‹ Traité de philosophie 1923Chapitre 257 sur 761 · SUPÉRIORITÉ DES FORMES À L'ÉTAT MIXTE · texte numérisé non relu

SUPÉRIORITÉ DES FORMES À L'ÉTAT MIXTE

Si l'on soumet à l'analyse cette forme mixte de gouvernement, est facile d’en dégager le caractère et les éléments essentiels. | Il faut d’abord un chef qui possède seul le pouvoir souverain. Or le Pouvoir souverain consiste, d’après saint Thomas, dans la faculté de … faire la loi. Aussi le chef est-il établi pour gouverner selon la vertu, « c'est-à-dire selon que, dans sa sagesse, il juge bon de régler souverai- … nement toutes choses, n'étant lié ou limité par rien, dans son action, . sinon par les lois de la raison, de la sagesse et de la vertu » (1). Saint … Thomas évite à dessein de diré selon la loi, car un pouvoir, qui est soumis à une loi dont il n’est pas l’auteur ou qu’il n’a pas le droit d’abolir, … n'est pas un pouvoir souverain, mais dépendant et subordonné. Le pouvoir souverain est celui qui fait la loi. Il est clair que saint Thomas : n'est point partisan d’une monarchie parlementaire, dans laquelle le roi, simple chef de l'exécutif, est sous la dépendance d’une majorité hangeante qui lui impose ses volontés. es Mais saint Thomas ne veut pas non plus une monarchie absolue, ‘dans laquelle le roi détient tous les pouvoirs sans contrepoids modé- . ateur. Aussi place-t-il, immédiatement au-dessous du monarque, une 1 “élite, qui, elle aussi, doit exercer l'autorité selon la vertu. Ses membres seront des chefs subalternes. Subalternes, parce qu’ils sont sous la dépendance du Chef suprême qui porte les lois d'intérêt général. Chefs; ss cependant, parce qu'ils jouissent d’une souveraineté relative pouvant faire la loi dans les limites qui leur sont assignées. “. Saint Thomas accorde, enfin, une part assez large à l’élément démo- … cratique : ceux qui font la loi et commandent sont élus par le peuple et peuvent être choisis dans ses rangs. Mais le peuple n’est pas souverain, puisqu'il n’a pas le pouvoir législatif ; il contribue seulement à déter- —. miner le souverain en désignant le ou les sujets en qui résidera le pouvoir - de léviférer. Celui ou ceux que le peuple a désignés ne sont pas ses mandataires, et n’ont pas de comptes à lui rendre, car il ne leur a conféré . aucun pouvoir. "0 III. — Nature du suffrage universel admis par saint Thomas : il …. accorde à tous les citoyens ou membres politiques du corps social le . …. suffrage actif, c’est-à-dire le droit de voter, et le suffrage passif, c'est- … à-dire le droit d’être élus. Saint Thomas affirmant que les femmes . m'appartiennent pas proprement au corps social (?), leur dénie par là même de droit de vote et l’éligibilité. è Le Il convient de noter que saint Thomas étend léligibilité au Chef

“ (1) Th.-M. Pècugs, La théorie du pouvoir dans ‘saint Thomas, dans REVUE THOMISTE, ) 1911, p. 611.

| participé à la constitution du souverain. Si, malgré ces précautions, le

Comme il estime avec raison que l’autorité, si elle est divisée entre. q plusieurs, manque d'efficacité et d'esprit de suite. sil la confie à un seul

où sans défense contre lui. (106, $ C).

Thomas dissocie donc là le principe monarchique du principe dynas- |

. détriment du bien public, « au point de n’avoir plus qu'un suffrage vénal et de confier le pouvoir à des hommes vicieux et scélérats, c est | ;. | . Justice d'enlever à ce peuple le pouvoir de conférer les honneurs, et.

de l’entourer de collaborateurs, pris dans l'élite, dont le rôle est d’éclairer

les temps et les pays.

est la forme mixte, c’est-à-dire celle où les éléments démocratique, aristocratique et monarchique se tempèrent mutuellement. On voit

238 SUPÉRIORITÉ DES FORMES A L'ÉTAT MIXTE “0 ne. suprême, mais sans Hermine si le peuple doit choisir un chef hé ditaire ou un chef électif dont le pouvoir soit simplement viager. «Saint. 4

tique : le principe monarchique est sauf pour lui, du moment que repré- . senté par un individu qui CR. vraiment en chef, bien qu assisté de conseils et contrôlé (1). | : F

S1 le peuple use mal du droit de suffrage, c'est-à-dire S'il en use au

de le remettre aux mains d’un petit nombre d'hommes bons » (2). Mais c’est là une mesure exceptionnelle motivée par: un abus grave et criant, car le désir formel du Docteur angélique est que le peuple joue aussi un rôle politique : «que tous aient quelque part dans le gouvernement. » Es Conclusion. —- Telle est la constitution politique esquissée. par M saint Thomas : ses préférences sont pour une monarchie tempérée. M

de.

qui prend les décisions. Mais, sachant que l'intelligence de l’homme est bornée et que son cœur est sujet aux égarements, 1l a grand SOIN, pour que le pouvoir du Chef suprême ne devienne pas tyrannique,

et de modérer son :action. Enfin, par le système électif, le peuple a souverain gouverne en tyran, saint Thomas ne laisse pas le pre

En traçant cette esquisse, saint Thomas s’est renfermé dons les Haues générales : il s’est abstenu à dessein de descendre aux traits particuliers, parce que leur détermination dépend des circonstances qui varient avec

Plusieurs théologiens ou philosophes Line en traitant cette question après le Docteur angélique, ont opté (comme c’était leur droit) pour une combinaison différente. Mais ils s’accordent très généralement avec lui pour professer qu’en soi la meilleure forme de gouvernement

. (9) B. ScCHwWALM, Démocratie, dans Dictionnaire de Théologie catholique (VNACANT- … MANGENOT), ETIV;1CO282) N

(?) Citation de $S. AveusrTin (De Libero Arbitrio, C. vi) rapportée ‘et approuvée par S. THOMAS, Summa theologica, I* II2e, Q. XCVII, Art. I. X

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