, en terminant, qu'elle n’a rien d’inquiétant pour les relations sociales.

. « Cet accord entre la parole et le jugement interne, qu'on appelle la véracité, n’a pas de valeur absolue. La parole, en effet, est un signe,

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et l'accord du signe et de la chose signifiée n’a de valeur que comme moyen de représentation. Si la vérité, dont le signe est le véhicule, est bienfaisante et utile, l’accord de la parole et de la pensée participe à cette bonté comme le moyen, indifférent en lui-même, participe à la « bonté de la fin. Si, au contraire, la vérité « n’est plus bonne à dire », lPaccord entre’la parole et la pensée devient lui-même malfaisant. Comme 4 le dernier cas est après tout l'exception, la véracité est habituellement ‘un devoir social, tant qu’un intérêt, un bien supérieur, soit d’ordre social, soit d'ordre individuel, n’entre pas en conflit avec lu (?. “On peut donc poser ce principe : « Le droit à la véracité et le devoir corrélatif disparaissent quand la véracité n’est plus un bien. Et la véracité n'est plus un bien, lorsqu'elle empêche un bien supérieur,

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